María Félix, ou la fierté indomptable au cœur de la révolution zapatiste
- Nicole Gabriel

- 18 juil.
- 3 min de lecture

María Félix dans Enamorada (1946) d'Emilio Fernández
Réédité par les Films du Camélia, Enamorada (1946) d’Emilio Fernández mêle révolution zapatiste, comédie shakespearienne et affirmation féminine, porté par María Félix et la photographie de Gabriel Figueroa, qui avait collaboré aux côtés d’Édouard Tissé aux prises de vue du film inachevé de S.M. Eisenstein ¡Que Viva México!
les humanités, ça n'est pas pareil.
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Enamorada est considéré comme l’un des grands classiques du cinéma mexicain, souvent cité parmi les 100 meilleurs films nationaux et comme une référence pour des cinéastes comme Martin Scorsese. Parmi ses comédiens, Emilio Fernández choisit Pedro Armendáriz, l’un des grands acteurs mexicains de l’âge d’or du cinéma national, pour incarner un colonel zapatiste, et son propre frère cadet, Jaime Fernández, pour interpréter un rôle opposé, mais néanmoins complémentaire. Bien qu’elle ait été son héroïne dans María Candelaria, où elle incarnait la fille d’une prostituée, Dolores del Río ne se voit confier aucun rôle dans Enamorada. Emilio Fernández lui préféra María Félix qui s’imposa parce qu’elle n’était pas une figure de victime. Elle incarne dans le film la beauté et la fierté de sa caste. L’actrice et la mexicanité de son personnage se confondent. Jamais la star mexicaine n’accepta de tourner pour Hollywood. Elle fut, néanmoins, "la Belle Abbesse" dans French Cancan (1955) de Jean Renoir.
L’intrigue est censée se passer entre 1910 et 1920 : aucune précision supplémentaire n’est donnée. Sous les ordres du général Reyes, une cité vient d’être prise d’assaut par les forces zapatistes, avec tirs et chevauchées dignes d’un John Ford. Reyes tient son tribunal dans une grange où il convoque les plus riches bourgeois afin de leur extorquer quelques sommes rondelettes en pesos pour l’entretien de son armée. Le plus fortuné d’entre eux, un homme déjà âgé, Don Peñafiel, lui répond avec courage et dignité, mais refuse de coopérer. Il est conduit au cachot et son sort reste incertain une partie du film. Quant au lâche prêt à tous les compromis — y compris celui de céder son épouse au chef adverse —, il est passé par les armes. C’est la seule scène de cruauté du film où la violence est esthétisée.
Il a souvent été dit que dans les films mexicains de l’âge d’or, le mélodrame était proche du politique. Enamorada n’est pas un film mélodramatique. La trame sur laquelle le film est tissé est celle d’une comédie shakespearienne, La Mégère apprivoisée. L’héroïne féminine en est Beatriz, la fille Peñafiel, aussi vaillante que belle et forte en préjugés de classe — de caste, devrait-on dire. Alors qu’elle exige la libération de son père, elle croise Reyes qu’elle traite d’aventurier et de va-nu-pieds. Lorsqu’il s'autorise, sans savoir qui elle est, une plaisanterie sur la beauté de ses jambes, elle le gifle et le fait rouler par terre. Tous les hommes du bataillon rient aux éclatas. Mais Reyes, frappé par l'amour fou, déclare que c’est cette femme et nulle autre qu’il épousera…
L’un veut, l’autre pas. C’est un schéma de comédie. Bons mots, épisodes brusques, lancers de pétards ne manquent pas. Beatriz a tout d’un "garçon manqué" et s’amuse beaucoup. Une inversion des rôles s'amorce chez les deux protagonistes ; elle investissant celui du macho, et Reyes celui de l’homme qui doute. Le guerrier intraitable devient mélancolique. Il se refuse à donner des ordres alors que les forces fédérales se rapprochent dangereusement de la cité. Le final fait suite à un coup de théâtre : Beatriz quitte sa famille au moment où elle doit contracter un mariage au sein de son milieu social.
Tout s’achève par un happy end, Beatriz rejoignant au dernier moment l’homme qu’elle aime elle aussi, le suivant à côté de son cheval, accompagnée de tout le village avec femmes et enfants. On peut faire une autre lecture de cette fin ambiguë. Ce n’est ni une défaite, ni une retraite, tout juste un repli temporaire. Un répit qui concerne la communauté tout entière. Les zapatistes mèneront plus loin et par ailleurs leur juste lutte, guidés par le mot d’ordre révolutionnaire « Tierra y Libertad ».
Outre María Félix, le film est porté par la photographie de Gabriel Figueroa, qui avait collaboré aux côtés d’Édouard Tissé aux prises de vue du film inachevé de S. M. Eisenstein, ¡Que viva México!. Dans Enamorada, son travail sur les contrastes, les ciels dramatiques et les compositions d’ensemble donne aux scènes zapatistes une dimension plastique quasi mythologique. La rencontre entre la présence souveraine de Félix et l’œil de Figueroa inscrit le film au cœur de l’âge d’or du cinéma mexicain, où politique, mélodrame et lyrisme visuel se confondent.
Nicole Gabriel
Sortie en salles le 5 août 2026. Bande-annonce ci-dessous





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