Iran, Russie : Trump mène la superpuissance américaine au suicide, par Timothy Snyder

Donald Trump fait un geste en direction des journalistes à son arrivée à la Maison Blanche, sur la pelouse sud, le 5 octobre 2026,
à Washington. Photo José Luis Magana / AP.
De l’Iran à l’Ukraine, Donald Trump ne démontre pas la force des États-Unis : il organise leur affaiblissement. Dans un texte au vitriol, l’historien Timothy Snyder décrit une politique où l’absence de stratégie militaire, la soumission à Vladimir Poutine et les intérêts privés se conjuguent pour déclencher ou prolonger les guerres. À rebours de « la paix par la force », il dénonce « la guerre par la faiblesse » — et le suicide d’une superpuissance.
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Historien américain, Timothy Snyder est spécialiste de l’Europe centrale et orientale, de l’Union soviétique et de la Shoah. Après avoir longtemps enseigné à Yale, il occupe aujourd’hui une chaire d’histoire européenne moderne à l’Université de Toronto. Son travail explore les violences de masse, les mécanismes de domination et la fragilité des démocraties. Il est notamment l’auteur de Terres de sang. L’Europe entre Hitler et Staline et de On Tyranny, un appel à défendre les libertés en tirant les leçons du XXe siècle.
Sur Substack, son blog Thinking about…, suivi par plus de 454 000 abonnés, affiche cette ambition : « Ouvrir l’avenir en comprenant le passé ». Snyder y prolonge sa réflexion historique par une intervention dans le débat contemporain. Dans le texte présenté ici, il analyse les choix de Donald Trump à travers les rapports entre puissance, guerre et soumission, dans un registre ouvertement polémique : celui d’un historien engagé, et non d’un observateur qui revendique la neutralité.
La guerre par la faiblesse
Nous connaissons la formule « la paix par la force ». Sa logique va de soi. Un pays fort peut dissuader les autres de faire la guerre. Il peut soutenir la reconstruction après un conflit. Il attire des alliés et noue des relations. Si nécessaire, il peut gagner une guerre. Sous Donald Trump, les États-Unis ne sont un pays fort à aucun de ces titres — ni, à vrai dire, à quelque titre que ce soit. Ils sont au contraire un pays qui provoque et prolonge les guerres par sa faiblesse.
Donald Trump se donne des allures d’homme fort, de manière outrancière et de plus en plus absurde. Mais nulle part dans le monde il n’est perçu comme tel. Et pour cause : en un an et demi au pouvoir, il a provoqué ce qu’on ne peut appeler autrement que le suicide d’une superpuissance. Lorsque j’ai employé cette expression pour la première fois, en avril, je pensais à sa défaite rapide et manifeste en Iran, à sa soumission persistante au dictateur russe Vladimir Poutine, ainsi qu’aux politiques intérieures qui sapent les fondements de la puissance américaine de demain. Six mois plus tard, cette autodestruction est encore plus flagrante. L’échec en Iran apparaît plus clairement encore et fournit à Trump un nouveau prétexte pour aller au-devant d’une autre défaite face à la Russie. La faiblesse devient l’occasion de s’affaiblir davantage.
Iran : une guerre sans stratégie
La guerre en Iran est une catastrophe stratégique. Les milliers de morts et les milliards de dollars dépensés n’ont rien rapporté aux États-Unis. En quelques jours, les Américains ont gaspillé des munitions — notamment des missiles intercepteurs — qu’un pays plus avisé aurait pu employer pour gagner une guerre ou se défendre. Les États-Unis ont été contraints de réduire leur présence dans les bases du Moyen-Orient et même de retirer des bombardiers stratégiques de Grande-Bretagne : une décision inimaginable lors des précédentes guerres au Moyen-Orient ou pendant la guerre froide. Le détroit d’Ormuz est devenu une arme stratégique entre les mains de l’Iran. Les États-Unis sont incapables de rouvrir une voie d’acheminement du pétrole qui fonctionnait parfaitement avant que Trump ne déclenche sa guerre par caprice. Les alliés de l’Iran attaquent désormais les alliés des États-Unis en toute impunité dans l’ensemble de la région. Les Houthis viennent de frapper l’aéroport de Riyad, et plus personne ne peut y faire grand-chose.
Dès le départ, Trump n’avait aucune chance de gagner une telle guerre. Les États-Unis étaient de loin la puissance militaire la plus forte, mais leurs dirigeants ne comprennent rien à la guerre. Les Américains semblaient s’être convaincus qu’un mélange de missiles et de rodomontades suffirait à faire plier les autres pays. Quand cela ne s’est pas produit, ils n’avaient aucun plan B. À vrai dire, il n’y avait même pas de plan A : seulement des projectiles pour affirmer leur virilité et une débauche d’autocongratulation. (1)
Un plan était nécessaire, en raison de la nature même de la guerre. Faire la guerre, c’est contraindre l’adversaire à modifier sa politique. Il est très rarement judicieux d’engager une guerre, mais, lorsqu’on le fait, il faut la prendre au sérieux. Or cette Maison Blanche n’est capable que de frivolité. Trump et son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, ont beau insister sur l’importance de leurs objectifs en Iran, il n’a jamais été question qu’ils engagent une force américaine pour envahir le pays. L’Iran le savait dès le départ et a donc conservé la maîtrise de l’escalade tout au long de la guerre. Cela signifie qu’il peut faire monter les enjeux — par exemple en bloquant les routes mondiales du pétrole ou en attaquant des bases américaines à l’étranger — sans craindre de véritables représailles. Soyons clairs : je ne dis pas que les États-Unis auraient dû envahir l’Iran. Je dis que déclencher une guerre sans avoir la moindre idée de la manière de la gagner est une manifestation de faiblesse, et que le monde entier le perçoit ainsi.

"Le dieu mythique d'Ormuz". Dessin de presse Joep Bertrams / Cartonning for Peace, 23 avril 2026
Et maintenant, la guerre en Iran se poursuit parce que Trump est faible. Il n’a aucun moyen d’en sortir et, à ce stade, ne semble même pas le souhaiter. Cette guerre est extrêmement impopulaire aux États-Unis et fait monter les prix de l’essence, ce que les Américains n’apprécient pas davantage. Dans la configuration stratégique actuelle, que Trump ne peut pas modifier, il lui est impossible de conclure la paix avec l’Iran à des conditions qui ne soient pas humiliantes. Trump ne cherchera donc pas à transformer sa faiblesse réelle en une apparence de force. (2)
Ce qu’il semble vouloir, c’est que la guerre en Iran s’étende aux États-Unis, afin de vivre lui-même un 11-Septembre et de bénéficier d’un sursaut de popularité. Après tout, que peut-il encore espérer tirer de cette guerre ? Il ne reste que la faiblesse engendrée par la faiblesse : à la faveur d’une catastrophe qu’il provoquerait lui-même, il pourrait espérer la travestir en force devant son public américain. Dans son discours à l’ONU, il n’a cessé de relier l’Iran aux élections. Lors de deux récentes interventions de campagne, il a fantasmé sur la destruction de villes américaines par l’Iran. Je ne crois pas qu’un événement de cet ordre se produira : l’Iran n’a aucune raison de faire un cadeau à Trump. Mais cela montre bien où va sa pensée : la faiblesse d’une guerre perdue peut déboucher sur celle d’une incapacité à empêcher un attentat, et il peut alors espérer redevenir, d’une manière ou d’une autre, l’homme de la situation.
La faiblesse est dangereuse, et Trump est dangereusement faible. Et, comme les faibles, il rend les autres responsables de ses propres échecs, aggravant ainsi la situation.
L’Ukraine, bouc émissaire de Trump
Les cours mondiaux du pétrole sont élevés à cause de l’aventure iranienne de Trump et de sa défaite stratégique. Alors, suivant la logique de son caractère plutôt que celle des événements, Trump accuse l’Ukraine. J’ai passé une grande partie du mois dernier dans ce pays, où l’injustice de ces accusations était douloureusement palpable.
La Russie détruisait les infrastructures électriques ukrainiennes avec des missiles balistiques, et jusqu’aux stations-service avec des drones. Les missiles franchissent désormais les défenses parce que les Américains ne fournissent plus d’intercepteurs : soit ils les ont tirés en pure perte au-dessus de l’Iran, soit ils refusent de les donner ou de les vendre. Les Ukrainiens risquent leur vie pour faire le plein. Pendant ce temps, les Américains paient leur essence plus cher parce que leur président a choisi de mener, et de perdre, une guerre en Iran.
Trump accuse des gens qui risquent de mourir pour faire le plein d’être responsables de ce que les Américains doivent débourser — alors que les deux problèmes sont entièrement de sa faute, de sa faute à lui personnellement. S’il avait choisi d’aider l’Ukraine à gagner, ce que justifiaient amplement les considérations stratégiques, plutôt que d’opter pour une défaite catastrophique en Iran en gaspillant ses armes, les Ukrainiens seraient protégés des missiles et les Américains paieraient leur essence moins cher. Au lieu de cela, après l’échec de sa guerre de caprice, Trump tente d’entraîner les Ukrainiens dans sa chute. En leur reprochant ce qu’il a lui-même provoqué, il trouve un prétexte pour aider son protecteur Poutine — ce qui est manifestement ce qui lui importe le plus.
Depuis le début, depuis une décennie maintenant, le signe le plus évident de la faiblesse de Trump est son désir personnel de se soumettre à Poutine. C’était déjà manifeste lors de sa première campagne présidentielle, en 2016, et cela n’a jamais cessé de l’être. Pour une raison ou une autre, il manque rarement une occasion d’aider le dictateur russe.

Trump-Putin’s peace plan for Ukraine, dessin de presse Christo Komarnitski publié le 24 novembre 2025 sur Political cartoons
Depuis le retour de Trump au pouvoir, en janvier 2025, la politique américaine concernant la guerre russo-ukrainienne a radicalement changé. Trump aurait pu apporter la paix à l’Ukraine. Il lui suffisait de poursuivre la politique de Biden : envoyer des armes à l’Ukraine et faire appliquer les sanctions. Au lieu de cela, il a choisi une politique de guerre par la faiblesse. La politique étrangère de Biden était peut-être insuffisante, mais elle reposait au moins sur un principe juste : une guerre d’agression ne peut prendre fin que si l’on résiste à l’agresseur. Une ou deux années supplémentaires d’une politique semblable auraient suffi ; le seul espoir de Moscou était de voir arriver au pouvoir un ami qui en ferait encore moins.
Trump a été cet homme. Tout au long de la campagne présidentielle de 2024, les propagandistes russes n’ont même pas essayé de dissimuler leur enthousiasme pour « notre Trumpushka » : sa faiblesse leur donnait l’espoir de poursuivre la guerre. Et il a fait exactement ce que souhaitait Poutine. Trump a mis fin aux livraisons d’armes américaines à l’Ukraine, et même aux ventes. Il veut maintenant soutenir l’économie de guerre russe en achetant du gazole russe.
Acheter russe, servir Poutine
Ce scandale repose sur des couches successives de faiblesse. À première vue, le problème semble être que Trump est si faible sur le plan intérieur qu’il doit complaire aux dictateurs à l’étranger. Confronté à des prix élevés de l’essence aux États-Unis, il chercherait une solution rapide avant les élections. Mais cela ne peut pas être sa motivation, à moins qu’il ne soit un imbécile en matière d’économie — une hypothèse que l’expérience nous oblige, je suppose, à envisager. Acheter du gazole à la Russie n’en fera pas baisser le prix. Il n’est même pas certain que la Russie soit en mesure de le livrer : elle connaît elle-même des pénuries. Comme tant d’accords de Trump, celui-ci pourrait bien se terminer par un appel aux contribuables américains pour qu’ils paient deux ou trois fois ce qu’on leur avait présenté comme un cadeau. (3) Mais imaginons que des navires russes accostent effectivement dans des ports américains avec du gazole. Cela signifierait seulement que la Russie a rompu des contrats antérieurs avec d’autres partenaires pour susciter la gratitude de Trump. L’offre globale de gazole sur le marché mondial ne changerait pas. Son prix non plus.
Cette mesure est donc symbolique, mais le symbole est important : Trump place ostensiblement les États-Unis du côté de la Russie. Il prétend aider les Américains et entend nuire aux Ukrainiens, à seule fin de servir la cause de Poutine. Enfreindre les sanctions contre la Russie n’a qu’un seul et unique effet : aider la Russie. Et le prix à payer est très élevé, à commencer par la violation de la loi américaine par le pouvoir exécutif américain. Si les États-Unis ne respectent pas leurs propres lois et leurs propres règles en matière de sanctions contre l’agresseur, les autres pays peuvent plus facilement leur emboîter le pas.
Que Trump se soit rangé du côté de la Russie sans rien obtenir pour les Américains, on peut le tenir pour acquis. Mais il n’a même rien obtenu pour lui-même — à moins, bien sûr, qu’il n’ait été payé. Il n’a fait qu’aider Poutine en bafouant ostensiblement le principe selon lequel une guerre d’agression ne doit pas être récompensée.
La politique de Trump envers la Russie est une politique de pure soumission. Ce n’est pas seulement de la faiblesse au sens où les États-Unis cèdent devant l’agresseur — ce qui serait déjà suffisamment grave. Ce n’est pas seulement de la faiblesse au sens où Trump fait ce que veut Poutine — ce qui serait déjà suffisamment humiliant. C’est Trump qui fait ce que veut Poutine sans même en tirer un avantage personnel, à moins, bien sûr, que des accords parallèles ne prévoient des paiements à son bénéfice. Puisque la Russie a proposé des contrats pétroliers alléchants aux Américains censés négocier la paix, et que ces Américains se trouvent être le gendre de Trump et son ami, il faut juger cette hypothèse plus probable que l’hypothèse inverse. (4) À ce stade, nous n’avons plus de politique étrangère au sens habituel du terme : nous avons des clans qui gravitent autour des désastres provoqués par Trump et cherchent à les transformer en combines lucratives.
Ce mélange de faiblesse et de corruption est, bien sûr, un désastre stratégique pour les États-Unis, une composante de notre suicide de superpuissance. Une grande partie de notre force repose sur notre capacité à édicter des lois et à les respecter. Acheter du gazole à la Russie est illégal au regard des sanctions américaines en vigueur contre ce pays. Les États-Unis n’ont pas importé de carburant russe depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine, en 2022. La loi interdit aux États-Unis d’acheter du carburant russe tant que la Russie ne se retire pas d’Ukraine. D’ailleurs, Trump vient de signer, il y a quelques semaines, une loi qui l’oblige non seulement à sanctionner le pétrole et le gaz russes, mais aussi à pénaliser les autres pays qui importent des hydrocarbures russes. Cela rend la situation plus grotesque encore, si c’est possible. Mais, derrière ce grotesque, se pose une question sérieuse. Nous affaiblissons notre pays lorsque nous ne respectons plus nos propres lois et suivons à la place un faux homme fort qui cherche des occasions de se soumettre au véritable homme fort. Que Trump soit ou non président, nous nous affaiblissons en tant que pays lorsque nos lois ne veulent plus rien dire.
Soutenir Moscou, aider Téhéran
La faiblesse américaine face à l’Iran engendre une faiblesse américaine face à la Russie, qui engendre à son tour une faiblesse américaine plus grande encore face à l’Iran. Même si nous faisons l’effort d’entrer dans l’univers mental MAGA et d’imaginer que les priorités de politique étrangère sont exactement celles qu’annonce Trump, cette mesure n’a absolument aucun sens. Elle est même totalement contradictoire. Dans la propagande MAGA, nous menons contre l’Iran une guerre juste, d’une importance historique mondiale. Cette guerre est si importante, affirme Trump, qu’elle justifierait de perdre des villes américaines pour continuer à la mener. Mais… comme chacun le sait, la Russie et l’Iran sont des alliés proches. Chacun fournit à l’autre des armes et des renseignements, notamment pour identifier les cibles à frapper. L’Iran fournit des drones à la Russie et, au début de la guerre, a même envoyé des instructeurs en Ukraine occupée pour former les Russes à leur utilisation. Des experts nucléaires russes sont actuellement à pied d’œuvre en Iran. La Russie soutient ouvertement l’Iran dans sa guerre contre les États-Unis. En envoyant des devises fortes américaines à Moscou, Trump aide Téhéran. En cherchant à se lier d’amitié avec Poutine, il cherche à s’allier au pays qui soutient son ennemi. Il paie, en pratique, le camp adverse pour tuer ses propres soldats.
En rendant la politique étrangère américaine ouvertement prorusse — seule interprétation possible de cette mesure symbolique —, Trump a rendu le monde entier beaucoup plus dangereux. Si la Russie gagne cette guerre, les agresseurs du monde entier s’en trouveront encouragés. En déclarant maintenant que l’Ukraine devrait se débarrasser de son président élu, ce qui est scandaleux quel que soit le contexte, Trump reprend la propagande russe et cautionne l’idée que les envahisseurs — et non, par exemple, les électeurs — décident de qui gouverne. Ce que veut Trump, c’est que l’Ukraine cesse de se défendre contre la Russie, sans que la Russie cesse de l’attaquer, sans qu’elle fasse la moindre proposition de paix, et alors même qu’elle affirme n’avoir aucune intention de négocier.

Chapatte, dessin de presse publié dans Le Temps le 23 novembre 2025
Et, bien sûr, si Poutine n’a aucune intention de négocier, c’est parce que les États-Unis, sous Trump, cèdent avec une facilité incroyable — parce qu’ils sont incroyablement faibles. Trump a décidé que les États-Unis devaient acheter du gazole russe après un appel téléphonique avec Poutine, au cours duquel il était censé parler avec le dictateur russe d’une fuite de peste pulmonaire provenant d’un laboratoire russe — un fait qui soulève de sérieuses questions, précisément du genre de celles qu’on ne peut pas attendre de Trump qu’il pose. Quel changement de sujet ! Trump ne semble pas avoir grand-chose à dire dans ces conversations avec Poutine. Entre les mains de Poutine, il est une pâte à modeler. (5) Et toute l’ironie est là : Poutine lui-même dispose de très mauvaises cartes dans la guerre contre l’Ukraine. Sa force ne vient que de la faiblesse de Trump.
Incapable de gagner sa guerre insensée contre l’Iran, Trump en impute les conséquences à l’Ukraine et se sert de ce mensonge pour justifier la levée des sanctions contre la Russie, contribuant ainsi à prolonger cette guerre-là aussi. C’est la guerre par la faiblesse : non seulement un fait, mais presque une conviction, voire une doctrine. L’Amérique doit perdre, perdre et perdre encore ; des guerres doivent être déclenchées, prolongées ou encouragées pour que quelques hommes de l’entourage de Trump puissent gagner de l’argent. Lorsque les apologistes de Trump trouvent des excuses à tout cela, ils ajoutent leur propre faiblesse à l’ensemble et aggravent encore la situation. Trump n’est pas un homme à qui l’on puisse confier le moindre pouvoir. Prétendre le contraire, c’est participer au suicide en cours de notre superpuissance.
Timothy Snyder, 11 octobre 2026
Traduction pour les humanités : Juliette Delalande
Illustrations choisies par la rédaction des humanités
Notes de la traductrice
(1) « Des projectiles pour affirmer leur virilité ». Dans l’original, Timothy Snyder écrit : « just gender-affirming projectiles and a cornucopia of self-praise ». Littéralement, « seulement des projectiles affirmant le genre et une corne d’abondance d’autocongratulation ». La formule « gender-affirming projectiles » est ici comprise comme un trait sarcastique visant la mise en scène de la virilité par l’usage des armes. La traduction explicite cette lecture, que le calque « affirmant le genre » rendrait difficilement intelligible en français.
(2) Dans l’original, Timothy Snyder écrit : « And so Trump will not try to parlay real weakness into the appearance of strength. » La négation est conservée : « Trump ne cherchera donc pas à transformer sa faiblesse réelle en une apparence de force. » L’enchaînement avec le paragraphe suivant reste toutefois ambigu, puisque l’auteur y décrit précisément comment Trump pourrait chercher à tirer une apparence de force d’une catastrophe.
(3) « Payer plusieurs fois, et non nécessairement payer plus cher ». Dans l’original, Timothy Snyder écrit : « this could well end in an appeal to American taxpayers to pay for something two or three times which was advertised as a gift for them ». La formulation anglaise évoque le fait de payer deux ou trois fois quelque chose qui avait été présenté comme un cadeau. Elle ne dit pas explicitement que les contribuables paieraient un prix « deux ou trois fois plus cher ». La traduction conserve donc l’idée d’un paiement répété, sans introduire une comparaison de prix absente de l’original.
(4) « Un jugement de probabilité, pas une certitude ». Dans l’original, Timothy Snyder écrit : « this has to be judged as more likely than not ». Cette expression signifie que l’hypothèse doit être considérée comme plus probable que son contraire. La traduction « plus que probable » aurait renforcé le degré d’assurance de l’auteur.
(5) Trump, « pâte à modeler » de Poutine. Dans l’original, Timothy Snyder écrit : « He is Putin putty. » Cette formule très ramassée joue sur la proximité sonore de « Putin » et « putty », qui désigne une matière malléable, notamment du mastic. Snyder présente Trump comme quelqu’un que Poutine peut façonner à sa guise. « Entre les mains de Poutine, il est une pâte à modeler » restitue l’image et sa dimension dérisoire, sans pouvoir reproduire le jeu sonore anglais.



On peut se poser une question : "Qu'espère donc Trum$ ?"
Et paraphraser : celui qui a Trum$ comme ami n'a pas besoin d'ennemis
Rahsaan Roland Kirk " Theme For The Eulipions" (album " The Return of The 5000 Lb Man ", 1976)
" https://www.youtube.com/watch?v=b4RgOoHKw_s&list=RDb4RgOoHKw_s&start_radio=1 "