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En Guyane : un lycée neuf, des élèves laissés pour compte

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Les lycéens de Maripasoula, mobilisés le 24 mars. Photo Tristan Dereuddre / la1ere.franceinfo.fr


les humanités, ça n'est pas pareil.

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À Maripasoula, en Guyane, la promesse d’un accès égal à l’éducation se heurte à une réalité bien plus précaire. Moins de sept mois après l’ouverture d'un premier lycée, élèves, enseignants et parents d’élèves dénoncent des conditions d’accueil indignes. Pendant ce temps, les élections municipales ont confirmé en Guyane l’effacement des partis traditionnels au profit de listes « divers » et de figures locales, sur fond de fortes attentes en matière de services publics et d’égalité des territoires.


Mardi 24 mars, une cinquantaine de lycéens se sont rassemblés devant leur établissement pour exprimer leur colère. « On veut du changement », « On mérite des conditions dignes » : les slogans témoignent d’un malaise profond, partagé par une large partie de la communauté éducative. Derrière cette mobilisation, un constat largement partagé : celui d’un établissement ouvert dans la précipitation, encore loin de répondre aux exigences minimales d’un cadre d’apprentissage sécurisé et fonctionnel.


Construit après six années de travaux et un investissement de 59 millions d’euros, le lycée de Maripasoula accumule les défaillances. L’absence d’infirmière scolaire depuis la rentrée soulève des inquiétudes majeures. Plusieurs malaises ont déjà été signalés, sans prise en charge immédiate, faute de personnel de santé sur place. L’« infirmerie » se résume à une pièce sommaire, sans équipement adapté.


Plus largement, les dispositifs d’accompagnement des élèves sont quasi inexistants : pas d’assistante sociale, pas de psychologue, ni de personnel dédié à l’orientation. Un manque d’autant plus préoccupant dans un territoire confronté à de fortes vulnérabilités sociales.


Autre point critique : l’accès à l’eau potable. En l’absence de fontaine, les élèves utilisent l’eau des sanitaires, jugée trouble et impropre à la consommation. Une situation qui interroge directement les conditions sanitaires dans lesquelles les jeunes étudient au quotidien.


La sécurité même de l’établissement est mise en cause, le portail d’entrée ne fermant pas correctement. À cela s’ajoute l’absence de politique de prévention en santé, notamment en matière de santé sexuelle, alors que des dispositifs existent déjà dans le collège voisin.


Une scolarité entravée


Les défaillances structurelles ont des conséquences directes sur les apprentissages. Certaines salles de travaux pratiques ne sont toujours pas opérationnelles, contraignant des élèves à se déplacer à pied jusqu’à un autre établissement pour suivre leurs cours.


Des postes d’enseignants restent vacants, notamment en portugais et en sciences médico-sociales. Le centre de documentation, quant à lui, demeure vide. « Il n’y a même pas de livres », déplorent parents et élèves.

Les difficultés s’étendent également aux stages obligatoires pour les filières professionnelles, rendus quasi impossibles par l’isolement du territoire et l’absence de partenariats structurés avec le littoral.


Ouvert en novembre 2025, l’internat n’échappe pas aux critiques. Les élèves y dénoncent un manque d’équipements essentiels : absence de machines à laver fonctionnelles, ventilation insuffisante dans un climat équatorial, et aucune climatisation prévue dans les plans initiaux.


Le transport scolaire constitue un autre obstacle majeur, notamment pour les élèves issus de communes isolées comme Papaïchton. L’absence de solutions adaptées et le coût des déplacements aggravent les inégalités d’accès à l’éducation.


Une égalité républicaine mise à l’épreuve


Face à la mobilisation, la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) appelle à la patience, évoquant une ouverture « progressive » de l’établissement. Un argument difficilement audible pour les élèves, qui dénoncent un sentiment d’abandon.


Du côté syndical, le constat est clair : si l’investissement est salué, les conditions de fonctionnement ne sont pas à la hauteur. Le rectorat, de son côté, promet des ajustements à moyen terme, notamment le recrutement d’une infirmière pour la rentrée 2026 et des enseignants manquants.

Des engagements qui peinent à convaincre sur le terrain, où l’urgence est immédiate. Une réunion organisée avec les autorités locales n’a pas permis d’apaiser les tensions : parents, enseignants et élèves ont quitté les échanges, insatisfaits.


Au-delà des dysfonctionnements matériels, la situation du lycée de Maripasoula pose une question politique plus large : celle de l’égalité territoriale. Dans cette commune enclavée de Guyane, l’accès à un enseignement de qualité reste conditionné à des infrastructures encore défaillantes.


Sur les grilles de l’établissement, une pancarte reprend la devise républicaine : « Liberté, Égalité, Fraternité ». À Maripasoula, ces principes restent, pour l’heure, à concrétiser.


(Source :  la1ere.franceinfo.fr)

Avec une superficie d'environ 18 360 km², Maripasoula (13 000 habitant·es) est la plus grande commune de France métropolitaine et ultramarine confondues. Nichée au cœur de la forêt amazonienne, le long du Haut-Maroni qui marque la frontière avec le Suriname, elle n’est accessible que par les airs ou par le fleuve, ce qui renforce à la fois son isolement et son caractère singulier. Le bourg, étiré le long du fleuve, est le point de convergence de populations bushinenguées, amérindiennes et créoles, dont les pirogues assurent la circulation des personnes, des marchandises, des histoires. Ici, la forêt n’est pas un décor mais une présence quotidienne : elle nourrit, soigne, protège, tout en attirant l’orpaillage, souvent illégal, qui ravage les cours d’eau et fragilise les communautés locales. Entre promesses de développement, pressions minières et nécessité de préserver des modes de vie ancestraux, Maripasoula se trouve à la croisée des mondes, suspendue entre la République française et l’immensité amazonienne.

Post scriptum

Municipales 2026 en Guyane : quand les partis s’effacent, les territoires parlent


Jonathan Abienso, élu maire de Maripasoula le 22 mars 2026. Photo France Guyane


Les élections municipales de 2026 en Guyane ont acté une recomposition politique déjà à l’œuvre depuis plusieurs scrutins : ce sont les listes dites « divers », souvent portées par des figures locales, qui s’imposent largement, reléguant les partis traditionnels au second plan. Le Parti socialiste guyanais, longtemps structurant, ne recueille plus que quelques centaines de voix dans le territoire, au point que certains commentateurs parlent ouvertement d’un « acte de décès » des formations historiques. À l’échelle de la France, près des trois quarts des listes sont désormais présentées hors sigle partisan ; en Guyane, la tendance est encore plus marquée, aucun grand parti n’ayant osé se présenter en son nom propre, à l’exception de Lutte ouvrière.


Cette décomposition du paysage partisan s’accompagne d’une prolifération de listes concurrentes dans les principales communes : 67 listes ont ainsi été enregistrées dans les 22 communes du territoire, avec jusqu’à 7 listes à Kourou, 6 à Matoury, 5 à Cayenne et à Saint‑Laurent du Maroni. Les maires élus se revendiquent avant tout d’ancrages locaux, d’étiquettes « divers gauche », « divers centre » ou « sans étiquette », plutôt que d’appareils nationaux ou territoriaux. La politique municipale se reconfigure ainsi autour de leaderships de proximité, de réseaux associatifs ou communautaires, et de promesses très concrètes sur les services publics.


À Maripasoula, cette dynamique se matérialise avec l’élection de Jonathan Abienso, victorieux face au maire sortant Serge Anelli en capitalisant sur un discours d’égalité des territoires, de désenclavement et de renforcement des services publics de base. Dans une commune où l’accès à l’éducation, à la santé, à l’eau potable ou au transport scolaire reste problématique, le scrutin municipal devient un moment où se cristallise l’exigence d’une République « à la même hauteur » que dans le littoral. La mobilisation des lycéens de Maripasoula contre les conditions d’accueil au sein du premier lycée du Lawa s’inscrit dès lors dans ce paysage politique renouvelé : celui d’une Guyane où les partis s’effacent, mais où les colères, elles, trouvent de nouveaux canaux d’expression.

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