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Cinéma faisant, de la Haute-Vienne à la forêt amazonienne


Séquence extraite de La fleur de Buruti, un film entre Portugal et Brésil de Renée Nader Messora et João Salaviza.



Remarqué au dernier festival de Cannes où il a été primé dans la catégorie "Un certain regard", La fleur de Buruti, film entre Portugal et Brésil de Renée Nader Messora et João Salaviza sort en salles le 1er mai. Mais c'est à Saint-Yriex-la-Perche qu'on peur le voir en avant-première, dans le cadre du festival Horizon vert, qui se déploie jusqu'au 9 avril dans quatre cinémas de Haute-Vienne.


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« Échanger, sensibiliser et se questionner ensemble sur les enjeux environnementaux à travers des œuvres cinématographiques variées, riches et engagées » : la quatrième édition de Horizon vert, festival d’écologie et de films en circuit court, propose, jusqu’au 9 avril, dans quatre cinémas de Haute-Vienne (à Saint-Junien, Saint-Yrieix-la-Perche, Saint-Léonard-de-Noblat et Eymoutiers), une épatante sélection de films récents, accompagnés de rencontres, conférences et débats.

 

Aux côtés des cinéastes français « vedettes » (les documentaristes Dominique Marchais pour La rivière, 2023, et Gilles Perret pour La ferme des Bertrand, 2023), ainsi que du réalisateur de fiction Edouard Bergeon (La promesse verte, 2024 qui s’attaque à la déforestation par les exploitants d’huile de palme, bande-annonce ICI), on pu voir, le 5 avril à Saint-Yriex-la-Perche, Dark waters (2020), de Todd Haynes, cinéaste indépendant américain (1).



Mark Ruffalo dans une scène de Dark Waters, film de Todd Haynes.


Le héros de Dark waters est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie...


Todd Haynes part d’un cas réel (un fermier vivant à côté d’une zone d’enfouissement de déchets suspects, avec vaches et chiens fous)  pour élargir de plus en plus son champ de vision et aboutir au constat d’une contamination générale de la planète par les substances toxiques des industries chimiques.


La musique est signée du pianiste et compositeur brésilien Marcelo Zarvos, et la plus belle idée de mise en scène est un solo de piano qui s’étend sur près d’une dizaine de minutes, au centre du film, unissant plusieurs séquences. (A écouter, podcast FIP, "Todd Haynes, la musique au cœur de l'écran", 21 mai 2023, 58 minutes, ICI). Ce solo accompagne la prise de conscience de l’avocat et le partage douloureux de cette révélation avec son épouse qui s’ensuit.


Le film évite le spectaculaire et la grandiloquence du film classique d’alerte, il opte pour une grisaille assourdie, au long du chemin intérieur pris par cet avocat, qui se retourne contre les puissants qu’il servait pour devenir lanceur d’alerte et porteur d’actions de groupe. Il faut résister, comme l’affirme Johnny Cash au générique de fin, dans la chanson I Won’t Back Down : « Je ne reculerai pas »



Au cœur de la forêt brésilienne


Élargir notre regard sur d’autres mondes : le festival Horizon vert y invite à plus d’une occasion. Il offre ainsi en avant-première  La fleur de Buruti, un film entre Portugal et Brésil de Renée Nader Messora et João Salaviza (2023) qui sort en salles le 1er mai 2024, après avoir reçu le Prix d'ensemble, dans la catégorie "Un certain regard", au dernier festival de Cannes. A travers les yeux de sa fille, Patpro parcourt trois époques de l’histoire de son peuple indigène, les Krahô, au cœur de la forêt brésilienne. Inlassablement persécutés, mais guidés par leurs rites ancestraux, leur amour de la nature et leur combat pour préserver leur liberté, les Krahô n’ont de cesse d’inventer de nouvelles formes de résistance.



La Fleur de Buriti ( Crowrã - 2023 ) - Extrait cannois HD VOST


Pour les réalisateurs, João Salaviza et Renée Nader Messora, « l'importance des peuples autochtones pour notre planète ne réside pas seulement dans la sauvegarde de leurs connaissances ancestrales, mais aussi dans les enseignements que nous pouvons tirer de leur lutte. Si leur histoire est singulière, nous sommes convaincus que les défis auxquels les peuples autochtones sud-américains comme les Krahô font face aujourd’hui, résonnent sur tous les continents. Le film se déroule sur trois époques distinctes, elles-mêmes centrées sur un événement marquant de l’histoire de ce peuple : un massacre de Krahô perpétrés par des agriculteurs cherchant à s’accaparer leur terre en 1940 ; une expérience traumatisante pendant la dictature militaire initiée en 1964 ; et enfin, de nos jours, l’avènement d’une nouvelle génération de leaders indigènes, dont le combat devient plus politique et universel que jamais.


Pour poser un regard sur le passé de cette communauté, nous avons recueilli de nombreuses histoires au fil des années et des longues périodes passées parmi les Krahô. La mémoire résiste, partagée par la communauté, et c’est précisément ces souvenirs que nous souhaitions relater. Dans ces récits, la lutte pour la terre prévaut toujours, même si les outils pour mener cette résistance ont évolué. La dernière partie du film, contemporaine, fait écho au dicton "plus jamais un Brésil sans nous". Elle témoigne de l’évolution du combat des Krahô. D’une lutte armée, il s’est mué en un combat politique par la présence de membres de peuples autochtones dans les sphères institutionnelles. Cette présence permettant non seulement d’alerter publiquement sur le sort des communautés indigènes au Brésil, mais aussi de témoigner de la relation symbiotique entre les Krahô et la terre, à l’heure où nous devons livrer un combat commun pour transmettre un monde habitable aux générations futures. »


  • A noter que le film compte avec la participation exceptionnelle de militante autochtone Sonia Guajajara. En octobre 2021, les humanités mettaient Sonia Guajajara en Une d'un article intitulé "Femmes, indigènes, activistes" (Lire ICI). Un an plus tard, le prestigieux magazine Time la nommait parmi les cent personnes les plus influentes de 2022...


Ismaël Milliogo, l'eau et les vivants


En évoquant quant à lui le peuple Pankararu, du Nordeste du Brésil, Ismaël Milliogo (photo ci-contre, DR) a inauguré le  festival Horizon vert par une conférence sur L’eau et les vivants, à l’invitation du cinéma Arévi (2),  en partenariat avec les humanités / journal-lucioles. Ismaël Millogo est juriste ET jardinier, l’alliance peut étonner, sauf pour les juristes qui pensent, comme lui, qu'ils sont là pour accompagner un mouvement plutôt que faire appliquer des règles inamovibles. De l'étude du droit de l'eau au Burkina Faso (le "pays des hommes intègres", son pays) au maraîchage sur des terres du Limousin, de cette expérience "hors normes", Ismaël Millogo a tiré un manuel de permaculture (voir ICI). L'eau y est omniprésente, singulièrement au chapitre "économie de l'eau au jardin" : économie toute écologique. Depuis son pays d’origine ,le Burkina Faso, avec ses cultures d’Afrique et d’Amérique du sud où l’on prend garde non seulement à "sa terre" à son jardin, à la qualité et à la quantité de l’eau qui arrive au robinet, Ismaël Millogo nous parle de Pachamama, la Terre mère qui offre l’hospitalité à l’ensemble des êtres vivants. Et l'eau fait partie de cette hospitalité.


Pour illustrer ses propos, Ismael Milliogo a également accompagné la projection du film Prendre soin de la terre, documentaire de Guy Chapouillié, auteur de "films de combat". Dans un monde épuisé par l’agriculture industrielle, le film nous emmène à la rencontre des paysans qui trouvent dans leurs gestes comment faire autrement pour prendre soin de la terre, pour prendre soin de soi et des autres.



Isabelle Favre


  • Le festival Horizon vert, jusqu’au 9 avril, à Saint-Junien, Saint-Yrieix-la-Perche, Saint-Léonard-de-Noblat et Eymoutiers, en Haute-Vienne. https://festivalhorizonvert.fr

 

NOTES


(1). Séance présentée en partenariat avec l’écocentre de Saint-Pierre-de-Frugie, suivie d'une discussion animée par l'architecte-bioclimaticien Claude Micmacher sur le thème : "Les grands scandales de l’eau".


(2). Le cinéma Arévi a également convié L’escargot dans les orties, une compagnie de théâtre installée à St-Yrieix-la-Perche, à présenter son travail qui entre en résonance avec les thématiques des films et documentaires présentés lors du festival. La compagnie promeut le théâtre comme vecteur citoyen auprès des jeunes  et contribue à nourrir le débat autour de la notion d’écologie.


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