Les nus surréalistes (et inédits) de Marcel Mariën

Marcel Mariën, autoportrait. Photo DR
À la galerie RSF, à Paris, les photographies érotiques de Marcel Mariën dévoilent un surréalisme moins soucieux de prouesse technique que de poésie et d’insolence. Corps détournés, images à double sens et titres malicieux composent l’univers de cet ami de Magritte, qui n’a jamais cessé de prendre la réalité au mot — et à revers.
les humanités, ça n'est pas pareil.
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Selon Patrick Amine, commissaire d’une exposition actuellement présentée à la galerie parisienne RSF, « Marcel Mariën [1920-1993] n’a cessé de repousser les frontières de la création. Photographe, collagiste, écrivain, éditeur de la revue et des éditions Les Lèvres nues, agitateur d’idées, il a mené une œuvre d’une liberté et d’une virtuosité rares, affranchie de tous les interdits ». Ce poète indiscipliné était proche de René Magritte qu’il rencontra à l’âge de 17 ans et devint le « membre le plus jeune du groupe surréaliste belge ».

L'Introuvable (une paire de lunettes réduite à un seul verre, 1937), objet surréaliste s'il en est, dont le titre fut trouvé par Magritte, découla de la casse inopinée de sa paire de lunettes. Il s'agit, disait l'artiste, d'une monture conçue pour un « cyclope ».
Les titres des œuvres de Marcel Mariën, comme ceux des tableaux de son ami René Magritte, sont aussi importants que les images produites. D'après ce qu'on sait, Mariën participa activement avec les surréaliste Scutenaire et Nougé à l'invention des titres pour Magritte lui-même.
À cet égard, l'écriture manuelle à la plume accompagnant certaines images, a aussi, comme chez son mentor, valeur plastique. Parmi les photos exposées, celles qui portent des titres sont souvent à double sens, par exemple : Portrait de l'artiste, 1983 (avec la tête lilliputienne de l'artiste coincée entre les cuisses d'un modèle féminin), L'Instant des cerises, 1983 (deux cerises pendues sur un bout de sein), Le Cercle, 1983 (une perruque cachant ou soulignant la toison féminine), La Lecture prohibée, 1983 (une femme tenant un miroir à main), Le Secret d'alcôve, 1984 (pistolet-robinet ornant un pubis velu), La Mainmise, 1985 (une main sectionnée s'approchant du sexe féminin), La Colline inspirante, s.d. (détournement du titre barrésien, le corps féminin devenant paysage), Les Bouts-rimés, 1985 (un mamelon faisant mine de verser son lait dans un bec de cafetière), La Vie tranquille, 1991 (une contorsionniste mise au placard)...
L’exposition actuellement présentée à la galerie parisienne RSF réunit des clichés noir et blanc érotiques, pour la plupart inédits en France, issus de la collection Maurice Verbaet (1).
Les collages, surimpressions et détournements photographiques de Marcel Mariën ne sauraient être comparés aux œuvres de ses illustres prédécesseurs que sont Max Ernst, Brassaï ou Man Ray. Les collagistes, les photomonteurs Dada et les photographes surréalistes apportaient un soin maniaque à leurs réalisations - ces deux derniers travaillaient généralement en grand format avec des appareils à plaques de verre.
La qualité technique et la signification métaphysique passent chez Mariën au second plan. Prime chez lui la valeur poétique. Et l'humour irrévérencieux qui se dégage de visions ou visuels proches du catalogue de l'absurde et des objets introuvables d'un Jacques Carelman et des trouvailles limite obscènes de certaines couvertures de Hara-Kiri.
Nicolas Villodre
Marcel Mariën - L’Introuvable, jusqu’au 8 novembre 2026 à la galerie RSF A Moveable Gallery, 9 rue Française, Paris 2ème. www.rsf-amoveablegallery.com
(1). La Collection Maurice Verbaet est une collection privée d’art belge, particulièrement consacrée à l’après-guerre et aux années 1945-1975. Constituée par le collectionneur anversois Maurice Verbaet, elle rassemble, selon son site, près de 20 000 œuvres, majoritairement sur papier. On y trouve notamment des œuvres de Tapta, Hugo Claus, Vic Gentils et Paul Van Hoeydonck.
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Tout en glanant, j'ai glané ceci : la rue Marcel Mariën à Schaerbeek, Bruxelles.
Une rue plutôt "square" pour un surréaliste, non ?