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Fabrique des médias : le règne des «fake news»


Edwy Plenel, directeur de publication de Mediapart. Photo Joël Saget / AFP


Maître en la matière (de « fake news »), Donald Trump lançait hier son nouveau réseau social, « Truth Social ». En Russie, Poutine multiplie les actions de désinformation dans le confit avec l’Ukraine. En France sommes-nous mieux lotis ? Que l’AFP diffuse sans ciller, une propagande du gouvernement colombien, et minimise une autre information importante sur une initiative de dirigeants néo-fascistes espagnols et latino-américains, cela semble n’émouvoir personne. En revanche, tout le monde ou presque pour parole d’évangile un pseudo « scoop » de Mediapart, qui prend ainsi parti dans la guéguerre électorale. Décryptage.


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Un peu atterré. Hier, je soulève un vrai lièvre. Je prouve que l’AFP a diffusé (sciemment, par inadvertance ?) une fake news. Je sais bien que la Colombie n’intéresse guère par ici, mais qu'il s'agisse de la Colombie ou de tout autre sujet la diffusion par l’AFP d'une fausse information (une information de propagande gouvernementale) est assez grave en soi. Or, cela n’émeut quasiment personne. Cet article, l’un des moins lus sur les humanités, n’a été repris ou cité par aucun autre organe de presse « indépendant ».

Ce n’est pas tout. Je révèle (ICI) la réunion d’une coalition de néofascistes espagnols et latino-américains (et pas n’importe quels zozos) pour renverser le gouvernement de Boric au Chili (qui entrera en fonction le 11 mars) et empêcher que de telles expériences de gauche puissent s’étendre ailleurs en Amérique latine (cette année, élections en Colombie et au Brésil). Ce n’est pas rien, comme info. Et toute la presse colombienne (et pas seulement) en a parlé. L’AFP a bien été obligée d’en rendre compte, mais de bien curieuse manière : en donnant principalement la parole aux organisateurs de cette réunion d’extrême-droite, victime de quelques jets de pierre de manifestants antifascistes : « La réunion devait être pacifique (...) voilà des gens qui viennent nous parler de ce nouveau communisme en nous jetant des pierres ». Dépêche AFP reprise sans broncher par Mediapart (Lire ICI).


Des pratiques nauséabondes, qui ont toujours été l'apanage des mouvements fascistes


Comment s’étonner, après ça, que les gens n’aient plus confiance dans les médias, ce qui facilite grandement la diffusion de fake news à venir dans la campagne électorale, par les camps de Le Pen et Zemmour, avec l’aide des services russes, ou… de Trump, qui a lancé hier son réseau social, « Truth Social ».

Pourquoi s’émouvoir de cela, quand ici-même, « la gauche » reprend ces pratiques nauséabondes, qui ont toujours été l’apanage des mouvements fascistes, bien avant l’invention d’Internet et des réseaux sociaux.

Hier, Mediapart balançait un « scoop » sur un emploi fictif d’attaché parlementaire qu’aurait occupé entre 2009 à 2014 Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste à la prochaine élection présidentielle. Toute la journée, l’ensemble des médias ont repris cette « information », sans même faire état du démenti opposé le matin même sur Europe 1 par Fabien Roussel. Toute la journée, des ami.e.s m’ont laissé des message pour ironiser sur le soutien que j’ai décidé d’apporter au candidat communiste (soutien personnel, qui n’engage en rien les humanités). C’est d’autant plus facile de manipuler les opinions qu’aucun.e de ces ami.e.s n’a pris le temps ni la peine de lire l’article de Mediapart.


Or, pour qui sait un tant soit peu lire, cette « enquête » n’a rien de très journalistique, malgré l’ambition affirmée dès la première ligne (« C’est l’un des secrets les mieux gardés du Parti communiste français ». Diable !). C’est un montage parfaitement tendancieux, à charge et uniquement à charge. L’article de Mediapart contient d’ailleurs une seule phrase, qui à elle seule, démonte l’hypothèse entretenue par tout l’article d’une activité illégale et secrète de l’ancien attaché parlementaire : « Fabien Roussel apparaît publiquement dans la liste des collaborateurs officiels du député] Jean-Jacques Candelier sur sa déclaration approuvée le 25 janvier 2014, que Mediapart a pu consulter. »

Pire : aux accusations de Mediapart, Fabien Roussel a déjà répondu, de façon argumentée et transparente. Il ne s’est pas défilé. Mais pour y avoir accès, il faut ouvrir une « boîte noire » sur le site de Mediapart. Mais si la majorité des personnes qui incriminent aujourd’hui le candidat communiste se dispensent de lire « l’enquête » en question, qui aura le temps et la présence d’esprit d’ouvrir cette fameuse « boîte noire » (ICI) ?

A minima, si soupçon il y a, une enquête journalistique doit venir étayer ce qui fonde ce soupçon. Mediapart se contente de citer deux ou trois témoignages anonymes. C’est bien pratique, l’anonymat. Mais Mediapart n’en démord pas : « Malgré plusieurs relances depuis le jeudi 10 février, l’ancien collaborateur ne nous a pas fourni le moindre document (une note, un mail ou un SMS, par exemple) attestant de ses cinq années de travail aux côtés de Jean-Jacques Candelier ». Rappelons que la période visée se situe entre 2009 et 2014. Qui peut assurer avoir archivé et gardé mails ou SMS d’il y a dix ans ?


De toute façon, qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Dans le dessin ci-contre, mis en Une de Mediapart ce mardi 22 février, de « soupçonné » (comme écrit dans la légende), Fabien Roussel est d’ores et déjà accusé (d’avoir abusé de l’argent du contribuable).

Alors, qui veut noyer sous la calomnie Fabien Roussel, ce chien de communiste ? Faut-il y voir une marque du soutien explicite du directeur de Mediapart, Edwy Plenel, à Jean-Luc Mélenchon ? (voir ICI). Auquel cas, Mediapart, cessant d’être un média d’information, deviendrait-il outil de propagande ?


« Attention : la première victime d’une guerre est toujours la vérité », écrit sur Twitter Edwy Plenel, ce 22 février. Ouf… Il ne parle pas de la guéguerre électorale qui a cours en France, mais de « la fabrication d’une fausse vidéo par la propagande pro-russe, destinée à faire croire à une agression ukrainienne. » L’honneur est sauf.


Le scoop à tout prix, unique stratégie éditoriale et commerciale de Mediapart


Explication pas si complotiste : à part Fabrice Arfi et quelques autres, il n'y a pas de véritables journalistes d'investigation à Mediapart. Mais comme l'unique stratégie éditoriale et commerciale d'Edwy Plenel est celle du scoop à tout prix, pour faire rentrer 10 millions d'euros de chiffre d'affaires par an dans les caisses de Mediapart, c'est parfois le grand n'importe quoi.

Reste une question assez grave : en passant sous silence la réunion factieuse de Bogota (tout comme l’AFP), Mediapart soutiendrait-il les fascistes qui rêvent de renverser au Chili le président Gabriel Boric ? Certes, avec nos misérables moyens de moins que fortune, les humanités avaient un correspondant infiltré dans la place. Mais pour l’essentiel, et même en l’absence de dépêche AFP, l’information sur cette réunion du « Foro Madrid » et les manifestations antifascistes auxquelles elle a donné lieu, a été largement diffusée par toute la presse colombienne. Mediapart (qui dispose de plus d’une correspondante permanente en Colombie), ne pouvait l’ignorer. Il a donc été décidé de n’en rien faire. Et comme le chantait Allain Leprest dans Pauvre Lélian, « choisir, pas choisir, c’est un choix ».

Soyons plus explicite encore : sur Mediapart, les rares articles de la rédaction récemment consacrés au Chili accréditent l’idée que le jeune président de gauche Gabriel Boric n’y est pas vraiment en odeur de sainteté : voir ainsi, en date du 3 janvier 2022, l’importance donnée par un envoyé spécial à Santiago à un vieux barbon révolutionnaire qui souhaite l’échec de la présidence de Boric, dont l’élection n’est pas légitime et qui « n’a pas de destin historique » ! (Lire ICI).

Malgré plus de 5 millions de personnes contraintes à l'exil, le régime semi-dictatorial de Nicolas Maduro,

au Venezuela, reste un modèle pour Jean-Luc Mélenchon... et pour Mediapart.


Sur le Venezuela de Maduro, rien, sauf quelques dépêches AFP mises en Une, ainsi que les billets de blog du journaliste Hernando Calvo Ospina, récompensé en 2016 par l'Institut cubain d'amitié avec les peuples pour son « activisme en faveur de Cuba et de ses vérités » pour qui « la résistance du Venezuela aux assauts impériaux de Washington a déclenché une nouvelle vague progressiste en Amérique latine » (Lire ICI). Sur Mediapart, en revanche, pas un mot sur les plus de 5,5 millions de personnes qui ont, selon l’ONU, quitté le Venezuela ces dernières années (Lire ICI). Les dépêches AFP qui abordent cet exode massif y sont visiblement censurées.

Quant au Nicaragua du dictateur Daniel Ortega, aucun article de la rédaction depuis au moins deux ans, mais des articles de blob, dont ceux du même Hernando Calvo Ospina (régulièrement mis à la Une de Mediapart) pour qui, en gros, les arrestations d’opposants multiples atteintes aux droits de l’homme du régime de Managua n’existent pas et sont, en gros, une invention de la CIA.


Il se trouve que cette ligne éditoriale rencontre la ligne politique de Jean-Luc Mélenchon. Certes, au soir de la victoire de Gabriel Boric lors du second tour de l’élection présidentielle au Chili, le leader de la France insoumise s’en est fortement réjoui, allant jusqu’à s’appropriant ce succès en affirmant sur Twitter : « Notre candidat, en tête du premier tour devant toute la gauche, l’emporte largement. Vive Boric, nouveau président du Chili » Mélenchon affirmait même que Boric avait été « notre candidatdès le premier tour » (Lire ICI), alors qu’on ne trouve trace d’aucune déclaration antérieure de Jean-Luc Mélenchon, y compris sur son propre blog. En revanche, le lider maximo de la France insoumise ne tarit pas d’éloges sur le Venezuela de Maduro (qu’il écrit « Venezuelaaaaaa », comme dans cet article du 28 janvier 2020. S’en prenant à la ligne éditoriale du Monde, Mélenchon écrivait : « Il faut donc enquêter par soi-même à partir des sites de la presse souterraine et des témoignages sur Facebook et les réseaux sociaux ». C’est quoi, la « presse souterraine » ?)

Sur le Nicaragua, Jean-Luc Mélenchon est totalement muet. Qui ne dit mot consent ? Il se trouve qu’au sein même de la France insoumise, le sujet divise. Le 8 octobre 2020, le Parlement Européen adoptait à une très large majorité (609 voix pour, 21 contre et 64 abstentions), une résolution condamnant les violations des droits humains au Nicaragua et demandait au Conseil Européen de sanctionner « rapidement » d'autres responsables du régime, « y compris le président [Ortega] et la vice-présidente [Murillo] ». 10 eurodéputés de la gauche radicale à laquelle est affiliée la France insoumise) ont voté contre cette résolution, et 18 se sont abstenus, joignant leurs voix à celles de l’extrême-droite. Mais 11 eurodéputés du groupe de la "gauche radicale", parmi lesquels Manon Aubry, Manuel Bompard, Leila Chaibi, Emmanuel Maurel, Younous Omarjee et Anne-Sophie Pelletier, de La France insoumise, ont voté pour la résolution et ont ainsi sauvé l’honneur de leur groupe », écrivait Julien Toussaint, militant de la solidarité avec le peuple du Nicaragua.

Le directeur de la publication de Mediapart estimant sans doute que cette résolution du Parlement Européen contrevenait à ses convictions bolivariennes, il fut décidé de dissimuler cette information aux lecteurs de Mediapart.


Pour le reste, comme le dit une expression populaire, « la vérité, si je mens je vais en enfer. » Quant à Edwy Plenel, l’expérience ne lui a donc pas servi de leçon. Se souvenir que voici exactement trente ans et quelques poussières, à l'été 1991, à l'occasion d'un voyage d'un mois sur les traces du « découvreur » de l’Amérique, il écrivit pour Le Monde toute une série d'articles, « Voyage avec Colomb ». Le 24e volet de cette série fut présenté comme un scoop (déjà) : « Un scandale à Panama ». Plenel y avançait que, quelques années plus tôt, le régime du général Noriega (comprendre l'argent de la drogue) aurait financé le Parti socialiste, notamment dans le cadre de la campagne de l'élection présidentielle française de 1988. Des lettres sont produites, à en-tête de l'ambassade de France au Panama, datées de 1987. Dans les heures qui suivent la parution du Monde de ce 27 août 1991, le PS dément formellement les allégations de cet article, mais le rectificatif du journal n'apparaîtra que le 5 septembre suivant : Le Monde y exprime son « regret » auprès « des lecteurs et des divers intéressés » d'avoir publié des « informations non vérifiées ». Et pour cause : les fameuses lettres se sont révélées être des faux grossiers, Plenel n'ayant pas vérifié que le signataire de celles-ci n'était, déjà plus en poste depuis longtemps à l'ambassade de France du Panama. Commentant cette affaire, Edwy Plenel admettra « un coup dur » : « J'ai oublié que j'étais journaliste. Je me croyais romancier ». Apparemment, le « romancier » n’a pas dit le dernier mot.


Jean-Marc Adolphe

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