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Turquie : tranche de vie (tout près de la mort)



Les tremblements de terre ont fait plus de 54.000 morts, et des millions de sans-abri. A Alexandrette, au sud de la Turquie, Ali a dû déménager avec femme et enfants sur son lieu de travail. Son lieu de travail ? Le principal cimetière de la ville. Un reportage de la photojournaliste espagnole Susana Vega, prix Pulitzer en 2020.


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Alexandrette (Iskenderun en turc), 180.000 habitants, au sud de la Turquie. Chargé d’enterrer des centaines de victimes des tremblements de terre, le croque-mort Ali Dogru a amené sa femme et ses quatre fils dans un vieux bus près du cimetière où il travaille, afin de les savoir en sécurité.


Les tremblements de terre dévastateurs du mois dernier ont tué plus de 54.000 personnes en Turquie et en Syrie et laissé des millions de personnes sans abri. Les survivants se réfugient dans des tentes, des conteneurs, des hôtels, des dortoirs universitaires et même des wagons de train, après que des centaines de milliers de bâtiments se soient effondrés.

Tombes des victimes du tremblement de terre à Alexandrette


Peu après le premier tremblement de terre qui a frappé le 6 février, Ali, 46 ans, a déménagé sa famille de leur appartement endommagé au cimetière pour s’abriter dans un autobus sur le site. Ils y vivent depuis.


Au cours de plus de six ans de travail au cimetière, Ali enterrait en moyenne cinq personnes par jour. La première nuit après le tremblement de terre, il en a enterré 12. Les chiffres ont ensuite grimpé en flèche. Dix jours après le tremblement de terre, il avait organisé les enterrements de 1.210 victimes.

Deux tombes d'enfants au cimetière de Cankaya, à Alexandrette, le 10 mars 2023. A gauche, celle d’Elif Yasar, 7 ans, a été décorée

d’une robe montrant un personnage du film "Frozen". A droite, une autre tombe, avec les chaussures que portait la jeune victime.


Ali a dû trouver des engins de chantier pour creuser les tombes, travaillant jour et nuit : "Je ne voulais pas que les gens puissent dire que les corps n’étaient pas enterrés." Il dit avoir enterré dans la même tombe des enfants et des parents qui sont morts dans les bras l’un de l’autre... Il a également aidé les responsables à photographier des corps non identifiés, à prendre des empreintes digitales et des échantillons de sang et d’ADN. Il a ensuite montré les familles aux tombes de leurs proches, après qu’ils aient été identifiés par des tests sanguins. Faire face à tant d’enterrements à la fois lui a laissé de profondes cicatrices mentales...

Mais aujourd'hui, c'est là qu'il vit avec sa famille. Les fils d’Ali passent la majeure partie de la journée avec leur mère puisque les écoles sont toujours fermées. Ils jouent parmi les tombes avec leurs cousins, qui vivent avec le frère d’Ali et sa femme dans une tente à côté du bus. Eux aussi se sont installés au cimetière par crainte de répliques. La femme d’Ali, Hatice, a dit avoir vu beaucoup de corps autour du bus, surtout des enfants. Ali craint pour leur état psychologique, mais n'a pu trouver personne pour s’occuper d’eux loin du cimetière. "Je prévois de les emmener en vacances une fois que nous serons tous installés", dit-il.

Les premiers jours, ils ont dormi sur des couvertures, puis sur des planches en bois avant de pouvoir installer des matelas dans le bus. "Nous essayons de surmonter nos peurs", dit Ali.

Hatice espère qu’ils pourront retrouver leur appartement à la fin d’avril. "Je pense rentrer chez moi après l’Aïd", dit-elle en parlant de la fête musulmane qui marque la fin du ramadan. "Nous n'avons aucun endroit où aller", ajoute-t-elle ; "je veux simplement retrouver ma maison".


Reportage : Susana Vera / Reuters


Susana Vera est une photojournaliste espagnole, née à Pampelune en 1974. Photographe pour l'agence Reuters, elle est devenue en 2020 la première photographe espagnole à remporter un prix Pulitzer pour la photographie, avec un groupe de onze reporters, pour une série de photographies sur les manifestations de 2019-2020 à Hong Kong.




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