Cocaïne : ce que l’Europe refuse de voir

Jesús Bautista, vingt-cinq ans, a perdu une jambe et la vue de son œil droit en marchant sur une mine
alors qu'il combattait aux côtés de l'armée colombienne contre un cartel de la drogue
dans la région du Catatumbo, en Colombie, en 2026. Photo Mads Nissen
ENTRETIEN ET PORTFOLIO Avec Sangre Blanca, Mads Nissen ne documente pas seulement les routes de la cocaïne : il construit une géographie sensible et politique de ses conséquences humaines. De la Colombie au Mexique, puis jusqu’aux nuits européennes, le photographe danois met en regard des mondes que tout semble séparer mais qu’unit un même marché. Entretien avec un photojournaliste qui entend faire de l’image un instrument de connaissance, d’empathie et de responsabilité.
les humanités, ça n'est pas pareil.
Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût :
Sangre Blanca, Sang Blanc en français. C’est le nom du dernier reportage du photographe danois Mads Nissen. L’ancien lauréat du World Press Photo 2021 a braqué son objectif sur les conséquences humaines de la consommation mondiale de cocaïne. De la Colombie, où elle est produite, au Mexique, plaque tournante du trafic, jusqu’aux pays européens où elle est consommée, le photographe dessine la géographie mondiale du commerce de la cocaïne. Rarement les violences qui jalonnent ses routes et la banalisation de sa consommation, à des milliers de kilomètres de là, auront été montrées avec autant de force comme les deux faces d’une même réalité. Mads Nissen revendique une œuvre visant à interroger le consommateur européen, voire à le responsabiliser davantage. Nous sommes allés le rencontrer à Perpignan lors de la 38ème édition du Festival Visa pour l’Image. / David Zana, pour les humanités
Né en 1979, Mads Nissen est un photojournaliste danois installé à Copenhague. Photographe au quotidien Politiken depuis 2014, il travaille sur les inégalités et les droits humains, avec l’empathie pour fil conducteur. Ses images ont été élues photo de l’année au World Press Photo en 2015 et 2021 ; il a également reçu le Visa d’or au festival Visa pour l'image en 2022. Dans Sangre Blanca, enquête menée sur plusieurs années, il suit la chaîne mondiale de la cocaïne, des cultivateurs colombiens aux consommateurs européens, et interroge les violences que ce marché fait peser sur les populations.
David Zana - Sur quelle période as-tu réalisé Sangre Blanca ?
Mads Nissen - Pour l'essentiel, entre 2022 et 2025. Mais certaines photos remontent à 2016, 2017 et 2018. Ce sont les années du processus de paix en Colombie. La première fois que j'y suis allé, c’était en 2006, je faisais un travail en Amazonie. Mais c’est en 2016 et 2017 que le pays m’a semblé le plus sûr. Je pouvais voyager partout, dans le Chocó, en Antioquia, dans le Cauca, dans des zones où plus personne ne va aujourd’hui.
Les choses se sont détériorées sous la présidence Duque (1). Par exemple, en 2016, j’avais été à Miranda dans le Cauca, où ils cultivent beaucoup de coca et de marijuana, et je n’avais eu aucun problème. La nuit, on pouvait voir la lumière sur toute la montagne, c’était impressionnant, on parlait de la ciudad perdida (ville perdue). Mais aujourd’hui, cela ne serait plus possible. Même l’armée ne peut pas y aller. Une fois j’ai accompagné l’armée, c’était très dangereux pour eux.
Quelles sont les mesures que tu prends pour te protéger et diminuer les risques sur le terrain ?
Je me déplace dans les zones reculées seulement avec des invitations. Les invitations viennent de membres de communautés indigènes, de leurs leaders ou alors de personnes indépendantes ayant des contacts. Les groupes armés illégaux surveillent attentivement qui entre, et qui sort. En général, je ne reste qu’une semaine pour ne pas compliquer les choses. (…). Avant le processus de paix, de nombreuses zones étaient sous les mains des FARC, alors qu’aujourd’hui ce sont beaucoup de petits groupes : Dagoberto Ramos, Jaime Martinez, etc. C’est plus compliqué, et tout change tout le temps. Parfois ils font des accords, parfois ils se disputent. Le paysage est compliqué.
Quand j’ai une invitation pour aller dans une zone, je reste dans cette zone. Si on me propose au dernier moment d’aller dans une autre zone dans laquelle je n’ai pas d’invitation, je n’y vais pas. Ce qui est sûr pour les personnes qui m’accompagnent, ne l’est pas forcément pour moi en tant qu’étranger.
Que penses-tu de la lutte contre la drogue au cours du mandat de Gustavo Petro ?
Au regard de l’histoire coloniale, et en tant qu’européen, je ne me permettrais pas de dire aux Colombiens ce qu’ils doivent faire. Je peux seulement dire ce que j’ai vu. La guerre contre la drogue, avec le fusil, n’a pas fonctionné. On a 50 ans d’expérience de guerre contre la drogue qui n’a pas fonctionné. Ce que veut faire Abelardo de la Espriella a déjà été essayé par le passé. Cela n’a pas fonctionné non plus avec Petro.
Certains disent qu’il n’y a pas eu de guerre contre la drogue avec Petro, mais ce n’est pas vrai. C’est juste que la stratégie a été différente. Au lieu d’intervenir directement dans les campagnes où était produite la coca, le contrôle avait lieu dans les ports. On n'a jamais saisi autant de cocaïne qu’au cours du mandat de Petro. Cela s’explique aussi par l’augmentation des exportations. Mais s’il est plus difficile de sortir la marchandise par les ports, les narcotrafiquants passeront par le Venezuela ou l’Équateur. C’est pour cette raison que la situation est devenue très préoccupante à Guayaquil (Équateur). C’est très dangereux là-bas. Lorsque les choses s’arrêtent d’un côté, elles passent par un autre côté. Cela ne s’arrête jamais. (…)
La dernière fois que j’étais en Colombie, j’ai parlé avec Juan Manuel Santos [Président de la Colombie entre 2010 et 2018] qui a obtenu le prix Nobel de la Paix. Il m’a confié qu’il avait fait son maximum contre la drogue mais qu’il avait le sentiment d’être sur un vélo d’appartement, de pédaler, pédaler, en faisant du surplace. Il luttait de toutes ses forces, mais lorsqu’il regardait sur les côtés, le paysage était toujours identique. Le commerce et la violence continuaient.
Pourquoi penses-tu que la guerre contre la cocaïne est perdue d’avance ?
J’ai été témoin de la lutte contre l’héroïne en Afghanistan, et il y a des choses similaires. Les pouvoirs se disent : ce sont des paysans avec des sandales et nous sommes une armée puissante, comment peut-on ne pas les battre ? On va mettre plus de soldats, etc. Mais regarde dans quel état se trouve l’Afghanistan aujourd’hui. Quand une stratégie ne fonctionne pas, il faut tenter autre chose. Dans le cas de la cocaïne, je vis dans le continent qui en consomme le plus, et même dans l’un des pays en Europe qui en consomme le plus. Je pense qu’il faut regarder du côté des consommateurs et de leur responsabilité, et ne pas mettre toujours la faute sur les paysans colombiens. Les européens ne savent pas ce qu’il se passe en Colombie, cela ne les intéresse pas.
C’est le temps d’écouter des personnes qui ont de l’expérience, comme Juan Manuel Santos. Le prix de cette guerre n’en vaut pas la peine. Il y a plus de morts dans le commerce de la cocaïne qu’à cause de la drogue elle-même. J’ai vu des personnes mourir. J’ai vu un jeune au Brésil, qui s’appelle Enzo, je l’ai vu mourir de mes propres yeux. La cocaïne est très dangereuse, mais son commerce l’est plus encore.
Durant la decada perdida (décennie perdue) des années 1980 en Amérique latine, l’économie colombienne a mieux résisté que les autres en partie grâce aux exportations de cocaïne. Ne penses-tu pas que la lutte contre la drogue est une farce, du théâtre, et qu’en réalité les acteurs politiques ne veulent pas vraiment en finir avec ce commerce extrêmement juteux ?
Si je sais une chose, c’est que personne n’a la vérité sur ce sujet. C’est trop complexe. Trop de réalités différentes s’entremêlent. Je ne pense pas qu’il y ait un plan clair. Certains policiers travaillent avec les cartels, d’autres contre les cartels. Certains sont un jour avec tel ou tel cartel, un jour avec un autre. Beaucoup de politiques ont fait des alliances avec les narcos. D’autres, ne l’ont jamais fait. Pour moi, ce n’est pas noir ou blanc. Il existe beaucoup de preuves de politiques corrompus par les narcos. C’est facile à trouver. Il arrive que les politiques soient très durs quelque part, mais trop laxistes ailleurs.
En ce moment, les États-Unis arrêtent des bateaux dans le Pacifique. Mais les narcos vont passer ailleurs. Cela coûte beaucoup d’argent pour les États-Unis. Le prix d’une telle opération coûte plus de dollars que la valeur de la cocaïne qui est sur le bateau. Les États-Unis le savent mais le font quand même, car c’est du théâtre. En réalité, cela n’a aucun effet, ni sur les exportations, ni sur le prix, ni sur rien du tout. Ils le font pour la télévision. Le nouveau président colombien vient d’ailleurs de se mettre en spectacle en déambulant face caméra au milieu de criminels morts et d'armes saisies (2).

Dans les montagnes reculées du Putumayo, en Colombie, des membres des « Los Comandos Jungla » — une unité d’élite de la police antidrogue colombienne — sont parachutés au cœur d’un champ de coca. Guidés par la surveillance aérienne d’un hélicoptère Black Hawk,
leur mission consiste à localiser et à incendier les laboratoires de cocaïne clandestins disséminés dans la jungle. Mais ils doivent agir vite. Les policiers sont en infériorité numérique et se trouvent en terrain inconnu. À tout moment, les agriculteurs, ou la milice bien organisée
des Comandos de la Frontera (également connue sous le nom de CDF ou La Mafia), peuvent se regrouper et lancer
une contre-attaque lorsqu’ils verront leur commerce partir en fumée. Photo Mads Nissen
En Colombie, Abelardo de la Espriella vient d'être en partie élu pour son programme politique de fermeté face aux groupes armés illégaux. Qu’est-ce que cela t’inspire ?
Le nouveau président dit que tout va être merveilleux. On va voir. On va voir concernant la dissidence, concernant la cocaïne, concernant la pauvreté dans quelques années, on va voir. Peut-être, ce sera mieux. Peut-être, ce sera pire. (…). Je comprends que les gens aient peur des groupes illégaux, et qu’ils aient besoin de plus de sécurité. Mais je ne vois pas les choses s’améliorer car les européens vont consommer chaque fois plus de cocaïne. Cela me fait mal en tant qu’européen. J’ai honte. Mais je ne vois pas les choses s’inverser. Que ce soit dans les discothèques, sur les smartphones, c’est l’époque de la coke, les gens en veulent toujours plus, ils veulent ce boost, l’effet promis par la substance.
Le commerce de la cocaïne ne cesse de croître. Si ce n’est pas la dissidence des FARC, ce sera le Clan du Golfe, si ce n’est pas la Colombie, ce sera le Pérou, si ce n’est pas le Pérou, ce sera la Bolivie, etc. Si l’argent n’est pas suffisant pour corrompre, ils offriront plus. C’est pourquoi, pour moi, c’est une guerre perdue.
Tu insistes beaucoup sur le fait que la demande entraine l’offre, et que la responsabilité doit être mise sur les consommateurs, notamment européens. Mais en économie, l’offre et la demande s’influencent mutuellement. On pourrait aussi considérer que l’accroissement de la production et donc de l’offre, favorise la consommation occidentale ?
Oui, il y a des preuves de cela, que plus de cocaïne est présente sur le marché, plus de gens en consomment. Mais je pense que c’est une question d’éducation. Moi je n’en consomme pas, bien que ce soit très accessible. C’est une question d’éducation. C’est l’un des buts de ce travail, d’éduquer les populations à cette thématique.
“La cocaïne est très dangereuse, mais son commerce l’est plus encore.”
Comme tu le rappelles dans ton travail, les premiers consommateurs sont européens, ils ne sont pas états-uniens. Cela n’a pas toujours été le cas ?
Je vais clarifier. Ce ne sont pas les états-uniens qui en consomment moins, ce sont les européens qui en consomment plus. Car le monde entier en consomme plus. Cependant, je n’ai pas entièrement confiance dans les chiffres officiels car il s’agit d’un commerce illégal avec de nombreux intermédiaires. Il existe aussi des preuves indiquant que de la cocaïne déclarée détruite est ensuite remise sur le marché. Cela arrive. Lorsque je parle avec des jeunes en Europe et que je leur demande qui a déjà essayé la cocaïne, la plupart me répondent non. Mais quand je demande qui a déjà été dans une soirée dans laquelle il y avait de la cocaïne, la plupart répondent oui. Beaucoup ont du mal à dire la vérité. (…)
Dans les années 1970, les gens aspiraient à avoir une vie plus spirituelle et consommaient plus de marihuana. Aujourd’hui, on est dans une époque plus égoïste. Ici c’est moi, c’est moi le meilleur, etc. Certaines personnes en prennent aussi pour être plus performantes dans leur travail.
Aux États-Unis, la consommation des opioïdes concurrence celle de la cocaïne, ce qui peut entraîner des fluctuations de prix. Qu’est-ce que cela t’inspire ?
Les opiacés baissent l’énergie et la cocaïne augmente l’énergie. Ce sont deux drogues différentes pour deux publics différents. Maintenant le prix de la cocaïne est complètement stabilisé. Les gens de ce business ne sont pas du tout préoccupés. Il y a beaucoup de coca. Lorsqu’ils saisissent des quantités colossales de cocaïne en Europe, le prix ne change pas non plus. Cela montre à quel point il y a en a beaucoup.
Que penses-tu de l’expression “narco-État” pour désigner la Colombie ou le Venezuela ?
Ce sont des expressions exagérées, caricaturales. Il se peut que des policiers ou des militaires soient corrompus. Mais tout l’État n’est pas concerné. Toute la société non plus. Par exemple, un pays comme la Guinée-Bissau pourrait davantage être qualifié de narco-État. Là-bas, tout l’État est compromis avec le narcotrafic. Mais la Colombie, je ne la vois pas comme un narco-État. Cela serait imprécis et injuste de la qualifier ainsi. De manière générale, je n’aime pas mettre des étiquettes.
"Pour faire ce travail, il faut être lucide sur sa propre ignorance, faire preuve de beaucoup d’humilité, et avoir conscience de marcher dans l’obscurité"
Au cours de cette enquête, où est-ce que tu as eu le plus peur ?
Partout. Il faut avoir peur, car ce sont des zones très dangereuses. Par exemple, dans le Putumayo, ou encore dans le Cauca, où j’ai accompagné des militaires dans une de leurs interventions. Au Mexique aussi, à Tijuana, près de la frontière, dans l’État du Michoacán, ou à Ciudad Juarez. Mais le danger est plus important encore pour les gens vivant sur place, et pour les journalistes locaux. Le Mexique est l’un des pays au monde où l’on assassine le plus les journalistes. Dans les deux pays, j’ai ressenti un niveau de peur maximal. Je sentais que tout pouvait basculer en une seconde. Parfois, tout va bien, jusqu’au moment où cela ne va plus.
Pour faire ce travail, il faut être lucide sur sa propre ignorance, faire preuve de beaucoup d’humilité, et avoir conscience de marcher dans l’obscurité. Je fais tout ce que je peux pour avoir mes contacts, passer des accords clairs, mais au final, il est impossible de tout contrôler.
Quelles sont les choses que tu n’as pas pu faire pour des raisons de sécurité ?
Beaucoup de choses. Par exemple, je voulais une photographie qui illustre la corruption politique, montrant ces gens de l’élite qui se disent être du bon côté, mais qui en réalité sont corrompus. Je voulais une photographie qui montre les chefs de cartels en Europe, ceux qui vivent à Dubaï, etc., et font rêver une partie de la jeunesse sur TikTok. Enfin, je voulais plus de photographies avec les consommateurs européens, de la classe moyenne ou haute.
J’ai lu que tu avais eu plus de facilité à prendre en photo les producteurs de cocaïne que les consommateurs.
Oui. Les consommateurs n’acceptent quasiment jamais d’être pris en photo à visage découvert en train de consommer. Si tu vas dans les archives publiques de photographies, tu auras même du mal à en trouver. On trouve surtout des photos prises avec de la fausse cocaïne. Mais cela c’est de la fantaisie, ce n’est pas du journalisme.
Ta démarche de rapprocher la production et la consommation, de montrer qu’il s’agit de la même chaîne économique, me semble très intéressante. Est-ce que tu as pensé à appliquer ce même regard à une autre filière ?
Oui, l’héroïne par exemple. Les talibans ont gagné la guerre en Afghanistan en la finançant grâce à l’héroïne. Mais on peut en trouver d’autres. Par exemple, d’où vient cette chemise ? Je crois qu’aujourd’hui les gens sont informés. Ce qui manque c’est la prise de conscience, et la mise en connexion des différentes réalités. Il manque aussi de l’empathie. C’est pourquoi la photographie est importante. Nous avons besoin de voir les personnes pour avoir de l’empathie. Une fois qu’on connait la personne et son histoire,
on fait plus attention à elle, on se sent plus responsable. Les gens qui font la fête dans les clubs berlinois, ou même ceux qui vendent la coke, ignorent absolument tout de la vie des paysans colombiens ou du fonctionnement d’un laboratoire.
Dans quelles villes européennes et dans quelles discothèques as-tu été pour cette enquête ?
J’ai été dans beaucoup mais sans trop de succès. Il faut beaucoup de contacts. Les plus intéressantes pour moi ont été les discothèques de Berlin. C’est à Berlin que la vie nocturne est la plus excentrique. Les gens aspirent à une liberté individuelle, sexuelle, comme je ne l’ai vue nulle part ailleurs. Ils veulent une liberté sans limite. Ils sont nombreux à avoir un travail, mais ils y subissent tellement d’attentes et de pressions, qu’ils ont besoin de se libérer.
Comment ton travail a-t-il été reçu en Europe ?
Ce travail est dur et dangereux. Mais là, quand je vois comment les gens l’ont accueilli, c’est incroyable. Les gens ignorent totalement ce monde, même s’ils ont déjà pris de la cocaïne. En tant que photojournaliste, les conséquences me dépassent totalement. Les gens ne parlent plus des photographies, mais des personnes dessus. Ils s’interrogent. Ils me demandent : “mais qu’est-ce qu’on peut faire ?” Et c’est cela que l’on veut en tant que journaliste, déclencher cette réflexion.
Pour conclure cet entretien, aurais-tu une recommandation de livre sur le sujet et des choses à dévoiler concernant ton prochain travail ?
Kilo, de Toby Muse. J’aime beaucoup ce livre. C’est un auteur anglais qui voit les choses un peu comme moi. Il était vraiment sur place, contrairement à la plupart des livres sur le sujet qui ont été écrits à distance. Et bien évidemment, je recommande aussi mon livre Sangre Blanca. Il existe une version en espagnol et une en anglais. Mon projet est de continuer à prendre des photos sur le sujet.
Propos recueillis par David Zana
David Zana est journaliste indépendant en Amérique latine, principalement en Argentine, Colombie et Venezuela. Ses articles portent notamment sur les mouvements sociaux, les peuples autochtones, les questions de droits humains, et les enjeux électoraux et politiques de la région.
NOTES
(1). Iván Duque a été président de la Colombie de 2018 à 2022. Après l’accord de paix conclu en 2016 avec les FARC, plusieurs régions ont connu une recrudescence des violences, sur fond de concurrence entre groupes armés pour le contrôle des territoires. Les Nations unies ont notamment alerté sur les attaques visant les anciens combattants, les responsables communautaires et les défenseurs des droits humains.
(2). Début septembre 2026, le président colombien Abelardo de la Espriella a diffusé des vidéos le montrant aux côtés des corps de membres présumés de groupes armés, tués lors d’opérations militaires. Les images ont suscité une controverse en Colombie. Un juge a ordonné leur masquage provisoire sur les comptes officiels de la présidence ; le 23 septembre, une autre décision a rejeté la demande visant à en interdire la diffusion.
PORTFOLIO
« Sangre Blanca bouscule les clichés du récit sur le trafic de drogue. Ce n’est ni une chronique journalistique classique écrite pour condamner quelqu’un en particulier, ni une révélation scandaleuse destinée à déclencher une nouvelle tempête politique ; de celles qui bouleversent rarement la carte réelle du pouvoir dans des pays comme la Colombie. Il s’agit plutôt d’une tentative d’examiner en profondeur, sous tous les angles et aussi au plus profond que possible, une crise qui perdure depuis si longtemps qu’elle ressemble désormais à une maladie chronique : un cancer qui ne tue pas, mais quine laisse pas non plus vivre. »
Santiago Rivas, postface au livre de Mads Rissen.

"À travers les montagnes pluvieuses du Cauca, en Colombie, Ovidio, 53 ans, transporte de lourds sacs remplis de feuilles de coca
qu’il a cueillies tout au long de la journée. Le propriétaire rémunère un « raspachín », c'est-à-dire un cueilleur de feuilles de coca,
au poids, ce qui rapporte à Ovidio environ 25 dollars par jour.
La région du Cauca, en Colombie, est admirée pour la richesse de son sol et de sa culture, mais elle est également respectée
pour ses communautés autochtones bien organisées et leur résistance de longue date pour la défense de leurs terres ancestrales,
de leurs coutumes traditionnelles et de leur droit à l’autonomie.
Dans des villages comme celui-ci, la plante sacrée de coca reste au cœur de la vie autochtone — vénérée pour ses propriétés médicinales
et spirituelles, et souvent cultivée dans les potagers. Mais l’essor de l’industrie de la cocaïne a tout changé. Du jour au lendemain,
l’argent et de nouveaux emplois ont commencé à affluer dans ces communautés de montagne."


"Entouré de ses amis, de sa famille et de toute la communauté, Gerson Acosta est conduit vers sa dernière demeure.
À seulement 35 ans, Acosta était déjà gouverneur et un leader autochtone respecté, connu pour son courage face aux groupes armés
qui tentaient de prendre le contrôle du territoire ancestral de Kite Kiwe. Sa résistance lui a coûté cher : il avait reçu de multiples menaces
de mort de la part d’une faction paramilitaire locale, un groupe issu de l’organisation d’extrême droite et de trafic de drogue AUC.
L’après-midi du 19 avril 2017, il a été abattu à bout portant devant son domicile. Au moment où les coups de feu ont retenti,
Gerson a réussi à dire à son fils Daybi, âgé de 12 ans, de courir et de s’enfuir."

"Alexandra Mazo, âgée de douze ans, descend la montagne, son téléphone portable à la main, après avoir terminé sa journée d'école
à Pueblo Nuevo, un village d'Antioquia, en Colombie, entouré de vastes plantations de coca."

"Une femme anonyme se rend au temple de la Santa Muerte dans le Michoacán, au Mexique,
pendant la Nuit des Morts. Il y a quelque temps, elle avait demandé à la déesse de la Mort, la Santa Muerte, une faveur particulière,
et ce soir, elle revient pour la remercier après avoir vu sa demande exaucée. La dévotion à Santa Muerte est courante
parmi les narcotrafiquants, les criminels et les membres du CJNG dans cette région, tandis que dans d’autres régions
du Mexique — comme Sinaloa — les fidèles adressent leurs prières à des figures telles que Jesús Malverde,
le « saint » patron des voleurs et des contrebandiers."

"Il est plus de trois heures du matin, mais pour Natali et la foule du Culture Box — une boîte de nuit techno à Copenhague —,
la nuit ne fait que commencer. Depuis ses débuts dans les années 1980, la culture autour de la techno se caractérise
par une quête de transcendance et un état d’esprit hédoniste, accompagnés de la consommation de drogues psychédéliques
ou stimulantes telles que la MDMA, les champignons hallucinogènes et la cocaïne. Pour de nombreux jeunes Européens,
la techno incarne la liberté et une évasion face au bruit et à la pression du quotidien."

"La vie nocturne de Berlin, capitale de l’Allemagne, est reconnue pour être la plus intense et la plus débridée au monde.
Alors que la ville s’éveille, les fêtes se poursuivent dans des salles et des caves faiblement éclairées
aux différents coins de la ville, comme ici, au KitKatClub"

"Didiller Angulo, âgé de neuf ans, est suspendu à un panier de basket à Potrero Grande. Potrero Grande, un quartier situé
à la périphérie de Cali, se trouve au bord du fleuve Cauca — un corridor stratégique pour le trafic de cocaïne.
C’est sans doute cet emplacement stratégique qui a attiré l’un des plus puissants trafiquants de drogue de Colombie,
Juan Carlos Ramírez Abadía, surnommé « Chupeta » (Sucette), qui a acheté ce terrain il y a plusieurs années.
Suite à l’arrestation de Chupeta, ses terres ont été saisies et son ancien ranch au bord du fleuve a été transformé en logements
pour les familles déplacées par la guerre civile colombienne. Si les nouveaux logements offraient un abri, la pauvreté
profondément enracinée, le chômage et l’insécurité sociale persistaient. À mesure que les habitants prenaient conscience
qu’ils vivaient au cœur d’un corridor de la cocaïne, de nouvelles ambitions et alliances ont commencé à se former.
Malgré leurs différences, les gangs de rue et les cartels sont étroitement liés. Les gangs reçoivent un soutien financier
et de la drogue destinée à la vente au détail, tandis que les cartels ont besoin de ces hommes de main
pour assurer la circulation de la cocaïne sans entrave vers leurs destinations"

Sangre Blanca, livre dédicacé (GOST BOOKS, 2026)
Photographies de Mads Nissen.
llustrations de Juan Arreaza. Essais de Santiago Rivas, María Jimena Duzán, Henrik Vigh et Luis Chaparro.
Disponible en anglais et en espagnol.
192 pages (impression en 5 couleurs)
106 images
Reliure cartonnée avec couverture en toile ISBN 978-1-915423-92-4
75 € (frais de port inclus au sein de l'UE)
Pour commander le livre : https://www.madsnissen.com/shop/






Toutes les drogues se valent-elles ? Non !!!
Personnellement, quatre à cinq espressos par jours. Et je dors paisiblement.
Centenaire de John Coltrane (suite) " Giant Steps " (album Giant Steps ", 1959)
" https://www.youtube.com/watch?v=30FTr6G53VU&list=RD30FTr6G53VU&start_radio=1 "