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Berthe Weill, "Place aux jeunes"


Georges Kars, Portrait de Berthe Weill, 56 x 46 cm, 1933, collection privée

© Maxime Champion - Delorme & Collin du Bocage


Pionnière oubliée de l’art moderne, Berthe Weill fut la première femme galeriste de Paris et l’une des découvreuses les plus audacieuses de l’avant-garde. Née en 1865 dans une famille modeste, elle lança Picasso, Matisse, Modigliani et des dizaines d’artistes femmes, défendant sans relâche la « nouvelle peinture » malgré les scandales, les crises et l’antisémitisme. De sa minuscule boutique de Pigalle à ses galeries successives, Weill a façonné l’histoire de l’art tout en disparaissant presque des mémoires


Raoul Dufy la surnommait affectueusement “La petite Mère Weill". Marchande d'art française pionnière, première femme galeriste parisienne, reconnue pour son rôle décisif dans le lancement des carrières d'artistes avant-gardistes comme Picasso, Matisse et Modigliani, Berthe Weill est née à Paris le 20 novembre 1865 dans une famille juive modeste. Elle commence son apprentissage chez un antiquaire dans les années 1880 et ouvre sa première galerie le 1er décembre 1901 au 25 rue Victor-Massé à Pigalle, avec ses 4.000 francs de dot, sous le slogan « Place aux jeunes ». Influencée par le critique Roger Marx, elle se consacre aux jeunes peintres en rupture avec les salons traditionnels, exposant dès 1902 Matisse et vendant les premières œuvres de Picasso à Paris.



En 1897, Berthe Weill s'installe dans une minuscule boutique au 25, rue Victor Massé. Elle y vend des antiquités et quelques estampes. Par l’intermédiaire de Pedro Mañach, un jeune industriel catalan qui se chargeait de promouvoir la colonie d’artistes espagnols résidant à Montmartre, Berthe Weill achète trois œuvres représentant une suite de courses de taureau qu’elle revend aussitôt à Adolphe Brisson, le directeur de la revue Les Annales littéraires, réalisant là les toutes premières ventes de Picasso à Paris.Le petit réduit était couvert de tableaux du sol au plafond, aussi manquant de place, Berthe Weill accrochait les toiles encore humides à l’aide de pinces à linge à un fil tendu à travers sa boutique. L’illustrateur Lobel-Riche réalise pour l'ouverture une gravure pour la carte commerciale qui revendique la spécialisation vers cette nouvelle peinture : « Place aux jeunes ! » y est inscrit, affichant d'emblée l'ambition de l'établissement, être la première galerie d'art consacrée à la nouvelle peinture, une frange alors encore dépourvu de représentant.


Elle défend le fauvisme dès 1905 en présentant Matisse, Derain, Vlaminck, et tout en promouvant Braque, Dufy, Léger, organise en 1917 la seule exposition personnelle de Modigliani de son vivant. L’événement fit scandale en raison des « poils » des nus que la galeriste fut obligée de décrocher, menacée de poursuites pour « outrage à la pudeur ». Ses galeries successives (rue Taitbout en 1917, rue Laffitte en 1920, rue Saint-Dominique en 1937) accueillent plus de 300 artistes jusqu'en 1940, malgré les crises financières, la Grande Dépression et l'antisémitisme. Se revendiquant féministe, elle a grandement contribué à la légitimation du talent des peintres femmes qu’elle présentait à égalité et sans dissociation d’accrochage avec leurs homologues masculins. Charmy, Halicka, Hermine-David, Laurencin, Marval, Prax, Valadon et Léwiska lui doivent une grande part de leur reconnaissance. 


Jacqueline Marval, Fantaisie sur Sylvie, 1910-1911


Rien ne destinait Jacqueline Marval à devenir artiste. Dès 1884, ses parents, instituteurs, font d’elle une institutrice suppléante, et c’est en amateur qu’elle peint les paysages du Dauphiné, sous le nom de Marie Jacques. Mariée à un voyageur de commerce dont elle se sépare vite, elle choisit d’exercer à Grenoble le métier de giletière, où peuvent s’exprimer sa fantaisie et son originalité. Dans les années 1892-1895, sa rencontre avec les peintres Joseph François Girot et Jules Flandrin va changer le cours de sa vie. Elle les rejoint à Paris, puis, avec le soutien de Rouault, Camoin, Marquet, Matisse et du sculpteur Léon-Ernest Drivier, elle se lance peu à peu dans la peinture. En 1900, elle signe ses œuvres sous son pseudonyme et participe l’année suivante au Salon des indépendants auquel elle restera fidèle jusqu’en 1914. La galeriste Berthe Weill (1865-1951), soutien efficace des artistes femmes, l’expose en 1902, aux côtés de Matisse, Marquet, Flandrin, Petitjean...


En 1933, elle publie ses mémoires, Pan ! Dans l’œil ! Ou trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine, témoignant de son engagement pour l'avant-garde contre le conservatisme et la xénophobie.


À la fois mécène et marchande, le statut de Berthe Weill est très particulier. Elle faisait table ouverte pour tous ceux qui n’avaient pas de quoi manger. Cette attitude anti-commerciale ne lui permit jamais de connaître la prospérité, tous ses protégés la quittèrent au profit de galeries de plus grande envergure. La liste de ses artistes, institutions amies et collectionneurs démontre néanmoins son influence dans l’export et la reconnaissance de toute l’Ecole de Paris à travers le monde. Weill se différencie des pratiques en vigueur à l'époque : elle refusait d’abuser de la vulnérabilité de ses artistes et fustigeait les contrats d’exclusivité et autres ventes truquées pour gonfler les cotes. Elle occupait une place de découvreuse et de protectrice des peintres préférant se sacrifier pour permettre à ses artistes de travailler, une étape indispensable dans le lancement des carrières des peintres, au premier rang dans la hiérarchie du marché de l'art.


Fermée en 1940 en raison de la guerre et des persécutions, sa galerie marque l'histoire de l'art moderne. Elle est morte le 17 avril 1951, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, à son domicile, au 27, rue Saint-Dominique. Depuis, son parcours est progressivement tombé dans l’oubli et les découvertes de sa carrière furent disloquées en épisodes anecdotiques alliés à des évènements ponctuels, mais plus jamais rassemblés pour établir un bilan exhaustif. Ses héritiers eux-mêmes ne connaissaient que très partiellement l’histoire prestigieuse de la "petite Tante Berthe", autrefois grandement contestée au sein de la sphère familiale, si bien que sans manifestation de leur part, la case où elle reposait au columbarium du Père Lachaise fut « vidée » en 1994. Toutefois, depuis 2019, un jardin porte son nom dans le 3e arrondissement de Paris.


  • Une exposition lui est dédiée au musée de l'Orangerie, à Paris, jusqu'au 26 janvier 2026.

    www.musee-orangerie.fr


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