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17 octobre, la lutte des convergences

il y a 15 heures
24 min de lecture

A Paris, le 6 octobre 2026. Photo Teresa Suarez/AP


Ce 17 octobre, les colères ont rendez-vous. Gilets jaunes, lycéens, syndicats : il ne suffit pas de battre le même pavé pour prendre un chemin commun. Entre services publics asphyxiés, procès en « instrumentalisation » et pouvoir qui confond l’écoute avec le maintien de l’ordre, la convergence reste une lutte. Et si cette jeunesse réputée sans boussole était justement en train de poser la question qui dérange : où nous emmenez-vous ?

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 



On connaît la formule. Elle figure dans les communiqués, s’invite aux tribunes, passe de bouche en bouche comme une promesse : « la convergence des luttes ». Il suffirait donc que les colères prennent rendez-vous le même jour pour qu’elles trouvent un chemin commun. On aimerait y croire. Mais une date ne fait pas un mouvement, pas plus qu’un carrefour ne donne à ceux qui s’y croisent une destination.


Ce 17 octobre pose une autre question : comment faire du commun sans demander à chacun de laisser une part de sa colère au vestiaire ? Comment se rejoindre sans se ranger derrière celui qui parle le plus fort ? Car chacun peut vouloir l’unité, à condition, parfois, qu’elle se fasse dans ses mots, sous ses couleurs et selon son calendrier. Nous sommes tous pour la convergence. Reste à savoir qui est prêt à bouger.


C’est là que commence la lutte des convergences. Non dans la belle photographie d’un cortège où toutes les banderoles tiendraient enfin dans le cadre, mais dans le travail moins photogénique qui consiste à s’écouter, à se contredire et à décider ensemble. Une colère peut marcher à côté d’une autre sans jamais la rencontrer. L’enjeu serait qu’au bout de la rue, quelque chose ait changé entre elles.

 

Ce 17 octobre fut d’abord appelé par les Gilets jaunes — ou, plus prudemment, par celles et ceux qui en revendiquent la couleur, la mémoire ou la persistance. Les mobilisations antérieures avaient surtout donné à voir une géographie dispersée de la colère. Des rendez-vous, des volontés, des fidélités ; mais entre les points sur la carte, beaucoup de distance encore. On peut garder la flamme sans parvenir à rallumer le feu.

 

Puis, par un prompt renfort, et sans gilet jaune, la jeunesse lycéenne est entrée dans le paysage. Elle n’arrive pas pour compléter un cortège en manque de figurants, ni pour fournir aux anciens leur cure de jouvence contestataire. Elle vient avec ses raisons, ses mots, son impatience. Et c’est précisément ce qui rend la rencontre intéressante : personne n’avait tout à fait prévu l’autre.


Il serait tentant de raconter la suite comme une relève ou une réconciliation. Aux uns les ronds-points, aux autres les lycées ; aux premiers l’expérience, aux seconds l’élan. Chacun son rôle, et la photographie sera parfaite. Mais les jeunes ne sont pas davantage une réserve d’énergie que les Gilets jaunes un stock de souvenirs. Pour qu’ils fassent mouvement ensemble, il faudra autre chose qu’une distribution des emplois.

 

Voilà donc la convergence mise à l’épreuve de ses participants. Soutenir les lycéens ne signifie pas leur expliquer ce qu’ils devraient vouloir. Rejoindre les Gilets jaunes ne suppose pas d’endosser tout ce qui a pu se dire en leur nom. Il faudra parler, choisir, se disputer peut-être. La rencontre commence vraiment lorsque chacun accepte que l’autre puisse modifier un peu le programme.

La GenZ met le feu ?

« Gen Z en feu », titre Libération. En feu ? Le journal propose plus exactement le « portrait d’une Gen Z en feu ». Espérons que l’expression désigne autre chose que les quelques flammes dont les images suffisent habituellement à escamoter les raisons d’une mobilisation. Une poubelle qui brûle possède, à la télévision, cet avantage considérable sur une revendication : elle se comprend sans explication. Ou plutôt, elle dispense d’en donner.


Pendant que cette jeunesse transmettrait sa flamme — sa flemme, diront ceux qui lui reprochent de ne rien faire, puis de manifester — à quelques poubelles, les pompiers, eux, sont toujours en grève. Trente-neuf jours après le début du mouvement, le 8 septembre, leurs syndicats estiment n’avoir toujours pas obtenu les réponses attendues. Ils viennent de prolonger leur mobilisation jusqu’au 4 décembre. Davantage de personnels, un financement durable, des missions qui cessent de s’accumuler sans les moyens correspondants : les professionnels du secours demandent qu’on secoure aussi le service public. Le gouvernement a bien annoncé un milliard d’euros supplémentaires sur cinq ans. Mais une annonce budgétaire ne vaut pas règlement du conflit : les huit organisations de l’intersyndicale réclament encore des engagements concrets sur les effectifs et les conditions d’exercice. Voilà une convergence qui ne devrait pas être trop difficile à comprendre : ceux qui demandent de quoi apprendre et ceux qui demandent de quoi intervenir ne réclament pas exactement le luxe.


Mais revenons à cette « Gen Z ». Le nom ressemble à celui d’un produit destiné à renouveler une gamme. Il relève d’abord d’un classement démographique : après la génération X, puis la génération Y, autrement appelée celle des millennials, voici la Z. On y range généralement les personnes nées entre 1997 et 2012, selon des bornes conventionnelles plutôt que naturelles. En 2019, le Pew Research Center constatait que l’appellation s’était imposée dans les médias et la culture populaire. Ce n’était pas encore le nom d’une internationale. À peine celui d’une génération à laquelle on avait attribué une lettre avant de lui demander ce qu’elle avait à dire.


Depuis, elle a pris la parole. Au Kenya, en 2024, contre un projet d’augmentation des impôts. Au Népal, en septembre 2025, contre l’interdiction des réseaux sociaux, mais aussi contre la corruption et l’étalage des privilèges. Au Maroc, le collectif Gen Z 212 a opposé l’urgence des écoles et des hôpitaux aux dépenses de prestige. À Madagascar, les coupures d’eau et d’électricité ont nourri une révolte contre un pouvoir dont les défaillances devenaient chaque jour plus invivables. Pas une seule cause, donc, mais une parenté : des besoins élémentaires insatisfaits, des dirigeants qui semblent vivre ailleurs et une jeunesse priée de patienter devant un avenir fermé.


Des manifestantes protestent contre la corruption et réclament une réforme des systèmes de santé et d’éducation.

Casablanca, Maroc, 2 octobre 2025. Photo AP


Ces mouvements ne se ressemblent pas seulement parce qu’on leur donne le même nom. Ils s’observent, s’empruntent des outils, font circuler des images et des façons de s’organiser. Discord, plateforme issue de l’univers du jeu vidéo, devient un lieu de discussion et de décision ; le drapeau pirate du manga One Piece voyage d’une manifestation à l’autre. Selon le réseau international de la société civile Civicus, des militants malgaches ont rejoint les espaces de discussion népalais pour apprendre de leur expérience. Il ne s’agit plus seulement de découvrir qu’ailleurs aussi les jeunes sont en colère : il devient possible de leur demander comment ils font.


Alors, une internationale Gen Z ? Le mot est tentant. Face à ce qu’on appelle l’internationale réactionnaire, et tandis qu’une gauche progressiste peine à faire entendre une perspective commune, on voudrait reconnaître la relève. Mais une classe d’âge n’est pas une classe politique. La colère contre les élites peut réclamer davantage d’égalité comme elle peut se laisser séduire par des nationalismes autoritaires. Civicus le souligne : une partie des jeunes électeurs européens se tourne aussi vers les droites populistes. Et faire tomber un pouvoir ne garantit pas que ceux qui prennent sa place accompliront les aspirations du soulèvement. À Madagascar, un an après, les désillusions de la jeunesse devant la confiscation militaire du changement sont déjà là pour le rappeler.


Mieux vaudrait donc parler d’une internationale possible que d’une internationale constituée. Quelque chose circule, sans état-major ni programme universel : le refus d’être gouverné sans être entendu, et celui de voir les besoins du plus grand nombre sacrifiés aux privilèges de quelques-uns. La France serait-elle en train de rejoindre cette conversation ? Ses lycéens n’ont attendu personne pour avoir leurs raisons de se mobiliser ; certains de leurs porte-parole revendiquent pourtant déjà cette référence à la Gen Z.


Ce serait moins une jeunesse française soudain devenue internationale qu’une jeunesse découvrant que ses questions ont des correspondants. Et moins une convergence tombée du ciel qu’un travail à commencer. À condition, cette fois encore, de ne pas prendre une étiquette commune pour une cause entendue.

Une combustion lente

Il y a des feux qui font la une et des asphyxies qui ne produisent aucune image. Une classe où l’on renonce à remplacer un professeur, un service où les départs ne sont plus compensés, une équipe qui tient parce que chacun accepte de tenir un peu plus : rien de tout cela ne flambe. Les murs restent debout. L’enseigne est toujours là. On appelle encore cela un service public. Il faut passer la porte pour mesurer ce qui manque.


C’est une combustion lente, dont le combustible est humain. On consume la patience des usagers, la conscience professionnelle des agents, les heures qui n’étaient pas censées être travaillées. Puis on présente la continuité du service comme la preuve qu’il pouvait fonctionner avec moins. Admirable mécanique : le dévouement permet de masquer la pénurie, et la pénurie devient un mode de gestion. Jusqu’au jour où ceux qui tenaient ne tiennent plus.


Ce jour-là, on leur demande généralement de ne pas prendre la population en otage. La formule a cet avantage : elle évite de demander dans quelles conditions la population était accueillie la veille. Le scandale serait donc l’interruption visible, jamais la dégradation quotidienne. Et voici que les agents doivent défendre par la grève un service qu’on leur reproche de perturber. Pour faire entendre qu’ils ne peuvent plus travailler ainsi, il leur faut cesser de travailler — quitte à se voir expliquer qu’ils ont décidément perdu le sens du service.


C’est sur ce terrain que la rencontre avec la jeunesse pourrait prendre corps. Pas dans une grande célébration de la colère, mais autour de questions presque embarrassantes de simplicité : qu’est-ce qu’on doit pouvoir apprendre, recevoir comme soins, attendre comme secours, indépendamment de ce qu’on gagne et de l’endroit où l’on habite ? Les réponses engagent davantage qu’un budget. Elles dessinent les conditions dans lesquelles une société accepte de faire vivre ses membres ensemble.


On pourrait alors sortir du concours des urgences. Ne plus opposer le lycée à l’hôpital, l’hôpital aux secours, les besoins des uns aux moyens des autres. Refuser cette réunion de famille où l’on aurait commencé par retirer la moitié des chaises avant de reprocher aux convives de se disputer pour s’asseoir. La convergence aurait ici un objet précis : contester l’organisation de la pénurie, plutôt que négocier chacun son tour le droit d’en souffrir un peu moins.


Reste à ne pas confondre le feu avec la lumière. Une révolte n’a pas raison de tout parce qu’elle brûle ; elle n’a pas tort de tout parce qu’une poubelle a brûlé. Il faut l’écouter assez pour distinguer ce qu’elle détruit de ce qu’elle demande à préserver. Et peut-être entendre, derrière le bruit de la rue, cette exigence moins spectaculaire : pouvoir compter sur quelque chose. Un professeur devant la classe. Une porte de soins qui s’ouvre. Des secours qui arrivent. De quoi vivre sans avoir à devenir, à chaque épreuve, le héros de sa propre survie.

Un nouveau Front populaire ?

Encore faut-il que ceux qui défendent ces biens communs se retrouvent au même endroit, le même jour. La convergence a ses limites, et parfois son agenda. La CGT soutient les revendications sociales du 17 octobre et prévoit de participer « partout où les conditions seront réunies ». Solidaires rejoint la mobilisation, comme la Confédération paysanne et plusieurs organisations lycéennes et étudiantes. La CFDT et FO, en revanche, n’appellent pas à manifester aujourd’hui. On peut donc partager une partie des revendications sans partager le rendez-vous.

 

« Partout où les conditions seront réunies » : la précaution peut s’entendre. Aucun syndicat n’est tenu de signer un chèque en blanc à tout appel qui circule. Il faut savoir avec qui l’on marche, pour demander quoi, et se garder des récupérations. Mais la formule contient aussi notre difficulté : les conditions de l’unité sont-elles un préalable à la rencontre, ou quelque chose qui se construit en se rencontrant ? À trop attendre qu’elles soient réunies, on risque de laisser chacun vérifier les siennes dans son coin.


Une autre date est déjà annoncée : le 5 novembre, pour une journée nationale unitaire et interprofessionnelle de grève et de manifestations, autour des salaires, des pensions et du refus de l’austérité dans les budgets de l’État et de la Sécurité sociale. Tant mieux. Une mobilisation a besoin de préparation, de relais et de durée. Mais il faudra faire le lien : que le rendez-vous de novembre prolonge les colères d’octobre, plutôt qu’il ne les invite à revenir plus tard, dans le cadre prévu à cet effet. Une jeunesse qui entre en mouvement n’a pas nécessairement commencé par consulter le calendrier intersyndical.

 

Le 12 février 1934, les deux cortèges communiste et socialiste, arrivés place de la Nation, se rejoignent spontanément

aux cris de « Unité ! Unité ! ». © Tallandier / Bridgeman Images


C’est ici que l’histoire du Front populaire mérite mieux qu’une photographie sépia. Revenons non pas d’abord à 1936, année de la victoire électorale et des grandes grèves, mais au 12 février 1934. Six jours après les violences du 6 février, sur fond de menace des ligues d’extrême droite, la grève générale et les manifestations organisent une riposte de masse. À Paris, socialistes et communistes défilent encore en cortèges distincts. Du côté de la place de la Nation et du cours de Vincennes, des manifestants se rejoignent aux cris d’« Unité ! Unité ! ». Le rapprochement se fait aussi par les pieds.


Il serait pourtant trop commode d’en conclure que la rue aurait tout inventé contre des appareils qui n’auraient rien compris. Ce sont bien des organisations qui ont appelé à la grève, mobilisé leurs militants, rendu cette journée possible. Et il faudra ensuite des décisions politiques : le pacte d’unité d’action entre communistes et socialistes, signé le 27 juillet 1934 ; puis l’élargissement du rassemblement aux radicaux, dont le grand défilé du 14 juillet 1935, de la Bastille à la porte de Vincennes, donne la traduction publique. Le Front populaire ne surgit pas tout armé d’une rencontre de cortèges. Mais cette rencontre contribue à rendre possible ce que les divisions rendaient jusque-là impensable.

 

L’enseignement n’est donc pas que les organisations seraient inutiles. Il est qu’elles peuvent être déplacées par ceux qu’elles organisent. La volonté d’unité ne descend pas toujours d’une tribune ; elle peut aussi remonter d’un cortège. Des militants font l’expérience d’une force commune, puis demandent que leurs directions en tirent les conséquences. Il arrive que la base ait quelques mètres d’avance.

 

Nous ne sommes pas en 1934, et personne ne gagnerait à distribuer les rôles d’hier aux protagonistes d’aujourd’hui. Mais face aux droites qui savent si bien faire circuler leurs obsessions, leurs méthodes et leurs mots d’ordre, la question mérite d’être posée : combien de conditions faudra-t-il encore réunir pour commencer à construire ensemble ? Le 17 octobre n’a pas à se prendre pour le Front populaire. Il peut, plus modestement, rappeler qu’un rendez-vous devient politique lorsque ceux qui s’y rencontrent ne repartent pas exactement comme ils étaient venus.

Un mouvement « instrumentalisé » ?

Mais voici qu’on nous prévient : le mouvement serait « instrumentalisé ». Le mot circule du gouvernement à la droite et à l’extrême droite, avec des nuances dont l’épaisseur ne suffirait pas à remplacer le papier hygiénique manquant dans les toilettes d’un lycée. Sébastien Lecornu accuse les Insoumis de récupération électorale ; la députée RN Laure Lavalette leur reproche d’avoir « complètement instrumentalisé » la mobilisation. L’accusation est formulée. Reste à savoir ce qu’elle démontre.


Instrumentalisé ? Que oui, si l’on entend par là qu’un mouvement politique cherche à donner une traduction politique à une colère sociale. Et alors ? À quoi servirait-il, sinon ? À regarder passer les manifestations depuis son local de campagne, en attendant que les mécontents deviennent des électeurs ? On peut préférer une autre partition que celle de La France insoumise. Encore faut-il accepter que mettre en musique des revendications ne signifie pas nécessairement commander ceux qui les portent. Il existe une différence entre proposer un arrangement et confisquer tous les instruments.


La distinction mérite même qu’on s’y arrête. Soutenir, relayer, proposer des débouchés : c’est une fonction politique. Subordonner un mouvement à ses intérêts électoraux, parler à sa place, lui dicter ses décisions : c’est autre chose. Le critère n’est pas de savoir si un député apparaît devant un lycée, mais si les lycéens conservent la maîtrise de leur mobilisation. Dans les témoignages recueillis par le HuffPost, des élèves revendiquent précisément leur capacité à penser et à agir sans recevoir leurs consignes d’un parti. On peut entendre cette parole, plutôt que de décider d’avance qu’elle leur a été soufflée.


Car l’accusation présente cet avantage remarquable : elle permet de disqualifier simultanément ceux qui protestent et ceux qui les soutiennent. Les premiers ne sauraient pas ce qu’ils font ; les seconds ne sauraient faire que les manipuler. Les revendications disparaissent entre les deux. Plus besoin de répondre à la colère : il suffit d’identifier celui qui serait caché derrière. C’est une conception assez singulière de l’autonomie de la jeunesse : elle penserait par elle-même à condition de ne pas penser contre vous.


Quant à ceux qui s’indignent de voir un événement recevoir une interprétation politique, leur soudaine pudeur ferait presque sourire. On attend encore que les entrepreneurs de peur considèrent chaque fait divers comme un drame qu’il conviendrait d’éclairer avant d’en faire la confirmation de leur programme. Sur CNews, le traitement de l’affaire de Crépol a ainsi valu à la chaîne une mise en demeure de l’Arcom, rendue publique en mars : le régulateur lui reprochait un traitement « univoque » au fil de quinze émissions. Pas une preuve que toute information serait fausse, ni que toute lecture politique serait interdite. Mais un rappel assez précis de ce qui arrive lorsque l’information doit toujours conduire au même verdict.


La différence est pourtant essentielle. Partir de faits établis pour défendre une politique relève du débat. Sélectionner les faits, effacer ce qui dérange et faire rentrer chaque événement dans une conclusion déjà écrite relève d’une autre entreprise. La question n’est donc pas : « Qui fait de la politique ? » Tout le monde, ici, en fait. La question est : avec quel respect des faits, et quelle place laissée à la parole des premiers concernés ?


Cela n’accorde aucun brevet de vertu aux Insoumis. Leur soutien peut être discuté, leurs méthodes critiquées, leurs ambitions électorales examinées. Mais leur présence ne suffit pas à rendre les lycéens imaginaires. Et si l’on exigeait qu’une mobilisation ne bénéficie à personne pour lui reconnaître une légitimité, on aurait trouvé le moyen le plus sûr de condamner toute colère à l’impuissance.


La convergence n’a pas besoin d’être politiquement vierge. Elle a besoin de rester libre. Libre d’accepter un soutien sans se donner un propriétaire ; libre de marcher avec des élus sans leur abandonner la tête du cortège ; libre, surtout, de leur dire non. Le scandale ne serait pas que la jeunesse trouve des alliés. Ce serait qu’on ne lui reconnaisse le droit d’agir qu’à condition de rester seule.

Deux France irréconciliables ?

Deux France irréconciliables ? Ou deux façons de comprendre ce que signifie représenter les autres ? À Saint-Denis, où le lycée Paul-Éluard a été l’un des foyers de la mobilisation, le maire Bally Bagayoko a choisi de ne pas s’en tenir au communiqué de soutien. Le 6 octobre, à Paris, on l’a vu s’interposer entre les jeunes manifestants et les policiers, les bras écartés, criant : « Arrêtez ! Reculez ! » Puis bousculé, et soigné aux yeux après avoir reçu du gaz lacrymogène. « Les manifestants pourraient être mes enfants », explique-t-il. Voilà, pour une fois, l’expression « jeter son corps dans la bataille » débarrassée de son caractère métaphorique.


Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, réagit alors que des affrontements éclatent entre des manifestants et la police anti-émeute

lors d'une manifestation contre les conditions d'enseignement et visant à dénoncer le manque de moyens et de personnel

dans les lycées de Paris, en France, le 6 octobre 2026. Photo Firas Abdullah/Anadolu.


Il y a là une scène, évidemment. Un élu, des caméras, un geste immédiatement lisible. Mais une scène n’est pas nécessairement une simulation. Reconnaître la puissance politique de l’image n’oblige pas à tenir l’engagement pour factice. Le corps exposé n’est pas un accessoire de communication comme un autre : il peut être poussé, frappé, gazé. Et ce qu’il dit ici est assez simple : pour atteindre ceux qui sont derrière moi, il faudra aussi me rencontrer.


Bien joué, l’artiste, serait-on tenté de dire. Non pour réduire le geste à une performance, mais parce qu’il donne une forme à ce que tant de discours peinent à rendre sensible. La protection cesse d’être une promesse ; elle devient une position dans l’espace. Devant, et non au-dessus. Entre les jeunes et la charge, plutôt qu’entre deux invitations sur un plateau.


Ces images ont circulé dans la presse internationale, de la BBC — qui a curieusement mis l'article en rubrique "Afrique" — à CNN. Sur les réseaux sociaux, la séquence a même été transformée en animation inspirée des mangas, avec un maire devenu personnage de shōnen. On peut sourire de cette héroïsation, et se méfier du besoin de fabriquer un sauveur. Mais il s’est passé quelque chose : un geste d’élu est entré dans le langage visuel de ceux qu’il entendait défendre. Ils ne l’ont pas seulement regardé ; ils l’ont repris, transformé, fait circuler à leur manière.


Un combat politique ne se gagne certes pas avec des images seules. Une vidéo ne remplace ni une organisation, ni un programme, ni les moyens de l’appliquer. Mais il devient difficile de faire entendre une politique si rien ne permet de la voir à l’œuvre. C’est toute la différence entre produire un visuel et donner à voir un engagement. Dans le premier cas, on compose l’affiche. Dans le second, quelque chose arrive que l’affiche n’aurait pas suffi à inventer.


Pendant ce temps, quelles images nous a laissées la primaire sociale-démocrate remportée le 11 octobre par Raphaël Glucksmann ? Une victoire nette, d’abord, qui lui donne l’investiture de cette famille politique pour la présidentielle. Il ne s’agit pas de faire comme si un vote ne comptait pas au motif qu’il serait moins spectaculaire qu’une confrontation de rue. Mais une désignation règle une question interne ; elle ne résout pas à elle seule celle de la rencontre avec le pays.


Et puis il y a le « stagiaire ». Le surnom vient de Ségolène Royal, qui l’a encore employé après sa défaite : « Le stagiaire a gagné la primaire, malheureusement. » Glucksmann a retourné la pique en promettant une rémunération des stages à 1 000 euros par mois s’il est élu. La proposition mérite discussion ; elle touche d’ailleurs à une inégalité bien réelle d’accès aux stages. Mais quelle étrange entrée en matière : pour parler à la jeunesse, il aura d’abord fallu recycler une vacherie entre concurrents.


D’un côté, un maire dont les jeunes transforment le geste en images. De l’autre, un candidat qui transforme un sobriquet en message de campagne. Le contraste ne suffit pas à départager deux projets politiques ; il dit pourtant quelque chose de leur point de départ. Ici, une relation se noue dans l’événement. Là, une offre cherche son public.


Faut-il en conclure à deux France irréconciliables ? Ce serait encore dresser une frontière au moment même où l’on cherche des passages. Les électeurs de Glucksmann n’ont pas moins besoin d’hôpitaux, d’écoles et de secours que les lycéens qui acclament Bagayoko. Et les seconds ne gagneront rien à considérer les premiers comme perdus pour toujours. Mais la convergence ne se décrète pas davantage entre ces mondes qu’entre les cortèges. Elle exige que chacun accepte de sortir de son dispositif : les uns de leur image héroïque, les autres de leur scénario présidentiel.


La question, au fond, n’est pas de savoir qui possède le meilleur service de communication. Elle est de savoir qui se rend disponible à ce qui arrive — y compris lorsque cela dérange sa stratégie, déborde son calendrier ou refuse de lui donner le premier rôle.

Deux autres France irréconciliables ?

La télévision, elle aussi, aime les distributions bien nettes. Sur les écrans, deux visages sont érigés en figures opposées de la jeunesse. Arte leur a même consacré son « duel de la semaine » : Seydou Ba contre Louise Montangon. À ma gauche, un lycéen de Rosny-sous-Bois, militant insoumis ; à ma droite, une étudiante en philosophie, responsable de l’UNI à Bordeaux et candidate sur une liste RN aux dernières municipales. Deux parcours, deux engagements, et déjà cette invitation à y reconnaître deux France.


Seydou Ba vs Louise Montangon, le 16 octobre dans le "28 minutes" d'Arte


Il existe pourtant un point d’accord. Louise Montangon reconnaît que les revendications des élèves de Paul-Éluard sont légitimes : « C’est inadmissible d’étudier dans des conditions pareilles. » Mais elle récuse les blocages et attaque ceux qui les défendent : « Vous êtes les idiots utiles de ce mouvement. » Voici donc des revendications recevables, portées par des manifestants qui auraient le tort de ne pas savoir les porter.


Le désaccord serait-il seulement une affaire de méthode ? Ce serait déjà beaucoup. Une méthode engage une idée du rapport de force : faut-il interrompre le fonctionnement d’un établissement pour obtenir les moyens de le faire fonctionner correctement ? Qui subit le blocage, et qui subissait auparavant la dégradation ? On peut contester une action sans mépriser ses auteurs. Mais on ne résout pas cette difficulté en opposant les élèves qui voudraient étudier à ceux qui voudraient manifester : il arrive que ce soient les mêmes.


Et puis il y a ce que le dispositif télévisuel nous invite à voir. Deux individus deviennent deux jeunesses ; deux prises de parole, deux France. Il suffit de quelques séquences découpées, d’un titre annonçant que l’un a « remis à sa place » l’autre, et l’échange se transforme en combat dont chacun peut repartir avec sa victoire en poche. On ne cherche plus ce qui pourrait être partagé. On distribue les points. Plusieurs comptes rendus du face-à-face ont précisément adopté ce vocabulaire de l’affrontement et de l’humiliation.


Gardons-nous d’ajouter à ce casting un contrôle des origines. « Racialisé » d’un côté, « blanche de souche » de l’autre : ces catégories reconduisent ce qu’on prétend combattre, en faisant de l’apparence un programme politique. Une peau ne dit ni le bulletin de vote, ni la manière d’habiter le monde. Et personne n’a besoin de présenter son arbre généalogique pour demander des toilettes propres, des professeurs ou un avenir.


La ligne de partage qu’il faut interroger est ailleurs : dans la façon de définir ce « nous » au nom duquel chacun parle. Peut-on construire une communauté politique à partir de droits à garantir, de conditions de vie à améliorer, d’un avenir à rendre habitable ? Ou faut-il commencer par vérifier qui serait vraiment chez lui ? Voilà deux orientations qu’une chronique peut opposer. Sans prétendre que chaque personne présente sur un plateau en incarne à elle seule toutes les conséquences.


Car les inquiétudes peuvent être légitimes sans que toutes les explications qu’on leur propose le soient. Craindre de ne pas trouver de travail, de logement ou de soins n’oblige pas à chercher un voisin de trop. Le basculement identitaire consiste précisément à changer la question : non plus « pourquoi manque-t-il des moyens ? », mais « qui ne devrait pas en bénéficier ? ». La pénurie n’est plus combattue ; elle devient un instrument de tri.


La convergence commence peut-être par le refus de ce déplacement. Non pas nier les désaccords, ni promettre que tout le monde finira bras dessus, bras dessous. Mais tenir cette proposition : les origines différentes de ceux qui demandent un service public ne sont pas la cause de son asphyxie. Et ce qu’ils pourraient obtenir ensemble mérite davantage d’attention que les raisons qu’on leur fournit de se soupçonner.

Emmanuel Macron, l'as des fractures

Il en est un, pourtant, dont la spécialité semble désormais de ne rien réconcilier. Il avait promis de dépasser les divisions ; il aura surtout réussi à multiplier les lignes de fracture. À force de se présenter comme le seul passage possible entre deux périls, on finit par transformer tous ceux qui vous contestent en menaces. Et le centre, censé rapprocher les rives, devient une forteresse dont on surveille les abords.


La mayonnaise de la « start-up nation » a tourné vinaigre. Dans la France qu’on disait en marche, beaucoup ont le sentiment de devoir courir pour rester à la même place. Aux gouvernés, on demande de s’adapter ; aux gouvernants, il suffirait de mieux expliquer. L’incompréhension serait toujours en bas, jamais l’erreur en haut. Et lorsque l’explication ne convainc pas, il reste à soupçonner ceux qui refusent de l’entendre.


Face aux lycéens, cette mécanique est de nouveau à l’œuvre. Emmanuel Macron reconnaît leurs « angoisses légitimes », mais les décrit aussitôt comme « exploitées politiquement et transformées en violences urbaines ». Le vocabulaire mérite attention. Eux parlent de conditions d’études ; le président entend des angoisses. Eux formulent des demandes ; le pouvoir diagnostique un état d’esprit. Puis vient l’instrumentalisation, qui permet de reconnaître le malaise tout en retirant à ceux qui l’expriment la pleine maîtrise de leur parole.


Le gouvernement n’a pas absolument rien annoncé. Le déploiement soudain de 3 000 professeurs remplaçants sortis du chapeau a été engagé ; des réponses sur le bâti scolaire sont promises « dans les semaines à venir ». Une plateforme recueille les doléances, près de 100 000 contributions selon le bilan communiqué jeudi. Mais cette précision ne dissipe pas la question : combien de fois faudra-t-il recueillir ce qu’on sait déjà pour commencer à y répondre ? Une consultation peut ouvrir une décision. Elle peut aussi lui servir de salle d’attente.


Après les Gilets jaunes, voici donc une nouvelle jeunesse invitée à déposer sa colère dans les cases prévues. Dites-nous ce qui ne va pas. Décrivez les absences, les locaux, les emplois du temps. Merci pour votre contribution. Le rapprochement avec les anciens cahiers de doléances vient presque tout seul : non parce que toute consultation serait un piège, mais parce que l’écoute ne vaut que par les conséquences qu’on accepte d’en tirer. Le formulaire n’est pas encore une politique.


Dans la rue, en revanche, les conséquences n’attendent pas. Trente-six enquêtes de la police des polices ont été ouvertes ; quatre concernent des « blessures mutilantes », six des « blessures significatives ». Ces catégories administratives ont quelque chose de glaçant : elles rangent dans un bilan ce qui, pour un adolescent et ses proches, ne se rangera jamais. Une enquête devra établir les responsabilités. Elle ne rendra pas au corps ce qu’il a perdu.


Ces images-là, elles aussi, ont franchi les frontières. L’agence Associated Press a consacré un long reportage au maintien de l’ordre face aux adolescents, aux arrestations massives et aux blessures qui bouleversent des vies. Voilà donc une autre vitrine française : non plus le président expliquant au monde comment réinventer l’avenir, mais des jeunes demandant les moyens d’y entrer, face à des armes de maintien de l’ordre.


Le contraste n’est pas seulement cruel pour la communication présidentielle. Il pose une question de gouvernement : que reste-t-il de l’autorité lorsqu’elle peine à obtenir le consentement et se donne surtout à voir dans sa capacité de contrainte ? On peut disperser un rassemblement. On ne disperse pas les raisons pour lesquelles il s’est formé. Et l’on ne réconciliera certainement pas le pays en demandant à sa jeunesse de rentrer chez elle pour remplir un formulaire.

Emmanuel Marcon au Salon de l'auto : par où c'est qu'on va ?

Le hasard du calendrier a voulu qu’à quelques jours de la mobilisation du 17, le président de la République se rende, le lundi 12 octobre, au Salon de l’auto. Il s’y est montré naturellement optimiste. L’électrification, les batteries du groupe Bolloré, les usines : la France accélère, l’Europe se protège, la réindustrialisation est en route. « On est en train d’accélérer l’électrification et l’industrialisation », assure-t-il. À l’entendre, il suffirait presque de laisser charger pendant la nuit pour retrouver, au matin, un pays en état de marche.


Au fil des stands, Emmanuel Macron s’est installé au volant de plusieurs véhicules. L’image est commode : un président aux commandes, les mains sur le volant, le regard porté vers l’avenir. Prêt à démarrer en trombe. À ceci près qu’au Salon de l’auto, les voitures ne vont généralement nulle part. Elles sont là pour être regardées. Le moteur de la communication peut tourner à plein régime : le véhicule, lui, reste sur son stand.


On aurait tort de mépriser les enjeux industriels au prétexte qu’ils fournissent au président une occasion de poser. Des usines, des emplois, une production moins dépendante des importations : personne ne devrait souhaiter leur échec pour le plaisir de gâcher la photographie. Mais il y a tout de même quelque chose à regarder dans ce rapprochement de calendrier. Pour l’industrie automobile, le pouvoir décrit une trajectoire, des investissements, une stratégie. À la jeunesse qui demande dans quelles conditions elle pourra se former et vivre, il propose encore de patienter. L’avenir est donc prêt à sortir de l’usine ; ceux qui doivent l’habiter attendront la livraison.


La visite comportait aussi une table ronde consacrée au véhicule autonome. Tout un programme. Une machine capable d’avancer sans conducteur : voilà qui pourrait intéresser un pays auquel on explique depuis si longtemps qu’il n’existe qu’un seul homme capable de tenir le volant.


Reste cette différence entre conduire et gouverner : les passagers ne sont pas des options. Ils peuvent demander où l’on va, contester l’itinéraire, refuser qu’on les laisse sur le bas-côté. Ils peuvent même avoir envie de prendre le volant. Et lorsqu’ils descendent dans la rue, ce n’est pas nécessairement parce qu’un agitateur leur aurait soufflé de bloquer la circulation. C’est peut-être, tout simplement, qu’ils en ont assez de regarder passer l’avenir.


Photo Ludovic Maurin/SIPA


Sur l'une des photos de cette visite, on le voit au volant d'un véhicule du futur (apparemment sur le stand d'Alfa Romeo, tout un symbole pour qui veut ré-industrialiser la France), prêt à démarrer en trombe.

 

Quel as, cet Emmanuel Macron ! Toujours une longueur d’avance, visionnaire parmi les visionnaires, alors que nous, dans nos modestes chaumières, on a encore du mal à recharger les accus pour tenir la route ! Mais en voyant cette photo, je n’ai pu m’empêcher de sourire : j’ai vu dans l’élégant bolide une réplique moderne du carrosse dans lequel Louis XVI avait entrepris la fuite de Varennes.

Ce n’est ni une prédiction ni un appel à rejouer l’histoire. Juste une image qui en réveille une autre : un homme persuadé de connaître la route, dans un véhicule dont le confort l’isole assez bien de ceux qui marchent dehors. À travers la vitre, on voit encore le pays. On l’entend moins.

Contre "le monde d'hier" ?

Le sociologue Romain Huët entend dans le mouvement lycéen « une contestation très forte contre le “monde d’hier” », un appel à arrêter un système qui « ne suscite plus beaucoup de désir chez les jeunes, entre crise écologique et guerres à l’horizon ». Il précise : « Il n’y a pas juste une liste de demandes qu’il suffirait d’établir et de présenter au pouvoir. » Voilà qui risque de compliquer le dépouillement des cahiers de doléances.

 

« Le monde d’hier » ? L’expression réveille le titre de Stefan Zweig. Dans ses souvenirs d’Européen, l’écrivain raconte comment un monde qui se croyait assuré de sa continuité a été emporté par les guerres, les nationalismes et la persécution. Ce qu’on tenait pour solide ne l’était donc pas. Ce qu’on croyait acquis pouvait disparaître. Et ceux qui se pensaient les mieux installés dans l’histoire n’étaient pas nécessairement les mieux préparés à comprendre ce qui leur arrivait.

 

Je ne fais pas dire à Romain Huët ce qu’il ne dit pas, ni à Zweig ce qui nous arrangerait. Les lycéens ne pleurent pas un monde perdu. Ils demandent dans quel monde on prétend les faire entrer. La différence est de taille. On leur présente comme une chance la possibilité de prendre place dans un système dont ils aperçoivent déjà les dégâts ; puis on s’étonne qu’ils ne se précipitent pas pour remplir leur dossier d’admission.

 

Car il ne suffit pas qu’un avenir soit disponible pour qu’il soit désirable. On peut promettre des formations, des débouchés, des carrières : reste à savoir au service de quoi. Produire davantage de quoi ? S’adapter à quoi ? Devenir compétitif contre qui ? Ces questions ne dispensent pas d’apprendre un métier ni de gagner sa vie. Elles demandent seulement si gagner sa vie oblige à renoncer à vouloir la changer.

 

C’est peut-être cela, le plus dérangeant dans cette colère : elle ne réclame pas seulement une meilleure place dans le véhicule autonome. Elle demande à examiner l’itinéraire. Et le pouvoir, qui se croyait chargé de gérer des passagers impatients, découvre qu’une partie d’entre eux conteste la destination. La lutte des convergences auro donc peut-être ce chantier prioritaire, au-delà de la lutte en tant que telle, certes nécessaire, quelles convergences pour construire un avenir commun ?  


Des jeunes lycéen·nes tiennent une pancarte lors de la manifestation du 8 octobre 2026 à Paris. Photo Pierre Jequier-Zalc / Mediapart

Le tri des pancartes

Un mot pour finir cette aimable chronique. J’ai noté une innovation policière majeure : le tri sélectif des pancartes. Tel mot, oui ; tel autre, non. Pour l’heure, la distinction semble relever de l’arbitraire des pandores. Cela rappelle cette passion administrative pour les « produits de première nécessité », à l’époque du Covid. Nous voici donc aux opinions de première nécessité. Les autres peuvent rester à la maison.

 

Toujours en avance sur son temps, Emmanuel Macron a quand même ici un train de retard. Une commission mixte des ministères de la Culture et de l’Intérieur devrait établir la liste précise des mots précis et de ceux qui sont bannis. Et avec les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle, associés à l’omniprésence de caméras de surveillance, il ne devrait pas être bien sorcier de repérer automatiquement les pancartes litigieuses. Et, tout aussi automatiquement, d’envoyer un drone pulvériser l’objet du délit -et, collatéralement, celle ou celui qui le porte.

 

La prochaine étape ?

 

Tzotzil Tréma


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1 commentaire


yanitz2018
yanitz2018
il y a 13 heures

Les CRS au ball-trap : PAN ! CARTES !

Effet de mode "Les Misérables" d'Hugo à l'affiche au cinéma et au théâtre :

Gavroche est blessé c'est la faute à Nunez, Gavroche est tombé c'est la faute à Macron !

Stevie Wonder " Black Man " (album " Songs In The Key Of Life ", 1976)

" https://www.youtube.com/watch?v=0n0_HdbFuwc&list=RD0n0_HdbFuwc&start_radio=1 "



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