9 janvier. Quel carnaval ! Pour une coalition planétaire des vertus
- Jean-Marc Adolphe

- il y a 7 heures
- 20 min de lecture

Photo Guyane la 1ère
Pendant qu'en Iran, s'effondre le régime des mollards (on en parle bientôt), en Amerloquie, Donald qui Trump énormément tire à vue en désignant "l'idéologie de gauche" comme ennemi à abattre, préparant ainsi la guerre civile pour remporter des élections qui n'auront pas lieu. Et dans le même temps, depuis les toilettes dorées de son Bunker Blanc, il tire la chasse sur 86 accords internationaux. Bref, c'est la merde ! Le seul moyen d'en sortir, c'est d'en sortir. Par exemple, en faisant, ce jour, Manifeste pour une Coalition planétaire des Vertus : en effet, si on le veut bien, demain, le lithium guyano-bolivien chargera les ventilateurs groenlandais qui rafraîchiront les data centers sénégalais formant les chirurgiens congolais opérant les climatologues indiens. Donc, tout un carnaval, comme tout bientôt en Guyane, pour voir "jaillir la couleur", avant que Trump n'annexe, après le Groenland, ce département riche en gisements, mais chut !, c'est encore secret. Et pour contrer la grisaille mafieuse, bien que ce ne soit pas Byzance, on invite dans nos couleurs du jour Simone de Beauvoir et Marguerite Perey, ainsi que la cuisine corse, avec aussi, en prime, un texte inédit de l'explorateur, ethnologue et écrivain Jean Malaurie. Donc : ça va aller, ça va même carnavaler !

L'IMAGE DU JOUR
En tête de publication. Costumée et coiffée d’un diadème symbolique, une participante fait vibrer les percussions au cœur du cortège. Derrière elle, musiciens et danseurs accompagnent la progression du groupe dans une ambiance rythmée et populaire. · Photo Guyane La 1ere
Là, ça ne se voit pas, mais on est en France (quoique sur place, les gens puissent parfois en douter, et jusqu'à ce que Donald Trump ne s'envahisse ce "département" pour l'annexer, parce que là aussi, comme au Groenland, il y des ressources cachées, dont ces précieux métaux critiques que réclame la transition énergétique. Il suffirait de ratiboiser la forêt amazonienne (96% du territoire) et de jeter aux oubliettes les strictes contraintes environnementales pour que la mafia trumpiste puisse en faire son beurre, et bien davantage. Feignant d'ignorer ces menaces bien réelles, Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane, s'affaire activement aux derniers préparatifs du Carnaval 2026, qui va se dérouler pendant plus d’un mois, du 11 janvier au 18 février. Thème retenu : "Haut en couleurs". « Les carnavaliers nous ont dit qu’ils voulaient voir jaillir la couleur, sans thème contraignant. Ce sont eux qui font le carnaval, nous sommes à leur écoute », indique Renée-Lise Briquet, la très dynamique Renée-Lise Briquet, élue déléguée à la culture à Saint-Laurent-du-Maroni.
Les réjouissances débutent ce dimanche 11 janvier à la Roche Bleue, avec l’intronisation du Roi du carnaval de l’Ouest, une cérémonie tenue volontairement secrète. Moment central du carnaval, le 1er février, la Grande Parade de l’Ouest, partira de la place des Libertés, récemment inaugurée, pour rejoindre la Roche Bleue. Quatorze groupes invités extérieurs à Saint-Laurent-du-Maroni sont déjà confirmés : parmi eux, Mayouri tchô neg, Kassialata, Yana Héros (Cayenne), Carinhos do Brasil (Kourou), La Bande des Copains (Kourou), Wanted (Kourou), Oyapock Style (Saint-Georges), Anophele (Mana), Vesto Band (Maripasoula), Star Bright (Maripasoula), ainsi que deux groupes venus d’Apatou. La dimension régionale sera renforcée par la présence de plusieurs formations venues du Suriname, dont Melody Mayers et One Chance, donnant à la parade une envergure rarement atteinte jusqu’ici (lire ICI). Donc : ça va aller, et même, ça va carnavaler !
LES FAITS DU JOUR

MINNEAOPLIS. #JuticeForRenee. Avec une remarquable célérité, sitôt connu le meurtre commis à Minneapolis par un agent de la police de l'immigration, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, arborant un chapeau de cowboy à bord large typique des ranchs du très conservateur Dakota du Sud (aux Etats-Unis, le 2e État pour armes par habitant) a dégainé en premier, sans attendre l'ébauche de début du commencement d'une enquête (enquête d'où seront exclues les autorités du Minnesiota, pour être confiée au seul FBI), accusant la victime, Renee Nicole Good, d'avoir voulu perpétrer un « acte de terrorisme intérieur », en tentant de « renverser » des officiers de la police de l'immigration qu'elle aurait « percutés avec son véhicule », ce que démentent les nombreuses vidéos de la scène. Plus tard, ajoutant l'ignoble au cynisme, le vice-président JD Vance a félicité l'agent qui a tué Renee Good, en jugeant qu'il avait « accompli un travail très, très important pour les États-Unis d'Amérique ». Quant à la victime, elle est « elle-même responsable » de la « tragédie », au motif qu'elle serait « victime de l'idéologie de gauche » qui l'aurait été « incitée à interférer avec les forces de l'ordre ». A l'heure où ces lignes sont écrites, cette affirmation de Vance tient de la totale affabulation. Et quand bien même, est-ce à dire qu'aux États-Unis, être assimilé à une « idéologie de gauche » autorise désormais les forces de l'ordre à vous tirer comme un lapin ? Apparemment, oui.
Questionné par des journalistes du New York Times à qui il accordait une longue interview, Donald Trump a lui-même repris cette antienne selon laquelle Renee Nicole Good serait elle-même responsable de sa mort : Renee Good était responsable de ce qui lui était arrivé : « J'ai vu cette femme crier, cette femme dans la voiture. J'ai entendu dire qu'elle s'était comportée de manière incroyablement mauvaise. On est censé écouter les forces de l'ordre. » A vrai dire, Donald Trump n'a aucune raison de demander ne serait-ce qu'une sanction disciplinaire contre l'agent meurtrier, tant cette "tragédie" sert ses plans. Pour faire monter la tension d'un cran, il a fait déployer à Minnesota des forces de police supplémentaires en provenance de Chicago et de la Nouvelle-Orléans. Le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, dément formellement la thèse trumpiste et active la la Garde nationale de l'État : au quart de tour, des responsables républicains, et non des moindres (Miller, Turley) accusent Walz de sédition, et appellent Trump à "l'Insurrection Act", qui autorise le président américain à déployer l’armée fédérale ou à fédéraliser la Garde nationale à l’intérieur des États-Unis pour réprimer une insurrection, une rébellion ou une violence domestique qui empêche l’application des lois fédérales. C’est l’exception principale au "Posse Comitatus Act" (1878) qui interdit normalement à l’armée de faire du maintien de l’ordre civil. Et Le président peut décider seul (Cour suprême 1827) ; il n'y a aucune définition précise de ce qu'est une « insurrection ».
Comme l'écrit sur Facebook Veronika Zorn (ICI) : « Aujourd'hui, il apparaît clairement que Trump mène une guerre depuis le jour de son élection, sans ciller, à l'intérieur des États-Unis. Contre les États-Unis. Il a d'abord construit des outils pour la mener en mettant la main sur la police fédérale, en mettant d'abord au pas le FBI, puis en créant l'ICE. En effet, l'ICE n'est pas simplement l'emblème de sa politique antimigratoire, c'est une milice et une armée prétorienne personnelle du Président contre les États bleus. C'est vers ceux-ci et leurs métropoles que sont dirigés les raids pour terroriser leurs exécutifs et leurs citoyens, les mettre au pas et les punir ». Si elle n'a sans doute pas été préméditée (mais préparée, tout de même, par la brutalité des interventions de cette "police de l'immigration"), la "tragédie" de Minneapolis, et le fe fait qu'y ait succombé une citoyenne américaine, non un obscur immigré équatorien, est pour Trump du pain bénit : en attisant encore un peu plus les "tensions", voici venir cette "guerre civile" qui lui permettrait d'annuler les prochaines élections de mi-mandat. On l'annonce depuis longtemps, sur les humanités : cela vient, tout doucement ("doucement", c'est façon de parler, bien évidemment).

Dans l'interview qu'il a accordée au New York Times, Donald Trump répond, sur l'existence éventuelle de limites à ses pouvoirs mondiaux : « Oui, il y en a une. Ma propre moralité. Mon propre esprit. C'est la seule chose qui peut m'arrêter. Je n'ai pas besoin du droit international », qualifiant les normes de l'ordre mondial d'après-guerre de fardeau inutile pour une superpuissance. Et sur le Groenland, il au, sans surprise ?, cette réponse de prédateur mafieux : « C'est ce dont j'ai besoin psychologiquement pour réussir. Je pense que la propriété vous donne quelque chose que vous ne pouvez pas obtenir, qu'il s'agisse d'un bail ou d'un traité. La propriété vous donne des choses et des éléments que vous ne pouvez pas obtenir en signant simplement un document. » (Lire en fin de publication).
Dans le droit fil de cet entretien avec le New York Times, Donald Trump, dont les journées semblent faire au moins 36 heures, a encore trouvé le moyen, hier, de signer un décret ordonnant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont 31 liées à l’ONU, jugées « redondantes, mal gérées, inutiles ou contraires aux intérêts américains ». Parmi les principales organisations visées la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, le GIEC, l'Agence internationale des énergies renouvelables ; ONU-Femmes, le Fonds ONU population (santé maternelle), que Marco Rubio accuse de promouvoir une « idéologie woke ».
Sauf en Chine, ou Xi Xinping se frotte les mains, la plupart des réactions internationales font dans la désolation. Y compris dans les médias. Et si c'était une aubaine ? Et si le moment était venu de dire que l'on peut très bien se débrouiller sans la "toute puissance" des États-Unis ? Il ne faudra évidemment pas compter pour cela sur Emmanuel Macron, mais la France, avec d'autres nations pionnières,pourrait ainsi prendre l'initiative d'une "Colalition des Vertus" (dont la présidence, pour débuter, pourrait être confiée au Colombien Gustavo Petro, dont le mandat présidentiel se termine bientôt). Par exemple, au sein de cette Coalition, pourrait être créée une Agence des matériaux critiques, qui veillerait à une juste répartition des ressources et des besoins. En d'autres termes : sortir de l'idée toxique de "souveraineté", mais penser l'avenir planétaire en termes de coopérations et d'interdépendances. Même l'IA pourrait en rédiger le Manifeste fondateur ! La preuve :
Manifeste fondateur de la Coalition des Vertus
Préambule
Nous, nations, peuples et acteurs de la société civile, constatant l’effondrement du multilatéralisme hémiplégique sous le choc du retrait américain de 66 organisations internationales (7 janvier 2026), saisissons cette rupture comme une chance historique.
L’ère de la souveraineté toxique s’achève. Place à l’interdépendance vertueuse !
Face à la crise climatique (1,2°C déjà), aux besoins à venir en matériaux critiques, à la démographie mondiale, nous proclamons : l’avenir appartient aux interdépendances organisées.
I. Principes fondateurs
1. Vertu avant puissance : La Coalition des Vertus rejette la Realpolitik. Nos décisions s’évaluent à l’aune de quatre vertus cardinales : Tempérance : consommation raisonnée des ressources rares. Justice : répartition équitable des matériaux critiques. Fortitude : résilience climatique collective. Prudence : anticipation scientifique sans idéologie.
2. Interdépendance contre souveraineté : Aucun État n’est une île. Coopérer, c’est survivre.
3. Décentralisation des savoirs. Chaque région apporte son expertise : savoirs inuits, paysannerie guyanaise, agroécologie colombienne, etc., etc.
II. Agence Mondiale des Matériaux Critiques (AMMC)
Mission : Assurer une répartition juste des 34 métaux stratégiques (lithium, terres rares, gallium...).
Observatoire global : cartographie en temps réel des gisements.
Quotas vertueux : 30% production réservés aux PMA, 20% aux transitions énergétiques collectives.
Fonds de transition : 1% PIB des exportateurs (Australie, Chili) pour recyclage et R&D.
Gouvernance : Parité Nord/Sud, présidence rotative). Décisions à l’unanimité qualifiée (2/3).
III. Coalition Climat
Objectif : Remplacer GIEC/CCNUCC par un forum actionnable.
Budget : 5 Mrds€/an (UE 40%, Chine 20%, Inde/Brésil 15% chacun).
Missions :
Parc éolien global : 1 TWh/an capacité mutualisée (Groenland-Maroc).
Reforestation 1 Mrd ha : Amazonie-Guyane prioritaire.
Réseau chaleur géothermique : Islande-Tchoukotka.
IV. Nations fondatrices
Membres initiaux : France (Guyane, Nouvelle-Calédonie : nickel) ; Colombie, Équateur (pétrole vertueux) ; Bolivie, Chili (lithium triangle) ; Indonésie (nickel, forêts) ; Sénégal, Namibie (uranium vert) ; Norvège, Islande (hydroénergie)
Observateurs : Groenland, Inuits, Bushinengués, Guyane, Wayauu, Colombie, etc.
Conclusion
La Coalition des Vertus n’est pas utopique : elle est inévitable. Trump a brisé les chaînes onusiennes ; à nous d’inventer l’après-souveraineté.
Demain, le lithium guyano-bolivien chargera les ventilateurs groenlandais qui rafraîchiront les data centers sénégalais formant les chirurgiens congolais opérant les climatologues indiens.
Veni, vidi, vertus !
9 janvier 2026
ÉPHÉMÉRIDE
Aussi loin qu'il nous en souvienne, on ne se souvient plus, on perd la mémoire (pas encore la boule), on fonce tout droit devant sans prendre le temps de regarder dans le rétroviseur. Peut-être que dans vingt ans, ou avant, on n'enseignera plus l'Histoire, devenue matière encombrante face au présentisme du clic and collect des smartphones (il y a 19 ans, le 9 janvier 2007 au Moscone Center à San Francisco, dont le nom rend hommage à Saint-François d'Assise, mais c'est une autre histoire [1], lors du Macworld, un certain Steve Jobs dévoile le premier iPhone, appareil révolutionnaire fusionne téléphone, iPod et internet).
[1]. Le nom San Francisco rend hommage à saint François d’Assise (San Francisco de Asís en espagnol), fondateur de l’ordre franciscain. En 1776, les Espagnols érigent Mission Dolores, première mission franciscaine de Californie, et un presidio (fort) à l’emplacement actuel de la ville. Le site s’appelle initialement Yerba Buena (« bonne herbe » en espagnol, nom d’une menthe locale). Lors de la conquête américaine (guerre mexicaine-américaine 1846-1848), le village est rebaptisé San Francisco le 30 janvier 1847 par l’alcalde Washington Bartlett, pour évoquer la mission voisine et concurrencer une localité nommée Francesca. La ruée vers l’or dès 1848 transforme ce comptoir en métropole : 800 habitants en 1848, 25 000 en 1850. San Francisco devient la « Porte d’Or » (Golden Gate) des chercheurs d’or, surnom qui perdure.
Libre à chacun, depuis son iPhone ou autre, de consulter la mémoire universelle stockée dans des méga data centers dont la prolifération pourrait bien causer la fin des fins. Alors, si l'on va vers cette extinction-là, à quoi bon s'intéresser encore à ce qui nous a précédé ? Pourtant, comme l'écrivait dans La Volonté de puissance (1896-1911), un certain Friedrich Nietzsche écrivait (seule citation du jour) :
" Ne sais-tu pas que dans chacune de tes actions, l'histoire entière du devenir se répète en abrégé ?"
C'est pourtant pas Byzance ! Ben si, justement. Ainsi, sans vouloir la ramener, qui se souvient qu'il y a 551 ans, le 9 janvier 475, l'empereur byzantin Zénon était contraint de fuir Constantinople, renversé par son général Basiliscus ? Un coup d’État brutal qui témoigne des intrigues sanglantes qui minent l’Empire romain d’Orient à cette époque.
On la fait en bref : Zénon, originaire d’Isaurie (actuelle Turquie), avait accédé au trône en 474 grâce à son mariage avec Ariadne, fille de l’empereur Léon Ier. Mais son règne suscita vite l’hostilité : les Isauriens, peuple montagnard réputé "barbare", étaient détestés par l’élite constantinopolitaine. Basiliscus, beau-frère de l’ancien empereur, profita de l’absence de Zénon pour le dénoncer comme traître et s’emparer du pouvoir avec le soutien des factions populaires et militaires. Basiliscus se proclama empereur le 9 janvier et règna jusqu’en 477, marqué par des persécutions religieuses contre les orthodoxes - il est monophysite, personne n'est parfait [2] - et une peste dévastatrice. Zénon contre-attaque depuis l’Isaurie et reprend la capitale grâce à une ruse : il promet un traité à Basiliscus, puis bloque les portes de la ville et l’assiège. Basiliscus finit exécuté (ou exilé, selon les sources). Zénon consolide ensuite son règne en luttant contre ces germains (pourtant cousins) d'Ostrogoths, en promulguant le Code de Justinien, qui compile et met à jour les constitutions impériales depuis Hadrien (117-138), éliminant contradictions et obsolescences. Parmi les innovations qu'il apporte : la protection des esclaves (affranchissement simplifié, citoyenneté immédiate), la limitation de la puissance paternelle et maritale (interdiction de livrer un enfant pour dettes, usufruit des biens des enfants, sanctions sur divorces abusifs), et l'égalité citoyenne via le « droit des gens »..
[2]. Le monophysitisme est une doctrine chrétienne née au Ve siècle, affirmant que Jésus-Christ ne possède qu'une seule nature (physis), divine, qui a absorbé ou supplanté sa nature humaine. Promue par le moine égyptien Eutychès, cette christologie vise à protéger l'unicité divine du Christ contre le nestorianisme (qui sépare trop les natures divine et humaine). Pour les monophysites, l'humanité du Christ est réelle mais « dissoute » dans la divinité, comme une goutte d'eau dans l'océan. Condamnée comme hérésie au concile de Chalcédoine (451), qui définit au contraire deux natures (divine et humaine) unies en une seule personne « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ». Basiliscus, empereur byzantin de 475-477, la favorise pour s'opposer à Zénon, provoquant des troubles religieux majeurs. Avant, on s'entretuait pour des sujets vraiment importants ! Aujourd'hui, les Églises copte, syriaque orthodoxe, arménienne et éthiopienne sont dites « non-chalcédoniennes » ou « orthodoxes orientales ». Elles nuancent via le miaphysisme (une nature unifiée divine-humaine, sans absorption) et dialoguent avec Rome depuis les années 1970. Ouf, tout va bien...
Bon, on vous l'accorde, tout comme Byzance, le « droit des gens », c'est loin, même si aujourd'hui encore, il est souvent bafoué ou sacrifié dans des palais modernes où se jouent toujours des intrigues dites byzantines.

Dans la série de ce qui s'oublie facilement, qui se souvient encore de Marguerite Perey ? (à moins d'avoir des atomes crochus). Deux seules communes, en France, ont donné son nom à une rue (à Bettancourt-la-Ferrée, Haute-Marne) ou à une avenue (à Lieusaint, en Seine-et-Marne). Pourtant, elle n'est décédée qu'en 1975, et on lui doit tant !
Née en 1909 à Villemomble (Seine-Saint-Denis), orpheline de père à 7 ans, Marguerite Perey interrompt ses études faute de ressources mais intègre le laboratoire Curie en 1929 comme préparatrice. Autodidacte brillante, elle résiste aux discriminations sexistes : « Les femmes n’ont pas leur place en science », lui dit-on. En 1940, elle fuit l’occupation allemande à l’université de Strasbourg, qu’elle dirige (première femme rectrice en France, 1969). Élue à l’Académie de médecine (1962), membre fondateur de l’Académie des sciences (1968), elle est la seule française à avoir découvert un élément : il y a 86 ans, le 9 janvier 1939, alors jeune chimiste française de 30 ans, elle annonçait à l’Académie des sciences de Paris la découverte du francium (Fr, n°87), élément radioactif le plus instable du tableau périodique. Travaillant à l’Institut du Radium de Marie Curie à Paris, elle a obtenu cet élément en bombardant de l’actinium avec des particules alpha, isolant un corps neuf de 7 heures de demi-vie, baptisé « francium » en hommage à la France. D'accord, le francium n'a aucune application pratique ou industrielle en raison de sa radioactivité extrême et de l'extrême brièveté de sa "vie", qui le rend impossible à stocker ou utiliser hors laboratoires spécialisés, mais en médecine, sa découverte a ouvert la voie à la compréhension des radio-isotopes en général et au développement de techniques de diagnostic et de traitement. Donc, merci Madame Marguerite Perney.
Une bonne nouvelle pour finir : en cette année 2026, elle aura toute une gare à son nom : à Palaiseau, sur la ligne 18 du Grand Paris, qui rejoindra ultérieurement l'aéroport d'Orly (2027), puis Versailles Chantiers (2030). La future "gare Perey" (inauguration prévue en octobre), au cœur du plateau de Saclay (Télécom SudParis, Polytechnique...), reliera universités et entreprises high-tech. Et reliera aussi, peut-être, le présent à la mémoire.

Deux visages de l’émancipation au XXe siècle : l’une par la plume, l’autre par les armes.Toutes les deux sont nées un 9 janvier : en 1908 (Simone de Beauvoir) et en 1909 (Danielle Casanova).
Née à Paris dans un milieu bourgeois, Simone de Beauvoir rejette vite le rôle d’épouse traditionnelle. Agrégée de philosophie (2e ex aequo derrière Sartre, 1929), elle enseigne avant de vivre de sa plume. Le Deuxième Sexe (1949), pavé de 900 pages, dissèque l’oppression féminine : « On ne naît pas femme, on le devient. » Ce manifeste pose les bases du féminisme moderne, analysant biologie, psychanalyse et histoire pour déconstruire le mythe de la femme. Compagne de Sartre, elle prône l’engagement existentiel et la liberté absolue. Engagée à gauche (anticolonialisme, Mai 68), athée militante, elle meurt en 1986, enterrée au Père-Lachaise avec Sartre. Symbole intellectuel, son héritage divise encore entre génie libérateur et figure controversée.
Née à La Foa (Nouvelle-Calédonie) d’un père corse fonctionnaire, Danielle Casanova (dite « Dany ») grandit à Ajaccio après 1918. Étudiante en médecine à Paris (1930), elle rejoint dès 1934 les Jeunesses communistes et devient une oratrice charismatique. Féroce antifasciste, elle organise grèves étudiantes contre Mussolini et Hitler. En 1940, elle gagne clandestinement la Corse, crée le premier réseau FTP insulaire (Francs-tireurs et partisans). Arrêtée en février 1943 par la Gestapo italienne, torturée, elle est déportée à Auschwitz (convoi du 24 janvier 1944). Morte de fatigue et maladie à Bergen-Belsen le 6 mai 1945, huit jours après la libération du camp. Héroïne corse et communiste, un timbre et une rose portent son nom.
Pour continuer un tout petit peu encore avec Danielle Casanova, signalons que ce 9 janvier est "Journée mondiale de la Corse". Cette initiative non officielle a été lancée en 2009 pour le centenaire de la naissance de Danielle Casanova, par le cinéaste Magà Ettori et l’association Corsica Diaspora. Elle vise à affirmer l’identité corse dans le monde via culture, histoire et diaspora, sans reconnaissance officielle par la France ou l’ONU. Mais cette date commémorative semble aujourd'hui tombée dans l'oubli. Dans les "actualités" d'un célèbre moteur de recherche, cette "Journée mondiale de la Corse" n'apparaît que sur un site culinaire, qui vante à cette occasion « les parfums du maquis, la générosité des produits locaux et cette convivialité méditerranéenne qui réchauffe l’assiette comme le cœur », et propose quelques recettes de circonstance : le gâteau à la farine de châtaigne corse, le fiadone (gâteau réalisé à base de brocciu, dessert emblématique corse, appelé "Ambrucciata" au sud de l'île), l'aubergine à la bonifacienne, le canistrelli au vin blanc, le figatellu sauté (Le figatellu est à l’origine une saucisse sèche de porc, composée de maigre, de gras et de foie de porc, mais qui peut également être agrémentée d’épices et de vin rouge). Au fait, à quand une rubrique culinaire sur les humanités ?

Dans l'actualité, le quotidien Corse Matin célèbre ce 9 janvier les 34 ans d'existence de l'antenne bastiaise des Restos du Coeur : « À l'origine, il devait s'agir d'un hiver. Peut-être deux. Une réponse d'urgence, le temps que la solidarité fasse son œuvre et que la société reprenne ses droits. Quarante ans plus tard [date de l'appel de Coluche], les Restos du Cœur existent toujours. En Haute-Corse, où l'association départementale voit le jour en 1992, cette longévité ne raconte pas tant la réussite d'un dispositif solidaire que l'installation durable de la précarité. Ou plutôt, comme le dit Françoise Colomb-Luciani, la présidente actuelle, "de la misère". » Corse Matin publie notamment le témoignage de Karima, 54 ans, mère célibataire, qui a trouvé, grâce aux Restos du Cœur, un appui « pour traverser la précarité et préserver, pour sa fille, un quotidien fait de douceur et de stabilité. Karima conclut : " Les Restos du Cœur, ce n'est pas seulement de la nourriture. C'est un lieu où l'on retrouve de la dignité, du soutien et un vrai contact humain. Même après toutes ces années, je continue de venir chaque semaine, parce que cet endroit est indispensable, pour moi et pour ma fille. Et je recommande à tous ceux qui hésitent de franchir cette porte, vous ne serez pas jugés, juste aidés." »
L’INÉDIT DU JOUR
Jean Malaurie, L'Arctique profané : Carnets d'un témoin

Pour le Groenland, Björk donne de la voix. Le 5 janvier, la chanteuse islandaise a publié sur Instagram un appel vibrant : « Chers Groenlandais, déclarez l’indépendance !!!! », exhortant l’île à se libérer du Danemark comme l’Islande l’a fait en 1944. Ce cri s’inscrit dans son engagement anticolonial de longue date. Elle a déjà dénoncé les stérilisations forcées imposées aux femmes inuites (1966-1970) – 4 500 cas dès 12 ans – et les tests psychométriques discriminatoires actuels qui retirent leurs enfants aux mères groenlandaises. Face aux appétits de Donald Trump, elle refuse un « colonisateur cruel » danois remplacé par un autre, américain : « Trop brutal pour l’imaginer ». Sa chanson de 2008, Volta, hymne électropunk, visait déjà Groenland et Féroé : « Start your own currency ! Protect your language ! Damn colonists ! » Interprétée live à Reykjavik en 2008, elle scandait « Ne les laissez pas vous faire ça ! ».
Dès son premier mandat (2017-2021), Donald Trump, a exprimé les vues des Etats-Unis sur le Groenland : ce dernier, où ils disposent déjà d’une grande base militaire, à Pituffik, doit faire partie du territoire américain. A l’époque, il envisageait que les Etats-Unis l’acquièrent en l’achetant. Aujourd’hui, un an après son retour au pouvoir, et dans la foulée de l’enlèvement du président vénézuélien, Nicolas Maduro, le 3 janvier, Trump et son équipe envisagent que les Etats-Unis s’emparent du Groenland. Et en général, ce qu'il dit, il fe fait. « Plutôt que de commenter l’impensable, les Européens gagneraient à agir », écrivent dans une tribune publiée hier par Le Monde, quatre chercheurs (Béatrice Giblin, directrice de la revue « Hérodote ; Sylvain Kahn, professeur d’histoire à Sciences Po ; Pauline Schnapper, professeure de civilisation britannique contemporaine à l’université Sorbonne-Nouvelle ; et Céline Spector, professeure de philosophie à Sorbonne Université) :
« La première mesure à prendre consiste en une déclaration claire et sans ambiguïté du Conseil européen affirmant l’intégrité territoriale du Groenland, du Danemark et de l’UE. La deuxième serait d’interdire l’entrée sur le territoire européen à l’envoyé spécial de Donald Trump pour le Groenland, Jeff Landry – par ailleurs gouverneur de la Louisiane –, en lui refusant tout visa. Une troisième option consisterait à déployer, avec l’accord de l’Inatsisartut [le Parlement groenlandais], autour du Groenland, et sur le territoire groenlandais lui-même, des équipements militaires ainsi que des unités d’élite provenant de plusieurs États membres, idéalement de l’ensemble des Vingt-Sept. Il s’agirait de placer les États-Unis face à leurs responsabilités : une véritable épreuve de vérité. Donald Trump se trouverait alors devant une alternative claire : attaquer des soldats alliés pour s’approprier le Groenland ou renoncer à ses prétentions coloniales. En cas de représailles américaines, qu’elles soient commerciales ou numériques, les Européens auraient d’autant plus remporté la première manche qu’ils disposent eux aussi de leviers de rétorsion significatifs, dans les services comme dans le commerce des biens – à l’image de l’instrument anticoercition. Car si l’Europe n’est pas synonyme de liberté, à quoi bon se battre pour elle ? »
À 101 ans, peu avant sa mort (le 5 février 2024 à Dieppe), Jean Malaurie alertait sur le climat : « Les Inuits savent lire la banquise. Leur sagesse animiste doit inspirer l’Occident. »
Explorateur, géographe, ethnologue et écrivain, pionnier de l’anthropologie arctique, fondateur de la collection Terre Humaine, Jean Malaurie (1922-2024) a consacré sa vie aux peuples inuits, mêlant science du terrain et humanisme radical.
Des éboulis sahariens aux glaces de Thulé. Normalien, géomorphologue, il débute par deux hivers solitaires (1949-1950) dans le Hoggar algérien, étudiant les éboulis. En 1950, il dirige pour le CNRS la première mission française au nord-Groenland (Thulé, 76°49’N), partageant douze mois avec 302 Inuits pola. Il établit leur généalogie sur quatre générations, prévenant la consanguinité, et découvre le chamanisme animiste qui le marque à jamais.
Les Derniers Rois de Thulé et Terre Humaine. Son récit Les Derniers Rois de Thulé (1955) inaugure la collection Terre Humaine (Plon), best-seller traduits en 20 langues. Suivent Tristes Tropiques (Lévi-Strauss), Les Paroles gelées (R. Bastide), 100 auteurs. Jusqu’en 2015, Malaurie dirige cette « Pléiade de l’ethnologie moderne ».
En 1951, il dénonçait déjà la base militaire US de Thulé, imposée sans consultation aux Inuits. Post-mortem, nous lui avons demandé de bien vouloir reprendre du service, pour commenter les dernières trumpitudes en matière de Groenland, à partir de la chronique de Michel Strulovici publiée voici quelques jours (ICI).
Jean Malaurie, L'Arctique profané : Carnets d'un témoin
« Messieurs de la Space Force, généraux Saltzman et commandants de Pituffik, votre conquête du Groenland n'est que l'agonie finale d'un crime polaire commencé sous vos B-52 en 1951. Thulé – ce nom nordique que vous avez effacé sous un "Pituffik" de pacotille – fut déjà mon tombeau personnel. J'y ai vu fondre en quelques décennies huit millénaires de glace accumulée, pulvérisés par vos expériences nucléaires Operation Iceworm. Aujourd'hui, vos radars antimissiles percent les aurores boréales tandis que la banquise arctique a reculé de 40% depuis mes premières expéditions chez les Polar Eskimos, en 1950.
Donald Trump, ce "King Donald" dont parle Michel Strulovici avec tant de justesse, ne rêve pas d'une île : il convoite le cœur glacé d'une civilisation millénaire. Les 1,5 million de tonnes de terres rares de Kvanefjeld que vous promet l'USGS ne sont que le dernier râtelier d'un festin commencé par l'uranium de votre base et achevé par vos ambitions sur le praséodyme et le néodyme – ces métaux des aimants qui motorisent vos drones de combat et missiles hypersoniques.
Jens-Frederik Nielsen, ce jeune Premier ministre inuit élu en 2025, a raison de vous répondre : "Ça suffit maintenant. Le Groenland ne sera jamais américain, nous ne sommes pas à vendre." Mais votre emprise est plus subtile que l'achat raté de 2019. Vous investissez dans les ports, les aéroports, les infrastructures énergétiques groenlandaises, créant cette dépendance douce dont Strulovici dénonce la mécanique perverse : un État "indépendant" du Danemark mais vassalisé à Washington.
J'ai connu l'Arctique avant votre profanation. À Cape York, chez les Polar Eskimos, j'ai partagé l'igloo d'Akpé, chasseur de morses dont les harpons d'ivoire taillé valaient nos fusils. Ses fils invoquaient Sila, l'esprit du ciel limpide, tandis que leurs kayaks de peaux de phoque dansaient entre les icebergs. Aujourd'hui, Pituffik – rebaptisée le 6 avril 2023 par vos soins – n'est qu'une cicatrice industrielle sur leur terre sacrée. La base spatiale qui "honore" la toponymie inuit n'est qu'une base militaire déguisée, point d'appui de votre Space Force pour verrouiller le Passage du Nord-Ouest contre Russie et Chine.
Votre paradoxe est tragique : c'est votre climaticide – +4°C en Arctique en 40 ans – qui rend accessibles les gisements groenlandais que la glace gardienne du Pléistocène protégeait jalousement. La fonte que vous niez à Washington libère pour vous le corridor maritime boréal – votre "Panama du Nord" – et expose Kuannersuit, Motzfeldt, les veines minérales évaluées à 36,1 millions de tonnes de ressources potentielles. Mais l'Arctique n'est pas un Eldorado. C'est un miroir. Qui tue la glace tue l'humanité.
Vos praséodymes et néodymes, essentiels aux moteurs électriques de vos Tesla et aux guidages lasers de vos F-35, sont les os broyés de la Terre Mère. L'extraction à Kvanefjeld ? Un cocktail radioactif d'uranium et thorium qui contaminera les fjords pour des millénaires. Vos "investissements verts" ne sont que le maquillage d'une prédation qui rappelle les comptoirs baleiniers du XIXe siècle.
Retirez-vous, Space Force. Laissez les Groenlandais à leur aspiration légitime d'autonomie. L'Arctique m'a tout appris : la fragilité des équilibres, la mémoire millénaire des glaces, la force des peuples premiers. Vous n'êtes que les héritiers tardifs d'une conquête qui a déjà échoué – car la banquise, même fondue, garde le souvenir de ses assassins. »
Jean Malaurie (1922-2025), Derniers carnets de l'ethnologue arctique, depuis son observatoire de Sonloup, 9 janvier 2026.
(pour copie conforme, Tzotzil Trema pour les humanités)
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