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À Lyon, Ettore Scola et les frères Coen au festival Lumière

il y a 11 heures
6 min de lecture

Sophia Loren et Marcello Mastroianni dans une scène de Une journée particulière, du réalisateur Ettore Scola (1977)


Du 10 au 18 octobre, le festival Lumière remet l’histoire du cinéma sur grand écran. Ouvert par Une journée particulière et une rétrospective Ettore Scola, le festival couronnera du prix Lumière les frères Coen, en passant par une programmation de plus de 400 séances pour revivre et redécouvrir des grands classiques de l'histoire du 7ème art, mais aussi des inédits et des oubliés.

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Depuis sa création en 2009, à l’initiative de Thierry Frémaux et de Bertrand Tavernier, le festival Lumière fait revenir les films dans les salles, accompagne les restaurations et organise des rencontres entre les œuvres, les artistes et les spectateurs. Porté par l’Institut Lumière avec la métropole de Lyon, ce rendez-vous annuel a fait de la ville des inventeurs du Cinématographe un lieu de transmission de l’histoire du cinéma.


Le cinéma de patrimoine ne se limite pas, en effet, à entretenir un panthéon de chefs d’œuvre. Il comprend aussi les films oubliés, les œuvres devenues difficiles à voir et les cinématographies que les circuits de diffusion ont laissées dans l’ombre. Conserver les supports, restaurer les images et les sons, puis remettre les films en circulation sont des gestes complémentaires. Le festival leur donne une destination concrète : le grand écran et l’expérience collective de la salle. « Nous ne voulions pas d’un festival entre spécialistes, déclarait Thierry Frémaux dans un entretien paru sur Télérama en 2013, nous voulions dire aux gens que chaque fois qu’ils voient un “vieux film”, celui-ci a été, à son époque, un nouveau film. » C’est ainsi qu’est né l’idée de faire présenter les films du passé par des artistes d’aujourd’hui, véritable marque de fabrique du festival.


Cette 18e édition, du 10 au 18 octobre 2026, ne fait pas exception : une ample rétrospective Ettore Scola, un hommage aux frères Coen assorti d’une « nuit géante » de quatre de leur films, de Fargo (1996) à Burn after reading (2008), mais aussi des masterclasses et des invitations à la découverte qui traversent les frontières, et mélangent époques et genres.

Ettore Scola : la grande histoire, à hauteur de vies

Le festival s’ouvre avec Une journée particulière (Una giornata particolare), au cœur de la rétrospective « Ettore Scola, nous l’avons tant aimé ». Sorti en 1977, le film raconte la rencontre entre Antonietta, mère de famille élevée dans le culte du Duce, et Gabriele, présentateur de radio homosexuel promis à l'exil. Sophia Loren et Marcello Mastroianni incarnent deux marginaux, qui se découvrent par hasard dans un immeuble populaire de Rome, presque entièrement déserté à l’occasion des cérémonies de la visite d’Hitler, le 6 mai 1938.


Tandis que la radio retransmet la célébration officielle, Scola regarde ce que le fascisme fait aux vies ordinaires. Antonietta et Gabriele ne subissent pas la même oppression : elle adhère à un régime qui la réduit au service domestique et à la maternité ; lui est explicitement rejeté et persécuté pour son orientation sexuelle. Leur rencontre fait apparaître les contraintes que l’ordre collectif impose à chacun, sous des formes différentes, et qu’on retrouve reproduites à l’identique même là où l'on ne s’y attendrait pas.


La force politique du film tient aussi à sa douceur. Scola ne transforme pas ses personnages en improbables héros de l’antifascisme : il leur laisse leurs hésitations, leurs préjugés, leurs élans et leur vulnérabilité. La dénonciation du régime et de sa violence est moins une affaire de rébellion que de doute et reconnaissance. Le temps d’une journée, ces deux solitudes trouvent une compréhension et une tendresse que leur existence quotidienne leur refuse. Et c’est justement la mélancolie de cette rencontre inopinée qui donne à la dimension politique une présence humaine, loin des places débordantes où l’histoire est en train de se faire.


« Lorsque le fascisme a pris fin, ce que nous pouvons appeler l’esprit fasciste n’a certainement pas pris fin avec lui. Les germes fascistes sont restés dans notre vie quotidienne », expliquait Scola dans un entretien avec Rocco Femia, publié par Radici en janvier 2016. Il invitait à reconnaître les tendances à la domination et à l’intolérance qu’on hérite de la culture de domination, jusque dans ses propres comportements : même un démocrate convaincu, disait-il, peut laisser échapper sa « minute de fascisme » s’il relâche sa vigilance. Encore aujourd’hui, l’antifascisme est une question de concentration. Sur soi-même, sur l'autre.


Né à Trevico en 1931 et mort à Rome en 2016, Scola vient du dessin satirique et de l’écriture de scénarios, avant de passer à la réalisation en 1964. Héritier de la comédie à l’italienne, il associe le rire à une observation aiguë des rapports sociaux. Son engagement dans le parti communiste italien et sa participation au film collectif L’Adieu à Berlinguer, en 1984, témoignent de convictions qu’il ne séparait pas de son travail. Son cinéma antifasciste ne se réduit pourtant jamais à l’illustration d’une doctrine : son point d’observation ce sont plutôt les contradictions qui habitent les individus et qui reflètent, comme à travers un prisme, celles de l’histoire.


Jeff Bridges dans une scène de The Big Lebovski des réalisateurs Ethan et Joel Coen (1998)

Les frères Coen : l’art de déjouer les attentes

En 1977, alors que le film de Scola sortait dans les salles italiennes, deux frères originaires du Minnesota poursuivaient leurs études de l’autre côté de l’Atlantique : Joel dans le cinéma, Ethan en philosophie. Ils allaient bientôt se retrouver pour écrire et fabriquer ensemble des films. Leur premier long métrage, Sang pour sang, sorti en 1984, les impose dans le cinéma indépendant américain.


Lauréats du prix Lumière 2026, Joel et Ethan Coen ont construit une œuvre décalée et extraordinairement diverse. Du film noir au western, de la comédie déjantée au drame criminel, ils reprennent les codes des genres pour en déplacer les attentes. Leurs intrigues sont précises, mais leurs personnages en comprennent rarement tous les ressorts : cupidité, erreurs de jugement et hasard les précipitent dans des engrenages qu’ils ne maîtrisent plus.


De Barton Fink à Fargo, de The Big Lebowski à No Country for Old Men, leur humour peut devenir inquiétant et leur violence basculer dans l’absurde. Frances McDormand, William H. Macy, John Turturro ou Jeff Bridges ont donné des visages mémorables à ces figures, ambitieuses ou résignées, raisonnables ou extravagantes, toutes vouées pourtant à jouer dans la comédie humaine de notre temps.


Le festival se clôturera le 18 octobre avec The Big Lebowski, en présence des deux cinéastes. Jeff Bridges y incarne le Dude, amateur de bowling et partisan du moindre effort, confondu avec un riche homonyme puis entraîné dans une affaire d’enlèvement. Les Coen lui imposent une intrigue de film noir alors qu’il voudrait surtout qu’on le laisse tranquille. Sorti en 1998, le film a trouvé progressivement son immense public, et est aujourd’hui l’un des exemples les plus emblématique de l’originalité de deux cinéastes.


Chow Yun-fat et Zhang Ziyi dans la scène cult du combat dans la forêt de bambous

dans le film Tigre et Dragon du réalisateur Ang Lee (2000)


Quelques perles, du polar américain au wuxia chinois

Parmi les autres parcours proposés, la rétrospective Norman Jewison invite à redécouvrir un cinéaste canadien dont l’œuvre traverse plusieurs visages d’Hollywood. Dans la chaleur de la nuit, L’Affaire Thomas Crown, Un violon sur le toit ou Rollerball montrent l’amplitude d’un réalisateur passé du polar à la comédie musicale et à la science-fiction. Le cinéma français est également présent avec Louis Daquin, notamment Nous les gosses, Le Voyageur de la Toussaint et Les Frères Bouquinquant.


Autre invitation majeure : Tsui Hark, figure de la Nouvelle Vague hongkongaise, réalisateur et producteur qui a fait du cinéma populaire un laboratoire d’expérimentation. Cofondateur de Film Workshop avec Nansun Shi en 1984, il conjugue goût du fantastique, virtuosité du mouvement et mélange des registres. Quatre films sont présentés : Shanghai Blues, Peking Opera Blues, Il était une fois en Chine et Time and Tide. Une rencontre est prévue le 11 octobre à 11 heures au Pathé Bellecour.


Ce parcours révèle un cinéaste que l’on aurait tort de réduire aux arts martiaux : Shanghai Blues est une comédie romantique de retrouvailles manquées, Peking Opera Blues une aventure portée par trois femmes, et Time and Tide un polar frénétique. Avec Il était une fois en Chine, Jet Li incarne Wong Fei-hung, médecin et maître de kung-fu, dans une Chine impériale confrontée aux puissances occidentales.


La présence de Zhang Ziyi pour une séance exceptionnelle de Tigre et Dragon, réalisé par Ang Lee en 2000, ouvre une autre porte sur le wuxia. Cette tradition chinoise de récits de chevalerie associe les prouesses martiales à des conflits d’honneur, de loyauté, d’amour et de liberté. Dans des scènes aussi mémorables que le combat dans la canopée d’une forêt de bambous, la recherche esthétique revisite l’imaginaire de ces contes mythiques, qui attribuaient aux héros des capacités extraordinaires allant bien au-delà de la maîtrise des techniques de combat.


L’histoire permanente des femmes cinéastes, l’âge d’or du cinéma grec et la sélection Lumière Classics complètent ces chemins de découverte. De quoi rappeler que transmettre le cinéma consiste aussi à élargir la mémoire commune : faire revoir les œuvres reconnues, mais également rendre leur place à celles qui attendent encore leurs spectateurs.


Anna Never



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1 commentaire


yanitz2018
yanitz2018
il y a 9 heures

De "Pane e cioccolata' à "A Serious Man" !!!

Dans le premier tout éclate lors d'un match de foot à la TV.

Dans le second, tout le film est "résumé" dans l'introduction en yiddish.

Deux farces cruelles.



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