top of page
Naviguez dans
nos rubriques

Macron et les choux farcis. La faillite de la start-up nation / 02



Dans un gouvernement "à mi-chemin entre l'anesthésie et le crépuscule", on se demande qui sera le prochain ministre des choux farcis... Alors qu’Emmanuel Macron part se dépayser en Chine, la faillite de la "start-up nation" suit son cours, malgré les efforts d’un "conseiller en communication" qui « sait relier des mondes ». Sauf le monde réel… Au fait, savez-vous planter les choux à la mode de chez nous ? Il va falloir apprendre de nouvelles méthodes, celle d’une « agriculture offensive » que le gouvernement aidera à contourner certaines normes trop contraignantes : le droit aux pesticides ne saurait être contesté ! A quand un mouvement des drapeaux blancs ?



Pour grandir, ou simplement continuer, les humanités, média alter-actif et engageant, ont besoin de vous. Pour s'abonner : ICI. Pour s'inscrire à notre infolettre : ICI


Cette nouvelle séquence de « La faillite de la start-up nation » (premier épisode ICI) aurait dû s’intituler « Ni droite ni gauche, surtout ni gauche ». il n’y a là rien de nouveau, mais l’enquête mettra à jour un certain nombre d’éléments qui devraient permettre de mieux comprendre le présent.


En attendant, ces dernières semaines, ce n’est plus un énième virage à droite, mais carrément une embardée avec risque très élevé de sortie de route. Or, Emmanuel Macron a déjà perdu beaucoup de points sur son permis de conduire le pays.

Le dernier sondage en date (BVA pour RTL) lui accorde 28% d'opinions favorables. Il y a encore de la marge : cela reste deux points au-dessus de son plus bas historique, lors de la crise des "gilets jaunes", en novembre 2018. Mais selon L’Express, il y a au gouvernement, « une ambiance à mi-chemin entre l’anesthésie et le crépuscule », comme le résume un "pilier de l’exécutif" : « L’exécutif ressemble ces jours-ci à un club de football en panne de résultats : les uns et les autres pensent à leur transfert en fin de saison, et les joueurs commencent à lâcher leur entraîneur pour mettre la pression sur leur président. »


« Ce qui est inquiétant », confie encore un ministre à L’Express, « c’est que les Français ne vont pas bien, ils ne manifestent pas seulement contre les retraites, ils manifestent contre une espèce de truc ». On ignore qui est le ministre en question, mais franchement, qualifier le Président "d’espèce de truc", ça frôle le crime de lèse-majesté !

De toute façon, les ministres ne travaillent plus. Chacun est dans l’attente d’un probable remaniement, vu que c’est la seule option qui reste une fois que Jupiter-Narcisse a écarté dissolution et référendum. « On se demande si on ne travaille pas sur des dossiers dont on ne s’occupera plus d'ici peu », glisse un secrétaire d’État. « Si vous êtes ministre des choux farcis, chargé de lui rendre une note sur les choux farcis, ce n’est pas pour autant que vous allez rester aux choux farcis. Il peut vous faire la commande deux jours avant de vous virer ou de vous changer de poste. »

De l'art, ou non, d'être dans les choux, commente L’Express.


Les délégués à la convention citoyenne sur la fin de vie ont oublié de répondre à une question importante. Combien de temps un quinquennat en fin de règne au bout de moins d’un an peut-il rester sous perfusion, et sous perfusion de quoi ?


Bon, il y a un espoir : Macron s’envole pour la Chine. Avec Xi Jinping, ce sera la rencontre entre un gros matou à qui on ne la fait pas, et un bébé-chat qui se prend pour Bonaparte. Malgré tous les systèmes de répression et de coercition qui existent en Chine, Xi Jinping n’a pas attendu des lustres avant de libérer les contraintes covidées, dès qu’un zeste de début d’ébauche de contestation s’est manifesté en Chine.


Comble du comble : on peut s’attendre à ce que Xi Jing Ping donne à Macron une leçon de démocratie !

En plus, en Chine, les choux farcis, on les cuisine bien…


En Chine, le moindre slogan malvenu pouvant vous envoyer fissa en prison, les manifestants brandissaient des feuilles blanches. L’idée pourrait être reprise ici-même avec une variante pour répondre à la violence qui est en train de miner la démocratie.

Après les Gilets jaunes, le mouvement des drapeaux blancs ? Ralliement du soulèvement des atterrés ?


On a bien conscience qu’en lançant cette idée, on participe au « terrorisme intellectuel » que dénonce le ministre de l’Intérieur. On s’attend à une prochaine demande de dissolution des humanités


Frédéric Michel, conseiller en communication d'Emmanuel Macron


C’est une idée (la dissolution, pas les drapeaux blancs) que devrait approuver Frédéric Michel. C’est qui, Frédéric Michel ? Un charmant garçon, ex-strauss-kahnien (encore un) qui a succédé en septembre 2022 à Clément Léonarduzzi (retourné chez Publicis), comme conseiller en communication d’Emmanuel Macron. Il est l’un de ceux qui passent allègrement du public au privé, mais qui n’ont même l’impression de "passer" de l'un à l'autre, tant le "public" leur semble devoir être régi par les intérêts du "privé".


Ex-conseiller de Tony Blair, formé à Sciences Po Bordeaux et à la London School of Economics, Frédéric Michel avait ensuite fondé sa propre agence de "réputation d'entreprise", ainsi qu’un think-tank, Policy Network, qui ambitionnait de "réinventer la social-démocratie". Ce "spin doctor" a ensuite travaillé pour le magnat Robert Murdoch, dont il a été le principal lobbyiste britannique lors de l'offre d'achat de British Sky Broadcasting, le géant de la télévision par satellite par News Corp, la société de Rupert Murdoch. Cela lui a valu de se retrouver, en, 2012, au cœur du "scandale Murdoch" outre-Manche, comme l’avait révélé Le Monde. Une commission d’enquête britannique avait mis à jour les "pratiques mafieuses" du groupe Murdoch, et les multiples démarches pour "soudoyer" et compromettre ministres, conseillers ministériels et parlementaires. Frédéric Michel était à la manœuvre.


Un charmant garçon, on vous disait. Il a été engagé par Emmanuel Macron, après avoir été adoubé par le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, sur recommandation de quelques "amis de confiance" tels que Xavier Niel, Jean-Charles Tréhan, patron des relations extérieures du géant du luxe LVMH, le producteur Renaud Le Van Kim, ou encore Pierre-Antoine Capton, patron du groupe de production audiovisuelle Mediawan (1 milliard d’euros de chiffre d’affaires), producteur d’un documentaire à la gloire d’Emmanuel Macron diffusé sur TF1 en 2017, au lendemain de sa victoire.


Giuliano da Empoli, auteur du récent Mage du Kremlin, qui le connait bien, confie : « Frédéric est un connecteur global qui sait relier des mondes. » Pas tous les mondes, quand même. « Il a été recruté pour laisser une marque du président à l'international », mais il « ne comprend pas l'état du pays », déclare à France Info Jérémie Peltier, co-directeur de la Fondation Jean Jaurès. Enfin, comme le rapportait The Telegraph, c’est un "conseiller en communication" qui se méfie des journalistes, qu’il juge un peu trop bêtes pour pouvoir « s’adapter à [ses] pensées complexes »


Arnaud Rousseau, prochain patron de la FNSEA, et la Saint-Cyrienne Valérie Hatsch, directrice de cabinet du ministre de l'Agricutlure


Quelqu’un qui n’a pas besoin d’un conseiller en communication, c’est Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture. Enfin si, il y en a un, Yoann Taieb. Diplômé de l’ISCOM (école de communication et de publicité) en communication politique et publique, il a été brièvement chargé de communication et événements internes au Figaro, avant de bifurquer vers le MoDem, de participer en tant que rédacteur à la campagne d’Emmanuel Macron, de février à avril 2022, avant de rejoindre tout aussi brièvement l’agence Comfluence, dont l’objectif est "d’élaborer des stratégies d’influence qui placent les entreprises et les organisations au cœur des enjeux de société afin de renforcer leur légitimité." Ce n’est sans doute pas un mauvais bougre, mais de toute façon, il ne sert pas à grand-chose, parce que Marc Fesneau est assez grand pour faire sa communication tout seul.


Par exemple, la semaine dernière à Angers lors d’un congrès de la FNSEA. Le ministre de l’Agriculture, par ailleurs président de la Société de chasse de Marchenoir, dans le Loir-et-Cher, a annoncé sa décision de revenir sur la procédure d’interdiction d’un herbicide majeur, le S-métolachlore, classé parmi les substances suspectées d’être cancérigènes en 2022 par l’Agence européenne des produits chimiques, de surcroît responsable d’une vaste pollution des nappes phréatiques françaises.


L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), avait annoncé, le 15 février, sa volonté d’interdire les principaux usages du S-métolachlore, très utilisé en France, notamment sur les cultures de maïs. L’indépendance de l’Anses est reconnue par une loi de 2014 qui prévoit que les ministères abandonnent leurs prérogatives pour faire confiance à cette agence. Mais l’Anses et la loi, Marc Fesneau s’en bat les coucougnettes : « L’Anses n’a pas vocation à décider de tout, tout le temps. Je ne serai pas le ministre qui abandonnera des décisions stratégiques pour notre souveraineté alimentaire à la seule appréciation d’une agence. (…) Il faut qu’on change de méthode, et donc on va changer de méthode », a-t-il déclaré devant les congressistes de la FNSEA.


Il va falloir qualifier d’urgence de "terroristes intellectuels" les experts du Giec et autres préoccupés du climat qui estiment que l’agriculture devrait s’engager sur des pratiques plus éco-vertueuses (comme certains le font déjà). Pour la macronie ambiante, pas question de fâcher les gros bonnets de l’agrobusiness qui ont fait de la FNSEA un puissant lobby de la destruction de la planète.


Et ça ne va pas s’arranger. Le prochain patron de la FNSEA s’appelle Arnaud Rousseau. Seul candidat en lice, il sera élu le 13 avril prochain. Diplômé d’école de commerce, il est aujourd’hui à la tête du groupe Avril, un géant des huiles qui affichait en 2021 un chiffre d’affaires de près de 7 milliards d’euros. Acteur industriel et financier de la filière française des huiles et protéines végétales, le groupe Avril, qui ne se prive pas d’importer colza et huile de palme pour fabriquer des biocarburants, quitte à déforester, au Brésil, en Malaisie ou ailleurs.


Voilà le "modèle agricole" que va défendre à la tête de la FNSEA Arnaud Rousseau. « Plus encore que d’autres », estime Nicolas Girod de la Confédération paysanne, « il incarne une agriculture liée à l’agro-industrie »… Arnaud Rousseau plaide en effet, sans chichis, pour une « agriculture offensive (…) qui refuse de se laisser enfermer par les idéologies, les violences inacceptables, et les sirènes de la décroissance ».


S’il y a, sur la voie radieuse de l’agro-industrie, quelques normes un peu trop contraignantes qui feraient obstacle et qu’il conviendrait de contourner voire de supprimer, nul doute que la FNSEA aura un soutien sans faille du ministre de l’Agriculture et de sa directrice de cabinet, Valérie Hatsch. Sa toute récente désignation à ce poste (en février dernier) indique que le « maintien de l’ordre » (tel que l’entend l’anti-zadiste Darmanin) sera l’une des priorités du ministère dit « de l’agriculture » : issue de Saint-Cyr, Valérie Hatsch a fait carrière à la Direction des Renseignements Généraux de Meurthe-et-Moselle en 2006 avant de rejoindre le cabinet du directeur central du renseignement intérieur à Levallois-Perret, puis d’être nommée au cabinet du Directeur général de la Police Nationale pour créer et diriger une unité en charge de la coordination des Grands Évènements (lors de la présidence française du G20 et du G8). Sous-préfète et directrice de cabinet du préfet des Hauts-de-Seine de 2012 à 2016, elle a ensuite été sous-préfète de Reims, puis préfète déléguée auprès du préfet de la région Nouvelle-Aquitaine pour la défense et la sécurité de la Zone Sud-Ouest, de 2018 à 2020, notamment en charge des Deux-Sèvres… où se trouve Sainte-Soline. Autant dire que c’est une dure à cuire.


A cuire les choux farcis ?


Jean-Marc Adolphe


Photo en tête d’article : Manifestation en chine, novembre 2022. Thomas Peter, Reuters.


Prochains épisodes à suivre : Le coffre-fort d'Alexandre Benalla / Uber, McKinsey etc., le monde comme si / Ni droite ni gauche, mais quand même à droite / En Marche et Nuit Debout, la dépolitisation de la politique / Les financiers de la Macronie / Et Brigitte Macron dans tout ça ? / Une entreprise de démolition de la démocratie / etc.


------------------------------------------------------

Entièrement gratuit et sans publicité ni aides publiques, édité par une association, le site des humanités entend pourtant fureter, révéler, défricher, offrir à ses lectrices et lecteurs une information buissonnière, hors des sentiers battus.

Il y a encore du pain sur la planche, il ne reste plus qu’à faire lever la pâte. Concrètement : pouvoir étoffer la rédaction, rémunérer des auteurs, et investir dans quelques outils de développement…


Pour encourager cette aventure, dès 1 € :

332 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout
bottom of page