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Chili : de la protestation à l’Assemblée constituante.


Manifestation à Santiago du Chili, novembre 2019. Photo Marcelo Hernandez.


Première assemblée paritaire au monde ! Ce dimanche 4 juillet se réunit à Santiago du Chili l’Assemblée constituante élue en mai dernier. Une nouvelle page se tourne : il ne s’agit pas seulement d’en finir avec la constitution héritée de l’ère Pinochet, mais de traduire en actes les revendications issues des mouvements sociaux, féministes et indigènes.


Lundi dernier 28 juin, au Chili, Irací Hassler Jacob, 30 ans, féministe et militante communiste, a pris ses fonctions comme maire de Santiago, succédant ainsi à Felipe Alessandri, du parti de droite Renouveau national (RN). « Sa victoire a été l’une des grandes surprises des élections qui se sont tenues le week-end des 15 et 16 mai », rapporte Yasna Mussa sur Mediapart : « La conquête de Santiago n’a pas été un chemin de roses. Irací Hassler a participé à un long processus qui a abouti à une primaire citoyenne sans précédent, où l’économiste a été confrontée à des représentants d’organisations de base et de quartier de sa commune. » L’élection de Irací Hassler n’aura pas été la seule surprise du scrutin de mai, où les Chiliens ont pu voter pour élire parmi 1 373 candidats, 155 élus à parité chargés de rédiger une nouvelle constitution pour le pays. Remplacer la Constitution rédigée en 1980 sous le régime militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990) était une des revendications issues du plus grand soulèvement social des dernières décennies amorcé en octobre 2019 pour réclamer une société plus égalitaire. Ce processus électoral, décidé par référendum en octobre 2020, est le premier au monde à élire une Assemblée constituante sur une base paritaire, où autant de femmes que d'hommes vont rédiger la nouvelle feuille de route chilienne. Et à la surprise générale, la droite a été largement défaite, au profit de l’irruption des indépendants et des blocs de gauche, comme le Front large (Frente Amplio) et le Parti communiste. En décrochant 48 sièges, les indépendants ont réussi l’impensable : obtenir près d’un tiers à l’Assemblée, sans grandes structures politiques, avec des ressources réduites et seulement quelques secondes de propagande dans le créneau électoral. Ils forment aujourd’hui la « Lista del pueblo » (la Liste du peuple)

Francisca Liconao, figure de la communauté mapuche. Photo DR


Sur les 155 sièges de cette Assemblée constituante, 17 ont été réservés aux 10 peuples autochtones du Chili. Parmi les personnalités élues à cette Assemblée constituante : Francisca Linconao, cheffe spirituelle mapuche qui s’est fait connaître pour avoir été persécutée par l’État, accusée d’un crime avant d’être acquittée. Elle est la première femme mapuche à avoir gagné un procès au titre de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) pour la protection de son « rewe », qui, dans sa vision du monde, représente un objet cérémoniel. Et c’est une autre figure mapuche, l’universitaire Elisa Loncón, qui pourrait être amenée à présider l’Assemblée constituante.


Le mouvement féministe a été déterminant dans la mobilisation sociale qui permet aujourd’hui d’écrire une nouvelle page de l’histoire chilienne. Le 25 novembre 2019, à Santiago, alors que s’essoufflait le mouvement de protestation initialement suscité par la décision du gouvernement chilien d’augmenter le prix du ticket de métro ; mouvement de protestation marqué des violences policières, notamment sexuelles ; c’est une performance du collectif Las Tesis qui a permis de redynamiser la mobilisation (VIDEO CI-DESSUS). Cette performance collective, intitulée « Un violador en tu camino » (Un violeur sur votre chemin) « a permis de retourner dans la rue alors que la violence de la répression était très dure et qu’il existait une peur de manifester. Cela a provoqué des mobilisations et des rassemblements spontanés de femmes loin des grands centres, et a permis de défier l’acteur principal de la répression, les Carabiniers du Chili [les forces militaro-policières] », soulignait alors sur Mediapart Antonia Orellana, jeune militante du Front féministe de convergence sociale, qui appartient au Réseau chilien contre les violences faites aux femmes.

19 mois plus tard, ce dimanche 4 juillet, l’Assemblée constituante issue de ce vaste mouvement social se réunit au siège de l’ex-Congrès national, désormais baptisé Palacio Pereira. Cette réunion inaugurale sera précédée de plusieurs marches et actes symboliques.

Dès 8 h 15 (14 h 15 heure française), les élu.e.s de la Liste du Peuple, accompagné.e.s de leurs proches et soutiens, tiendra une cérémonie inaugurale sur la place Baquedano, incluant la lecture d'un "engagement de loyauté des électeurs envers le peuple". Ils et elles marcheront ensuite vers l'Alameda, puis le long du Paseo Ahumada et de la Plaza de Armas, jusqu'à la rue Compañía, où se trouve l'ancien Congrès national.

De leur côté, les élu.e.s mapuches organisent une cérémonie rituelle tiendront une cérémonie au Cerro Santa Lucia, avant d’entamer eux aussi une marche conduite par la machi Francisca Linconao. Les représentant.e.s du peuple aymara se retrouveront directement au Palacio Pereira, tandis que le Parti communiste organise un rassemblement.sur la Plaza Baquedano.

Une fois que les 155 élu.e.s de l’Assemblée constituante constituants seront réuni.e.s, commencera la lecture de l'acte de proclamation. Un doute subsiste encore sur le teneur de cet acte : certain.e.s élu.e.s refusent en effet de prêter serment « au nom de Dieu », mais plutôt « au nom des peuples du Chili".

Dominique Vernis.


"Il me tarde d'enterrer la Constitution pinochétiste." En une phrase énoncée tranquillement, la militante féministe Alondra Carrillo résume la mission historique qui l'attend à partir du dimanche 4 juillet. Ce jour-là, la psychologue de 29 ans fera son entrée sous les ors du salon d'honneur du bâtiment néoclassique du Congrès national, au cœur de Santiago. Là, avec 154 autres constituants élus en mai dernier, elle aura la lourde tâche de rédiger - dans un délai de neuf mois à un an - une nouvelle Loi fondamentale destinée à remplacer le texte actuel, hérité de l'ère Pinochet (1973-1990)


VIDEO (en espagnol) : De la protestation à la nouvelle Constitution




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