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Pour Catherine Ringer (suite). Avant Rita Mitsouko, "Flashes rouges", opéra-rock

il y a 2 heures
5 min de lecture
Photogramme de Flashes rouges (1979) de Marc’O, Geneviève Hervé et Stéphane Vilar

Photogramme de Flashes rouges (1979) de Marc’O, Geneviève Hervé et Stéphane Vilar


Nous revenons ici aux origines des Rita Mitsouko, à leur rencontre grâce au concours d'un metteur en scène moins célèbre que ses créatures Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Pierre Clémenti, autrement dit, plus underground : Marc'O, mort le 11 juin 2025. Au moment où, pour les besoins de l'opéra rock Flashes rouges (1978-1979), Catherine Ringer est amenée à remplacer au pied levé la vedette de la scène pop française de l'époque, Zouzou la twisteuse...

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 


Théâtre musical

Marc’O, programmateur du Tabou, ami des musiciens de jazz qu’étaient aussi Alain et Boris Vian, des Lettristes Isidore Isou et Guy Debord, éditeur de revues, producteur et réalisateur de films, lança au théâtre Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Valérie Lagrange, Michèle Moretti, Bernadette Lafont et Pierre Clémenti. Il produisit le film Traité de bave et d’éternité (1951) d’Isidore Isou qui fut présenté par Jean Cocteau au festival de Cannes. Il édita le numéro historique de la revue Ion consacrée au cinéma lettriste, avec, notamment, des scénarios de Guy-Ernest Debord, Gil J. Wolman, Serge Berna, Gabriel Pomerand et François Dufrêne. Il réalisa un film expérimental, Closed Vision (1954), diffusé en DVD par Les périphériques vous parlent. Par ailleurs, en 1972, il réalisa avec la photographe Dominique Issermann un documentaire relevant de la cinédanse, Tamaout, consacré au festival de danses africaines de Marrakech.


En 1968, Marc'O porta à l’écran sa pièce musicale à succès Les Idoles, créée deux ans plus tôt avec des acteurs ayant suivi ses cours d'art dramatique au Centre américain du boulevard Raspail. La pièce traitait de l'épiphénomène des chanteurs célèbres, sans contester vraiment la société du spectacle à la manière de son ami Guy Debord, avec lequel il était toujours resté en contact. Avec Geneviève Hervé et Stéphane Vilar, il adapta pour la vidéo un opéra rock d’esprit libertaire intitulé Flashes rouges (2) ayantpour musiciens, non seulement Vilar à la guitare, mais aussi le bassiste Diego Burgard et le batteur Nicolas Allwright – le fils de Graeme. Zouzou la twisteuse, prévue au départ comme chanteuse n’étant pas en forme olympienne, fut remplacée séance tenante par la comédienne et danseuse Catherine Ringer.

Pionniers de la vidéodanse

Geneviève Hervé et Marc’O obtinrent de Philippe Quéau, responsable du Groupe de recherche image de l’Ina, la possibilité de capter en vidéo la pièce à la seule condition de retraiter électroniquement leurs prises de vue. En deux jours, l’opéra fut mis en boîte. Les effets vidéo exigèrent près d’un an de travail. Le master a, semble-t-il, aujourd’hui disparu. Il ne reste que des extraits de cette œuvre singulière à plus d’un titre : par rapport à l’histoire du rock hexagonal et à celle de la création audiovisuelle. Ces minutes d’images en Umatic, qui plus est, pour celles destinées au montage, avec le time code incrusté, ont une indéniable qualité esthétique.


Innovant dans le domaine de l’image « hypergraphique », Marc’O et Geneviève Hervé ont utilisé les moyens électroniques explorés en noir et blanc puis en couleur par le réalisateur de télévision Jean-Christophe Averty, jazzophile et pataphysicien comme les Vian, et son collaborateur attitré, le spécialiste d’effets spéciaux Max Debrenne. Les interventions plastiques sur les images vidéo de Flashes rouges étaient obtenues à l’aide de deux ordinateurs maison : le Spectron et le Truqueur universel inventé par Francis Coupigny. Artiste plasticienne et mannequin pour Lutens et Castelbajac, Geneviève Hervé collabora à deux autres spectacles musicaux de Marc'O, L'Ombre de Verdi (1975) et Le Triangle frappe encore (1976). Elle poursuivit ses expérimentations vidéographiques et installa à la sortie du signal vidéo un appareil photo Nikon lui permettant de garder trace des images peintes électroniquement.  

Quand Catherine devient Rita

L’opéra-vidéo ou opéra-rock Flashes rouges de Geneviève Hervé et Marc’O s'inscrit dans une tradition du musical (1) – lui-même avatar de la comédie-ballet de Lully, du théâtre lyrique en général, de l’opéra-comique, de l’opéra bouffe et de l’opérette en particulier – qui pourrait aller, disons, du Freak Out (1966) de Frank Zappa au Tweedles (2005) des Residents, en passant par des albums-concepts tels que Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967) des Beatles, Tommy (1969) des Who, Ziggy Stardust (1972) de David Bowie et, en France, Histoire de Melody Nelson (1971), de Serge Gainsbourg, arrangé par Jean-Claude Vannier et interprété avec Jane Birkin. Rappelons en passant que Serge Gainsbourg s'était montré bien puritain à la télévision en 1986, lorsqu'il avait traité Catherine Ringer de « pute» et de « dégueulasse » pour avoir tourné des films pornos.


Catherine Ringer avait commencé à apparaître sur le petit écran en 1969, dans une émission destinée à la jeunesse, Les deux coquines, produite par Marianne Oswald et réalisée par Pierre Boursaus. Elle fit de la figuration intelligente dans l’émission Le temps des yéyés, de Gérard Jourd'Hui, diffusée en 1980. D'après Marc'O, c'est à l’issue d’un concert de Flashes rouges donné au théâtre de Montreuil, que Fred Chichin (3), fils de Jean-Louis Pays (un des fondateurs de la revue Miroir du cinéma) fut présenté à Catherine Ringer.  Ils formeront bientôt Les Rita Mitsouko. Un des tubes les plus fameux du groupe est, comme on sait, un hommage à Marcia Moretto, qui forma la chanteuse à l’art de Terpsichore. Le vidéoclip de Marcia Baïla, réalisé en 1985 par Philippe Gautier, constitue une archive sur la nouvelle danse française  d’alors. Y figurent notamment Daria Elies, Michèle Prélonge, Hélène Odier, Arthur Wilkins, Santiago Sempere et Mogly Speix. Mais ceci est une autre histoire.


Nicolas Villodre


Notes

(1) cf. l'émission de télévision Un théâtre musical : pourquoi pour qui? (1978), avec Catherine Ringer dans une pièce de Michael Lonsdale intitulée Nuits sans nuit.


(2) Donné sur scène, il lui arriva de faire sensation en1979. Le journal télévisé présenta un reportage au sujet du scandale salle Wagram lors de la réunion des partis socialistes français et allemand à Paris. La fiche de l'INA indique : "Une chanson de l'opéra rock Flashes rouges présentée lors de ce congrès a été considérée comme provocatrice. La délégation allemande s'est levée et le spectacle a été interrompu avec une coupure des lumières. On entend dans le noir la voix du réalisateur Marc'O inciter l'interprète Catherine Ringer à continuer le spectacle malgré tout". La démocratie social-démocrate avait été mise en cause par Marc'O et la chanteuse en raison du traitement réservé alors par le gouvernement allemand aux prisonniers de la Fraction armée rouge - la bande à Baader.


(3) Catherine Ringer apparaît sur le petit écran avec Fred Chichin en 1981aux actualités régionales Ile de France du 20 juin; le couple donne aussi un interview avant de se produire dans un radio crochet.



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