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Augustin Berque, "recosmiser notre existence"


Dans son dernier ouvrage, Recouvrance. Retour à la terre et cosmicité en Asie orientale, Augustin Berque fait éclore, en associant agriculture et poésie, une profusion de significations et d’images, qui sont autant d’« amorces de recouvrance ». En même temps, les éditions du non-agir publient un recueil de dessins « sans avoir à chercher leur pourquoi » réalisés par le géographe pendant une vingtaine d’années, des années 1960 au début des années 1980.


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Poétique de l'espace et mésologie

Découvrir, apprivoiser un lieu, un milieu, renouvelle notre être intérieur, libéré des liens d'une sensibilité antérieure, nous dit Gaston Bachelard. Cela convient à merveille pour qualifier l’approche et les travaux du géographe Augustin Berque, lauréat en 2018 du Prix Cosmos international, institué après l’exposition Osaka 1990 « pour la recherche d’un plus juste rapport entre la Terre et l’humanité ».

Augustin Berque a inventé une science nouvelle, une science en mouvement, et lui a donné le nom de mésologie : étude des relations, tant du point de vue écologique, technique et symbolique, que nous entretenons avec les lieux où nous vivons (que nous paysons) ou que nous traversons. Et à une autre échelle, nos liens avec la Terre.


Retour à la terre en poésie

Dans son dernier ouvrage, Recouvrance. Retour à la terre et cosmicité en Asie orientale, paru aux éditions Éoliennes à Bastia, Augustin Berque décrit comment les cultures d’Asie (ici, le Japon et la Chine ancienne) peuvent nous instruire dans la recherche d’une relation plus juste entre les hommes et leurs lieux de vie, entre les hommes et la planète Terre : « rechercher, en Asie orientale, certains ferments pour la recouvrance de nos liens avec la Terre : recouvrance dont le devoir s’impose aujourd’hui à l’humanité entière, mais d’abord au type de civilisation qui est né en Occident, et avec l’impérialisme occidental, s’est arrogé la Terre entière ; et du même pas, recouvrance qui nous permettrait de recosmiser notre existence en retrouvant notre juste place dans la nature, c’est-à-dire notre authenticité. »


Ce questionnement échappe à la forme d’un traité aride, et ne contient pas davantage d’assignation péremptoire, mais offre au contraire un chemin de liberté. Le « retour à la terre » dont il est question doit être entendu au titre d’une « onto-logique » (qui rend compte de l’être et de son déploiement) permettant la réappropriation et la revigoration de notre culture de terriens, de nos liens aux lieux et à nos milieux.

En associant agriculture et poésie, Augustin Berque fait éclore une profusion de significations et d’images, qui sont autant d’« amorces de recouvrance », dans les domaines les plus divers. Loin d’être séparés, l’intelligible et le sensible sont ce qui en réalité « croît ensemble », au seuil de notre authenticité. A la campagne, au milieu de la nature, c’est là qu’est l’authenticité, le « sens véritable », écrit Augustin Berque en traduisant le chinois zhen yi -qui réunit zhen (la vérité) et yi (ce que le cœur désire)-, dans un poème que Tao Yuanming (365-427), poète du retour à la terre, composa en l’an 1er de l’ère Yuanxing (en 402) :


結廬在人境 jié lú zài rén jìng J’ai tressé ma cabane en milieu humain

而無車馬喧 ér wú jū mă xuān Mais de chars et chevaux nul vacarme

問君何能爾 wèn jūn hé néng ĕr Je me dis : comment est-ce possible ?

心遠地自偏 xīn yuăn dì zì piān À cœur distant, terre elle-même éloignée…

採菊東籬下 căi jú dōng lí xià Cueillant un chrysanthème sous la haie de l’est

悠然見南山 yōu rán jiàn nán shān Je vois à loisir le mont Sud

山氣日夕佳 shān qì rì xī jiā Il souffle un accord au soleil couchant

飛鳥相與還 fēi niăo xiāng yŭ huán Des vols d’oiseaux s’assemblent au retour

此中有真意 cĭ zhōng yŏu zhēn yì C’est là qu’est le sens véritable

欲辨已忘言 yù biàn yĭ wàng yán Je voudrais le dire… déjà me défaut la parole



Une culture de l’Être humains sur la terre

Bien sûr, la campagne n'est pas seule en cause, mais plutôt notre culture de la nature, et notre capacité à donner du sens à ce qui nous entoure, en silence. Ce questionnement échappe à la forme d’un traité aride et ne contient pas davantage d’assignation péremptoire. Il offre au contraire un chemin de liberté. Le « retour à la terre » dont il est question doit être entendu au titre d’une « onto-logique » (qui rend compte de l’être et de son déploiement) permettant la réappropriation et la revigoration de notre culture de terriens, de nos liens aux lieux et à nos milieux.


Isabelle Favre


Augustin Berque, Recouvrance / Retour à la terre et cosmicité en Asie orientale, éditions éoliennes, Bastia, 2022, 520 pages, 33 €.



Évocation des esprits cavernicoles,

dessins « sans avoir à chercher leur pourquoi »


Où l’on découvre qu’Augustin Berque, avant de se lancer vraiment dans la géographie, aurait pu se lancer vraiment dans le dessin. Pendant une vingtaine d’années (des années 1960 au début des années 1980), dessin, recherche géographique et orientalisme (d’abord la Chine puis, à cause de la Révolution culturelle, le Japon) coexistèrent.

Augustin Berque renoue avec son talent méconnu en co-éditant avec les éditions du non-agir (une nouvelle maison d’édition, spécialisée sur la Chine) trente-six de ses dessins dans Dryades & ptérodactyles de la Haute Lande – dessins et légendes. La Haute Lande, une des terres d’origine, une des origines du monde d’Augustin Berque, région natale de son père Jacques Berque (anthropologue et historien de l’Islam contemporain).

Mis au jour ces dessins, réalisés il y a 40 ans et plus « sans avoir à chercher leur pourquoi », sont commentés de légendes. Elles font le portrait de l’artiste en jeune homme avec ses inspirations d’alors, frivoles ou bien sérieuses et inscrites depuis dans la méthode du géographe-philosophe qu’il est devenu : l’homme en flammes et « sa vague ressemblance avec le sinogramme rén 人, « homme, être humain » ; Brèche dans le quotidien et l’étymologie du patronyme Berque.

Les familiers d’Augustin Berque retrouveront son Évocation des esprits cavernicoles, autrement appelée L’antre de la femelle obscure, souvent commentée lors des séminaires de mésologie. Ce dessin a toute une histoire qui est aussi celle d’une pensée, ici exposée brièvement. Elle mêle étroitement intelligible et sensible, science humaine et poésie. Isabelle Favre

Augustin Berque, Dryades et ptérodactyles de la Haute Lande. Dessins et légendes, Editions du non-agir, 2022


Évocation des esprits cavernicoles, 1969-1971


Ce dessin est le premier que j’aie dessiné au Japon. C’est aussi le plus grand que j’aie jamais dessiné (110 x 80 cm), celui qui m’a pris le plus de temps (du 30 novembre 1969, à Tokyo, au 28 juin 1971, à Sapporo), durée pendant laquelle ma vie a le plus changé : un mariage, une naissance, et l’abandon du dessin pour ma thèse sur la colonisation de Hokkaidô. En quelque sorte, donc, un achèvement. Aussi, au lieu de dormir comme presque tous les autres dans un carton, ce dessin a-t-il toujours trôné dans notre salon, où que nous habitions – à Sapporo, à Sendai, à Paris, à Maurepas, à Palaiseau… – ; car pour moi, il signifie tout le reste : le dessin comme la mésologie (au sens de l’Umweltlehre d’Uexküll et du fûdogaku 風土学 de Watsuji).

Et son histoire ne s’arrête pas là. Près d’un demi-siècle après le choix de son intitulé (dans les deux langues, soit en japonais Kekkyo kishin kanki 穴居鬼神喚起), le créateur du site de la mésologie (https://ecoumene.blogspot.com/), Yoann Moreau, nous confia un jour que ce qu’il y voyait, c’était l’antre de cette Femelle obscure, Xuanpin 玄牝, dont il est question dans le Laozi (VI), et que j’évoquais en exergue au début d’Écoumène (1) :

谷神不死 Gŭshén bù sĭ Le génie du val ne meurt pas

是謂玄牝 shì wèi Xuánpìn On l’appelle la Femelle obscure

玄牝之門 Xuánpìn zhī mén La porte de la Femelle obscure

是謂天地根 shì wèi tiāndì gēn On l’appelle la racine du monde

綿綿若存 miánmián ruò cún Comme file un fil elle dure

用之不勤 yòng zhī bù qín En user ne l’épuise


Cette suggestion me donna l’idée de commenter ce tableau sous ce titre-là dans l’un de mes derniers livres, Recouvrance ; car au fond, il illustrerait bien le thème central de ma mésologie : cela que j’ai appelé trajection, et que j’avais justement commencé à pressentir en préparant ma thèse, à Hokkaidô. Celle-ci, en fin de compte, aura en effet porté sur la manière dont la société japonaise s’est transformée en transformant l’île du nord.


Autrement dit, la question était de savoir comment yest né un nouveau milieu (Umwelt, fûdo 風土), à partir d’un environnement (Umgebung, kankyô 環境) qui, au départ, ne semblait nullement propice au genre de vie nippon, centré sur une plante d’origine tropicale : le riz. D’où le titre que ma thèse, Les Grandes terres de Hokkaidô, étude de géographie culturelle, devait prendre un peu plus tard dans sa version civile : La Rizière et la banquise. Colonisation et changement culturel à Hokkaidô ; et plus explicitement encore, le titre de mon premier livre : Le Japon. Gestion de l’espace et changement social, que j’écrivis parallèlement à ma thèse. « Commencé à pressentir », disais-je ; en effet, ce concept de trajection, terme que je n’ai pour la première fois utilisé que quelques années après ma thèse, dans Le Sauvage et l’artifice. Les Japonais devant la nature, je ne l’avais pas encore en tête à l’époque où je l’ai rédigée. Bien des années plus tard, j’en suis venu à y voir une cosmosomatisation ; à savoir que par la technique, notre corps se cosmise (par exemple, par le truchement d’un robot, nous pouvons tendre la main jusqu’à saisir un morceau de comète à des millions de kilomètres pour le rapporter sur Terre), tandis que le symbole somatise toutes ces choses (les rendant présentes physiologiquement dans nos connexions neuronales) ; et cela d’un même mouvement : une trajection. C’est ainsi que, se transformant en transformant l’environnement, les êtres se créent en créant leur milieu. Dans le cas des humains, celui-ci est indissolublement écologique, technique et symbolique. C’est notre corps médial, éco-techno-symbolique.


Telle est la thèse foncière de la mésologie, ce qui dépasse onto/logiquement (à la fois ontologiquement et logiquement) le paradigme de la modernité. Il y a en effet, dans l’histoire de la pensée européenne, une puissante analogie (je dirais même une homologie) entre le rapport métaphysique substance / accident et le rapport logique sujet (S : ce dont il s’agit) / prédicat (P : ce que l’on en dit). Notons aussi que le sujet du logicien, c’est l’objet du physicien (ce que l’on observe : S). Or pour la mésologie, la réalité (sinon le Réel), ce n’est pas S (le Réel), mais la trajection de S en tant que P ; ce qui se note « S/P ». P, c’est un certain monde – le « monde prédicatif », jutsugo sekai 述語世界, dirait Nishida – : une certaine manière de saisir S par les sens et par l’action (cela concerne tout le vivant), par la pensée (cela concerne les animaux supérieurs) et par la parole (cela concerne les seuls humains, en vertu de la double articulation du langage humain). Ajoutons qu’en chaînes trajectives, il y a historiquement et indéfiniment hypostase (substantialisation) de S/P par de nouveaux prédicats, selon la formule (((S/P)/P’)/P’’)/P’’’… : S/P devient S’ pour P’, S’’ pour P’’, S’’’ pour P’’’, et ainsi de suite. Et c’est ainsi que les choses (S/P) redeviennent indéfiniment des objets (S), matérialisant l’histoire et, au-delà, l’évolution.


Ce n’est évidemment pas le lieu de détailler cette thèse, qui s’est construite sur plusieurs décennies ; mais en fin de compte, l’Évocation des esprits cavernicoles invite à être commentée en ce sens, pour en devenir l’emblème. Voilà ce que j’ai fait dans un passage de Recouvrance, un demi-siècle après que, par et pour moi, le dessin se fut dessiné de lui-même à partir d’une carte postale ; carte postale que j’avais rapportée d’une excursion aux monts Hida (les Alpes japonaises), et que j’ai copiée au centre du dessin, afin de l’amorcer. Je reprends ci-dessous les grandes lignes de ce commentaire :


Les figures subhumaines qu’on voit sur la droite représentent les opérateurs existentiels (produisant ce qui pour nous existe comme la réalité) : les en-tant-que où chacun.e pourra reconnaître le ça (id, das Es, mais non das S) de son propre il-y-a (es gibt), selon les divers mondes (P, P’, P’’…) qui, chacun à sa manière, actualisent le fond virtuel qu’est la Terre (S) en tant qu’une certaine terre (S/P, S/P’, S/P’’, etc.). C’est elle, S, autrement dit la nature, la figure féminine que l’on voit allongée au centre, représentant le Génie du val, i.e. la Femelle obscure Xuanpin 玄牝, en passe d’être saisie dans les lacs du « litige » heideggérien (ce Streit entre die Erde, la Terre, et die Welt, le monde, qui est au foyer de l’Origine de l’œuvre d’art ; autrement dit, la trajection ou la mise en œuvre – energeia ἐνέργεια – de S en tant que P). Cependant le Génie du val, Xuanpin ne meurt pas ; car la spirale des chaînes trajectives de son être-vers-la vie (à gauche) la fait indéfiniment renaître « de soi-même ainsi », zìrán 自然 (comme dit le taoïsme), « de son propre mouvement », αὐτομάτη (comme dit Hésiode dans les Travaux et les jours, 118, à propos de la Terre à l’Âge d’or), « d’elle-même », ipsa (comme dit Virgile, dans les Géorgiques, II, 459, de la « très juste Terre », justissima Tellus) ; bref, « toujours à naître », natura semper (comme dans les chaînes trajectives de la mésologie) en tant que ses propres productions = ses propres emblèmes (S/P).


By the way, cette expression d’« être vers la vie » (sei e no sonzai 生への存在) a été opposée par Watsuji, dans Fûdo (Milieux), à l’« être vers la mort » (Sein zum Tode) heideggérien ; lequel, montre-t-il, traduit une vision individualiste de l’existence humaine. En réalité, le renouvellement des individus incarne la vie même de l’« entrelien humain » (jinkan 人間), qui n’est autre pour lui que l’être-humain (ningen 人間). Ainsi, dans l’onto/logique de la mésologie, indéfiniment, l’espèce Homo sapiens (S) existe – ek-siste – en tant qu’individus (S/P, S/P’, S/P’’ etc.), qui eux-mêmes emblématisent (actualisent) l’être-humain virtuel (la dunamis δύναμις) de l’espèce ; et il en va de même à l’échelle du rapport individu (S/P) / société (S). Voilà qui, bien entendu, est forclos par le TOM (le topos ontologique moderne), pour lequel l’être humain, abstrait de son corps médial, se borne au contour de son corps individuel, et s’en tient donc au fameux « There is no such thing as society » de Margaret Thatcher.


Revenons à la Femelle obscure (autrement dit, à la puissance génitrice de la nature, zìrán 自然). Elle (S) qui est universelle, elle existe – elle ek-siste – indéfiniment en tant que quelque chose de singulier (als etwas : S/P, S/P’, S/P’’ etc.) hors des sombres entrailles de la Terre (ek gaiês ἐκ γαίης, comme disait Homère), i.e. hors de l’en-soi de S, ici à la fois l’obscurité du visage et de la vulve de Xuanpin, et celle des arrière-plans de l’image. La spirale en ourobore de son être-vers-la-vie – l’ourobore existentielle de l’être –, ce sont les volutes du 氣, le souffle à la fois cosmique (universel) et vital (singulier) issant des profondeurs du Kunlun 崑崙山, dont on aperçoit les sommets enneigés au centre de l’image.


Quant à la fleur en haut à gauche, blanche de pétale et noire de racine, c’est le pharmakon φάρμακον (S/P ou S/P’, c’est selon l’existence) dont Hermès, le tirant hors de la terre (ek gaiês ἐκ γαίης, toujours) pour protéger Ulysse du philtre de Circé, lui enseignera la vertu (phusis φύσις, première occurrence de ce terme dans notre histoire), mais sans lui en dire le nom, que seuls les dieux connaissent (i.e. S) : môlu μῶλυ (Odyssée, X, 302-306) : ὣς ἄρα φωνήσας πόρε φάρμακον ἀργεϊφόντης / ἐκ γαίης ἐρύσας, καί μοι φύσιν αὐτοῦ ἔδειξε. / ῥίζῃ μὲν μέλαν ἔσκε, γάλακτι δὲ εἴκελον ἄνθος· / μῶλυ δέ μιν καλέουσι θεοί· χαλεπὸν δέ τ᾽ὀρύσσειν / ἀνδράσι γε θνητοῖσι, θεοὶ δέ τε πάντα δύνανται (« Ayant ainsi parlé, le dieu aux rayons clairs / tirait du sol une herbe, qu’avant de me donner, il m’apprit à connaître. / La racine en est noire, et la fleur, blanc de lait. / Les dieux l’appellent môlu. Il est difficile de la déraciner / Aux mortels humains ; mais les dieux peuvent tout », traduisait Victor Bérard).


Or pourquoi donc les dieux cachent-ils le véritable nom de S aux humains, qui à jamais n’en connaîtront donc qu’un certain S/P (un « réel voilé », dirait d’Espagnat) ? Pourquoi ont-ils « caché aux humains ce qui les fait vivre » (κρύψαντες γὰρ ἔχουσι θεοὶ βίον ἀνθρώποισιν), comme le disait Hésiode (Les Travaux et les jours, 42) ? C’est que, bien sûr, φύσις δὲ κρύπτεσθαι φιλεῖ (Héraclite, Fragment 123) : la nature aime à se cacher, et veut rester obscure (xuán 玄, i.e S, non pas S/P). En Ionie comme en Chine, du lever au coucher du soleil, ce n’est effectivement pas de la Terre (S) mais d’un certain ciel = d’un certain kosmos = d’un certain monde (P, P’, P’’ etc.) que vient le jour (une certaine cosmophanie = un certain éclairage, Lichtung) ; d’où ce qui est pour nous « la » réalité, et qui en fait n’est jamais qu’une certaine réalité, produit de notre propre interprétation de S en tant que quelque chose (S/P, S/P’, S/P’’ etc.).


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Et heureusement, du reste, que S nous est à jamais obscur ; car le saisir véritablement – le saisir dans son en-soi et non le laisser, par et pour nous, advenir en tant que quelque chose (als etwas ereignen) –, cela supposerait que nous n’existions plus… alors que justissima Tellus, la très juste Terre, a fait que nous existons et l’interprétons elle-même (自 : S : laTerre) ainsi (rán然 : S/P, S/P’, S/P’’…) : en tant que telle ou telle terre, sol de notre existence, et emblème singulier de l’universel.


Augustin Berque

Société s’apprêtant à digérer une conscience, 1961.

Homme en flammes , 1961


Voir simplement s’ouvrir un monde devant soi, 1963


Brèche dans le quotidien, 1967


Chassez le naturel, il revient au galop, 1980


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