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La France insoumise… sauf à Vladimir Poutine


Alors que la fachosphère pro-Kremlin cherche à discréditer, par de fausses informations teintées d’antisémitisme, la Cour pénale internationale, le coordinateur national de la France insoumise surfe sur cette même vague, en laissant entendre que les mandats d’arrêts internationaux lancés par la CPI à l’encontre de Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova, ne servent pas à grand-chose, contrairement au "plan de paix" chinois.


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Voilà une "info" qui circule beaucoup sur certains comptes pro-russes, mais aussi sur des médias ouvertement propagandistes qui restent parfaitement autorisés en France :

« En accusant le président russe et la médiatrice des enfants, la Cour pénale internationale remet en cause la souveraineté de la Russie et le système de droit international dans lequel l’ONU a joué, au moins formellement, un rôle-clé. (…) La CPI a trouvé une excuse commode, d’autant plus que les spéculations sur les enfants sont un excellent moyen d’influencer l’opinion mondiale, en particulier européenne, et un pas de plus vers la diabolisation de la Russie et de ses dirigeants. » En outre, « la plupart des enquêtes de la CPI ont été menées contre des pays africains. En Afrique, la CPI a acquis la réputation d’être un instrument de politique néocoloniale et une menace majeure pour la souveraineté, la paix et la stabilité de l’Afrique. »


Pour (vraie) information, le Burundi est le seul pays africain à avoir retiré sa signature du Statut de Rome, et l’Afrique représente le groupe régional le plus important de l’Assemblée des États parties à la Cour pénale internationale.


Ce n’est pas tout. Selon ces mêmes sites complotistes :

« Qui dicte les règles de la Cour pénale internationale ? Les trois principaux bailleurs de fonds de l’actuelle CPI sont : 1) George Soros ; 2) le Royaume-Uni, par l’intermédiaire du ministère britannique des affaires étrangères et du Commonwealth ; 3) l’Instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme de l’Union européenne, dont les initiatives sont liées au bureau de Soros. »

La Coalition pour la Cour Pénale Internationale (CCPI), serait « largement financée et essentiellement contrôlée par l’Open Society Institute (OSI) de George Soros. La CCPI a été créée par Richard Dicker, de l’ONG Human Right Watch de George Soros. »


Pour (vraie) information), La Coalition pour la Cour pénale internationale (surnommée CCPI) est une organisation non gouvernementale (ONG) de plus de 2 500 organisations de la société civile à travers le monde. Cette coalition a été fondée en février 1995 par un petit groupe d’organisations non gouvernementales qui ont coordonné leur travail pour assurer l’établissement d’une cour pénale internationale. Son rôle a été reconnu par l’Assemblée générale des Nations unies durant sa seconde session en septembre 2003. Son comité exécutif inclut entre autres: Amnesty International, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, Human Rights First, Human Rights Watch, No Peace Without Justice, Parliamentarians for Global Action, Women's Initiatives for Gender Justice, World Federalist Movement… Rien à voir, donc, avec le "bureau de George Soros".


Quant à Human Rights Watch (qui a obtenu en 1997 le prix Nobel de la paix en tant que membre de la Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnel), cette ONG créée à Helsinki en 1978, qui se donne pour mission de défendre les droits de l'homme et le respect de la Déclaration universelle des droits de l'homme, n’a strictement rien à voir avec George Soros.


Le milliardaire George Soros a créé en 1979 un réseau de fondations, l’Open Society Foundations, afin de promouvoir la gouvernance démocratique, les droits de l'homme et des réformes économiques, sociales et légales. L’Open Society Foundations a pu effectivement soutenir des initiatives du Conseil de l’Europe, notamment l’Institut européen des arts et de la culture roms, et aurait versé, de façon légale et transparente, un don de 115.000 dollars à la Cour pénale internationale en… 2017 : une goutte d’eau dans le budget de la CPI.


Mais George Soros, financier d’origine hongroise, fils de l'écrivain espérantophone Tivadar Soros, dont l'œuvre, Maskerado ĉirkaŭ la morto, relate ses expériences pendant l'occupation nazie à Budapest, est né dans une famille juive ashkénaze. Son nom revient comme un leitmotiv dans bon nombre de publications de la fachospère antisémite. Y compris au sein de l’Assemblée nationale : les liens supposés entre Gorge Soros et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) ont fait l’objet le 16 juin 2020 d’une question écrite d’un député du Pas-de-Calais, José Évrard, décédé depuis lors (en janvier2022). Membre du Parti communiste français de 1965 à 2001, José Évrard avait rejoint en 2013 le Front national puis en 2017, Les Patriotes, le mouvement créé par Florian Philippot.


Des accusations complotistes contre George Soros, on a aussi pu en trouver dans la revue Front populaire de Michel Onfray, qui a repris en août 2021 un « dossier » de Valeurs actuelles ! Mais aussi dans la mouvance de la France insoumise. Sur son blog, en 2014, il s’en prenait ainsi à Votewatch, un organisme indépendant de classement des députés européens, qu’il accusait d’être « financé par des lobbyistes », au premier rang desquels « des atlantistes, par exemple : Open Society, fondation du milliardaire Georges Soros ».


Rien d’étonnant, donc à ce que Jean-Luc Mélenchon apporte aujourd’hui un soutien manifeste, pour la succession de Philippe Martinez à la CGT, à Olivier Mateu, leader de la puissante fédération CGT des Bouches-du-Rhône, militant communiste, qui a rallié la Fédération syndicale mondiale (FSM), internationale révolutionnaire et anti-impéraliste qui soutient les séparatistes pro-Russes au Donbass et pose Volodymyr Zelensky en néonazi.

Extrait d’une récente interview d’Olivier Mateu à La Provence :

« Si je m'en tiens au traitement infligé aux syndicalistes dans le Donbass, en Crimée, les gouvernements ukrainiens n'en ont rien à faire du genre humain, de la liberté et de la démocratie. Est-ce que je considère que Volodomyr Zelensky est un néonazi ? Je n'irai pas jusque-là. Que ce soit une marionnette des États-Unis au travers de l'Otan, je l'affirme. Il a créé les conditions d'une guerre entre les États-Unis et la Russie, au détriment des travailleurs et des populations russes et ukrainiennes. »


Pour Jean-Luc Mélenchon, qui, en février 2016, « félicitait » Poutine pour l’intervenion russe en Syrie (ICI), la ligne pro-Kremlin ne date pas d’hier. Là, il vient d’envoyer au front son lieutenant, Manuel Bompard, nommé coordinateur de La France insoumise. Le 21 mars sur Franceinfo, interrogé sur l’émission d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre contre Vladimir Poutine par la Cour pénale internationale (CPI), il a estimé : « Je ne suis pas sûr que ça apporte grand-chose, je trouve plus intéressante l’initiative prise par la Chine de proposer un plan de paix c’est quelque chose qui peut être une solution. »

Il n’y a aucune autre déclaration de la France insoumise sur les déportations d’enfants : d’ici à ce qu’on apprenne que c’est une "invention" de George Soros…


Quant à la Cour pénale internationale, un sénateur du nom de… Jean-Luc Mélenchon avait co-signé, en tant que membre de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, un rapport d’information qui saluait une "innovation majeure" : « avec la création de la Cour pénale internationale, les auteurs et les instigateurs des crimes les plus graves contre le droit international humanitaire sauront qu'ils auront à rendre compte de leurs actes. Quelle rupture plus éloquente avec ce siècle qui s'achève et qui fut celui de l'impunité pour tant de responsables d'actions inqualifiables ? ». C’était en avril 1999. Il est vrai que l’alors socialiste Jean-Luc Mélenchon ne pouvait pas imaginer que cette même Cour pénale internationale s’en prendrait un jour à son ami Vladimir Poutine.


Enfin, n’en déplaise au chef de la France insoumise et à son Bompard de service, le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, s’il n’a pas encore amené Poutine et Lvova-Belova derrière les barreaux, sert déjà à quelque chose.


Primo, l’espace de déplacement de Poutine se réduit. Vendredi 24 mars, la Cour constitutionnelle arménienne a levé les derniers obstacles à la ratification par Erevan du Statut de Rome, reconnaissant la compétence de la Cour pénale internationale. Avec le Tadjikistan, l’Arménie devient ainsi le deuxième pays de la zone d’influence russe où Vladimir Poutine ne sera plus le bienvenu, et où il pourrait être arrêté.


Secundo, la Russie a commencé à rendre quelques enfants à l’Ukraine. Ce même 24 mars, Maria Lvova-Belova a annoncé qu’elle s’apprêtait à libérer 56 enfants de la région de Kherson, retenus dans des "camps d’été" en Crimée et dans la région de Krasnodar. Certes, il en reste encore plus de 16.000 (au très bas mot), mais c’est mieux que rien.


Et de cela, Monsieur Mélenchon, votre fameux « plan de paix chinois » ne disait rien.


Jean-Marc Adolphe


Photo en tête d'article : Jean-Luc Mélenchon avec Olivier Mateu, leader de la Fédération départementale CGT des Bouches-du-Rhône, le 19 janvier 2023 à Marseille, lors d'une manifestation contre la réforme des retraites.


Le 23 mars dernier, l’ONG Save Ukraine (https://saveukraineua.org) a pu organiser le retour de 17 enfants et adolescents ukrainiens enlevés dans les régions de Kherson et de Kharkiv et transférés dans les territoires russes et occupés.

"Une logistique complexe, un danger constant, le franchissement de la ligne de feu et de plusieurs frontières ont transformé

le retour des enfants en une tâche gigantesque pour nombre de leurs parents", a déclaré l’ONG.



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