WOMEX, les musiques du monde ont rendez-vous aux Canaries

Les musiciens brésiliens de Baile do Mestre Cupijó, avec Dona Onete, figure majeure du carimbó,
se produiront en clôture du WOMEX, dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026, à Las Palmas de Gran Canaria,
dans l’archipel espagnol des Canaries. Photo Divulgação/Diego Formiga
Du 21 au 25 octobre, Las Palmas de Gran Canaria accueille le WOMEX, grand carrefour professionnel des musiques du monde. Mais les découvertes ne sont pas réservées aux programmateurs : jusqu’au 24 octobre, neuf concerts gratuits ouvrent au public une fenêtre sur des scènes venues de plusieurs continents. De la Galice d’A Pedreira au Brésil de Baile do Mestre Cupijó, les humanités vous proposent une sélection en vidéos des artistes à l’affiche. Des langues, des voix et des rythmes pour traverser les frontières, à l’écoute de celles et ceux qui font vivre les traditions en les réinventant.
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Des traditions populaires aux pulsations électroniques, des répertoires de transmission orale aux créations des diasporas : le WOMEX fait entendre les musiques du monde au pluriel. Du 21 au 25 octobre 2026, sa 32ᵉ édition réunit artistes et professionnels à Las Palmas de Gran Canaria, dans l’archipel espagnol des Canaries. Huit ans après une première escale en 2018, la manifestation retrouve cette ville atlantique pour cinq jours de concerts, de rencontres et de découvertes.
Son nom développe un programme : Worldwide Music Expo. Né à Berlin en 1994, ce rendez-vous itinérant a traversé l’Europe, de Marseille à Copenhague, de Budapest à Lisbonne. Davantage qu’un festival, il constitue un marché international où se croisent programmateurs, agents, producteurs, labels, journalistes et responsables culturels. L’enjeu : permettre à des artistes de rencontrer ceux qui feront circuler leur musique, sur scène, sur disque ou par-delà les frontières.
Le jour, les participants arpentent les stands du salon, assistent aux conférences, échangent lors de rendez-vous professionnels ou découvrent des documentaires musicaux. Les concerts de présentation, les fameux « showcases », occupent une place centrale : pour les artistes, ces formats sont autant d’occasions de défendre leur singularité devant des professionnels venus chercher de nouvelles propositions. Une rencontre peut ouvrir la voie à une programmation, une tournée ou une collaboration.
L’étiquette « musiques du monde » ne désigne ici ni un genre unique ni un patrimoine figé. Le WOMEX accueille aussi bien les musiques traditionnelles que le folk, le jazz, les expressions urbaines et les expérimentations électroniques. Entre héritages locaux et inventions contemporaines, sa programmation donne à entendre des scènes qui échappent aux classements trop étroits. Ce qui les rapproche ? Une relation vivante aux territoires, aux langues et aux cultures, plutôt qu’une esthétique commune.
À Las Palmas, l’ensemble du programme se déploie autour de l’Auditorio Alfredo Kraus, face à l’océan, avec la salle Gabriel Rodó et les places voisines. Concerts, projections, conférences et salon professionnel se trouvent ainsi à quelques minutes de marche. Les Canaries saisissent aussi l’occasion de présenter leur création : plus de quarante artistes et groupes sont représentés dans le cadre du dispositif « Canarias suena », conçu pour favoriser leurs contacts internationaux. Une invitation à écouter l’archipel, mais aussi les nombreux horizons musicaux qui s’y rencontrent cette semaine.
Nadia Mevel
Pour les humanités, play-list des artistes qui s'y produisent en concert (gratuits) jusqu'au 24 octobre :
A Pedreira, la Galice au large
Chez A Pedreira, la Galice n’est pas un territoire à conserver sous cloche, mais une matière vivante, ouverte aux rencontres. Derrière ce nom de scène, Ugía Pedreira, née en 1971 à Vilaronte, dans la commune de Foz, conjugue depuis trois décennies les vies de chanteuse, de compositrice et d’activiste culturelle. Passée notamment par Marful, elle a fait de la défense de la musique galicienne un engagement au long cours, sans jamais l’enfermer dans une seule esthétique.
Folk, électronique, rythmes latins : son parcours emprunte plusieurs chemins, avec la langue et la voix pour points d’ancrage. Douze disques, au fil de ses différents projets, jalonnent cette trajectoire. Au WOMEX, elle figurait dans la sélection officielle et se produisait le jeudi 22 octobre, à 21 h 45, sur la scène gratuite de la Plaza del Espigón.
Pour entrer dans son univers, voici « Atlante », paru en octobre. Le morceau accueille le chœur Encaixe ; son clip, dirigé par A Pedreira, doit sa réalisation et ses effets visuels à Xavier Belho. Une création collective pour découvrir une artiste qui porte sa culture au-delà de ses frontières.
Saad Tiouly, le guembri en héritage
Dans l’ancienne médina de Casablanca, Saad Tiouly a grandi au croisement des musiques gnaoua, aïssaoua et dakka marrakchia. Du guembri, il a appris le jeu autant que la fabrication : entre ses mains, l’instrument devient le trait d’union entre un héritage populaire et une création tournée vers le large. Chanteur, compositeur et artisan, il conçoit aussi ses costumes de scène, prolongeant la musique par un univers visuel personnel.
Sur scène, son ensemble de cinq joueurs de qraqeb fait dialoguer les rythmes métalliques, les réponses chantées et les sonorités du guembri. Cette pulsation collective, il l’a portée jusqu’aux festivals d’Amsterdam Roots et de Sines. Au WOMEX, il se produisait le 22 octobre à 23 h 15, sur la scène gratuite de la Plaza del Espigón.
La vidéo des « CML Sessions », publiée en avril 2024, offre onze minutes pour entrer dans sa musique. Pas un clip consacré à un seul titre, mais une session réunissant trois créations : « Ghrib w Berani », « Ouled Soudane » et « L3ati Moulana ». Une porte d’entrée dans le travail d’un artiste qui entend faire circuler la culture gnaoua au-delà du Maroc.
Claudio Rabe, Madagascar sous tension
Ancien danseur, Claudio Rabe fait du corps le moteur de sa musique. Né à Madagascar et installé à La Réunion, le chanteur mêle les rythmes de son île au rock, au hip-hop et aux sonorités électroniques. Le tsapiky et le salegy nourrissent une création qui ne choisit pas entre héritage et expérimentation : les pulsations malgaches y rencontrent les guitares et les machines, dans une énergie afro-psychédélique.
Autour de lui, basse, percussions, batterie et synthétiseur composent un quintette où la voix mène le mouvement. Les références revendiquées dessinent un triangle inattendu : la sensualité de Prince, la radicalité du duo Suicide et les grooves de Fela Kuti. Moins une recette qu’un goût des contrastes, au service d’une musique pensée pour la transe et la libération collective.
Remarqué aux Inouïs du Printemps de Bourges et au Sakifo en 2024, Claudio Rabe a depuis porté son univers jusqu’en Australie et au marché musical ACCES, en Afrique du Sud. Sélectionné pour les showcases officiels du WOMEX, il figurait au programme du 22 octobre : une nouvelle étape pour ce projet qui fait dialoguer les scènes de l’océan Indien et les circuits internationaux.
Kasiva Mutua, le rythme de l’émancipation
Petite fille, Kasiva Mutua apprend à écouter les rythmes de la nature grâce aux histoires de sa grand-mère. Mais, dans sa communauté au Kenya, les percussions sont une affaire d’hommes. Elle s’en empare pourtant, puis cofonde en 2015 MotraMusic, un collectif féminin qui transmet aux jeunes femmes l’art du rythme et leur ouvre un espace de création. Chanteuse, percussionniste et désormais guitariste, elle prolonge cette émancipation dans ses propres chansons.
Avec « Ndikweteela », publié en janvier 2025, l’affirmation de soi prend une tournure intime. Le titre signifie « Je ne t’attendrai pas » : une femme dit adieu à une relation à distance, entre chagrin, désillusion et désir de retrouver la joie. Ancrée dans la langue kamba, la chanson croise le maloya réunionnais, les traditions kayamba de la côte kényane et les rythmes isukuti de l’ouest du pays. Une circulation des sons qui donne à la séparation un élan nouveau.
Réalisé par Mohammed Ayieko, le clip accompagne ce morceau issu de l’univers de Desturi, son premier album. Kasiva Mutua se produit ce vendredi 23 octobre, de 21 h 45 à 22 h 30, sur la scène gratuite de la Plaza del Espigón.
Nana Benz du Togo, le vaudou passe au courant
Leur nom rend hommage aux commerçantes togolaises qui, dès les années 1960, ont bâti leur indépendance grâce au commerce des tissus, jusqu’à s’offrir les Mercedes devenues leur emblème. Nana Benz du Togo reprend cet héritage d’émancipation pour le porter sur scène : des voix féminines, des paroles féministes et écologistes, une musique qui invite autant à danser qu’à prendre position.
Le collectif appelle cela le « digital voodoo ». Les rythmes et la dimension collective des cérémonies vaudou y rencontrent les claviers électroniques, la soul et le funk. Des tuyaux en PVC produisent les lignes de basse ; des percussions de récupération dialoguent avec un Korg vintage. Ce bricolage instrumental participe d’une démarche où l’invention sonore rejoint l’attention portée au vivant. Pas besoin de démesure technologique pour entraîner une foule.
L’extrait proposé nous ramène au Théâtre antique de Vienne, le 11 juillet 2025, pendant la soirée « All Night » du festival : une porte d’entrée dans cette musique répétitive, dansante et fédératrice. À Las Palmas, Nana Benz du Togo retrouve le public ce vendredi 23 octobre, sur la scène gratuite de la Plaza del Espigón.
Soba, le blues en partage
Une guitare, un harmonica, des percussions : Soba fait de cette formule resserrée un espace de rencontre entre le Burkina Faso, le Congo et la France. Moussa Koita tient la guitare et le chant, Vincent Bucher l’harmonica, Émile Biayenda les percussions. Trois voix instrumentales pour une musique où le dialogue se joue à chaque phrase, sans qu’aucun des partenaires ne s’efface.
Avec « Fiman », morceau qui donne son titre à leur album, le trio aborde une autre forme de rencontre : celle du couple mixte. Le titre signifie « La couleur noire ». Écrites par Moussa Koita, les paroles interrogent les différences culturelles, les façons d’aimer et les malentendus qui peuvent traverser une relation. L’amour n’abolit pas d’un geste les habitudes ni les regards hérités ; il invite à composer avec eux.
Réalisé par Arnaud Legoff et publié en octobre 2024, le clip accompagne cette chanson dont les trois musiciens signent ensemble la musique. À travers ce travail collectif, Soba donne une forme sonore au sujet qu’il explore : faire place à l’autre sans renoncer à sa singularité. Sélectionné au WOMEX, le trio figure au programme de la scène gratuite de la Plaza del Espigón, dans la nuit du vendredi 23 au samedi 24 octobre.
Enkelé, la terre et les voix des femmes
Sept femmes, des voix et des tambours : Enkelé fait résonner les traditions orales des Caraïbes colombiennes et des rives du Magdalena Medio. Réunies à Bucaramanga autour de Carolina Delgado, chanteuses et percussionnistes prennent leur place dans des pratiques où les femmes restent trop souvent cantonnées au chant. Jouer du tambour devient aussi une manière de déplacer les rôles et de combattre le machisme, sans rompre avec l’héritage transmis.
Dans « Tierra », composé par Carolina Delgado et interprété par Camila Pedrozo, cet héritage prend le visage d’une terre aimée, blessée par les violences. « Terre de mes ancêtres », chante le refrain, avant de faire entendre les morts, les pleurs et le désir de vivre. Aux voix qui se répondent s’ajoutent tambour alegre, tambora, llamador et maracas : une pulsation collective pour porter la plainte autant que la résistance.
Publié en août 2024, le clip accompagne ce chant d’attachement et d’alerte, où la mémoire des femmes rejoint celle des territoires. À Las Palmas, Enkelé ouvre la dernière soirée des concerts gratuits, samedi 24 octobre, de 21 h 45 à 22 h 30, sur la Plaza del Espigón.
Saodaj, le maloya à la recherche de son étoile
Avec Saodaj, le maloya réunionnais se conjugue au présent. Cofondé par Marie Lanfroy et Jonathan Itéma, le groupe porte aux Canaries une création nourrie de sa langue et de son territoire. Cette première sélection au WOMEX représente une nouvelle étape : quarante-cinq minutes de concert pour faire découvrir son univers aux professionnels internationaux comme au public de la scène gratuite.
« Adyé Véli », extrait de l’album Lodèr la vi, paru en novembre 2025, en dévoile le versant intime. Lorsque le corps ne veut plus se lever, que la peur gagne et que la vie se rétrécit derrière les volets, une voix cherche encore son étoile. Le texte créole, signé Carlo De Sacco et Marie Lanfroy, ne gomme ni l’épuisement ni le vertige : il leur oppose une adresse obstinée, un désir de retrouver ce qui guide et tient debout.
Composé par Marie Lanfroy, le morceau est accompagné d’un clip réalisé par Tika Neversmile. « Où es-tu ? C’est toi que je veux », dit sa traduction française : quelques mots pour laisser ouverte une issue dans l’obscurité. Saodaj se produit samedi 24 octobre à 23 h 15, sur la Plaza del Espigón, à Las Palmas de Gran Canaria.
Baile do Mestre Cupijó, l’Amazonie mène la danse
Pour finir, cap sur le Pará, dans le nord du Brésil. Les dix musiciens de Baile do Mestre Cupijó font revivre l’œuvre d’un grand passeur des musiques amazoniennes. Multi-instrumentiste, chef d’orchestre et militant culturel, Mestre Cupijó (1936-2012) a popularisé le siriá et le banguê, deux rythmes de la région du Bas-Tocantins. Son héritage se transmet ici par le mouvement : un répertoire à jouer, à partager et à danser.
Né dans le prolongement du documentaire Mestre Cupijó e Seu Ritmo, sorti en 2019, le projet associe recherche musicale, tradition orale et création contemporaine. Avec « Caboclinha do Igapó », le groupe invite Dona Onete, figure majeure du carimbó, à interpréter un classique du maître. Publiée en février 2024, la vidéo réunit deux générations autour d’une même volonté : faire circuler les musiques du Pará sans les transformer en pièces de musée.
Cette première tournée internationale, entamée le 21 octobre au B.Leza de Lisbonne, conduit l’ensemble de Lisbonne aux Canaries. Baile do Mestre Cupijó clôt les concerts gratuits du WOMEX sur la Plaza del Espigón, dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre, à 0 h 45. Une dernière escale amazonienne pour prolonger le voyage jusque sur la piste de danse. Et... cet été en France ?





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