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Volcans, colibris et pumas mettent un président en résidence surveillée

Dernière mise à jour : 10 juin 2022



Le président colombien est condamné à 5 jours de résidence surveillée pour avoir ignoré un ordre de la Cour suprême enjoignant l’État à protéger un Parc naturel national. Un jugement qui tombe en pleine Journée mondiale de l’environnement.


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ÉDITORIAL

Au vu des multiples publications que j’ai commises depuis un an sur la Colombie, on aura compris que j’ai une estime toute relative pour le président Iván Duque (par ailleurs grand ami d’Emmanuel Macron), dont le mandat se termine fin juin. Dauphin de l’ex-président Alvaro Uribe, qui a couvert sinon ordonné toutes sortes de saloperies, à commencer par les exécutions sommaires de milliers de civils qui ne demandaient rien à personne, et qui furent présentés post-mortem comme de dangereux guérilleros (c’est le scandale des « faux-positifs »), le bien élevé Iván Duque, ex-banquier aux États-Unis, aura porté le cynisme gouvernemental à des sommets rarement atteints, le tout en mettant les formes, sauf lorsqu’il s’est agi de brutalement réprimer le mouvement social de l’an dernier, laissant plus de 80 morts notamment parmi la jeunesse de Cali qui réclamait le droit à l’éducation, à la santé, à la dignité.


Iván Duque lors de la campagne électorale de 2018. Photo Nicolás Galeano


Iván Duque, alias « Porky » comme on le surnomme en Colombie (« Porky », ça n’est pas très gentil, en gros ça veut dire porcelet, cochon) ment comme il respire, mais plus c’est gros, plus ça passe. Alors même que son entourage politique est étroitement lié à certaines affaires de narcotrafic, il se fait passer pour un champion de la lutte contre la coca (qu’il prétendait vouloir détruire à coups d’aspersions aéroportées de glyphosate) : sous son mandat, la production colombienne de cocaïne a encore augmenté, mais les États-Unis et autres bailleurs de fonds internationaux apportent une aide toujours aussi conséquente, traduite en budgets militaires, au motif de le lutte contre la drogue. On rigole.

On rigole moins lorsque la Colombie reçoit pareillement des aides internationales pour faciliter la mise en œuvre de l’Accord de paix signé en 2015 avec les FARC, qu'Iván Duque n’a cessé de chercher à entraver. Et les « leaders sociaux » (responsables communautaires, paysans, indigènes, militants environnements, des droits de l’homme, etc.) paient le prix fort de l’inaction de l’État qui laisse le champ libre à divers groupes paramilitaires. Ces dernières années, l’assassinat de ces derniers a atteint des chiffres impressionnants. Et, de façon corollaire, les déplacements forcés de populations ont continué.


Iván Duque est plus malin que son homologue brésilien Jair Bolsonaro : pas de gros mots, pas de déclarations à l’emporte-pièces. Non. Son truc à lui, c’est de se répandre en discours vertueux, pétris de bonnes intentions, et… de faire l’exact contraire. Ainsi, à la tête d’un pays qui est le second au monde en termes de biodiversité, c’est tout juste si cet allié des multinationales dopées aux hydrocarbures et aux extractions minières ne se ferait passer pour plus écolo que Greta Thunberg ! Sauf qu’entre les discours et les actes, il y a un sacré fossé.


Ce dimanche 5 juin, qui est Journée mondiale de l’environnement, Iván Duque vient d’être rattrapé par la patrouille. La Colombie est un pays pétri de contradictions. Un pays de non-droits, à beaucoup d’égards, où le droit garde cependant une force étonnante. Là, il s'est trouvé un tribunal, en plus dans la région du Tolima, à Ibagué qui est ma ville colombienne de prédilection, pour « condamner » l’actuel Président de la République à cinq jours de « résidence surveillée ». Quel est le « crime » reproché à Iván Duque ? Avoir enfreint un ordre de la Cour suprême de Colombie qui obligeait à prendre des mesures pour protéger un parc naturel national et les populations qui y vivent : « La cinquième chambre de la Cour supérieure de justice d'Ibagué a ordonné que le président de la République de Colombie, Iván Duque Márquez, soit arrêté à son domicile pendant cinq jours et paie une amende équivalente à 15 mois de salaires pour avoir ignoré l'ordre de protection spéciale de la faune et de la flore du Parque de los Nevados, qui avait été émis en novembre 2020 par la Cour suprême de justice. »

Niché dans la cordillère centrale des Andes, sur 8.000 hectares, le Parque de los Nevados est l'un des plus grands complexes volcaniques du monde, ainsi qu'une réserve d'eau unique où naissent les rivières Quindío, Totario, Molinos, Guali, Campoalegre, Lagunillas et Otún. Il se compose de cinq sommets enneigés : le Ruiz, le Tolima, le Cisne, le Santa Isabel et le Quindío, et abrite entre autres condors, pumas et colibris.


Jean-Marc Adolphe


Photo en tête d'article : Un colibri dans le Parc national des Nevados, en Colombie. Photo Pedro Pablo Orozco.


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