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En Afghanistan, des fillettes mariées pour survivre à la sécheresse

Afghanistan 2026. Photo Élise Blanchard


Au Couvent des Minimes de Perpignan, l’exposition Les fillettes vendues pour survivre aux sécheresses montre des fillettes afghanes entre 6 et 14 ans vendues à des hommes en vue d’un mariage par des familles frappées par les sécheresses, rendues plus sévères par le réchauffement climatique. A Visa pour l’image, qui se tient à Perpignan jusqu’au 13 septembre, le reportage d’Élise Blanchard fait sensation. Article repris du magazine Lokko.

Cet article est repris d'un titre ami des humanités : Lokko (lokko.fr) est un webmagazine culture et société né fin 2018 à Montpellier, fondé par l'excellente journaliste Valérie Hernandez. « Pure-player » de presse locale nouvelle génération, mêlant écriture web, podcasts et vidéos, Lokko revendique une ligne éditoriale exigeante axée sur la culture, les innovations sociétales et les grands sujets d'actualité traités « en trouvant d'autres angles ». Il précise ne pas être financé par la publicité des collectivités locales, revendiquant ainsi une indépendance éditoriale forte. L'équipe réunit une douzaine de contributeurs — journalistes, universitaires, vidéastes, photographes, développeurs — et travaille notamment sur des podcasts coproduits avec la radio montpelliéraine FM Plus.

Élise Blanchard le dit dans Le Monde. Ce fut le reportage « le plus difficile de sa carrière ». Au printemps 2026, la photojournaliste a sillonné la province de Badghis pour documenter un triste phénomène : la vente de jeunes filles en vue d’un mariage.


Lauréate du World Press Photo 2026 pour un reportage consacré aux femmes afghanes confrontées aux conséquences du retrait de l’aide américaine, autrice de Dans la maison d’un taliban (Le Cherche Midi), récit de trois années passées au sein de la famille d’Arman (un taliban rencontré lors d’un reportage), Elise Blanchard a sillonné le pays, notamment les régions les plus reculées durant les 7 années qu’elle a passé à Kaboul, de 2018 à 2025, d’abord comme journaliste indépendante, puis au bureau de l’AFP. Elle connaissait déjà la province de Badghis et ses villages lorsqu’elle commence à entendre parler de familles qui vendent leurs filles pour faire face à la sécheresse.


Au printemps 2026, c’est le retour à Kaboul. Une ONG qui installe des cliniques mobiles et d’anciens travailleurs humanitaires afghans l’aident à entrer en contact avec les familles. Elle en rencontre une quarantaine, accompagnée d’un traducteur. Elle découvre des fillettes de 9, 10 ou 11 ans, parfois moins, promises ou vendues à leur futur mari pour quelques centaines ou quelques milliers d’euros.


Afghanistan 2026. Photo Élise Blanchard


Mais il faut d’abord pouvoir travailler. Dans l’Afghanistan des talibans, les autorités contrôlent étroitement le travail des journalistes. Pour obtenir les autorisations nécessaires, Élise Blanchard présente son reportage comme un travail sur les conséquences du réchauffement climatique. L’angle n’est pas totalement artificiel : la sécheresse est au cœur des histoires qu’elle recueille. 


Même avec ces autorisations, rien n’est simple. Les restrictions imposées aux journalistes et aux images sont devenues considérables. Le reportage se fait au rythme des permissions, des attentes et des négociations avec le régime taliban.

Shaida, 6 ans vendue 2000 euros

Bulbul, 14 ans, est enceinte de l’homme de 45 ans auquel son père l’a mariée. Samia, 14 ans, est mariée à un garçon de 16 ans qui doit partir travailler en Iran. Shaida, six ans, est promise à un homme de 28 ans pour environ 2 000 euros. Derrière chacune de ces histoires, les mêmes mots reviennent : plus d’eau, plus d’herbe, des récoltes détruites, des dettes qui s’accumulent. La fille devient alors une ressource économique.


Le mariage précoce n’est évidemment pas né avec le réchauffement climatique. Mais, dans une région où une grande partie des familles dépend de l’agriculture et de l’élevage, les sécheresses aggravent une pauvreté déjà extrême. Lorsque les récoltes disparaissent et que le bétail meurt faute de pâturages, les familles n’ont plus guère de ressources. Le mariage d’une fille permet de recevoir une somme d’argent ou d’effacer une dette. Et plus la situation économique se dégrade, plus l’âge auquel les fillettes sont promises peut reculer.


Afghanistan 2026. Photo Élise Blanchard


"Je voyais des choses horribles"

Le reportage d’Élise Blanchard montre les fillettes dans leur environnement, près de leurs pères, leurs maris, dans leurs maisons au cœur des paysages asséchés. Il met en regard une catastrophe climatique et ses conséquences les plus intimes : ce qui se joue dans les familles lorsque la survie économique finit par se négocier avec le corps et l’avenir d’une enfant.


La force de ces photos réside en grande partie par ce que l’on devine du hors champ. La violence domestique y paraît euphémisée. Et même si les mariages ne sont pas consommés avant que les petites filles soient assez âgées pour faire des enfants et aider à la maison, « certaines allaient clairement très mal, surtout celles qui étaient déjà mariées. Je voyais des choses horribles que je ne pouvais pas documenter car on m’interdisait de les photographier» a raconté la photographe. Après son retour d’Afghanistan, Elise Blanchard a signalé certains des cas les plus graves aux Nations unies. Elle travaille également avec Too Young to Wed, l’organisation fondée par la photojournaliste Stephanie Sinclair, pour tenter d’aider certaines des jeunes filles rencontrées.


Valérie Hernandez, pour Lokko

article initialement publié le 29 août 2026


  • Afghanistan : Les fillettes vendues pour survivre aux sécheresses, au couvent des Minimes, à Perpignan, jusqu’au 13 septembre dans le cadre du festival Visa pour l’image. Gratuit.



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