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Après Orbán : Budapest n’est plus la capitale mondiale de la droite radicale

Des partisans de Péter Magyar à Budapest, à l'annonce du résultat des élections législatives en Hongrie,

dans la soirée du 12 avril 2026. Photo AP


Vladimir Poutine et Donald Trump ont oublié de saluer la victoire de Péter Magyar en Hongrie. Le premier avait mobilisé ses trolls, le second envoyé JD Vance en renfort : peine perdue, Viktor Orbán est balayé. Et avec lui vacille toute une internationale réactionnaire qui avait fait de Budapest sa vitrine et son laboratoire.

les humanités, ça n'est pas pareil.

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Comme c’est curieux : Vladimir Poutine et Donald Trump ont oublié de saluer la victoire du parti Tisza de Péter Magyar aux élections législatives en Hongrie. Le premier avait mobilisé ses trolls pour tenter d’influencer les électeurs ; le second avait dépêché JD Vance pour clore la campagne. Peine perdue : la défaite de Viktor Orbán est sans appel.

 

Hier soir à Budapest, et toute la nuit, des milliers de partisans de Péter Magyar (partisans ou ralliés faute de mieux) ont scandé « Europa, Europa, Europa ! », et la totalité des dirigeants européens ont salué la claque d’Orbán. Tous, même Giorgia Meloni, qui a félicité « la nette victoire » de Péter Magyar tout en remerciant son « ami Viktor Orbán » pour « l’intense collaboration de ces dernières années ». Tous, même le premier ministre slovaque, Robert Fico, jusqu’ici peu ou prou aligné sur les positions d’Orbán, qui s’est empressé de se déclarer prêt à coopérer avec le nouveau Premier ministre hongrois. Les 19 milliards d'euros d'aides européennes à la Slovaquie, qui sont dans la balance, n’y sont peut-être pas pour rien.

 

À Kyiv, le soulagement est à peine voilé. Volodymyr Zelensky a salué sur X une « victoire historique » et rappelé que l’Ukraine avait « toujours recherché de bonnes relations de voisinage avec la Hongrie », se disant prêt à « renforcer la coopération » avec le futur gouvernement Magyar. Pour un pays dont l’aide européenne a été plusieurs fois prise en otage par le veto hongrois, la chute d’Orbán ouvre la perspective d’un canal moins hostile à Bruxelles comme à Budapest, même si le nouveau Premier ministre reste, à ce stade, très prudent sur l’ampleur du soutien qu’il entend apporter à l’Ukraine.

 

L'internationale réactionnaire perd son phare

 

Conséquence collatérale de ces élections législatives, encore peu évoquée dans les commentaires post-électoraux : avec la victoire de Péter Magyar, Budapest va désormais perdre son statut de phare de l’internationale réactionnaire, que Viktor Orbán avait patiemment bâti à coups de think tanks généreusement dotés et de grands-messes conservatrices comme CPAC Hungary, où se croisaient trumpistes américains, souverainistes européens et figures de l’extrême droite mondiale. Depuis le début des années 2010, la capitale hongroise servait de vitrine à ce projet illibéral assumé, laboratoire à ciel ouvert d’une droite radicale qui venait y chercher à la fois inspiration idéologique et caution gouvernementale.

 

Le scrutin du 12 avril 2026 vient brutalement refermer cette parenthèse. Avec plus des deux tiers des sièges au Parlement, le Tisza de Péter Magyar dispose, selon les projections, de la majorité constitutionnelle qui a si longtemps permis à Fidesz de remodeler l’État à sa main. Dans ce paysage renversé, le réseau international soigneusement tissé par Orbán (conférences, instituts, invitations régulières de leaders populistes) ressemble soudain à un capital politique dévalué, dont la valeur dépendait d’abord de son pouvoir de nuisance à Bruxelles et au sein de l’Union européenne.


L'influenceur américain ultraconservateur Rod Dreher, directeur du projet « Network » au Danube Institute, en juillet 2025 à Budapest. Photo Attila Kisbenedek /AFP
L'influenceur américain ultraconservateur Rod Dreher, directeur du projet « Network » au Danube Institute, en juillet 2025 à Budapest. Photo Attila Kisbenedek /AFP

Dans la salle de conférences de la Bálna, sur les bords du Danube, où Fidesz avait installé sa soirée électorale, la stupeur a rapidement succédé aux éléments de langage sur le « haut niveau de participation ». Les mines sombres trahissaient l’inquiétude de ceux qui, depuis des années, vivaient de la fabrication du récit illibéral hongrois : directeurs de fondations, éditorialistes des médias alignés, stratèges de la communication et influenceurs paneuropéens qui avaient fait de Budapest leur base arrière. Avant même l’annonce des résultats, pressentant la bérézina à venir, l’influenceur américain ultraconservateur Rod Dreher, installé à Budapest depuis 2022 (il avait installé son QG au sein du Danube Institute, abondamment financé par des fonds publics hongrois), annonçait son intention de « déménager à Vienne »…

 

Il reste à voir si Péter Magyar se contentera de couper les robinets les plus voyants ou s’il engagera une véritable déconstruction de l’écosystème réactionnaire que son prédécesseur avait exporté bien au-delà des frontières hongroises.

 

Jean-Marc Adolphe


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