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21 euros : le prix d’un enfant ukrainien (déporté)


IIya Matvienko, Kira Obedinska and Sasha Radchuck, trois enfants ukrainiens déportés en Russie, d'où ils ont pu revenir,

viennent de témoigner aux Nations Unies à New York. Capture d'écran CBS News.


420.000 euros. C’est la somme versée par le Kremlin à Maria Lvova-Belova pour organiser les déportations d’enfants ukrainiens, apprend-on dans les Kremlin Leaks qui viennent d’être révélés. Parmi les quelques-uns qui ont pu retourner en Ukraine, Sasha, Ilya et Kira viennent de témoigner lors d’une session privée aux Nations Unies. Les Kremlin Leaks jettent en outre une lumière crue sur les agissements de la Croix Rouge russe, contraires au droit humanitaire.


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Cela pourra-t-il émouvoir la clique trumpiste qui continue de bloquer l’envoi d’une nouvelle aide américaine à l’Ukraine ?

Avant-hier, 26 février, c’est la voix des enfants qui a été entendue dans l’enceinte des Nations Unies, lors d’une séance privée parrainée par Builders Ukraine, une ONG basée aux États-Unis, qui prend part au Courage Project, qui mène campagne pour la libération des enfants ukrainiens kidnappés.

Ils ont également pu rencontrer des responsables américains à Washington…

On ne parle évidemment pas des plus de 20.000 enfants ukrainiens toujours déportés en Russie, sur lesquels la clique poutinienne a mis le couvercle (voir ma dernière publication sur les humanités : https://www.leshumanites-media.com/post/enfants-d%C3%A9port%C3%A9s-o%C3%B9-sont-ils ), mais quelques-uns parmi ceux qui ont pu être récupérés, non sans difficulté.


Il y avait là Sasha Radchuck, 13 ans. Il avait 11 ans lorsqu’il a été séparé de sa mère dans un « camp de filtration » près de Marioupol. S’il a pu, depuis, retrouver sa grand-mère, il n’a aucune nouvelle de sa mère depuis cette séparation forcée, en avril 2022.


Il y avait là Ilya Matvienko, 11 ans, et Kira Obedinska, 14 ans, fait prisonniers pendant le siège de Marioupol.

Ilya n'avait que 9 ans lorsqu'il a vu sa mère mourir d'un éclat d'obus à la tête. Un voisin l'a enterrée dans le jardin. Ilya a également été touché par les éclats d'obus et sa jambe a été gravement blessée. Traumatisé et incapable de marcher, il raconte que les soldats russes l'ont emmené dans un hôpital où il a été opéré sans anesthésie. La grand-mère d'Ilya a pu le retrouver après l’avoir vu dans une vidéo de propagande russe, parlant depuis un lit d'hôpital.


Le père de Kira est également mort lors d’un bombardement. Il a raconté comment, alors qu’il n’avait que 12 ans, il a dû se cacher dans des abris souterrains pour survivre dans la zone de guerre, avant d’être capturé par les soldats russes et expédié en Russie.


Toutes et tous racontent comment on leur a demandé de faire l’éloge de la Russie. Sur son lit d’hôpital, à peine remis de son opération (sans anesthésie), ce sont les médecins qui disaient à Sasha : "Tu dois dire, non pas gloire à l'Ukraine, mais gloire à la Russie".  


(Sources : CBS News, The Guardian, site internet de la Présidence ukrainienne. Rien dans la presse française)



La déportation d'enfants : juteux business pour Maria Lvova-Belova


La Russie étant un pays mafieux, la déportation d’enfants, c’est aussi un business. Dans le dossier des #KremlinLeaks (fuite de documents obtenus et analysés par le site d'information en ligne estonien Delphi, au sein d'un consortium de grands médias européens), on apprend ainsi que Maria Lvova-Belova, la commissaire présidentielle aux droits de l’enfant, a perçu du Kremlin 420.000 euros pour « le retrait des enfants de la zone d’occupation militaire spéciale ». 420.000 € pour 20.000 enfants déportés, cela fait en moyenne 21 € par enfant kidnappé. Pas cher payé : on comprend qu’il faille en déporter beaucoup pour que ça rapporte un peu. Et ça ne surprend guère concernant "l’orthodoxe" Lvova-Belova. Les humanités ont déjà raconté comment la "dame patronnesse" (qui a trafiqué son CV pour faire apparaître un diplôme qu’elle n’a jamais obtenu, mas sans lequel elle n'aurait pu être nommée commissaire présidentielle) s’est enrichie grâce à des détournements de fonds (sur le dos de jeunes adultes handicapés) avec sa fondation Quartier de Louis, prétendument caritative : https://www.leshumanites-media.com/post/la-main-dans-le-sac-du-g%C3%A9nocide .


(Sur les #KremlinLeaks, lire l’article de Sophie Malibeaux sur le site de RFI :


La complicité de la Croix-Rouge


Et que l’on ne compte pas sur la Croix-Rouge pour intervenir. L’information vient là aussi des #KremlinLeaks et porte sur les agissements de la Société russe de la Croix-Rouge (qui reçoit des fonds du Comité international de la Croix-Rouge, basé à Genève) sur le territoire ukrainien. Des documents internes de l'administration présidentielle russe montrent qu'une partie des fonds alloués à la CRR par le gouvernement russe est destinée à des activités dans les territoires occupés de l'Ukraine. Et ce, bien que les règles du mouvement de la Croix-Rouge n'autorisent pas les sociétés nationales de la Croix-Rouge à travailler dans les zones de combat (seul le CICR est habilité à le faire).


Ces informations viennent conforter le soupçon dont nous nous étions fait l'écho à l’époque sur l’évacuation des civils de Marioupol : il devient de plus en plus vraisemblable que la Croix-Rouge a non seulement fermé les yeux, mais contribué à la déportation d’Ukrainiens (y compris des enfants) vers la Fédération de Russie. Et ce n’est pas tout…


Meduza cite le témoignage d’un soldat ukrainien, Orest Hrytsyuk, qui a passé six mois en tant que prisonnier de guerre dans une colonie pénitentiaire de la ville occupée de Horlivka. Au printemps 2023, les prisonniers ont reçu la visite de deux hommes en civil que les gardiens de prison appelaient "représentants de la Croix-Rouge". Orest Hrytsyuk raconte comment les visiteurs se sont moqués des prisonniers de guerre, qui, selon lui, n'avaient que très peu de temps pour manger de la nourriture brûlante à la cafétéria de la prison : "Regardez comme ils mangent bien ! "Regardez comme ils mangent bien - comme des porcs ! Des porcs ukrainiens. Mangez, mangez. La Russie vous aime et prend soin de vous. N'inventez pas de conneries quand vous rentrez chez vous".


En décembre 2022, le président de la Croix-Rouge russe, Pavel Savtchouk, a honoré l’entreprise Avangard lors d’un gala.

Cette société produit des missiles qui sont tirés sur l’Ukraine. L’inscription de la Croix-Rouge russe apparaît en arrière-plan.


Le gouvernement ukrainien affirme avoir connaissance d'autres cas de travailleurs de la CRR se moquant des prisonniers de guerre ukrainiens et les humiliant, y compris dans les territoires ukrainiens occupés : « Les mauvais traitements subis par Orest Hrytsyuk dans la prison près de Donetsk sont un fait », déclare Yuriy Taranyuk, représentant du Quartier général de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre. « Cela signifie que les travailleurs de la CRR se trouvaient dans les territoires occupés. Il est évident que la CRR est dirigée par la Russie et fait ce qu'elle dit. En effet, il est impossible d'accéder à ces lieux sans l'autorisation d'un représentant des forces de sécurité russes. »


Bien qu'elle reçoive des fonds internationaux, poursuit Meduza, la Croix-Rouge russe a ouvertement soutenu la Russie dans la guerre, notamment en collectant sur son site web des dons pour les familles des soldats russes mobilisés et en distribuant aux réfugiés ukrainiens des tasses et des chemises avec le visage de Poutine et le symbole Z en faveur de la guerre, au titre de l'"aide humanitaire".


Le président de la Croix-Rouge russe, Pavel Savtchouk, est aussi membre du Front populaire panrusse (ONF), dirigé par le président Vladimir Poutine. Il est aussi très actif au sein de l’organisation We Together, dirigée par le Kremlin, où siège également Lvova-Belova. Cette organisation collecte non seulement de l’argent pour le front, mais aussi des caméras thermiques pour les armes et des filets de camouflage. Et We Together affirme coordonner, avec la Croix-Rouge russe, "l’aide humanitaire en Russie pour soutenir les personnes déplacées du Donbass et d’autres régions d’Ukraine".


Comme l'écrit La Tribune de Genève, « la Croix-Rouge russe met la centrale suisse en difficulté ». Et pour cause. Il semble bien que la présidence du Comité International de la Croix-Rouge, dûment alertée sur les nombreuses "entorses" (le mot est faible) de son antenne russe, ait choisi de fermer les yeux, ou en tout cas de garder le silence jusqu’à ce jour.


Sinon, en Russie tout va bien. De tels agissements, contraires aux plus élémentaires conventions internationales, ne risquent guère d’être contestés ou dénoncés par d’authentiques défenseurs des droits de l’homme. Le plus emblématique d’entre eux, Oleg Orlov, ancien dissident soviétique, cofondateur de l’ONG Memorial et Prix Nobel de la Paix 2022, vient d’être condamné à 2 ans et demi de prison, pour un texte intitulé : « Ils voulaient le fascisme et ils l’ont eu » (publié par Mediapart). « Ce verdict montre que mon article est parfaitement juste », a lancé Oleg Orlov, avant d’être emmené, menotté.


Jean-Marc Adolphe

 

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