top of page

Suite nigériane



Cet article vous est offert par les humanités, média alter-actif et engageant.

Abandonnez-vous, abondez-vous, abonnez-vous : ICI.


« L’humanité reste une affaire inaboutie », écrit le Nigérian Wole Soyinka dans Ode humaniste pour Chibok, pour Leah, paru en juin dernier en France (son dernier ouvrage, Chronicles from the Land of the Happiest People on Earth, publié par Pantheon Books, n’est pas encore traduit).

A 88 ans, le prix Nobel de littérature (en 1986, premier auteur noir distingué par le Nobel) n’a rien perdu de sa superbe « tigritude » (« Un tigre ne proclame pas sa tigritude »). Son Ode humaniste est un long poème contre l’obscurantisme. Il s’en prend aux néo-religieux de toutes obédiences, ces prêcheurs starifiés par leurs ouailles pour leur aisance matérielle, preuve incontestable qu’ils sont élus de Dieu : « Nous vénérons les évangélisateurs enfiévrés / Leurs voix fissurent chaires, sanctuaires et minarets / Déchaînent des cantiques d’onctueux boniments dont les tessons / Transpercent les âmes grandes ouvertes. (…) Seul le nom du dieu varie, pouvoir / Est le nom qu’il voile, le dessein sacramentel / Dont le licou sanctifié tient l’humanité sous contrôle. »


Au Nigéria, les massacres commis par Boko Haram, alias le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad, sont encore dans toutes les mémoires, d’autant qu’au nord du pays, des groupes djihadistes restent encore très actifs. La dernière attaque islamiste visant Abuja, la capitale nigériane, a eu lieu en 2014, mais le pays reste sur le qui-vive. Ce 24 octobre, plusieurs ambassades de pays occidentaux, dont celle des États-Unis, ont conseillé lundi à leurs citoyens de limiter leurs déplacements au Nigeria en raison d'une menace accrue d'attaques terroristes (Lire ICI).

Inondations au Nigéria, octobre 2022. Photo Associated Press


Le terrorisme islamiste n'est pas le seul danger qui guette le Nigéria.

Depuis le début de la saison des pluies, en juin, des inondations catastrophiques ont d’ores et déjà fait 600 morts et 1,3 million de déplacés. De nombreuses régions du pays ont été ravagées, faisant craindre une aggravation de l’insécurité alimentaire.

« Un véritable travail de fourmi se met en place sur le principal axe routier, en partie impraticable, qui relie les Etats de Rivers et de Bayelsa, dans le sud-est du Nigéria, parmi les plus ravagés par les pires inondations de la décennie dans le pays le plus peuplé d’Afrique », narre ainsi un article de l’AFP. « Près de la ville d’Ahoada, le travail des bénévoles et des ONG est vital, le temps que l’aide officielle parvienne aux plus démunis. Ici, la Navy (la marine nigériane) assure la sécurité, facilitant l’aide humanitaire. Une mission de sauvetage part vers les zones reculées. (…) Après une demi-heure de laborieuse progression, les restes d’un village apparaissent. Aucun signe de vie. Assis à l’avant, le sous-lieutenant responsable de l’expédition ne quitte pas son fusil d’assaut des mains. « Cette zone est instable. Il y a deux mois, nous avons procédé à l’arrestation de criminels et saisi de nombreux fusils », explique-t-il. Autour, presque tout est submergé. Des toitures et le panneau d’une école dépassent, seuls vestiges d’un semblant de vie aujourd’hui engloutis. Les moteurs des bateaux s’embourbent dans les feuilles tandis que le courant tire. Impossible de se rendre dans un village inondé où certains sinistrés nécessitant des soins médicaux ont réussi à appeler les secours... La mission de sauvetage est avortée. »

Photo Associated Press


« Le changement climatique est réel, comme nous le découvrons une fois de plus au Nigéria », déclare Matthias Schmale, le coordinateur humanitaire des Nations unies pour le pays. Le Nigéria, qui est de loin le pays le plus peuplé d'Afrique avec plus de 200 millions d'habitants, énumère dans un document de politique climatique nationale les sécheresses, la mauvaise qualité de l'air, la mise en péril de la santé humaine et la perte d'habitat aux côtés des inondations comme étant les effets du changement climatique.

Un récent document sur la justice climatique, rédigé par l'Africa Center, organisme à but non lucratif, en collaboration avec l'Energy for Growth Hub, un institut de recherche de Washington, indique que la quasi-totalité des pays africains n'ont "pratiquement pas" contribué au changement climatique. En revanche, les États-Unis, l'Union européenne, la Chine, l'Inde et la Russie sont les principaux émetteurs de carbone, dont on sait qu'ils contribuent au changement climatique. Mais malgré les promesses de contribuer au financement de l'adaptation au changement climatique en Afrique, les nations riches ont, jusqu'à présent, produit très peu de fonds, selon de hauts responsables africains.

Récolte du coton. Photo DR.


Avec ou sans inondations, le Nigéria doit de toute façon tout mettre en œuvre pour mettre un terme à la faim (le Nigéria au 103ème rang des 121 pays confrontés à une crise de la faim dans le monde) et atteindre la sécurité alimentaire. « Nous porterons en moins d’une décennie un coup fatal à l’insécurité alimentaire, créerons des millions d’emplois et d’opportunités agro-industrielles bien rémunérés et améliorerons radicalement les recettes d’exportation de l’agriculture », a déclaré lundi 24 octobre le président du Nigéria, Muhammadu Buhari. Le président de la Banque africaine de développement a renchéri : « La faim au Nigéria ne se justifie pas. Le Nigéria a la terre, avec 34 millions d’hectares de terres arables à l’agro-écologie riche et diversifiée. Il dispose de ressources en eau. Il a de la main-d’œuvre. Il bénéficie d’un grand ensoleillement. Le Nigeria doit atteindre l’objectif “zéro faim“. Il n’y a aucune raison pour que quiconque ait faim au Nigéria ».

Un programme de zones spéciales de transformation agro-industrielle a été lancé ce 24 octobre, à l’initiative de la Banque africaine de développement. Katherine Meighan, vice-présidente associée du Fonds international de développement agricole (FIDA), a déclaré que son organisation était déterminée à contribuer à l’objectif global du programme en autonomisant 100.000 bénéficiaires directs, notamment des petits exploitants, des petits transformateurs, des commerçants et des prestataires de services, avec un accent particulier sur les jeunes et les femmes. Les zones spéciales de transformation agro-industrielle développeront des chaînes de valeur pour certaines cultures stratégiques au Nigeria, notamment le maïs, le manioc, le riz, le soja, le cacao, la volaille et les produits de l’élevage. S’exprimant au nom des Etats participants à la phase 1 et du territoire de la capitale fédérale, le gouverneur de l’Etat de Cross River, Ben Ayade, a salué le caractère innovant du programme qui, selon lui, « aidera le Nigeria à développer une économie indépendante du pétrole. Ce programme est en rupture avec les projets classiques que nous connaissons. »


Avec cette brève introduction, les humanités débutent une "suite nigériane", à suivre avec la poète Ayo Ayoola Amale, l'artiste et styliste Nike Davies-Okundaye, et d'autres séquences à venir dans les prochains jours.


Photo en tête d'article : Wole Soyinka, Prix Nobel de littérature 1986.

56 vues0 commentaire

Comments


bottom of page