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Au Japon, ces poupées dont on retire l'âme

il y a 10 heures
3 min de lecture

Poupées délaissées par leurs propriétaires, lors d'une cérémonie d'adieu aux poupées (ningyō kuyō) au sanctuaire Dairokuten Sakaki, à Tokyo, le 13 octobre 2026. Photo AP / Eugene Hoshiko


Au Japon, on ne jette pas une poupée : on lui dit adieu. Au sanctuaire Dairokuten Sakaki, à Tokyo, prêtres shintoïstes et fabricants de poupées célèbrent le ningyō kuyō, un rite où l'on retire l'âme des jouets délaissés avant de les confier au feu. 

les humanités, ça n'est pas pareil.

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Au Japon, on ne jette pas une poupée comme on se débarrasse d'un vieux carton. Le rituel photographié au sanctuaire Dairokuten Sakaki porte un nom : ningyō kuyō, « service commémoratif pour les poupées ». Niché dans le quartier de Kuramae, à deux pas de la Sumida, ce petit sanctuaire passe pour le plus ancien de Tokyo, avec une histoire revendiquée de dix-neuf siècles. Depuis une quinzaine d'années, la maison Kyūgetsu, vénérable fabricant de poupées installé dans le quartier voisin d'Asakusabashi, y organise une « fête de la gratitude envers les poupées ».


Le geste puise dans un fond ancien. Selon une croyance populaire attestée dès l'époque de Muromachi (XIVe-XVIe siècles), les objets ayant servi longtemps finissent par acquérir une âme : ce sont les tsukumogami, qui peuvent se venger s'ils sont abandonnés sans égards. La poupée, figure humaine par excellence, concentre ces craintes et ces tendresses. Les poupées de la fête des filles (hina ningyō) ou celles du mois de mai, ornées de casques de samouraï, étaient censées absorber les malheurs de l'enfant à sa place. Leur rôle accompli, on leur doit un congé en bonne et due forme.


Le rituel lui-même est pourtant moins archaïque qu'il n'y paraît. L'anthropologue Fabio Gygi rappelle que la première cérémonie sous ce nom eut lieu en 1918, dans une école de Sugamo, à Tokyo, avant de réapparaître dans les années 1950 dans des temples bouddhiques comme le Zōjō-ji. On lui prête volontiers pour ancêtre le hina-nagashi, où l'on confie des poupées au courant, toujours pratiqué au sanctuaire Awashima, à Wakayama. Elle s'inscrit dans une famille plus vaste de kuyō, ces rites d'adieu rendus aux aiguilles, aux pinceaux ou aux outils usés.


À Dairokuten Sakaki, les prêtres pratiquent le mitama-nuki : ils « retirent l'âme » logée dans les poupées. Les silhouettes de papier brûlées à leur place rappellent les katashiro, ces figurines qui, dans les rites de purification shintoïstes, recueillent les souillures avant d'être détruites. Le feu rend l'objet à la matière ; il peut alors être éliminé sans faute.


Les poupées en kimono centenaires côtoient Snoopy et des chats en peluche. En 2025, quelque 700 objets avaient été confiés au sanctuaire, kokeshi et ours de bois sculpté compris. La cérémonie relève moins de la superstition que d'un art de se séparer, dans un pays vieillissant où tant de maisons de famille se vident.


Nadia Mevel et Himari Aoyama

à partir d'un photoreportage d'Eugene Hoshiko pour Associated Press.


Un prêtre shintoïste accomplit des rites lors d'une cérémonie commémorative pour les poupées

au sanctuaire Dairokuten Sakaki, à Tokyo, le13 octobre 2026. Photo AP/Eugene Hoshiko

        

Poupées et peluches délaissées par leurs propriétaires, lors d'une cérémonie d'adieu aux poupées (ningyō kuyō)

au sanctuaire Dairokuten Sakaki, à Tokyo, le 13 octobre 2026. Photo AP / Eugene Hoshiko

         

Des représentants d'un fabricant de poupées traditionnelles japonaises prient pour des poupées délaissées

par leurs propriétaires, lors d'une cérémonie d'adieu aux poupées (ningyō kuyō) au sanctuaire Dairokuten Sakaki,

à Tokyo, le 13 octobre 2026. Photo AP / Eugene Hoshiko

         

Un prêtre assis parmi les poupées, lors d'une cérémonie d'adieu aux poupées (ningyō kuyō)

au sanctuaire Dairokuten Sakaki, à Tokyo, le 13 octobre 2026. Photo AP / Eugene Hoshiko


Un prêtre shintoïste porte une boîte de talismans de papier en forme de poupées (katashiro),

lors d'une cérémonie d'adieu aux poupées (ningyō kuyō) au sanctuaire Dairokuten Sakaki,

à Tokyo, le 13 octobre 2026. Photo AP / Eugene Hoshiko


Un prêtre shintoïste procède à un rite de purification devant des poupées et des peluches, lors d'une cérémonie d'adieu aux poupées (ningyō kuyō) au sanctuaire Dairokuten Sakaki, à Tokyo, le 13 octobre 2026. Photo AP / Eugene Hoshiko


Des figurines de papier en forme de poupées (katashiro) brûlent pendant un rite de prière, lors d'une cérémonie d'adieu aux poupées (ningyō kuyō) au sanctuaire Dairokuten Sakaki, à Tokyo, le 13 octobre 2026. Photo AP / Eugene Hoshiko


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