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Attentat en Colombie : et si l’AFP avait diffusé une « fake news » ?


L'hélicoptère présidentiel d'Ivan Duque.


Enfin, la presse française se met à parler de la Colombie. S’agirait-il de faire état de la terrible répression qui s’abat contre l’immense mouvement de protestation (Paro nacional) qui a débuté voici 2 mois, le 28 avril dernier, de relayer les dénonciations d’organisations particulièrement subversives telles qu’Amnesty International, ou d’importantes associations de défense des droits de l’homme qui parlent ouvertement, preuves à l’appui, de « crime contre l’humanité » ? Déjà plus de 60 morts recensés par l’ONG Temblores, 1.500 victimes de violences policières, près de 2.000 cas d’arrestations arbitraires, dont plus de 300 jeunes gens toujours portés «disparus», dont il est aujourd’hui avéré que nombre d’eux ont été torturés puis sommairement exécutés. De cela, à de très rares exceptions près (ce vendredi 25 juin dans L’Humanité), la presse française ne dit rien, comme si son contenu éditorial était dicté par l’Élysée, qui a décidé de passer sous silence les exactions du gouvernement colombien et de joyeusement poursuivre la coopération politique et militaire avec la Colombie uribiste du président Ivan Duque, qui a décidé de suspendre les accords de paix signés par son prédécesseur José Manuel Santos.

Cet assourdissant silence a donc été rompu hier, samedi 26 juin, par une information de la plus haute importance: « L’hélicoptère à bord duquel voyageait Ivan Duque, a été la cible de tirs, ce vendredi, près de la frontière vénézuélienne, a annoncé lui-même le chef de l’Etat. L’attaque s’est produite dans le département Norte de Santander, une région du nord-est de la Colombie ravagée par la violence entre groupes armés et par le trafic de drogue. « C’est un lâche attentat, on voit des impacts de balle sur l’aéronef présidentiel », a affirmé Ivan Duque dans un communiqué officiel, ajoutant que son service de sécurité et la solidité de l’hélicoptère avaient réussi à empêcher que « quelque chose de mortel » ne se passe. « On ne nous intimide pas avec la violence ni avec des actes de terrorisme. Notre Etat est fort, et la Colombie est assez forte pour affronter ce genre de menace », a ajouté le président conservateur. Des images diffusées par la présidence ont montré plusieurs impacts de balle sur la queue et le rotor principal de l’appareil ».

L’information, reprise en boucle par Le Parisien, la quasi-totalité de la presse régionale, des radios et télévisions, provient d’une seule et unique dépêche de l’Agence France-Presse, qui reprend elle-même un communiqué du gouvernement colombien, sans une once de vérification. Seul Le Monde, reprenant la même dépêche de l’AFP, introduit dans le titre de l’article un minimum de prudence : « En Colombie, le président Ivan Duque dit avoir été victime d’« un lâche attentat » après des tirs sur son hélicoptère. »

Le président Ivan Duque « dit avoir été victime » : en effet, cela reste à prouver, et le gouvernement uribiste de la Colombie ayant déjà tant cédé, dans un passé y compris récent, à la plus grossière des désinformations, mieux vaut prendre avec des pincettes ce qui en émane.


Or, selon les premières investigations menées par la rédaction des humanités, cet « attentat » contre le président Duque n’a jamais existé. C’est même assez facile à établir. Selon la version officielle, livrée par le directeur général de la police, Jorge Vargas, des coups de feu ont été tirés sur l'hélicoptère présidentiel (un Black Hawk où se trouvaient, outre Ivan Duque, des membres de son gouvernement dont le ministre de l’Intérieur Daniel Palacios) depuis un quartier de la ville proche de l'aéroport, au moment de l’atterrissage. La Présidence colombienne a ensuite complaisamment diffusé des photos des impacts de balles sur la carcasse de l’hélicoptère et une brève vidéo tournée comme par hasard au moment où les tirs auraient eu lieu (VOIR ICI).

Peu de temps après, le ministre de la Défense Diego Molano annonçait une récompense de près de 800.000 dollars pour toute information permettant d’identifier les auteurs de « l’attentat » ; et simultanément, étaient « retrouvées », bêtement laissées sur place, les deux armes qui auraient été utilisées (voir photo): un pistolet-mitrailleur AK-47 et un fusil de calibre 7.62 portant (comme par hasard, là encore) la marque de l'armée vénézuélienne. Tout à fait cohérent avec la propagande uribiste : depuis le début de la protestation sociale en Colombie, le président Duque et son mentor Alvaro Uribe affirment que le Paro nacional est orchestré et financé par le Venezuela de Chavez et Maduro, avec l’appui des guerilleros des ex-FARC, et de narcotraficants (qui sont, au passage, les principaux soutiens du clan Uribe !).

Sauf que cette cohérence ne tient pas la route 15 secondes, et dans le cas de « l’attentat » présidentiel, c’est assez facile à démontrer. Deux experts en armes de guerre et balistique, consultés par la rédaction des humanités, sont formels. Le fusil AK-47, de fabrication russe, a une cadence de tir de 600 coups par minute, et une portée de 443 mètres en mode semi-automatique et de 302 en mode automatique. Le fusil FAL 7.62, de fabrication belge, a une cadence de tir de 700 coups par minute, avec une portée effective de 600 mètres et une portée maximale de 1 860 mètres. Selon les experts consultés par les humanités, les tirs entendus sur la vidéo diffusée par le gouvernement colombien ne semblent correspondre à aucune de ces deux armes. Mais surtout, la distance entre le quartier où ont été retrouvée les deux armes, et l’aéroport Camilo Daza à Cucuta (voir photo) -compte non-tenu de l’altitude de l’appareil), est supérieure à la portée maximale des deux armes. Selon ces experts, il est matériellement impossible qu’à une telle distance (au moins 2 kilomètres), l’un des deux fusils ait pu provoquer les impacts de balles photographiés et diffusés par la Présidence colombienne.

Il s’agit donc, selon toute vraisemblance d’une mise en scène destinée faire croire qu’avait eu lieu un attentat. En Colombie même, certaines voix n’ont d’ailleurs pas tardé à mettre en doute la sincérité de « l’incident », à commencer par le sénateur d’opposition Gustavo Bolivar. L’écrivaine Carolina Sanín écrit pour sa part, sur son compte Twitter : « La droite met en scène des attaques contre le gouvernement pour justifier le totalitarisme. Ne vous rendez-vous pas compte que l'uribisme fait tout cela pour ne pas lâcher le pouvoir l'année prochaine ? [en mai 2022, prochaine élection présidentielle en Colombie]. Vous ne vous rendez vraiment pas compte du degré d'aliénation et d'incapacité à lire ce qui se passe ? Ou bien suis-je le seul « trou du cul » téméraire à le dire ? ».

Mais pour l’AFP, reprise en chœur par la quasi-totalité de la presse française, il n’y a pas l’ombre d’un doute : le gentil président colombien a été victime d’un « lâche attentat ». Amen !

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