top of page

Moz Azimi : une brosse à dents pour conquérir le droit d'artiste


Photo AFP


Mostafa Azimitabar a quitté en 2013 l'Iran et sa persécution de la minorité kurde. En 2022, Moz Azimi vit en Australie. De Mostafa Azimitabar à Moz Azimi se sont écoulées huit années passées dans des centres de rétention pour demandeurs d'asile. Finaliste de l'Archibald Price pour un autoportrait réalisé à la brosse à dents, une "technique" expérimentée en détention, Mostafa Azimitabar / Moz Azimi accède enfin au droit d'asile, doublé d'une reconnaissance de son travail d'artiste. Portfolio.


Ce portfolio vous est offert par la rédaction des humanités,

média alter-actif. Pour persévérer, explorer, aller voir plus loin, raconter,

votre soutien est très précieux. Abonnements ou souscriptions ICI


« J'ai fait cet autoportrait pour partager mon histoire. Mon visage est tourné vers l'extérieur, montrant la souffrance que j'ai connue, mais aussi ma force et ma détermination […] J'ai choisi le titre KNS088 parce que pendant huit ans, on m'a appelé par ce numéro au lieu de me donner un nom ». C’est ainsi que Moz Azimi présente le tableau qu’il a soumis pour l’Archibald Price, un prix prestigieux décerné en Australie pour la peinture de portrait. Si le jury a finalement choisi de récompenser Blak Douglas, un artiste aborigène australien (voir ICI), la sélection parmi les finalistes de Moz Azimi a permis d’attirer l’attention sur un artiste sorti récemment de huit années d’enfermement, dont la peinture aura été acte de survie et de résistance face aux situations d’avilissement qu’il a subies, comme beaucoup de demandeurs d’asile en rétention.

Moz Azimi, c’est son nom d’artiste. Mais c’est sous sa véritable identité que, fuyant la persécution de la minorité kurde en Iran (lire par exemple sur Global voices), Mostafa Azimitabar a débarqué un jour de 2013 sur l'île Christmas, au large de l’Indonésie. Cette île appartient à l’Australie, et suivant le régime accordé aux demandeurs d’asile dans ce pays, Mostafa Azimitabar a dû attendre 8 années de détention avant d’obtenir statut de réfugié : 2.737 jours sur l'île Christmas, puis en Papouasie-Nouvelle-Guinée sur l'île de Manus et ensuite à Port Moresby, et enfin dans un hôtel de Melbourne pendant treize mois. A sa fenêtre, il pouvait voir certains jours les manifestants venus faire campagne pour sa liberté. Pour eux, avec la guitare envoyée par le compositeur Jimmy Barnes il a composé Love, qu’il a ensuite pu faire mixer et largement diffuser.



Enfin libéré en janvier 2021, il vit maintenant à Sydney où il est reconnu comme musicien, auteur, activiste pour la défense des droits humains, et comme peintre. Sa sélection pour le prix Archibald lui a donné l’occasion d’exprimer haut et fort que « (l)e message de ma peinture est l'amour. C'est par l'amour que nous tuons les monstres. Nous formons tous une seule famille, reliée par notre humanité ».

Moz Azimi utilise une technique qu’il a expérimentée en détention, dans la base navale de Lombrum, sur l’île de Manus, à la limite entre les océans Indien et Pacifique : « un lieu de privation, d'avilissement systémique, de grande et terrifiante violence ». Après qu’on ait refusé de lui donner du matériel pour peindre, il a vu sur une table une brosse à dents et une tasse de café. « Je ne sais pas ce qui s'est passé... ce moment était si spécial pour moi. J'ai attrapé la brosse à dents, je l'ai mise dans le café et je l'ai juste traînée [sur du papier…]. Sur l'île de Manus j'étais entouré de chaos et de traumatismes. L'art m'a aidé à trouver la tranquillité […] Si je suis en mesure d'obtenir ma liberté, il devrait y avoir la possibilité pour les autres demandeurs d'asile d'avoir leur liberté également. Tant que nous ne sommes pas tous libres, aucun de nous n'est vraiment libre. »


Isabelle Favre


Portfolio

Toutes les œuvres présentes dans ce portfolio ont été réalisées à l'aide d'une bosse à dents.

Issu de la page Instagram de Mostafa Azimitabar : https://www.instagram.com/mostafaazimitabar/


"À l'intérieur de notre cœur, nous avons une variété de sentiments comme l'amour, la gentillesse, la jalousie, la passion, la rancune, la haine, la sympathie, le racisme... . Dès notre naissance, notre cœur commence à traiter les sentiments que chacun d'entre nous porte jusqu'à notre mort, sans être conscient de ce processus.

Nos choix façonnent et développent nos âmes de manière irrévocable.

Un démon qui porte un masque humain devant l'amour a le choix, il peut décider de renoncer et d'éteindre le feu qu'il a allumé avec les mauvais choix qu'il a faits auparavant, sinon il sera fondu comme de la lave et la terre l'absorbera pendant des siècles.

Il n'est pas facile d'être patient ou d'être gentil avec soi-même lorsque nous sommes en danger ou lorsque nous rencontrons une catastrophe. J'ai appris que la seule façon d'éliminer la catastrophe ou de faire fondre les démons est de choisir l'amour. Avec l'amour, nous pouvons nous connecter les uns aux autres. Il peut s'agir d'une connexion entre un enfant et sa mère, deux amoureux, ou un réfugié derrière une vitre teintée avec des amis à l'extérieur de la prison qui attendent leur liberté. Les démons se développent quand il n'y a pas de conscience. Lorsque nous sommes connectés avec l'amour, nous ramenons la bonté dans la société. Les démons ne sont pas capables de digérer le sens de l'amour. Lorsque nous comprendrons notre douleur, les démons fondront."

Mostafa Azimitabar

Mots-clés :

98 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Comments


bottom of page