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Pearl Buck, femme de l’être, pionnière du féminisme



Fervente militante de l’égalité des droits, morte voici 50 ans dans le Vermont, première femme à recevoir le prix Pulitzer, couronnée par le prix Nobel de littérature en 1938, Pearl Buck, romancière à succès, a cependant été longuement méprisée par le milieu littéraire "sérieux" (et mâle). Lui rendre hommage, en cette Journée internationale des droits des femmes, n’est pas superflu. Avec, en prime, trois poèmes inédits en français.


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Née aux États-Unis, à Hillsboro (Virginie-Occidentale) le 26 juin 1892, Pearl Buck a passé l’essentiel des quarante premières années de sa vie en Chine. Elle grandit dans la petite ville chinoise de Chinkiang (Zhenjiang), dans un foyer morose. Son père, Absalom Sydenstricker, un missionnaire fondamentaliste qui s’efforce en vain de convertir les paysans chinois, est un misogyne fanatique qui délaisse sa famille. Sa mère, Carie, adorée par la petite Pearl, est triste et a le mal du pays. À peine sortie de l’université de Randolph Macon en Virginie, elle tombe amoureuse d’un missionnaire de l’agriculture et professeur d’agronomie, John Buck, qu’elle épouse. Son mari, auquel elle est obligée de donner le maigre salaire qu’elle gagne en enseignant et en écrivant, est aussi misogyne, égocentrique et froid que son propre père. Elle divorcera en 1935 pour épouser Richard Walsh, son agent d’édition.

En 1930, elle publie son premier roman. Inspiré par la Chine, il ouvre un grand cycle romanesque : Vent d’Est, Vent d’Ouest. Mais c’est le roman qu’elle publie en 1931, La Terre chinoise, qui la propulse sur la scène littéraire, et la rend célèbre. Ce sera le roman le plus vendu aux États-Unis en 1931 et 1932. Pearl Buck a 39 ans. Elle restera l’une des femmes les plus célèbres du monde jusqu’à sa mort, le 6 mars 1973, à 80 ans, d’un cancer du poumon. Cet ouvrage, adapté avec succès au cinéma sous le titre Visages d’Orient, est suivi des Fils de Wang Lung (1932) et de La Famille dispersée (1935).


VIDEO : Pearl Buck, un film documentaire de Michel Meignant (9’35, 2019)


Première femme à être lauréate du prix Pulitzer de la fiction pour La Terre chinoise, en 1931, elle obtient le prix Nobel de littérature en 1938, pour « ses descriptions riches et épiques de la vie des paysans en Chine et pour ses chefs-d’œuvre biographiques ». À l’époque elle est la première Américaine et la quatrième femme à recevoir le plus prestigieux des prix littéraires. Une distinction qui suscite une terrible jalousie parmi ses pairs, alors que de grands écrivains américains tels que Mark Twain, Theodore Dreiser et Henry James ont été ignorés par l’Académie suédoise. Devenir la risée des auteurs et des critiques littéraires « sérieux » ne l’empêchera pas d’écrire plus de 70 livres et de s’essayer à presque tous les genres.

À la fin des années 1960, elle était l’auteur américain le plus traduit du XXe siècle.

Experte renommée en matière d’affaires en Extrême-Orient, elle publie son propre magazine, « Asia », En Chine, où sa popularité ne s’est jamais démentie, elle est aujourd’hui considérée comme une véritable autrice chinoise.


VIDEO. Une rare interview (en anglais) de Pearl Buck, en 1958, où elle parle longuement de la situation des femmes, aux États-Unis, et en Asie.


Humaniste et militante de l’égalité des droits

Pionnière du féminisme, ses écrits sur la condition des femmes américaines bien éduquées précédent La Femme mystifiée («The Feminine Mystique »), paru en 1963, de Betty Friedan, la mère du féminisme. Fervente militante de l’égalité des races, plusieurs dizaines d’années avant le mouvement moderne pour les droits civils, elle compte parmi ses amies Eleanor Roosevelt, Margaret Mead et des dizaines d’autres personnalités. Humaniste infatigable elle adopte sept enfants et lève des millions de dollars pour un grand nombre de causes différentes, notamment en faveur des droits des femmes et des minorités. Pearl Buck fera aussi entendre sa voix sur les orphelins de races diverses et les naissances d’enfants métis, à cause des guerres. Elle crée l’Association Est-Ouest en 1941 et fonde en 1949 l’agence d’adoption Welcome House, spécialisée dans l’adoption d’enfants d’origine asiatique-américaine, puis, en 1964, la Fondation Pearl S. Buck pour « continuer à lutter contre la pauvreté et la discrimination dont sont victimes les enfants dans les pays asiatiques ».


Photo en tête d’article : Portrait de Pearl S. Buck pris dans les années 1920, à l'époque où elle vivait en Chine,dans un petit village appelé Zhenjiang. Hulton Archive



Trois poèmes de Pearl Buck


Essence


Je vous donne les livres que j'ai faits,

Corps et âme, saignés et écorchés.

Pourtant, l'essence qu'ils contiennent

Dans un poème est rendue évidente,

Dans un seul poème est rendue transparente :

Sur cette terre, qu'elle soit lointaine ou proche,

Sans amour, il n'y a que la peur.


Prétention


Je range les mots d'amour.

Tu n'en as plus besoin.

Et maintenant je vais faire semblant d'être

Exactement comme j'étais avant.

En faisant semblant, je rirai et chanterai

Jusqu'à ce que la nuit tombe. Puis dans ma coquille

Je me faufilerai et me cacherai,

Prétendant au paradis dans mon enfer.


Le désir


La lente montée, la joie qui enfle,

Remplissant les veines et le pouls jusqu'à ce que

Le désir, inondé à sa pleine hauteur

Se brise - comme se brise la vague sur la mer.

Alors je suis toi, mon amour, et

Tu es moi.


Extrait de Words of Love (John Day Company, 1974), inédit en français.


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