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Sandra Carrasco : le flamenco en héritage et en mouvement

Sandra Carrasco. Photo Sandy Korzekwa


Sur la scène du Festival Flamenco de Nîmes, Sandra Carrasco et le guitariste David de Arahal ont offert un moment intense et chaleureux avec Recordando a Marchena, un projet né du deuil et de la mémoire, qui revisite la tradition du cante jondo avec délicatesse, profondeur et liberté.



Pour ce que nous en avons vu et ouï, Recordando a Marchena (2022) de Sandra Carrasco et David de Arahal, accompagnés par les Mellis, a été l’un des plus beaux moments du festival Flamenco de Nîmes, ce 18 janvier 2026 à trois heures de l’après-midi, salle de l'Odéon. À l'origine de ce projet, il y a le deuil du père de la cantaora, Cristóbal Carrasco. Sa fille le vit, paraît-il, en rêve lui conseiller de dédier un disque à Pepe Marchena (1). D’un désir partagé dont seul Freud tient la clé, est né Recordando a Marchena. Non pas un disque mais deux , un double CD contenant pas moins de vingt‑trois chansons, accompagné d'un livret documenté permettant d’en savoir plus sur le chanteur de légende.


Le concert auquel nous avons assisté n’avait cependant rien de solennel, rien de didactique. Tout s’est déroulé avec grâce. La cantaora, coquette dans son costume d’homme, était coiffée en première partie d’une chouette casquette de type Oxford et, par la suite, s'est mise en cheveux. Elle est tout aussi élégante dans sa gestuelle, dans sa manière d’aider le son à affleurer et essaimer sans avoir à l’amplifier plus que nécessaire.


Le chant est aussi un travail manuel. Les gestes du cantaor n’ont rien d’anodin, quoiqu’ils puissent avoir leur propre logique, leur étonnante rythmique, voire, comme dans la chorégraphie la plus avancée, leur autonomie. Un bras levé n’exige pas l’attention du public mais aide à la concentration de l’artiste, annonce ou sollicite le duende ; un poing serré est signe de volonté, d’intensité ; au contraire, les doigts déliés accompagnent ou soulignent la mélodie.


L’idée n’est pas tant d'imiter Marchena mais de rester dans l’esprit, dans l’état d’esprit du chanteur au moment de donner de la voix ; de visiter et interpréter avec suffisamment de respect son répertoire. En étant fidèle au style particulier de l’artiste mais aussi en s’en écartant pour innover, apporter sa pierre à l’édifice, son grain vocal sans prétendre se mesurer à lui. Une extrême délicatesse émane de la chanteuse mais également du jeune tocaor à ses côtés, impassible et toujours juste dans son soutien sans faille à la cantaora, une bonne heure durant.


Les fandangos, tarantas, malagueñas, cantes de ida y vuelta et, surtout, les colombianas chères à José Tejada Marín, dit Pepe Marchena (du nom d’une cité de la province de Séville que les Arabes nommaient Marshana), sont magnifiquement remises à l’honneur par la cantaora et les palmeros natifs, comme elle, de Huelva, los Mellis – sans oublier l'admirable tocaor sévillan, David de Arahal, trouvent de nouvelles tonalités, d’inédites harmonies, de subtiles assonances.


Le récital s'ouvre sur La Tarara, une chanson traditionnelle. Viennent ensuite La Luna tiene cerco (une bulería), Milonga del melón sabroso (milonga et tangos), la Malagueña del Maestro Ojana, Llamarme por Soleá, Taranta de Marchena, Utrera tiene una fuente, Dulce Farruca de Marchena, Petenera - Canción de los Luises, Serrana - Luna del mes de enero, Canto a las Estrellas, Quisiera cariño mío (colombiana et bulería), Fandanguillos del S. XXI - Entre mis manos.

 

L’attention des spectateurs, de bout en bout du spectacle, a été telle qu’au final qui, comme le veut maintenant une certaine tradition, est chanté sans le recours au microphone ou à l’amplificateur, on n’a entendu ni mouche voler, ni bronchiteux toussoter. Seule la douceur vocale de Sandra était perceptible et un phrasé proche de celui d’une interprète de Sprechgesang qui a contrasté avec la puissance émise par Miguel Poveda, la veille, salle Bernadette Lafont.


Nicolas Villodre


(1) Sont dans la ligne Marchena : Pepe Pinto, Juanito Valderrama, Canalejas de Puerto Real et, chez les femmes, La Niña de la Puebla Estrellita Castro. De nos jours, des vedettes pop fusionnent flamenco et musiques rap, R'n'B, électroniques, comme Rosalía (https://youtu.be/Rht7rBHuXW8?si=WHO9dxpxvuAPzXQ3), María José Llergo


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