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Colombie : l’anniversaire du réveil



Dans toute la Colombie, de Bogotá à Cali, des manifestations commémorent le printemps social de 2021, marqué par une répression policière d'une brutalité inouïe. Débuté le 28 avril 2021, le "Paro nacional" avait duré plus de deux mois, sans que le gouvernement du président Ivan Duque n'ouvre la moindre négociation. Les aspirations à plus de justice sociale, au droit à l'éducation et à la santé demeurent donc intactes... à moins d'un mois de l'élection présidentielle où, pour la première fois, la gauche arrive en tête des sondages.


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Ce 28 avril 2022, la Colombie commémore le premier anniversaire du début du Paro nacional, un vaste mouvement social qui a enflammé le pays pendant plus de deux mois, au printemps 2021.

Dans un pays qui figure déjà parmi les plus inégalitaires au monde, la contestation est née d’un triple volet de réformes (santé, retraites et impôts sur des produits de première nécessité) que le président de droite Iván Duque a tenté d’imposer en pleine crise sanitaire. Le retrait rapide de la réforme fiscale et la démission du ministre des finances n’ont pas suffi à calmer l’exaspération sociale. La ville de Cali est très vite devenu l’épicentre de la contestation, avec une jeunesse vent debout, qui a affronté pendant de longues semaines les forces de l’ordre.

Reportage France 24 sur les premières manifestations du Paro nacional, le 28 avril 2021


D’emblée, la répression a été brutale. Dans la soirée du 2 mai, les policiers anti-émeute des redoutables escadrons de l’ESMAD tirent dans la foule à Cali, faisant une dizaine de morts (lire ICI). A l’exception notoire de la France d’Emmanuel Macron, qui n’a jugé bon de suspendre sa coopération politique et militaire avec la Colombie, l’ONU, l’Union européenne et des ONG comme Amnesty international condamnent aussitôt l’usage excessif de la force.

Loin d’intimider les manifestants, cette première « nuit sanglante » va au contraire enrager une jeunesse décidée à en découdre, organisée en groupes de première ligne ("Primera linea"). Une subversion portée par d’extravagantes revendications : le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à la dignité.


Du 5 mai au 20 juillet, en trente-sept articles (souvent bilingues ou également édités en espagnol), les humanités ont abondamment documenté ce mouvement et social, et la terrible répression dont il a fait l’objet (voir ci-dessous). L’ONG Indepaz a recensé 83 morts liées au Paro nacional, et une autre ONG, a documenté pas moins de 5.048 cas de violences policières, y compris de violences sexuelles. 103 personnes ont été victimes de lésions oculaires, notamment suite à l’usage d’une arme qui a fait sa toute première apparition dans le cadre d’un mouvement social, le Venom.

Cette brutalité policière a rappelé les pires heures du régime d’Alvaro Uribe dont l’actuel président Iván Duque est le successeur désigné. D’autant que, parallèlement à ce printemps social, les assassinats de leaders sociaux, indigènes et environnementalistes se sont poursuivis à un rythme élevé, tout au long de l’année 2021 (Lire ICI), tout autant que les déplacements forcés de populations, dont la Colombie détient le triste record, avec plus de huit millions de personnes (Lire ICI).

Les rapports de la Commission interaméricaine des droits de l’homme et de Human Rights Watch sont restés lettre morte. Même les policiers qui ont violé la jeune Alison Meléndez dans une caserne de Popayán, le 12 mai 2021, laquelle s’est ensuite suicidée, n’ont été ni condamnés, ni même poursuivis à ce jour : ils ont tout juste écopé d’une « sanction disciplinaire » (Lire ICI). Pire, en décembre 2021, à force de persécutions et de menaces, ce sont deux responsables de l’ONG de défense des droits humains Temblores, qui ont dû s’exiler de Colombie.

Toutefois, si cette grève nationale laisse derrière elle un lourd bilan, elle aura marqué, notamment à Cali, le réveil d’une génération qui n’a plus rien à perdre, mais aussi la spectaculaire participation des communautés indigènes, à travers leurs mingas, notamment dans la région du Cauca (précisémebnt celle de Cali).


Ce 28 avril 2022, un après le début du Paro nacional, le Comité de grève a appelé à une série de manifestations dans tout le pays, principalement à Bogotá, Medellin et à nouveau Cali. Dans ces villes, la police a été déployée en nombre, et de nouvelles violences sont à craindre, qu’a légitimées à l’avance le directeur de la police nationale, le général Jorge Luis Vargas, en déclarant, sur la foi de mystérieux « renseignements » que certains manifestant avaient « planifié d'éventuels actes contraires à la loi ». Pendant tout le Paro nacional, le président Duque n’avait cessé d’incriminer des actions « terroristes » financées par le Venezuela et des narcotrafiquants, sans jamais fournir le moindre début de preuve.


Cette propagande fondée sur la peur semble toutefois avoir atteint ses limites. Alors que « l’uribisme » vit ses dernières heures (du nom de l’ex-président Alvaro Uribe, aujourd’hui assigné à résidence, et dont les tentatives pour échapper à un procès viennent d’échouer, lire ICI), cette commémoration du Paro nacional se déroule à moins d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle en Colombie. Tous les sondages donnent largement vainqueur Gustavo Petro, le candidat de gauche à la tête du « Pacte historique ». Malgré une fraude massive, qui a été vite détectée, la gauche a d’ores et déjà connu une percée historique lors des dernières élections législative et sénatoriale, en mars (Lire ICI)


Lors d'une manifestation à Cali. Photo publiée par les humanités le 14 mai 2021

dans l'article "La révolution colombienne en images".


Ressources

Au printemps 2021, la grève nationale en Colombie. Principaux articles sur les humanités :


"Même un chien, ils ne l’auraient pas abattu comme ça. A la mémoire de Lucas Villa. Ni siquiera un perro lo habrían matado así. En memoria de Lucas” (12/05/2021)


"14 mai 2021, journal de Colombie / 14 de mayo de 2021, diario de Colombia” (14/05/2021.


“La Révolution colombienne en images / La Revolución colombiana en imágenes” (14/05/2021.


"17 ans, est-ce un âge pour mourir ? / ¿Es 17 años una edad para morir? (Hommage à Allison)" (15/05/2021)


“Soulever le cœur / Remover el corazón” (18/05/2021).


“Venom, l’arme fatale / Venom, el arma letal” (22/05/2021)


“ Les Bibliothèques de la dignité / Las Bibliotecas de la dignidad » (23/05/2021)


"Le gouvernement des assassins / El gobierno de los asesinos" (24/05/2021)


"Le massacre des innocents" (26/05/2021)

"Paroles des morts (Poème en hommage aux jeunes gens tués lors du Paro nacional)" (29/05/2021)


« La terreur contre le peuple / Terror contra el pueblo » (29/05/2021)


"La Commune de Cali / La Comuna de Cali" (30/05/2021)


"Ce désir qui sort de nous", par Georges Didi-Huberman" (01/06/2021)


"Et vinrent les mingas" indigènes » (07/06/2021)


"Human Rights Watch accuse / Uribe y Duque : ¿Derechos humanos? Nos limpiamos el culo con ellos" (11/06/2021)


“Dans le match Colombie-Droits de l’homme, la Colombie gagne avec 87 morts et 326 disparus / En el partido Colombia-Derechos Humanos, Colombia gana con 87 muertos y 326 desaparecidos”. (11/07/2021)


"La révolution des invisibles / La revolución de los Invisibles" (20/07/2021).

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