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Fridays for future. Vanessa Nakate, la planète au cœur

Dernière mise à jour : 8 mars


Le mouvement Fridays for future revient sur le devant de la scène, ce vendredi 23 septembre. Activiste du climat, désormais ambassadrice de bonne volonté pour l’UNICEF, l’Ougandaise Vanessa Nakate, remarquée par les humanités dès le mois d’octobre dernier, lors de la COP 26, porte la voix de l’Afrique : les 54 pays d'Afrique réunis représentent 15 % de la population mondiale mais contribuent à moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre - contre 23 % pour la Chine, 19 % pour les États-Unis et 13 % pour l'Union européenne. La prochaine COP 27, en novembre en Égypte, sera-t-elle « africaine » ? Pas si sûr…


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Fridays for Future, mouvement lancé en 2018 par Greta Thunberg, revient ce vendredi 23 septembre, avec un appel à la grève mondiale pour le climat, plusieurs mois après la dernière grande manifestation. En France, près de 800 points de grève ont été annoncés.




En Une du magazine Time : « Montée du niveau des mers, réfugiés climatiques… Notre planète en perdition », Le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres sur la côte de l’archipel polynésien des Tuvalu, un des Etats les plus vulnérables au monde. Devant la montée des eaux, les nations insulaires prennent les devants dans le combat contre le changement climatique.







Sujet du jour : #PeopleNotProfit (les personnes et non les profits). A cette occasion, les humanités remettent au goût du jour (ci-dessous) un article sur Vanessa Nakate, publié en octobre dernier dans le cadre d’une série de portraits de jeunes activistes du climat, lors de la COP 26.


Entre temps, Vanessa Nakate a été nommée ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF (Fonds des Nations unies pour l'enfance). Lors de son discours de prise de fonction samedi 17 septembre, Vanessa Nakate a souhaité que l’on s’attaque aux conséquences concrètes, visibles, mortelles du réchauffement climatique, que l’on parle des sept millions d’enfants victimes de malnutrition dans la corne de l’Afrique, elle veut que l’on parle des paysans qui voient leurs récoltes diminuer d’année en année, elle veut que l’on parle des projets d’extraction de pétrole et de gaz qui polluent les sols, les rivières, les forêts.



L’ensemble du continent africain n’est responsable que de 4% des émissions de gaz à effet de serre, contre 23% pour la Chine, 19% pour les États-Unis, 13% pour l’Europe. Alors elle fustige ces dirigeants européens qui viennent courtiser les pays africains pour acheter du gaz alors qu’ils devraient plutôt travailler à s’en passer.

Elle fustige aussi l’Ouganda, la Tanzanie, le Nigéria, l’Algérie qui vendent leur sous-sol au plus offrant. Vanessa Nakate s’attaque à bien plus grand qu’elle et elle le sait. Mais elle plaide pour un autre type d’échanges entre Nord et Sud, plus d’éducation, de solidarité, de culture et moins de cupidité.


« Face au réchauffement climatique, l’Afrique est en première ligne mais jamais en première page », dit-elle au quotidien britannique The Guardian. Dans le journal espagnol El Pais, elle ajoute : « Nous sommes tous dans la même tempête, ce que vous avez subi en Europe, sécheresse, inondations, nous le subissons depuis des années, et il est grand temps de réaliser que si rien n’est fait, nous allons tous sombrer, les plus fragiles mais aussi les plus forts. »


« Regardez ce qui se passe lorsque je demande aux ministres des pays les plus riches du monde s'ils s'engagent à financer les pertes et dommages lors de la COP27 », demande-t-elle dans une vidéo postée sur Twitter.



Deux catastrophes climatiques ont déjà frappé l'Ouganda cette année : au moins 29 personnes sont mortes et des milliers ont été déplacées dans la ville de Mbale, dans l'est du pays, après que de fortes pluies ont fait sortir deux rivières de leur lit, submergeant des maisons, des magasins et des routes, et déracinant des conduites d'eau. Dans le nord-est du pays, près d'un demi-million de personnes sont menacées de famine en raison de la sécheresse qui sévit dans la région de Karamoja, où des centaines de personnes, principalement des femmes et des enfants, sont déjà mortes.


L’une des premières missions de Vanessa Nakate comme ambassadrice de l’UNICEF l’a conduite au Kenya. Dans le Turkana, l'une des régions du nord-ouest du Kenya les plus touchées par une sécheresse prolongée qui a laissé plus de 37 millions de personnes au bord de la famine dans la Corne de l'Afrique, « Il n'a pas plu depuis deux ans. Pour faire l'expérience de ce que cela signifie dans une communauté, pour voir combien les gens souffrent et combien d'aide ils ont besoin, j'ai vraiment pu voir comment la crise climatique affecte tant de vies et détruit tant de moyens de subsistance, et que ce sont surtout les femmes et les enfants qui souffrent le plus. »Dans un hôpital traitant les enfants souffrant de malnutrition sévère, elle a rencontré un petit garçon émacié qui est mort le lendemain. Selon l'Organisation mondiale de la santé, on estime que 7 millions d'enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë dans la région, qui connaît la pire crise alimentaire depuis plus de 70 ans. « J'ai toujours dit que le changement climatique, c'est plus que des statistiques, c'est plus que du temps, mais à Turkana, j'ai vraiment pu comprendre ces mots. »


La COP 27 aura lieu du 7 au 18 novembre 2022, à Sharm El-Sheikh. Cette 4ème COP organisée sur le continent africain depuis 1995 se tiendra en Égypte mettant en jeu plus directement les injustices subies par les pays du Sud. Vanessa Nakate y sera naturellement, mais pour la plupart des activités africains du climat, l’accès à la COP 27 s'avère tout aussi difficile qu’à Glasgow. « Beaucoup de gens appellent cela une Cop africaine, mais ce ne sera pas une Cop africaine si les communautés, les militants ne sont pas là », déplore Vanessa Nakate qui sait utiliser la notoriété qu’elle a désormais acquise, tout en précisant que « sur tout le continent, de nombreux militants font un travail incroyable, et il y en avait beaucoup avant nous et les grèves climatiques de 2018. Lorsque l'accent est mis sur une seule personne, cela efface d'autres expériences et histoires. La solution n'est pas de mettre des visages sur le mouvement climatique, il a des millions de personnes qui font un travail incroyable et s'organisent dans leurs communautés. »


Récemment, à Nairobi, Vanessa Nakate a rencontré des jeunes qui fabriquent des briquettes - un combustible de cuisson alternatif bon marché fabriqué à partir de déchets retirés des rivières - pour une entreprise d'énergie verte de base appelée Motobrix, créant ainsi des emplois locaux durables. « Ce sont des gens et des histoires comme celles-ci que nous devons vraiment écouter », ajoute-t-elle.


Isabelle Favre

Photo en tête d'article : Evelyn Freja/The Guardian


Et aussi : Sur le site des Nations unies, entretien avec Vanessa Nakate : Voices of Change (février 2022) : Climate change is about the people (texte, animations, entretien vidéo) https://www.un.org/en/climatechange/vanessa-nakate-climate-change-is-about-people


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Vanessa Nakate, l’Afrique aussi a droit au futur

(article d'Isabelle Favre, publié le 21 octobre 2021)

Jeune activiste ougandaise de 23 ans, Vanessa Nakate a imposé sa présence dans le mouvement Fridays for future. Elle est l’une des voix qui portent les exigences de l’Afrique dans les combats contre le réchauffement climatique : «L’Afrique est le dernier émetteur de gaz à effet de serre. Mais nous sommes les plus touchés par la crise climatique.»


Vanessa Nakate.

Portrait de l’illustrateur brésilien Cristiano Siqueira


Des "fauteurs de troubles" ? En tout cas, les activistes ne renoncent pas à déstabiliser nos valeurs et nos conventions. Non violentes, leurs actions montrent et invitent au mouvement. Dans Ce désir qui sort de nous, un texte qu’il a confié aux humanités en mai dernier (Lire ICI) pour accompagner le soulèvement colombien, Georges Didi Huberman a parfaitement décrit ce mouvement, en tant que trouble de l’état stable : « trouble physique (frisson, fièvre), trouble moral ou social ». Cette « sortie de quelqu’un ou de quelque chose de sa place habituelle » est domestiquée dans « une économie marchande des émotions » dont les activistes entendent dénoncer et démonter les rouages.


Le soulèvement de la jeune activiste écologiste Vanessa Nakate commence chez elle, en Ouganda. Là qu’elle débute une grève individuelle, en janvier 2019, pour manifester contre les effets déjà manifestes du changement climatique et la passivité des gouvernements. Elle n’a alors que 22 ans, et se rend parfaitement compte que les sècheresses et inondations ont des effets désastreux sur une grande partie de la population, dans un pays qui dépend fortement de l’agriculture : « Littéralement, dans mon pays, le manque de pluie signifie la famine et la mort pour les moins privilégiés. »

Voir ICI : Inondations désastreuses en Ouganda (juin 2020).


Sa préoccupation pour le climat se double d’une perception incarnée des rapports Nord-Sud : « Lorsque [l’enjeu du changement climatique] est débattu au nord, c'est sous l'angle du risque de crise économique pour les pays riches. Ils ne réalisent pas que pour nous, c'est un drame tangible », déclare-t-elle. Rejointe par d’autres activistes en Ouganda et sur tout le continent africain, elle crée Youth for future Africa en janvier 2020, à la suite du mouvement lancé par Greta Thunberg.



Entre temps, les engagements de Vanessa Nakate ne sont pas passés inaperçus. En décembre 2019, elle s’invite à la COP25 à Madrid, dont les militant.e.s de Fridays for future sont vertement expulsé.e.s. « Les voix des personnes défendant les droits des peuples autochtones, des femmes et des communautés du Sud ont été agressivement écartées de la COP dans une tentative claire de les faire taire », écrit alors l’Uruguayenne Karin Nansen, présidente de Friends of the Earth International.


Il en faut plus pour décourager Vanessa Nakate. Quelques jours plus tard, on la retrouve au Forum de Davos, autant dire dans l’un des hauts-temples de l’économie marchande (et de ce qu’elle occulte, notamment vis-à-vis des pays du Sud, et de l’Afrique en particulier). Elle y donne une conférence de presse sur l’urgence climatique, aux côtés de quatre autres jeunes activistes : Greta Thunberg, Loukina Tille, Luisa Neubauer et Isabelle Axelsson. Un photographe de l’agence Associated Press Les photographie toutes les cinq. Surprise : lorsque la photo est diffusée, la jeune militante ougandaise en a été évincée (Lire ICI). La réaction de Vanessa Nakate ne tarde pas : « Vous n’avez pas seulement effacé une photo, vous avez effacé un continent. Mais je suis plus forte que jamais. » Et elle poursuit sur Twitter : « L’Afrique est le dernier émetteur de gaz à effet de serre. Mais nous sommes les plus touchés par la crise climatique. Que vous effaciez nos voix ne changera rien. Que vous effaciez notre histoire ne changera rien. Est-ce que ça veut dire que je n’ai pas de valeur en tant qu’activiste africaine ? Ou que les Africains n’ont pas du tout de valeur ? »


Or, la gravité de la situation actuelle mondiale impose au contraire de s’unir : « Il n’y a pas de soulèvements, c’est l’évidence, sans une levée d’affects collectifs, un partage des émotions », dit encore Georges Didi Huberman. Une autre jeune activiste ougandaise de Fridays for future, Hilda Flavia Nakabuye, le disait encore, d’une voix soulevée par l’émotion, lors du Sommet des maires du réseau du C40 en octobre 2019 à Copenhague : « les pays du Sud sont beaucoup plus gravement touchés par les catastrophes alors qu’ils sont globalement moins responsables de l’origine de ces dérèglements. »


Discours de Hilda Flavia Nakabuye au Sommet des maires du C40, en octobre 2019


Cet activisme s’enracine dans une culture de solidarité (et d’éco-féminisme) qui rend d’autant plus inadmissible que "les voix noires" soient exclues des discussions sur l'environnement. D’autant qu’une jeune activiste comme Vanessa Nakate prend place dans une lignée de femmes pionnières qui l’ont précédée. Citons ainsi la Kényane Wangari Maathai, engagée dès les années 1960 contre la déforestation dans son pays, et qui a fondé en 1977 le Green Belt Movement, encourageant notamment les femmes à créer des pépinières pour la plantation d’arbres. Organisation autochtone, communautaire et non gouvernementale, son action sur l’environnement reposait sur le renforcement des capacités et les droits des femmes. Militante sociale, environnementale et politique, Wangari Maathai est devenue la première femme africaine à remporter le prix Nobel de la paix en 2004.


Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix en 2004.


Même s’il ne s’agit plus seulement de planter des arbres, c’est un combat que poursuit aujourd’hui Vanessa Nakate avec le Rise up Climate Movement (Rise Up signifiant "soulèvement ") pour mobiliser le plus grand nombre d’activistes sur le continent africain. Il s’agit avant tout d’accompagner localement les communautés confrontées aux effets du changement climatique sur la durée ou lors de catastrophes. (Building a grassroots climate movement, video avec Vanessa Nakate, à voir ICI, en anglais).


Un combat qui passe aussi par la remise en cause radicale de projets particulièrement menaçants pour le bassin du fleuve Congo et sa forêt, dont l’importance est comparable à celle de l’Amazonie. A commencer par le méga-projet d’oléoduc conduit par TotalÉnergies avec un partenaire chinois : l’East Africa Crude Oil Pipeline (EACOP). Là-dessus, l’avis de Vanessa Nakate est sans appel : « Il n'y a aucune raison pour que Total s'engage dans l'exploration pétrolière et la construction de cet oléoduc, car cela reviendrait à alimenter la destruction de la planète et à aggraver les catastrophes climatiques déjà existantes dans les zones les plus touchées. Il n'y a pas d'avenir dans l'industrie des énergies fossiles et nous ne pouvons pas boire du pétrole ! »



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