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AFP, désinformation et fascisme

Dernière mise à jour : 22 févr. 2022


Manifestation d'une coordination antifasciste à Bogota contre une assemblée du "Foro Madrid", le 19 février.


A quoi joue l'Agence France Presse en Colombie ? Passant sous silence une réunion de néofascistes espagnols et latino-américains qui rêvent notamment d'un putsch contre le président chilien Gabriel Boric, la prestigieuse agence de presse préfère diffuser une "information" de propagande fabriquée de toutes pièces par le gouvernement colombien d'Ivan Duque, "grand ami" d'Emmanuel Macron.


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Colombie : l’AFP est à nouveau prise en flagrant délit de désinformation. Selon sa propre présentation, « l'Agence France-Presse est une agence de presse mondiale et généraliste d'origine française chargée de collecter, vérifier, recouper et diffuser l'information, sous une forme neutre, fiable et utilisable directement par tous types de médias ». Mais dans le cas de la Colombie, alors que l’AFP a rejoint une « coalition Désintox » (avec le soutien de Google !) l’agence de presse française n’est ni neutre, ni fiable, et elle reprend souvent la propagande du gouvernement colombien (pas franchement démocratique), sans la moindre vérification, et dissimule soigneusement d’autres informations « sensibles », qui touchent notamment aux atteintes aux droits de l’homme ou encore au « sabotage », par la droite au pouvoir, des Accords de paix conclus en 2016 avec la guérilla des Farc.

Dernier exemple en date : une dépêche datée de cette nuit, qui prétend que « l'ELN menace de bloquer la Colombie par une "guerre armée" pendant trois jours. »

« Face à la menace de la guérilla, ajoute l’AFP, le gouvernement a promis de déployer les forces de l'ordre pour assurer la libre circulation des Colombiens. » La suite de cette dépêche permet déjà de se faire une idée du sérieux de l’information : « Le document, qui n’est signé par aucun des dirigeants du groupe insurgé, ne donne aucun détail sur la mise en œuvre de cette mesure de « grève armée », par le biais de blocages de routes par exemple. » Cette « information » n’a d’ailleurs été reprise par aucun autre média colombien. Au contraire, voici cinq jours, les porte-parole de l’ELN (Armée de Libération nationale, ont déclaré à la presse qu’ils n’affecteraient pas le processus électoral (Lire ICI), avant l’élection présidentielle prévue en Colombie en mai prochain. Dans sa dépêche, l’AFP ne fait pas mention de cette déclaration.

Au demeurant, on ne voit pas très bien comment l’ELN, qui compte tout au plus, selon l’ONG Indepaz, 2.4500 combattants clandestins, pourrait bien bloquer un pays grand comme 2 fois la France.

Ce n’est pas tout. La dépêche AFP ajoute : « Depuis le désarmement des FARC marxistes, l’ELN guévariste est considérée comme la dernière guérilla constituée comme telle encore active en Colombie, où sévissent cependant encore de nombreux autres groupes armés, comme les dissidents des FARC, qui se disputent par ailleurs le contrôle du juteux trafic de drogue. » Pas un mot des milices paramilitaires d’extrême droite, qui tuent et terrorisent avec la complicité du gouvernement d’Ivan Duque, soutenu par la coopération militaire de la France d’Emmanuel Macron.


Bien loin de la « neutralité » et de la « fiabilité », l’AFP semble avoir choisi le camp de la propagande. Même des journaux très sérieux, comme Le Temps, à Genève, se font avoir. La publication de la dépêche AFP, ce lundi 21 févier, est accompagnée d’une photo ainsi légendée : « Les forces de l'ordre vont être déployées dans le pays, a annoncé le gouvernement colombien ». Or, ladite photo n’a rien à voir avec l’ELN ni avec un supposé déploiement de forces de l’ordre. Que montre cette photo ? Une rangée de policiers derrière un bris de vitre.


Cette image est liée à un événement survenu en fin de semaine dernière, que l'AFP a préféré minimiser, parlant "d'incidents" et de "violences" commises par des manifestants antifascistes (Lire ICI). Ce n'était pourtant pas rien : un rassemblement de fascistes et de néo-nazis de toute l'Amérique latine, réunis dans un luxueux hôtel de Bogota, l’hôtel Radisson. Nom de code : Foro Madrid. Officiellement, il s’agit d’une « alliance internationale pour défendre la liberté, la démocratie et l’état de droit ». En fait, comme a pu le constater un correspondant colombien des humanités infiltré dans cette réunion, il s’est surtout agi, hors micros, lors de « réunions informelles » d’imaginer des scénarios putschistes pour faire tomber le gouvernement de Gabriel Boric au Chili, et d’éviter que la « révolution moléculaire », selon les termes de l’universitaire chilien Alexis López Tapia, disciple de Pinochet et fondateur à la fin des années 90 du groupe néo-nazi « Patria Nueva Sociedad » (Lire ICI), invité à plusieurs reprises par des instances gouvernementales en Colombie (avec la bénédiction de la France d’Emmanuel Macron, qui y cherche inspiration pour réprimer les mouvements sociaux), ne fasse tache d’huile dans le reste de l’Amérique latine. L'ancien président Álvaro Uribe Vélez (qui a organisé sous son règne tout un système d’exécutions extra-judicaires, notamment de leaders sociaux et indigènes : les « falsos positivos », que Uribe avait qualifié de « sécurité démocratique ») et les sénatrices uribistes María Fernanda Cabal et Paloma Valencia ont d’ailleurs participé à cette aimable réunion, à laquelle s’étaient aussi joints, par exemple, le député argentin et « économiste ultralibéral » Javier Millei ; l’ex-président par intérim du Pérou, Francisco Tudela, critiqué pour avoir nié ou relativiser des crimes du régime Fujimori ; l’ancien ministre bolivien Carlos Sánchez Berzaín, aujourd’hui en exil aux Etats-Unis ; ou encore Eduardo Bolsonaro, le fils du président brésilien, encore plus d’extrême-droite que son père, ce que n’est pas peut dire.

Présentation « soft » du Foro Madrid sur YouTube


Le tout était organisé sous l’égide de la Fondation Disenso, qui a pour objet « d’éradiquer le communisme », et le parti espagnol d’extrême-droite VOX, représenté par son président, Santiago Abascal, et l’eurodéputé Hermann Tersch.

Les néofascistes Antiago Abascal (photo de gauche) et Hermann Tersch, du parti d'extrême-droite epagnol VOX


Santiago Abascal fait de la lutte contre le féminisme — qu'il qualifie de « féminazisme » — l'une de ses priorités. Hostile à la politique de lutte contre les violences de genre, il estime que les hommes sont stigmatisés par les féministes. Climatosceptique revendiqué, il estime que le réchauffement climatique est la « plus grande escroquerie de l’histoire ».

Fils d’un officier nazi de haut-rang, Hermann Tersch est pour sa part un spécialiste de la désinformation. En 20156, il avait ainsi affirmé dans le journal ABC que le grand-père de Pablo Iglesias (le leader de Podemos) avait participé à des assassinats de civils.

Ces sympathiques garçons sont bien parmi les derniers au monde à revendiquer les « bienfaits » de la conquête espagnole il y a 500 ans. « L'Espagne a réussi à libérer des millions de personnes du régime sanguinaire et terroriste des Aztèques. Fiers de notre histoire ! », écrivait VOX dans un tweet du 13 août 2021.


Quant à l’impact sur la vitre, dans la photo jointe à l’article de l’AFP, il s’agit d’une pierre lancée par des militants antifascistes colombiens qui protestaient contre le Foro Madrid devant l’hôtel où était réunie la bande de nazillons. Rien à voir avec la guérilla de l’ELN !


Jean-Marc Adolphe

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