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Agroécologie. C’est pas le Pérou ? Si, justement.


  • La gestion des déchets, un enjeu vital pour le quartier “Primero de Mayo” dans la banlieue nord de Lima.


Cyrielle, Clémentine et Philippine, toutes trois étudiantes en 2ème année en école d'ingénieur agronome à Toulouse et Paris, membres de l’association Paroles de paysans, sont parties au Pérou afin d’observer comment les femmes s'y impliquent dans la production agricole, dans la vie du foyer, de la communauté. A leur retour, elles ont réalisé une exposition rassemblant portraits photographiques et écrits.


PAROLES DE PAYSANS est une association d'étudiants reporters, des étudiants ingénieurs agronomes qui entendent sensibiliser le grand public aux enjeux du monde agricole. Après des missions terrains menées dans le monde entier, ils réalisent des expositions photos itinérantes en France. Engagés dans la transition agroécologique, ils souhaitent connaître le monde paysan et le partager à tous à travers la photographie. Ils complètent leur portrait d'une agriculture paysanne par des articles et vidéos à suivre tout au long de leur voyages et séjours dans une exploitation paysanne.


Clémentine, Philippine et Cyrielle, toutes trois nées au tournant du 2ème millénaire sont parties observer « le champ des femmes » au Pérou. La COVID en a décidé autrement. Cyrielle a pu nous en faire le récit.


LES HUMANITÉS - Cyrielle, quelle était votre intention en projetant ce voyage en Bolivie ?


D’abord je voudrais dire que nous sommes toutes trois originaires du Sud-Ouest de la France : Bordelais, Périgord, Béarn : l’Aquitaine en quelque sorte. Nous avons pu observer combien on parle peu de ces agricultrices qui travaillent partout dans le monde, pour nourrir leur famille, leur village, leur pays et même le monde entier.

En tant que futures agronomes, en cours d’études on n’entendait pas souvent parler des femmes dans l’agriculture. Indépendance des femmes vis à vis des systèmes agricoles, elles faisaient souvent des travaux de l’ombre et non valorisés et nous on avait envie d’aller voir une ferme conduite de A à Z par une femme, dont le projet agricole est porté par une femme. Nous voulions avoir un aperçu de cette sensibilité féminine de ce rapport à la terre, un autre point de vue qui ne soit pas forcément masculin.

Dans les pays du Sud, selon la FAO, les femmes produisent entre 60 et 80% des aliments et sont responsables de la moitié de la production alimentaire mondiale.

L'idée de ce reportage nous est venue suite à la lecture d'un article scientifique sur la place des femmes dans l'agriculture au Brésil : grâce à l'adoption de pratiques agro-écologiques, les femmes voient aujourd'hui leur statut changer et leur reconnaissance augmenter.

Nous nous sommes posé trois questions. Primo : Quelles aspirations pour les agricultrices d'aujourd'hui et de demain ? Secondo : Pourquoi ne pas aller voir dans les pays voisins ce qu'il en est et témoigner ? Tertio : Qu'est-ce qu'être une femme et une agricultrice en France et au Pérou ? En bref, quelles ont les difficultés et les victoires au quotidien des femmes dans les communautés paysannes de ce pays situé au sud-ouest du Brésil.


Mais l’irruption de la Covid au moment même de votre arrivée sur place a coupé court à votre projet ?

Nous devions être accueillies par l’association Envol Vert qui travaille avec des coopératives de femmes qui cultivent le caféiers et cacaotiers en agroforesterie. Mais nous avons tout de suite été confinées à Lima. Nous avons réussi à explorer les jardins urbains dans la banlieue de Lima, grâce au CENCA, un réseau de fermes urbaines agroécologiques de Lima et ses banlieues. Mais nous avons progressivement réalisé que nous devions totalement réadapter notre projet en rentrant en France.


Vous avez alors choisi de faire appel au réseau wwoofing (World-Wide Opportunities on Organic Farms). Peux-tu nous en dire plus ?

L’idée était toujours de trouver notre inspiration du côté des femmes en observant leur mode de vie paysanne. On n’est pas allées voir n’importe quel type de ferme, mais celles qui accueillent des bénévoles (des WWOOFeurs) pour leur prêter main-forte tout en les initiant aux savoir-faire et aux modes de vie biologiques.

On a réussi à trouver des projets dont l’origine était l’installation de femmes : souvent des femmes nouvellement installées (depuis 5 ans tout au plus), sur des petits systèmes et en agriculture biologique et non issues du milieu agricole (NIMA). Parfois elles avaient été rejointes par des hommes mais c’était elles qui menaient l’exploitation. Ce sont elles qui avaient fait les choix de cultures à l’origine, toujours dans un énorme respect à la nature et même au-delà. On peut parler de connexion à la nature.


Comment cela s’est-il traduit pour recadrer avec le projet Paroles de Paysans ?

Pour montrer les sources d’inspiration pour un projet d’installation agricole du côté des femmes, on a visité une douzaine de fermes qui sont présentes dans notre exposition. On a aussi écrit neuf articles. On a terminé notre reportage en août, sur le terrain, et on a pu quand même faire des expositions, à partir d’octobre. On a monté une exposition itinérante dans un format assez pédagogique, un peu de texte avec des photos. On a douze posters au format A1, qui mêlent des photos avec des citations de femmes. Selon des thématiques précises chaque poster a un titre : avec chacun sa thématique : Composer avec le vivant ; Faire des choix de modes de vie (paysan, c’est aussi un mode de vie)


Et malgré la covid, vous avez pu montrer votre travail ?

On a surtout exposé dans des fermes ; les paysans sont moins concernés par la covid et peuvent inviter leur réseau autour d’eux, des gens déjà assez sensibilisés à la question agricole.

Les échanges étaient plus tournés sur la réflexion être femmes en agriculture que vraiment les nouveaux types d’agricultures. Parfois ça a pris la forme d’une table ronde, en présence de paysannes qui voulaient témoigner de leur ressenti en tant que femmes dans l’agriculture. On a quand même réussi à faire une exposition dans une école d’ingénieurs, avec des étudiants peu au fait des enjeux paysans. Il y a eu de gros débats sur le glyphosate, le respect de l’environnement, etc.


Quel est votre « mantra » ?

Il y a plein de choses qui sont envisageables et nous ce qu’on met en avant c’est « échanger ». On ne veut pas intervenir si c’est juste pour parler et ne pas avoir d’échanges avec le public. On essaie au maximum de faire quelque chose d’horizontal. Le langage photo permet de de toucher des gens non convertis. On touche ceux qui ont juste des doutes, ou des remises en question dans leurs choix de vie et dans leur travail. On peut ainsi créer des vocations, la vocation pour un modèle paysan.

On souhaite vraiment être dans des lieux variés, comme des cinémas, des librairies, des bibliothèques où il y a un public non initié et très varié. Le but, c’était vraiment de pouvoir échanger et peut-être casser des idées reçues, poser des nouvelles questions.


Quelle leçon tirer de cette aventure ?

On traverse tous une période critique et les écoles d’agriculture ont du mal à suivre dans leur enseignement. Il y a beaucoup d’élèves qui font le pas de l’engagement, à côté des enseignements qui ne sont plus d’actualité, le système industriel qui est encore très présent dans ce qu’essaie de

Et il y a cette année de césure durant laquelle on peut sortir de l’école. C’est grâce à elle que l’on a monté ce projet de reportage.

Je pense qu’on n’est vraiment pas les seuls à porter cette vision qu’une autre agriculture est possible. On est pas mal à vouloir s’installer sur des petits modèles. Dans les écoles d’agronomie, c’est assez incroyable de voir comment les jeunes se mobilisent et sont force de proposition.


Propos recueillis par Isabelle Favre pour leshumanites.org,

Mai 2021


Pour aller plus loin

Le site internet de Paroles de paysans, ICI.

Quelques exemples de sujets publiés sur le site Paroles de paysans :

- Le Costa Rica, 5% de la biodiversité mondiale : un pays tourné vers l'écotourisme et la conservation : ICI.

- un projet de film : « Tu nourriras le monde » : ICI.

- A la rencontre de lieux où l'agriculture se vit en collectif : ICI.

- Maria Nieto et ses vers de terre au service de la sécurité sanitaire : ICI.

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