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Avec la bénédiction de Trump, extrême droite et cocaïne

L'avocat du diable et son client le plus discret : vingt ans après avoir négocié sa reddition à la DEA, l'un est devenu président, l'autre chef présumé de la Nouvelle Junte du narcotrafic. Photo de Lozano Pirateque : La Nueva Prensa.


Un président qui promet à Washington une croisade sans merci contre les cartels, avec drones et dollars américains à l'appui — et un CV qui commence, vingt ans plus tôt, par un coup de fil personnel à la DEA pour sauver un ami capo de la prison à vie. Une enquête sur les liens d'Abelardo de la Espriella avec le narcotrafiquant Julio Lozano Pirateque, alias « Patricia », transforme la nouvelle guerre anti-drogue colombienne en une comédie noire où l'ancien avocat de la mafia rejoue, sans complexe, le rôle du shérif repenti. Vraiment repenti ?

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Abelardo de la Espriella, le nouveau président colombien d'extrême droite, a promis à ses électeurs une « main de fer » contre le narcotrafic, avec le renfort explicite des États-Unis, dans le style Bukele-Trump qu'il aime tant. Il y a quelque chose de savoureux à observer d'où il vient avant d'observer où il veut mener son pays.


Car De la Espriella n'est pas devenu président par la politique : il l'est devenu par le prétoire. Pendant vingt ans, il a été l'avocat le plus recherché — et le plus rentable — de la criminalité colombienne à grande échelle, de Salvatore Mancuso à Alex Saab en passant par le fraudeur David Murcia Guzmán. On l'a longtemps surnommé, sans tendresse, « l'avocat du diable ».


Une enquête du journaliste Gonzalo Guillén pour La Nueva Prensa apporte une pièce bien plus savoureuse au dossier. Julio Alberto Lozano Pirateque, alias « Patricia », n'était pas un client parmi d'autres : De la Espriella y est décrit comme son principal défenseur dans la phase judiciaire la plus critique de sa vie, et surtout comme un ami proche. C'est lui qui aurait personnellement pris les premiers contacts avec la DEA et les services d'immigration américains (ICE), posant les bases de la reddition volontaire du capo depuis Panama, en novembre 2010 — non sans ironie supplémentaire, puisque De la Espriella n'a jamais eu la licence pour exercer le droit aux États-Unis, même s'il y entretient un cabinet à Miami.


Le CV de « Patricia » vaut le détour. Né en 1963 dans un village pauvre de Boyacá, sans instruction au-delà du primaire, il a grimpé depuis le commerce ambulant d'émeraudes jusqu'au rang de cerveau financier du narcotrafiquant Daniel « El Loco » Barrera. Devenu président du club Independiente Santa Fe, il aurait blanchi des fonds via des transferts de joueurs gonflés sur le papier. En septembre 2010, la DEA et la police colombienne ont saisi dans ses seuls appartements du quartier chic d'El Chicó, à Bogotá, 29 millions de dollars et 11 millions d'euros cachés dans des doubles murs et des faux plafonds à trappes ; l'ensemble des perquisitions a fait remonter le total à 138 millions de dollars et 17 millions d'euros.


Le prix de sa reddition, négociée avec le procureur fédéral du district Est de New York, alors Loretta Lynch, future ministre de la Justice américaine, tenait en trois clauses : remettre 120 millions de dollars en liquide et en actifs, dénoncer l'intégralité de son réseau — à commencer par son propre patron « El Loco » Barrera — et révéler les routes de la cocaïne. En échange : six à huit ans dans des conditions confortables. Il était libre en 2016. Le montant des honoraires touchés par De la Espriella pour cette négociation n'a, lui, jamais été rendu public.


Aujourd'hui reconverti entre l'Espagne et Dubaï, Lozano Pirateque figure en tête de la liste des ennemis présumés de l'État dressée par Gustavo Petro, qui l'accuse de diriger la « Nouvelle Junte du narcotrafic » — et même d'avoir comploté l'attentat contre le sénateur Miguel Uribe (1). Les services de renseignement colombiens décrivent une guerre de succession feutrée pour les biens saisis et les routes de la cocaïne, marquée par des exécutions au fusil de précision à longue distance.


Voilà donc le tableau, et on ne l'invente pas : l'homme qui promet à Washington une croisade sans merci contre les cartels doit une partie de sa carrière à avoir personnellement ouvert, pour un ami capo, la porte de la DEA. Ce n'est pas une anecdote biographique gênante, c'est un CV.


Dans les vieux films de gangsters, l'avocat de la mafia finit shérif de la ville qu'il a longtemps défendue au tribunal. Mais en Colombie, ce n'est pas du cinéma : c'est le nouveau chef de l'État qui s'apprête à faire la guerre, avec l'argent et les drones américains, à un monde où il a lui-même, un jour de novembre 2010, décroché le téléphone pour appeler la DEA au nom d'un ami. On peut appeler cela une reconversion. On peut aussi se demander, plus simplement, qui des deux — le procureur ou l'ancien avocat — sait vraiment où sont enterrés les corps.


Pilar Fuentes,

correspondant des humanités en Amérique latine


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