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Monsieur le Président, allez-vous tuer ce regard et ce sourire ?


La vie de Nila, 14 ans, réfugiée iranienne, est entre les mains d’Emmanuel Macron, ce déficient du cœur.


Ça suffit, de parler des « migrants ».

Les migrants, ce sont des gens. Y compris des jeunes gens.

Nila a 9 ans. Elle vient d’Iran, vient d’arriver au camp de la Grande-Synthe.

Sa mère est mannequin. En Iran, c’est suffisant pour que toute la famille soit menacée de mort.

Alors, l’exil. 5.200 kilomètres plus tard, la voici donc arrivée dans un pays qui se prétend « des droits de l’homme », avec son père et son frère. Sa mère n’est pas arrivée au bout du voyage, elle a été arrêtée en Turquie.

Mais ici, pour Nila, il n’y a aucun avenir. Emmanuel Macron a déjà fait siennes les élucubrations zemmouriennes sur le « grand remplacement ». Des « migrants », il y en a déjà trop, n’est-ce pas ? Et des gens, il y en a trop aussi ?

Il faudrait avoir un peu de cœur, un zeste de reste d’humanité. Visiblement, c’est trop espérer du locataire de l’Élysée et de son ministre de l’Intérieur, lequel envoie ses chiens de garde lacérer les tentes desdits migrants.

A Calais, Grande-Synthe, des militant.e.s de l’Auberge des migrants et d’autres associations sont heureusement là pour porter un peu de réconfort et de fraternités. Ils.elles sont l’honneur de notre pays que vous déshonorez.

Puisque vous n’opposez au regard et au sourire de Nila que votre Suffisance et votre Indifférence, elle va entreprendre d’ici quelques jours, avec son frère et son père, la traversée vers l’Angleterre. Là-bas, au moins, elle sera légalisée. Si elle y arrive. C’est quitte ou double. De nuit, l’eau noire pourrait bien engloutir à jamais son regard et son sourire. Noyée, comme tant d’autres avant elle.

Si Nila meurt noyée, et que cela se sait, nul doute que vous verserez une larme de crocodile, et puis vous accuserez les passeurs, la Grande Bretagne, etc. Sartre le disait déjà : « L’enfer, c’est les autres ».

Je vous le dis tout net, monsieur le Président de la République : vous êtes une enflure. Juste une enflure.

Je vous confie les mots et les images de Laurent Prum, psychologue et auteur qui, à Grande-Synthe, a rencontré Nila et raconte son histoire. Il vient de vous écrire. Nous savons déjà que vous ne répondrez pas. Vous avez d’autres chats électoraux à fouetter, un soldat Blanquer d’Ibiza à sauver, et mille tâches importantes sur le feu.

Que peut bien vous importer la vie de Nila ? Savez-vous-même ce qu’est un regard, un sourire ?


Je ne vous salue pas.


Jean-Marc Adolphe, 19 janvier 2022.



Nila et son père, à Grande-Scynthe, le 19 janvier 2022. Photo Laurent Prum.


Monsieur le Président de la République Palais de l'Elysée 55 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris

Dunkerque le 18 Janvier 2022

Monsieur le président,

Vous écrire, parce que ce soir, j’ai la boule au ventre et la rage au cœur. Et ça empêche mes larmes. Bien sûr, je suis un pas-content de plus et qui va vous brandir sa tartine de bons sentiments. Je vous explique.

Elle s’appelle Nila.

Elle a neuf ans.

Elle est iranienne.

Dans son pays, elle et sa famille sont menacées de mort : on ne change pas de religion dans une dictature.

Elle vient d’arriver ce soir à Grande-Synthe au camp de réfugiés.

Nila est arrivée avec son père et son frère. Ils ont parcouru un peu plus de 5200 km. Sa mère a été arrêtée en Turquie, et mise à l’abri par des sympathisants. Elle est mannequin. Et dans son pays, ça aussi c’est illégal.

Ce soir, Nila a pu parler par téléphone à sa maman. C’était incroyable : Nila plusieurs fois a ri. Sa maman doit être très forte. A moins que ce soit Nila qui ménage sa maman d’un trop chagrin.

Nous sommes à la fin du jour, dans un camp du nord de la France. Le gel commence à tailler les peaux. Et rien pour eux, pour la nuit.

Mais très vite, ça se mobilise : en moins d’une heure, palettes, tente et bâches sont installées. Pour cette nuit, ils seront à l’abri. Nila dit en regardant le remue-ménage : “they are like angels”. Un militant rage pourtant : “Putain, l’année prochaine, je fais un stock de matelas parce que franchement, ça me fait trop chier pour eux” : oui, monsieur le président, vous n’êtes pas le seul à utiliser des gros mots.

Dans quelques nuits, pendant des heures, Nila sera entassée avec d’autres sur un canot, au milieu de la mer.

Et allez je vous dis ce que vous savez déjà : cette petite fille risque de mourir noyée.

Répétons-le : cette petite fille risque de mourir noyée.

Parce que la France ne légalise pas tous les réfugiés, même menacés, contrairement à l’Angleterre.

Parce qu’il n’y a aucune voie légale pour traverser.

Parce que vous n’ouvrez pas le débat.

Parce qu’au contraire, vous renforcez les mesures sécuritaires qui créent davantage de danger.

Cette petite fille va tenter la traversée de la mer du Nord et risque de mourir noyée.

Alors on fait quoi Monsieur le Président ?

On s’en prend aux passeurs ? On s’en prend à l’Angleterre ?

C’est un enjeu politique et majeur, je le sais bien. Mais Nila a neuf ans et elle s’en fout de vos histoires de grands, de vos histoires politiques.

Nila, si elle meurt, c’est un peu vous, je dois vous le dire fort, qui serez responsable.

Crime, crime d’Etat. Et vous êtes bien le chef de notre Etat.

Alors je vous demande juste avant de vous endormir chaque soir, de regarder les yeux magnifiques et le sourire de Nila.


Laurent Prum


« Que restera t-il lorsque l'oubli, sur la matière de nos vies, aura accompli son travail d'anéantissement ? De chaque existence subsisteront simplement quelques souvenirs et pour tous, identique, le même merveilleux malheur d'aimer, le sentiment immense d'être malgré tout vivant, la somme des quelques instants où se tient et s'efface toute la succession des jours. »



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