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Au cœur des convois de la liberté



Les convois de la liberté. Il y a certes le pass vaccinal qui ne passe pas. Mais pas que. Il s’agit aussi d’en finir avec la « démocrature » macroniste, et de « poursuivre, jusqu’à ce que les poudrés cèdent ! » Pour prendre le pouls de cette France qui (se) manifeste, rien de tel que de lire attentivement la presse des régions… Pour les humanités, dans le cadre de la série VU D’EN FRANCES, avec le concours de la presse quotidienne régionale, reportage du quotidien L’Union.


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« S’il prenait à un Huron de passage l’envie de secouer la torpeur hexagonale,

il nous exhorterait à réhabiliter le régalien ; à relégitimer les notions de peuple et d’intérêt général ;

à rabattre le caquet des Diafoirus économistes et financiers, prévisionnistes qui n’ont jamais rien prévu. »

(Régis Debray, Un candide à sa fenêtre, Gallimard, 2015)


« On se calme », qu’il dit. Il n’a toujours pas compris.

Il n’a toujours pas compris, le en même temps Jupiter-Je-Sais-Tout et Père-Fouettard-de-qui-peine-à-le-suivre, que plus il dit de se calmer, plus ça tourne en colères. Il doit avoir un mauvais conseiller en service après-vente.

Pour calmer la crise de jaunisse des Gilets, le Diafoirus élyséen (dans Le malade imaginaire de Molière, Monsieur Diafoirus et son fils Thomas [« grand benêt nouvellement sorti des écoles, qui fait toutes choses de mauvaise grâce et à contretemps »], sont deux cuistres grandiloquents et rétrogrades dont le charlatanisme finit par éclater au grand jour) avait bien tenté Grand Débat et cahiers de doléances. Mais après ce Grand Débat, il n’a fait que continuer à débattre avec sa propre Grandeur. Quant aux doléances alors couchées sur papier, on ne sait sur quelles étagères oublieuses elles prennent la poussière.

Alors forcément, ça grogne dans les chaumières et ça rue dans les brancards. Une fois de plus, pour tenter de sauver une mise déjà bien entamée, Jupiter va sortir ses foudres de guerre, alias Darmanin-de-jardin et Lallemant-de-service. La météo de ce samedi 12 février annonce pluie de LBD (Lanceur de balles de défense) sur la capitale.


Les convois de la liberté. Il y a certes le pass vaccinal (après le pass Navigo, le pass Culture et le pass sanitaire, et avant le pass Nulle-Part ; la France est en passe de devenir une maison de pass) qui ne passe pas. Mais pas que. Pour prendre le pouls de cette France qui (se) manifeste, rien de tel que de lire attentivement la presse des régions…


Jean-Marc Adolphe


REPORTAGE GUILLAUME LEVY / PHOTOS STEPANIE JAYET
POUR L’UNION DU 12 FÉVRIER 2022.

En fin de journée, plusieurs centaines de véhicules venus de tout le Grand Est ont convergé vers Reims, dans la zone Farman, avant d’effectuer la dernière étape, celle vers Paris.

Venant de Charleville, Châlons, Nancy ou Strasbourg, près de 500 antipass et gilets jaunes ont rejoint Reims, hier soir, avant de partir pour Paris. Nous avons suivi des cortèges et écouté les revendications protéiformes des participants.


Le ciel d’azur, puis la nuit froide, n’ont pas atténué la colère des quelques centaines d’habitants du Grand Est qui ont convergé, hier, d’abord vers Reims, ensuite vers Paris. À la mi-journée, ils n’étaient guère qu’une cinquantaine sur le parking de Carrefour, à la sortie de Charleville. Pourtant, à l’image du Cid, ils se virent 500 en arrivant à Reims.

Parmi les premiers participants à ce « Convoi de la liberté », Mélanie, Patricia, Valérie et Victor, « historiques » gilets jaunes revinois. « On nous rogne de plus en plus nos libertés », râlent-ils, devant la journaliste du Monde Florence Aubenas, qui prépare un reportage sur les gilets jaunes du Nord Ardennes. Le sujet du pouvoir d’achat est la goutte d’eau qui les a mis sur la route : « Les petites retraites qui stagnent, les coûts de l’énergie qui flambent, on ne s’en sort plus ! » Parmi eux figurent aussi deux soignantes, qui n’ont pas digéré d’être « obligées de se faire vacciner, pour ne pas perdre notre travail et pouvoir nourrir nos enfants ».


À 14 heures, tout le monde monte en voiture et quitte la zone de la Croisette, direction Reims. Vingt-cinq véhicules embarquent les manifestants, applaudis par d’autres qui, comme beaucoup, n’ont pas pu se libérer. C’est le cas de Sophie, venue du village rethélois de Sorcy-Bauthémont : « C’est la première manifestation de ma vie. Je les soutiens de tout cœur, car je veux retrouver la liberté. Je n’en peux plus de ce que le gouvernement nous fait subir depuis deux ans. »

Après quelques tergiversations, le convoi emprunte l’A34, « car elle est gratuite ». À moins de 90 km/h sur l’autoroute, suivies par une discrète patrouille de motards, les voitures, pour certaines recouvertes de slogans et de drapeaux français, gagnent Reims vers 15 h 30. Le point de convergence des luttes – antipass, antivax, gilets jaunes… – est fixé sur le parking du Centre routier, en zone Farman. L’ambiance y est plutôt bon enfant. La presse n’est pas prise à partie, policiers et gendarmes officient dans le calme et avec le sourire.

Les mots d’ordre n’en sont pas moins virulents. « Macron violeur », peut-on même lire sur une pancarte, tout de suite discréditée par les organisateurs, qui ne veulent « pas de dérapage ». Christophe et « JC », deux gilets jaunes rémois, mettent plutôt en avant les principales revendications de ces convois : « On veut plus de liberté et plus de pouvoir d’achat. »

Mais très vite, les accusations selon lesquelles la France serait devenue un pays autoritaire reviennent. « La France n’est plus un pays libre. Il faut que Macron nous libère du pass, mais aussi du masque, qu’on sorte enfin de la dictature macroniste ! » Convaincus de ce qu’ils clament, au mégaphone comme aux médias, ils sont débordés par les antivax, qui dégainent leur téléphone pour montrer les « preuves du complot » : « Le vaccin tue, c’est un génocide ! Il est injecté de force pour asservir les peuples », crie Florence, une retraitée ardennaise.


Tout près, des personnes sont venues non pas convoyer, mais ravitailler. « J’assure la logistique », explique Frédérique. Convaincue elle aussi de vivre « en démocrature », elle veut avant tout « distribuer des victuailles » pour « faire tenir » les manifestants. Devant elle, une table remplie de café, de chips ou de gâteaux permet de charger les coffres, avant le grand départ, le moment attendu par tous : « On est en prison depuis deux ans. On ne voulait rater ça pour rien au monde, on vit un moment historique », assurent Nadine et Jean-Marie.

Mais le départ tarde. La nuit tombe, les coups de klaxons s’intensifient. Pendant trois heures, les convoyeurs attendent. Que les Châlonnais arrivent, mais surtout les Lorrains et les Alsaciens. Alors que le départ était fixé à 16 h 30, il est reporté, le temps que 200 voitures et 30 camping-cars partis de Strasbourg et Nancy rejoignent Reims. À 19 h 30 enfin, une voix lance au mégaphone : « On part ! »


Des gilets jaunes historiques en soutien de loin

Beaucoup de gilets jaunes de la première heure étaient dans le convoi, mais certains l’étaient aussi « en pensée », à défaut de pouvoir s’y rendre. C’est le cas de l’Ardennais Aomar Menacer. « Au travail » hier, il n’a pu prendre la route, mais a revendiqué son « soutien très fort ». Pour le Nouzonnais, ces convois sont « une lutte contre le pass sanitaire et contre la précarité des Français. Il faut ouvrir les yeux du gouvernement et des présidentiables, car quand j’entends les Le Pen, Zemmour ou Pécresse, ça me fait bien rire. Ils ne parlent que d’autorité et de policiers, mais ce n’est pas ça le problème. Le problème, c’est le pouvoir d’achat. On travaille pour des salaires de misère. »

À Châlons, Emmanuel Galante, 73 ans, figure des gilets jaunes, n’a pu se rendre dans le convoi pour des ennuis de santé, mais le retraité est « à 3 000 % » pour le mouvement. « On ne peut plus bouger, ni bouffer ! Les milliardaires voient leurs revenus exploser et nous, nos salaires et nos retraites n’augmentent pas. Tout le monde se goinfre sur notre dos. » Le pass vaccinal l’excède aussi : « Je ne suis pas vacciné et je ne peux plus rien faire, à part me balader et voir les gens aller au restaurant ou au spectacle. Moi, je ne peux plus, ça me fout les boules. »


DJ carolo, Camille a décoré son C8 avec ruban tricolore, autocollant «convois de la liberté» et sono,

pour réclamer «la liberté pour tous».


Pour entrer à Paris, on improvisera !

Parmi les centaines de personnes qui se sont retrouvées hier à Reims, beaucoup se posaient la question : comment faire pour entrer dans Paris malgré le déploiement de plus de 7.000 agents pour bloquer le passage vers la capitale ? La plupart des manifestants étaient pourtant confiants. Comme Sébastien, gilet jaune rémois : « On monte sur Paris et pour entrer, on improvisera ! Comme avant sur les ronds-points, où on faisait beaucoup d’improvisation aussi. »« On mettra les semis en tête de cortège, ça posera pas de problème », garantissait un routier. « S’il faut attendre sur une aire avant Paris, avec toute la nourriture qu’on a, on peut tenir trois jours ! », assurait de son côté un Ardennais. Au final, alors qu’ils devaient emprunter l’A4, un changement de programme intervenait à la dernière minute : la décision était prise de passer par « les petites routes », suivant un axe Épernay, Dormans, Château-Thierry et Meaux. Et après ? « On verra bien ! »


Jusqu’à ce que les poudrés cèdent

Des fumigènes saluent l’arrivée des convois du Nord et de la Picardie

au point de rassemblement dans l’Oise. Photo Manon Cruz

Dans l’Aisne, un convoi d’une vingtaine de voitures est parti de la place Bouzier, à Chauny, vers 11 h 30, pour « monter sur Paris », avec une escale à La Rue-Saint-Pierre (Oise) afin de retrouver d’autres convois partis de Laon, de Picardie et du Nord. Parmi la quarantaine de personnes s’apprêtant à partir ou apportant leur soutien aux « roulants », Dominique, une comptable, exprime sa colère « d’être sous contrôles permanents ». Comme Thérèse, travaillant dans les ressources humaines – « ressources inhumaines ! » – dans un service social : « On a un ras-le-bol de tous les protocoles, de la folie Covid, de tout ce qui est liberticide dans nos vies ! » Steph « veut récupérer sa liberté, liberté physique et liberté d’expression, et son pouvoir d’achat ». Avec le sentiment d’être sorti « évincé » de la période des gilets jaunes, Steph ne s’engage pas pour une opération d’un jour : « Ce n’est pas la continuité, c’est le renouveau ! On va poursuivre, jusqu’à ce que les poudrés cèdent ! »

À la Rue-Saint-Pierre, petite commune rurale des environs de Beauvais, les 800 habitants n’ont jamais connu une telle animation. Des centaines de participants au Convoi dit de la liberté, s’y sont retrouvés en fin d’après-midi, sur le parking d’un restaurant routier, dans une ambiance survoltée. Au milieu des fumigènes et des « Liberté, Liberté », entonnés par 400 à 500 personnes, Jean-Loup, gilet jaune de la première heure originaire de Frévent (Pas-de-Calais), s’enthousiasme : « C’est incroyable, en partant ce matin, on ne savait pas trop où on allait, c’est fou. » Grâce aux réseaux sociaux, à la messagerie sécurisée Telegram, ils ont convergé vers Paris malgré l’interdiction d’accès décrétée par la préfecture. Contre les restrictions sanitaires et la hausse du coût de la vie, ces manifestants d’un nouveau genre ont traversé la région du nord au sud au sein d’un cortège qui n’a cessé de grossir tout au long de la journée. Ils n’étaient qu’une trentaine, en milieu de matinée à Abbeville, deux à trois cents, à la mi-journée à Amiens, avant de dépasser les 300 véhicules et 500 participants environ en fin d’après-midi, dans l’Oise.

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