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Climat : pour qui sonne Glasgow ?



Ce dimanche 31 octobre s’est ouvert à Glasgow la 26ème COP, conférence internationale des Nations unies sur le changement climatique. Après l’échec cuisant de la COP25, c’est un peu le sommet de la dernière chance. Il ne faut hélas guère en attendre de miracle, tant les climato-attentistes ont succédé aux climato-sceptiques. Mais partout sur la planète, les mouvements activistes ne baissent pas les bras.


Crucial. Un point, c’est tout.

La COP26, qui s’ouvre ce dimanche 31 octobre à Glasgow, a des allures d’épreuves de vérité. Il s’agit, ni plus, ni moins, d’assurer sans tarder la survie des prochaines générations. Sur le papier, c’est simple : il faut maintenir les températures mondiales au plus près d'1,5°C de réchauffement d'ici 2100. Dans les faits, c’est une autre histoire : cet objectif de 1,5°C est inatteignable au rythme des engagements actuels des États. (Lire article très complet sur RFI)

Une personne marche le long des fissures du barrage de Devegecidi, partiellement asséché, au nord-ouest de Diyarbakir, en Turquie, frappé par la sécheresse, le 29 octobre 2021. Photo Sertac Kayar / REUTERS.


Incendies de forêts ou inondations, ouragans, cyclones et tempêtes, sécheresse et famine (comme au sud de Madagascar), les alertes climatiques ont beau être de plus en plus tangibles, les mesures prises pour arrêter le réchauffement climatique restent des demi-mesures.

Les rapports s’accumulent : Organisation météorologique mondiale, Groupe international d'experts sur le climat, Programme des Nations Unies pour le Développement, etc., mais rien ne semble déboucher sur des décisions à la hauteur de l’enjeu et de son urgence. Une espèce a certes quasiment disparu, celles des climato-sceptiques. Elle a laissé la place à une espèce mutante : les climato-attentistes.

Certes, un George W. Bush, tonitruant en 1995 que «le mode de vie des Américains [n’était] pas négociable », semble aujourd’hui appartenir à la préhistoire. Mais après ?

A propos de dinosaures, l’ONU a fait revenir l’un d’eux, dans un clip spectaculaire. Le mastodonte s’invite à l’assemblée générale des Nations Unies pour appeler le monde appelle le monde à «ne pas choisir l'extinction.» Une campagne choc, mais atrophié qu’il est, il n’est pas sûr que le cerveau reptilien de la plupart des dirigeants de cette planète soit encore capable de comprendre le discours d’un dinosaure.


En tout cas, après l’échec cuisant de la COP25 à Madrid et six ans après l’Accord de Paris, force est de constater que, dénués de tout caractère contraignant, les engagements pris alors sont restés de pure forme (y compris en France où l’État vient d’être condamné pour inaction climatique).

«Trahison», s’indignent à juste titre Greta Thunberg, Vanessa Nakate et et Dominika Lasota, parmi les figures les plus en vue de l’activisme écologique, qui lancent sur la plateforme Avaaz un appel urgent aux dirigeants du monde entier pour qu’ils «fassent enfin preuve de courage et clairvoyance, et prennent les décisions nécessaires pour nous faire sortir du gouffre».

Manifestation d’Extinction Rebellion à Toulouse, le 30 octobre. Des militant.e.s ont bloqué la circulation sur plusieurs axes pour protester contre l'inaction du gouvernement français face à l'urgence climatique.

Photo Christine Ravier / FTV.


«Les vingt prochaines années sont déjà jouées», estime le climatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du Giec. Si on continue comme ça, on va droit dans le mur. Aujourd’hui, tout le monde le sait. Pour atteindre au plus vite cet objectif maximal d’un réchauffement de 1,5% d’ici 2100, il n’y a pas le choix. Comme l’écrivent Greta Thunberg, Vanessa Nakate et et Dominika Lasota, il faut «cesser immédiatement les investissements dans les énergies fossiles, ainsi que les subventions, les nouveaux projets et les opérations d’exploration et d’extraction.» L’équation est simple : nous émettons environ 52 milliards de tonnes d'équivalent CO2 chaque année. Mais seulement 10 à 12 milliards sont absorbés par la nature. Et 80% de ces émissions sont dus aux énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz).


Évidemment, ce n’est pas tout. Greta Thunberg, Vanessa Nakate et et Dominika Lasota exigent ainsi de «mettre fin aux bilans carbone trompeurs», c’est-à-dire d’inclure dans le calcul des émissions de CO2 tous les paramètres liés à la consommation (chaînes d’approvisionnement, transport, etc.). Elles demandent en outre de respecter «la promesse des 100 milliards de dollars pour les pays les plus vulnérables avec des fonds additionnels pour les catastrophes climatiques.»

Bref, la COP26 a du pain sur la planche. Sans même parler de la préservation de la biodiversité, une question pourtant étroitement liée à celle du réchauffement climatique, mais qui fera l’objet d’une COP séparée, en avril 2022 en Chine (lire ICI).


Carnets de COP (dans le désordre)


La climatologue suisse Sonia Seneviratne, devant le Train pour le climat, le 30 octobre.


Les humanités ne seront pas physiquement à Glasgow. On compte sur des correspondant.e.s, des médias amis, pour rester au parfum, relayer. Quand bien même on aurait voulu y être, il eut fallu s’y préparer de bonne heure et avoir un sacré bas de laine. Une fois sur place, selon Le Monde, «Il faut compter entre 300 et 400 euros la nuit pour une chambre pas trop éloignée du centre-ville, et 1 000 euros la nuit pour les emplacements les plus centraux». Un réseau citoyen, Human Hotel, a toutefois permis d’héberger 800 délégué.e.s. Pas suffisant pour accueillir tout le monde. Le Monde cite encore deux activistes africains, burkinabé et togolais, qui ont dû renoncer à venir à Glasgow, par manque de moyens.

Ceci dit, à l’initiative de l’organisation à but non lucratif Youth for Sustainable Travel (La Jeunesse pour le Voyage Durable), plus de 500 personnes de 40 pays ont pu rejoindre Glasgow le 30 octobre depuis Amsterdam, en passant par Rotterdam, Bruxelles et Londres à bord du «Train du climat», qui a embarqué 150 jeunes et plus de 100 représentants d’ONG, ainsi que des climatologues comme la française Valérie Masson Delmotte, des décideurs politiques, des représentants du secteur ferroviaire et des journalistes.


Le mode de vie des très riches émet beaucoup plus de carbone que celui de la plupart des gens.


Une élite contaminante


Mais ce train, c’est un peu l’arbre vertueux qui cache la forêt du vice.

Pour compenser l’absence de logements en nombre suffisants, les organisateurs ont eu l’idée de faire venir... deux navires de croisière pouvant accueillir au total 6.000 personnes. Tout simplement un moyen de transport parmi les plus polluants au monde. Ces géants des mers qui fonctionnent au gasoil, et polluent plus que des centaines de milliers de voitures, vont donc accueillir des milliers de participants censés se préoccuper de l’avenir du climat ! Et pour venir jusqu’à Glasgow, la plupart des «décideurs» de ce monde (des hommes, pour la plupart) ont pris l'avion. Même Boris Johnson, depuis Londres ! En outre, selon le Huffington Post, de nombreux dirigeants ne viendront pas par des vols réguliers, mais via des jets privés, dix fois plus polluants. «Ces vols privés, qui servent à seulement 1% de la population mondiale, causent la moitié des émissions polluantes du secteur aérien», déplore l’ONG écolo fondée au Royaume-Uni.

Un article de la BBC, qui s’appuie sur les travaux d’un chercheur suédois, Stefan Gössling, montre comment les ultra-riches contribuent énormément au changement climatique par leurs activités gourmandes en carbone. Ainsi, en 2017, le milliardaire Bill Gates, qui se targue avec sa fondation d’aider des pays pauvres et de se soucier d’environnement, a effectué à lui seul 59 vols, couvrant une distance d'environ 343 500 km (plus de huit fois le tour du monde) générant plus de 1.600 tonnes de gaz à effet de serre (soit l'équivalent des émissions annuelles moyennes de 105 Américains).

Au-delà du seul Bill Gates, on peut parler d’une «élite contaminante». Selon un rapport de 2020 d'Oxfam et de l'Institut de l'environnement de Stockholm, les 10 % les plus riches du monde étaient responsables d'environ la moitié des émissions mondiales de CO2 en 2015. Et plus ça grimpe, plus ça grimpe : les 1 % les plus riches étaient à eux-seuls responsables de 15 % des émissions…

D’une façon générale, la plupart des habitants des pays riches consomment d'une manière qui accélère la catastrophe climatique. Si l'on tient compte des émissions provenant des produits importés, un Canadien moyen émet 14,2 tonnes de carbone par an, selon le Hot or Cool Institute. Pour que le réchauffement ne dépasse pas 1,5 °C, l’émission de carbone ne devrait pas dépasser 0,7 tonne par personne d'ici 2050…

Ce ne sont donc pas des aménagements à la marge qui permettront de contenir le réchauffement climatique et de permettre à la planète de rester vivable.


Le cacique Ninawa, chef du peuple amazonien Huni Kuin. Photo DR.


Compenser, un attrape-nigauds.


A mille lieurs de ces ultra-riches, le cacique Ninawa, chef du peuple amazonien Huni Kuin, était interviewé le 30 octobre par France 24. «Si la communauté internationale n'a jamais obtenu de progrès significatifs sur le climat, c'est parce que les COP sont des "foires" où les multinationales ne font qu'acheter des permis de polluer», estime-t-il. Qu’est-ce à dire ? Le cacique Ninawa fait allusion à l’article 6 de l’Accord de Paris, relatif aux mécanismes de marché carbone.

«La compensation des émissions de CO2 pour contrer le dérèglement climatique est un concept qui connaît un fort engouement à l’approche de la COP26», écrit le CCFD-Terre Solidaire. «La compensation carbone est un mécanisme qui vise à contrebalancer ses propres émissions de CO2 : en finançant, par exemple des projets de séquestration carbone ou de réductions d’autres émissions.» Mais «la promotion des mécanismes de compensation, dont se sont entichées notamment la finance et l’agroindustrie, détourne les décideurs politiques de la nécessité de réduire nos émissions. Et derrière ces mécanismes de compensation, se cachent de nombreuses menaces aux conséquences irrémédiables : accaparement des terres, expropriation des populations locales, souveraineté alimentaire mise à mal, accentuation des dérèglements climatiques.» En bref, «compenser ne permet pas de réduire nos émissions de gaz à effets de serre ni d’agir à la source.» Au moins, c'est dit.



En marge de la COP26


Le 6 novembre, Journée mondiale d’action pour la justice climatique (Global Day for Action for Climate Justice). La Coalition COP26, qui regroupe de nombreuses ONG britanniques, appelle à des mobilisations dans le monde entier, « en rassemblant des mouvements pour renforcer le pouvoir de changement du système - des luttes indigènes aux syndicats, des groupes de justice raciale aux jeunes grévistes. » En France, une centaine d’associations, syndicats, ONG, répondent à cette mobilisation et appellent à des initiatives, manifestations, rassemblements, actions ou débats publics partout en France, « pour la justice climatique, pour les droits des peuples, pour un autre futur. ». Voir par exemple sur le site d’ATTAC.


A Glasgow, il y a la COP elle-même, et plusieurs initiatives, évènements, rassemblements, dont le People’s Summit for Climate Justice, du 7 au 10 novembre, qui se veut « un espace de convergence mondial pour les mouvements et la société civile. (…) La justice climatique consiste à reconnaître l'interconnexion de nos luttes. Que nous nous battions pour de meilleurs salaires au travail, pour de l'eau potable, contre la violence policière et étatique, pour le contrôle de notre corps ou pour mettre fin à la destruction des forêts dans lesquelles nous vivons, la justice climatique consiste à lutter pour des solutions qui non seulement réduisent les émissions de carbone, mais créent également un monde plus juste et équitable. » Certains ateliers seront en ligne : https://cop26coalition.org/peoples-summit/


Jean-Marc Adolphe


(en tête d'article : vidéo du New-York Times)


A suivre… (Pendant toute la durée de la COP 26, les humanités publieront articles et reportages sur les enjeux de ce sommet mondial et les défis du réchauffement climatique).

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