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École : la pédagogie du jardin




Photo issue du blog initiatives.fr


L'école dans et avec la nature sera-t-elle la révolution pédagogique du XXIe siècle ? Telle est la conviction de Corine Martel, inspectrice de l’éducation nationale, et Sylvain Wagnon, professeur d'université, qui viennent de publier aux éditions ESF Jardiner à l’école pour s’ouvrir au monde. En attendant un prochain dossier sur la pratique de la classe dehors, les humanités journal-lucioles reprennent ici en affinités un entretien publié par Le Café pédagogique.


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Comment êtes-vous passé de l’école dehors au jardin pédagogique ?


Corinne Martel et Sylvain Wagnon : Après avoir observé la motivation et les perspectives suscitées par l’école dehors, il nous a semblé intéressant de poursuivre la réflexion autour d’un cas pratique. Le jardin pédagogique n’est pas seulement un espace et une activité, mais c’est un levier potentiel pour repenser sa pédagogie. Dans ce livre, nous avons voulu montrer que l’école dehors n’était pas simplement une mode, mais une tendance de fond. Faire classe dehors n’est pas une évidence ni la solution à toutes les difficultés pédagogiques, mais c’est l’occasion de réfléchir à ses pratiques et de développer des méthodes réellement actives. Le jardin d’école est pour nous un moyen de proposer une suite concrète et pratique à cet enseignement en plein air que nous prônons.


Vous montrez dans votre livre que ce jardin pédagogique appartient à notre histoire scolaire.


CM & SW : Effectivement, le jardin pédagogique a des racines profondes dans l’histoire scolaire française. Les écoles normales d’institutrices et d’instituteurs apprenaient aux futurs enseignants l’usage du jardin pédagogique. Les programmes de l’école républicaine de Jules Ferry insistent sur la création d’un jardin dans chaque école. Le jardin scolaire est intégré aux apprentissages mathématiques, historiques, géographiques et scientifiques. C’est finalement la bitumisation des cours scolaires des années 1970 qui a rendu impossible une activité ancienne du point de vue scolaire.


Dans votre ouvrage, vous parlez non pas d’un jardin, mais des jardins ?


CM & SW : Oui, car les jardins pédagogiques peuvent prendre de multiples formes liées au contexte des établissements, mais aussi aux objectifs de chaque enseignant pour leur classe respective. Le jardin scolaire actuel peut être potager, floral, aromatique, sensoriel, mais tous offrent aux élèves la possibilité d’une expérience concrète de la nature et d’un apprentissage à l’écologie. L’ambition n’est pas de produire et de récolter, mais d’apprendre au rythme du jardin, le temps nécessaire et les multiples activités individuelles et collectives dans cet espace unique et fragile qui suit les aléas climatiques.


Le jardin est-il pour tous les élèves ?


CM & SW : Les critiques contre l’école dehors viennent des milieux conservateurs pour qui la pédagogie en salle de classe ne peut être remise en cause, mais aussi parfois, de façon surprenante, de personnalités qui se veulent progressistes, qui y voient une possible dérive individualiste, un divertissement voire une activité qui exclut certains élèves. Nous pensons et nous montrons dans ce livre, comme dans le précédent, que l’école dehors ne résout pas tout, mais qu’elle pose certaines questions sur nos façons d’enseigner ; elle peut-être pour toutes et tous. En tant que tel, le jardin peut représenter un espace d’échanges, de partages, d’activités collectives et coopératives sans équivalent. Lorsque nous avions parlé d’une révolution de velours pour l’école dehors, d’une complémentarité entre l’enseignement en classe et en extérieur, nous pensions déjà au jardin : en l’élaborant avec les élèves, il est un espace pédagogique majeur d’apprentissages.


Vous faites aussi du jardin scolaire un moyen de créer une réelle coéducation avec les parents ?


CM & SW : Cet ouvrage propose aux enseignants les étapes essentielles de la construction d’un jardin, afin d’en faire un lieu d’activités pédagogiques coopératives et collaboratives utilisé pour de très nombreuses activités pédagogiques. En outre, le jardin est aussi un moyen de créer du lien entre tous les membres de la communauté éducative. Dès sa création au sein d’un établissement scolaire, car nous nous adressons aux enseignants de maternelle, élémentaire et secondaire, il doit être concerté et permettre à tout un chacun de se l’approprier. Mais notre propos ne serait pas complet si nous ne pensions pas à un jardin ouvert vers l’extérieur. De plus en plus de collectivités locales initient et soutiennent des jardins « partagés », à la fois scolaires pendant le temps scolaire, mais aussi ouverts aux parents le reste du temps. Au-delà de la solution à la question matérielle, importante de faire vivre le jardin pendant les périodes de congé, c’est un moyen unique d’échanges et de partages autour d’activités concrètes qui font du jardin un véritable espace commun et de la continuité éducative des enfants une réalité.


Propos recueillis par Lilia Ben Hamouda

(publié le 27 mars 2024 sur cafepedagogique.net)


  • Édité par l'Association pour la coopération, l'information et l'innovation pédagogique, le Café pédagogique est un site d'information sur l'éducation créé en 2001 par François Jarraud et Bruno Devauchelle. Il pratique en particulier une veille sur l'actualité de l‘éducation en France www.cafepedagogique.net 


Corinne Martel et Sylvain Wagnon, Jardiner à l’école pour s’ouvrir au monde, éditions ESF, mars 2024, 252 pages, 21 €. Pour commander : ICI


Présentation : Jardiner permet de connecter les élèves à la nature, de les sensibiliser au développement durable et de mieux connaître la biodiversité. Jardiner encourage aussi la persévérance, la patience et le respect.

À ce titre, le jardinage à l’école offre aux élèves une expérience concrète et riche. Véritable lieu de découvertes, le jardin à l’école permet aux élèves d’appliquer les connaissances apprises en classe : effectuer des mesures, adopter une démarche expérimentale, comprendre le cycle de vie des êtres vivants… Les élèves y développent aussi leurs compétences sociales en travaillant en équipe et en se répartissant les tâches.



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J'adore! D'autant plus que c'est la pédagogie que pratique ma fille avec les classes de primaires. Formée en Freinet/Montessori, Amélie Hamaïde (où elle passa maternelle et primaire, perso, juste mes maternelles), Filliozat dans une certaine mesure. Tous ces pédagogues sont issus d'après WWI, où ils ne voulaient plus que les enfants soient éduqués pour aller à la boucherie... Floriane (ma fille) enseigna aussi en Freinet école publique, mais surtout en école démocratique durant plusieurs année en Belgique ( = l'école est ouverte de 8h30 à 17H00, les enfants, les profs et le "chef/directeur/administrateur/prof de musique..." sont égaux en droits et devoirs, les enfants viennent à l'école ou pas et y font ce qu'ils ont envie, c'est à dire promener les…

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