La Mongolie peut-elle payer la dette française ?

Le palais du gouvernement à Oulan Bator. Wikipedia
La Mongolie, longtemps bénéficiaire de l’aide internationale, rejoint les donateurs de la Banque mondiale. De quoi donner des idées à Bercy : et si Oulan-Bator reprenait notre ardoise ? Il ne manque que quelques milliers de milliards et un formulaire Cerfa.
les humanités, ça n'est pas pareil.
Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût :
Il faut savoir reconnaître les occasions historiques. La Mongolie devient donatrice de la Banque mondiale et personne, à Bercy, ne semble avoir eu le réflexe de lui envoyer notre relevé d’identité bancaire. C’est à désespérer de l’administration française. Pour réclamer une pièce justificative déjà fournie, elle trouve toujours quelqu’un. Pour repérer un pays qui commence à donner de l’argent, plus personne.
L’information mérite pourtant qu’on déplie une carte. Après avoir bénéficié pendant près de trente ans des financements de l’Association internationale de développement, l’IDA, la Mongolie rejoint ses donateurs. Son Parlement a approuvé une contribution de 4,8 milliards de tugriks, soit environ 1,3 million de dollars. La somme est modeste, mais le mouvement considérable : un ancien bénéficiaire passe de l’autre côté du guichet. En France, nous avons surtout appris à changer de guichet sans quitter la file d’attente.
Naturellement, quelques esprits étroits objecteront que cet argent est destiné aux pays les plus pauvres. Nous ne remplissons pas les critères. C’est exact, mais avons-nous seulement déposé un dossier ? À force d’expliquer que les caisses sont vides, que nous vivons au-dessus de nos moyens et que les générations futures vont recevoir la facture, nous devrions pouvoir obtenir au moins un entretien.
Il faudrait simplement harmoniser notre communication. On ne peut pas être une grande puissance le lundi et solliciter un financement concessionnel le mardi sans prévoir une réunion interministérielle.
Notre dette publique atteignait 3 595,5 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre 2026, selon l’Insee. Voilà le montant à inscrire dans la case « besoins exprimés ». Prévoir une annexe : les formulaires sont rarement conçus pour tant de chiffres.
Face à cette montagne, le million trois cent mille dollars mongol ressemble moins à un plan de sauvetage qu’à une participation aux frais de dossier. Mais ne méprisons pas les petits commencements. Toute cagnotte débute par quelqu’un qui accepte de mettre au pot pendant que les autres cherchent leur portefeuille.
Répondons donc franchement : non, devenir donatrice de l’IDA ne donne pas à la Mongolie les moyens de racheter toute la dette française. Et surtout, rachat ne signifie pas effacement. Si un créancier mongol achetait nos titres, nous lui devrions toujours de l’argent. Nous aurions changé d’interlocuteur, pas de situation. C’est moins spectaculaire qu’un miracle budgétaire, mais cela permettrait déjà de renouveler les destinations des déplacements officiels.
Le véritable intérêt de cette nouvelle est ailleurs. La Mongolie a rejoint la Banque mondiale en 1991. Elle a cessé d’être éligible à l’aide de l’IDA en juillet 2020 et a accédé, en 2024, à la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Derrière ces intitulés qui ressemblent à des rayonnages de centre des impôts, il y a un parcours de développement. Un pays a reçu de l’aide ; il décide maintenant de contribuer à celle des autres.
Ce n’est pas l’annonce d’une fortune inépuisable. C’est un geste de solidarité. La nuance mérite d’être conservée, même dans une chronique où l’on envisage de faire reprendre la comptabilité nationale par Oulan-Bator.
Nous pourrions néanmoins imaginer la négociation. Dans la scène suivante, entièrement fictive, une délégation française arrive avec un dossier intitulé « Partenariat stratégique de désendettement réciproquement asymétrique ». Les représentants mongols demandent ce que signifie « réciproquement ». Un conseiller répond que la France s’engage à remercier.
On apporte ensuite les garanties. Notre gastronomie, notre patrimoine, notre capacité à organiser des colloques sur la simplification. Les interlocuteurs réclament un échéancier. Nous proposons un comité de pilotage. Ils demandent des recettes. Nous envoyons un chef.
Au troisième jour, quelqu’un suggère de commencer plus modestement : financer une étude sur la possibilité d’étudier un mécanisme de coopération. La délégation française respire enfin. Elle reconnaît un environnement professionnel familier.
Pendant ce temps, les 1,3 million de dollars mongols ont une destination autrement plus sérieuse : la vingt et unième reconstitution des ressources de l’IDA. Le fonds soutient 78 pays à faible revenu. Son tour de table vise à transformer des contributions nationales en moyens de financement bien plus importants. Autrement dit, la Mongolie ne s’achète pas un fauteuil de bienfaitrice : elle apporte sa part à une entreprise collective.
C’est peut-être cela qui nous déroute. Nous cherchions un sauveur et nous trouvons un contributeur. Nous rêvions d’un chèque sans conditions et découvrons un pays qui se souvient d’avoir été aidé.
La Mongolie ne réglera donc pas notre ardoise. Elle a mieux à faire, et nous aussi, probablement. Mais son geste fournit une idée dont le rendement pourrait être excellent : considérer l’aide reçue non comme une humiliation à oublier, mais comme une solidarité à transmettre.
La Mongolie a mis trente ans pour passer du statut de bénéficiaire à celui de donatrice. Bercy devrait commander une étude sur le sujet.
À crédit, naturellement.
Tzotzil Trema
Source principale : Banque Mondiale https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2026/10/17/mongolia-becomes-a-donor-to-the-international-development-association-of-the-world
Nous avons fait le choix d'un site essentiellement gratuit,
sans publicité ni aides publiques à ce jour,
qui ne dépend que de votre soutien.




Commentaires