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Lucky Luke et Alberto Breccia au festival Quai des bulles

il y a 7 heures
4 min de lecture
Achdé, Lucky Comics, 2026.  Alberto Breccia et Juan Sasturain, Perramus

A gauche: Achdé, Lucky Comics, 2026. A droite : Alberto Breccia et Juan Sasturain, Perramus, Futuropolis, 2019.


Du 9 au 11 octobre, Saint-Malo accueille la 45e édition de Quai des bulles. Des quatre-vingts ans de Lucky Luke aux audaces graphiques d’Alberto Breccia, ses expositions célèbrent une bande dessinée qui fait rire, trouble le regard et travaille la mémoire.

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À Saint-Malo, les bulles ont depuis longtemps débordé des cases. Du 9 au 11 octobre, Quai des bulles célèbre sa 45e édition avec treize expositions, des rencontres, des projections et des spectacles. L’aventure commence en juin 1981, à la Maison pour tous de Saint-Servan : Jacques Plouët, son directeur, réunit les dessinateurs Jean-Claude Fournier, Alain Goutal et Dieter autour d’un premier rendez-vous. Deux ans plus tard, le festival gagne le Palais du Grand Large, où affluent déjà près de 5 000 visiteurs. En 1992, il se structure en association sous le nom de Quai des bulles. Depuis 2010, sa programmation « En ville » investit aussi le patrimoine malouin. Cette circulation entre les livres, les images et les lieux fait sa singularité : on y vient rencontrer les artistes, mais aussi découvrir comment la bande dessinée raconte le monde, travaille la mémoire et renouvelle nos manières de regarder.

Lucky Luke, quatre-vingts ans au galop

À la chapelle Saint-Sauveur, « Lucky Luke court toujours ! » célèbre les quatre-vingts ans du cow-boy créé par Morris en 1946. Ouverte depuis le 11 juillet, l’exposition s’achève avec le festival. Elle revient sur la genèse d’une œuvre dont René Goscinny, scénariste de 1955 à 1977, a façonné l’humour et la galerie de personnages. Au travail de Morris, Goscinny et Achdé répondent les réinterprétations de Matthieu Bonhomme, Guillaume Bouzard, Mawil ou Blutch. Décors grandeur nature et parcours pour les enfants accompagnent cette traversée : derrière le héros familier, une histoire du dessin, de la caricature et des libertés prises avec un mythe.

Alberto Breccia, l’image comme inquiétude

Le rendez-vous le plus précieux est peut-être celui que propose le Palais du Grand Large avec Alberto Breccia. Né à Montevideo en 1919, installé dès l’enfance à Buenos Aires et mort en 1993, Alberto Breccia compte parmi les grands maîtres de la bande dessinée argentine. Son influence internationale contraste avec sa relative discrétion auprès du grand public. Une cinquantaine de planches originales, issues notamment de Mort Cinder, Perramus, L’Éternaute et Dracula, permettent d’approcher une œuvre qui n’a cessé de remettre ses propres moyens en question.


Alberto Breccia, Perramus

Avec Mort Cinder, commencé en 1962 sur un scénario d’Héctor Germán Oesterheld, le noir et blanc devient un terrain d’expérimentation graphique et narrative. Breccia ne cherche pas un style à reproduire : il déplace les frontières du dessin, explore les contrastes, les matières, les collages, jusqu’à faire vaciller la figuration vers l’abstraction. Ses images ne se contentent pas d’illustrer une histoire ; elles en produisent l’étrangeté et l’inquiétude.


Cette recherche porte aussi une conscience politique. Réalisé avec Juan Sasturain, Perramus affronte le drame vécu par le peuple argentin sous la dictature. Fresque de la mémoire et de la répression, l’œuvre rend hommage aux victimes et avertit les générations suivantes ; elle reçoit en 1989 un prix d’Amnesty International consacré aux droits humains. Regarder les originaux d'Alberto Breccia, c’est ainsi découvrir un artiste pour qui l’invention plastique et la résistance à l’effacement marchent ensemble.

Dépendance, finitude et résistance

Au jardin de la Légion d’honneur, « L’addiction jusqu’à plus soif » présente le travail de Terreur Graphique autour de L’Addiction, s’il vous plaît. Le dessinateur de Libération y raconte sa dépendance à l’alcool et le sevrage. Son humour n’élude ni les dégâts ni la difficulté de se soigner : il accompagne un récit personnel, lucide, qui met à distance les habitudes de convivialité derrière lesquelles l’addiction peut se dissimuler. L’exposition reste visible jusqu’au 1er novembre.


À la tour Bidouane, Marras interroge une autre mise à distance, celle de la mort. Sanna Hukkanen, Pauliina Mäkelä, Hannele Richert et Amanda Vähämäki explorent décomposition, fantômes et métamorphoses par le dessin, la sculpture, les projections et le son. Entre macabre et espièglerie carnavalesque, elles réinscrivent la finitude dans les cycles du vivant. Présentée du 9 au 11 octobre, après une résidence ouverte au public, cette création s’inscrit dans Sarjakuva 2026, l’Année de la bande dessinée finlandaise en France, déployée dans plusieurs festivals et institutions.


Ers & Dugommier, Les Enfants de la Résistance

Enfin, au pôle culturel La Grande Passerelle, Les Enfants de la Résistance, de Benoît Ers et Vincent Dugommier, propose jusqu’au 1er novembre une exposition ludique et immersive. À travers l’engagement de trois enfants pendant la Seconde Guerre mondiale, la série associe histoire collective et trajectoires intimes : une porte d’entrée pour comprendre, à hauteur des plus jeunes, ce que signifie résister.


Nadia Mevel



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