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Ianah : peindre avec la terre pour semer la mémoire

il y a 12 heures
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 heures

ianah, œuvre de la série Autocultivo (2024)


Artiste visuelle, agroécologue et anthropologue brésilienne, ianah façonne ses œuvres à partir de geotintas, des peintures artisanales confectionnées avec les terres du Nordeste. Entre spiritualité, filiations familiales et écologie politique, son portfolio et la série Autocultivo célèbrent le corps en marche et notre appartenance viscérale au vivant.

les humanités, ça n'est pas pareil.

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Née à Recife en 1989, ianah est une artiste visuelle brésilienne dont la pratique tisse un dialogue intime entre création contemporaine, agroécologie et anthropologie. Établie à João Pessoa, elle déploie un travail pluridisciplinaire allant du tableau de chevalet aux grandes fresques murales, en passant par l'installation in situ, l'illustration et le cinéma d'animation.


La singularité de son œuvre repose sur l'usage souverain de la « geotinta », une peinture artisanale confectionnée à partir de terres prélevées sur le terrain, d'argiles minérales, de charbon végétal et de chaux. Loin de constituer un simple pigment pictural, la terre est appréhendée par ianah comme un organisme vivant, porteur d'empreintes géographiques, écologiques et sensibles. En intégrant des sédiments étroitement liés aux trajectoires migratoires de sa famille à travers le Nordeste brésilien, l'artiste transforme chaque support en un espace de transmission mémorielle et de continuités ancestrales.


Ses compositions explorent l'intersection féconde entre corps et paysage pour interroger les résonances entre écologie politique, spiritualité et luttes territoriales. Ancrée dans les réalités sociales de son pays, ianah articule son engagement autour de la valorisation des savoirs populaires, des causes afro-brésiliennes, autochtones et des féminismes intersectionnels. Ses figures humaines, souvent saisies dans la marche ou en symbiose végétale, incarnent une coexistence organique entre les êtres et leur milieu naturel.

Présente dans d'importantes collections publiques telles que l'Oficina Francisco Brennand, le SESC Nacional et le Museu da Abolição, ianah a reçu le prix-acquisition Selo Mandacaru à Art PE en 2025. Lauréate de la bourse de mobilité Funarte, membre active du réseau Levante Nacional Trovoa et participante au Salão de Abril, elle s'affirme comme une voix majeure de la jeune scène brésilienne, réconciliant le geste plastique et le soin porté au vivant.

VIDÉO. Semantes (2025)



Présente dans d'importantes collections publiques telles que l'Oficina Francisco Brennand, le SESC Nacional et le Museu da Abolição, ianah a reçu le prix-acquisition Selo Mandacaru à Art PE en 2025. Lauréate de la bourse de mobilité Funarte, membre active du réseau Levante Nacional Trovoa et participante au Salão de Abril, elle s'affirme comme une voix majeure de la jeune scène brésilienne, réconciliant le geste plastique et le soin porté au vivant.


Ianah vient de publier au Brésil l’ouvrage Sonhos para a terra (Des rêves pour la terre), rétrospective de dix ans de son travail. Sur sin compte Substrack, elle écrit :


« A travers des images d’œuvres, des entretiens et des textes critiques, nous proposons une façon de considérer la terre comme une entité vivante et ancestrale, dotée d’une mémoire et qui rêve avec nous. Je partage également avec vous dans ce livre, à travers l’entretien que Clarissa Diniz a réalisé avec moi, un rêve récurrent que j’ai fait tout au long de mon enfance, de mon adolescence et de ma jeunesse, où la force de la collectivité nous aidait à surmonter un immense défi d’ampleur mondiale. Bien que ce rêve ne me soit plus apparu depuis longtemps, il guide encore aujourd’hui une grande partie de mes choix poétiques, spirituels et politiques. Curieusement, je le vois prendre de plus en plus corps dans notre réalité.


Ma position politique n’est un secret pour aucun d’entre vous, et je n’ai d’ailleurs pas l’intention qu’elle le soit, d’autant plus que le rêve de vivre dans un monde où l’on peut être en désaccord sans se détruire ni se nuire les uns aux autres fait partie de mes utopies. J’ai toujours été de gauche, bien plus à gauche que ne l’est Lula aujourd’hui, d’ailleurs. C’est précisément pour cette raison que je suis très critique à l’égard de son gouvernement. Or, alors que l’alternative à Lula est imprégnée de haine, de discrimination, de totalitarisme et qu’elle représente un risque réel de pouvoir absolu, je ne vois pas d’autre choix que de défendre la réélection de Lula pour son dernier mandat. Pour cela, je me suis jointe à un collectif de personnes qui se sont unies et ont déployé des efforts considérables pour surmonter leurs divergences internes dans le cadre d’une campagne au nom de la démocratie.


J’ai vu des personnes de droite, du centre, des évangéliques et des conservateurs s’allier à des militants de gauche, des anarchistes, des adeptes des cultes traditionnels, des autochtones et des féministes pour défendre notre Constitution citoyenne, dans un mouvement qui, à bien des égards, me rappelle ce rêve récurrent que j’ai fait tout au long de ma vie. Dans ce rêve, notre effort collectif portait ses fruits et se propageait de manière exponentielle à travers le monde entier, qui commençait à unir ses forces pour mettre un frein aux guerres, aux maladies et aux destructions environnementales qui menaçaient la vie sur Terre. J’espère du fond du cœur que ce rêve ait été une prémonition et que nous parvenions à prendre soin de la Terre comme de notre maison commune, où il y a de la place et de l’abondance pour tous. Je crois fermement que la coexistence est bel et bien le mot-clé de notre avenir.


Ce rêve est non seulement consigné dans Sonhos para a terra, mais le sentiment qu’il véhicule s’est également, d’une certaine manière, inscrit dans la dernière œuvre que j’ai achevée, « Mutirão para fazer sonhos » (ci-contre). J’y présente des corps-territoires aux couleurs, genres et tailles les plus diverses, bras dessus bras dessous, pour faire naître et couler ensemble les rêves comme de l’eau, fertilisant et apportant l’abondance de la vie à notre maison commune appelée Terre.


J’ai appris de l’agricultrice afro-écologiste Luiza Cavalcante, responsable du Sítio Agatha, que lorsque nous devons nous mobiliser pour tasser la terre argileuse du massapê, se tenir la main ne suffit pas, car nous pouvons encore glisser et tomber. Elle nous a appris à nous donner le bras pour nous renforcer et rester debout. Et donner le bras à ceux qui ne sont pas d’accord avec nous pour construire une société plus juste est peut-être l’une des pratiques les plus importantes de la démocratie. »


Dossier réuni par Nadia Mevel

Portfolio. Autocultivo (1024)


Dans la série Autocultivo (2024), ianah explore le geste de la marche et de la dissémination végétale comme l'un des services écosystémiques les plus anciens rendus par l'être humain à son environnement. Réalisées à partir de pigments de terre brute prélevés et broyés à l'atelier, ces silhouettes nomades portent en bandoulière les graines de futurs paysages. Le processus de création, documenté dans la vidéo ci-dessus, dévoile la matérialité de cette peinture tellurique et rappelle notre appartenance indissociable aux cycles de la nature.







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