IA : à quoi jouent Xi Jinping et Donald Trump ?

Illustration : José Neves pour les humanités
À Pékin, le patron du renseignement civil redoute une IA qui ferait perdre au Parti communiste chinois le contrôle des récits et des cerveaux. À Washington, Donald Trump traite les alarmes sur l’intelligence artificielle de « hoax », promet que son « haut QI » suffira de garde-fou, et accélère la grande course aux data centers — dont son propre clan entend bien recueillir les dividendes. Entre Xi Jinping et Trump, la partie d’IA ressemble moins à un sommet de coopération qu’à un jeu du pendu : chacun devine les lettres, et personne ne semble vouloir regarder la potence.
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Chen Yixin, franchement, ce n’est pas le genre à tweeter tous les quatre matins, comme Donald T. D’ordinaire, c’est un garçon plutôt discret. Je confie que même son nom ne m’était encore point parvenu jusqu’aux esgourdes. C’est pourtant un fidèle compagnon de route du président chinois Xi Jinping, né comme lui dans la prospère province du Zhejiang – j’y suis allé une fois, je recommande notamment Shaoxing, au sud de Hangzhou, ville de canaux et d’alcool de riz, où est né Lu Xun (1881–1936), figure majeure de la littérature chinoise moderne, critique féroce des hiérarchies sociales et de l’ordre traditionnel.
Chen Yixin — en mandarin, 陈一新, Chén Yīxīn — y a effectué l’essentiel de sa carrière politique, à l’époque où Xi Jinping en dirigeait le Parti. Depuis octobre 2022, il est ministre de la Sécurité d’État — autrement dit, le chef politique qui supervise le renseignement civil, le contre-espionnage et une part importante de l’appareil chinois de sécurité intérieure et extérieure. En Chine, ce n’est pas un job de tout repos.

Chen Yixin, le ministre chinois de la Sécurité d’État. Photo Shan Yuqi / Xinhua News Agency
Voici quelques jours, Chen Yixin s’est fendu d’une retentissante tribune dans China Cyberspace, revue officielle de l’administration chinoise du cyberespace, que je ne lis pas tous les jours, je l’avoue. Il y présente l’IA comme un risque direct pour la « sécurité politique », la « sécurité institutionnelle » et la « sécurité idéologique » de la Chine. En langue du Parti communiste chinois, cela signifie d’abord une chose : préserver son monopole du pouvoir.
Ses inquiétudes ne portent donc pas prioritairement sur le scénario occidental d’une IA qui échapperait à tout contrôle humain. Elles concernent les cyberattaques contre les infrastructures critiques ; l’espionnage, l’extraction de données et la cartographie de réseaux sensibles ; mais aussi la désinformation et la fabrication de rumeurs politiques, et ce qu’il appelle une guerre de l’opinion — une « guerre cognitive » menée par des forces étrangères.
Pour le chef des espions chinois, l’IA représente donc un champ de bataille mondial, mais dont la vraie ligne de front commence à l’intérieur des têtes : contrôle de l’opinion, loyauté politique, circulation des récits. Même Confucius et Mao Zedong réunis n’avaient pas envisagé ce risque existentiel : si le Parti communiste chinois perd le contrôle du contrôle, où va-t-on ?
Et si ce n’était pas le seul Parti communiste chinois qui « perdait le contrôle », mais l’humanité tout entière ? Car, au même moment, de l’autre côté du Pacifique, Dario Amodei, le patron d’Anthropic — la firme qui fabrique Claude, l’un des concurrents les plus sérieux de ChatGPT — vient de pousser un cri d’alarme assez peu feutré. En substance : si l’on continue à mettre les gaz comme si de rien n’était, des essaims d’agents IA mal alignés pourraient, dans les six à douze mois, fabriquer un botnet persistant, prendre le contrôle d’un nombre considérable d’ordinateurs connectés et causer quelques centaines de milliards de dollars de dégâts. Pas une petite panne de Wi-Fi chez Tata Janine : un beau désordre planétaire.
Un botnet, pour ceux qui n’ont pas suivi le cours du soir, c’est un réseau d’ordinateurs infectés et pilotés à distance, souvent à l’insu de leurs propriétaires. Votre vieux PC peut ainsi se réveiller un matin non pas avec le café, mais enrôlé dans une armée invisible chargée de casser des sites, voler des mots de passe, propager des arnaques ou faire tomber des infrastructures. À l’échelle de millions de machines, cela commence à faire beaucoup de café renversé sur les claviers.
Évidemment, il faut garder la tête froide. « Prendre le contrôle de l’Internet » est une formule spectaculaire, peut-être beaucoup plus spectaculaire que plausible. Des spécialistes de cybersécurité soulignent qu’un Internet entier est un animal robuste, fragmenté, hétérogène, difficile à capturer ; l’idée d’une prise de contrôle totale par des agents IA dans les prochains mois paraît à certains fort lointaine. Mais d’autres rappellent qu’il n’est pas nécessaire de posséder la planète entière pour faire des dégâts mondiaux : quelques fournisseurs de logiciels très répandus, quelques services cloud, quelques réseaux critiques, et l’on obtient déjà une belle panique systémique.
Le plus troublant n’est donc peut-être pas la prophétie à six mois, que personne ne peut vérifier avant mars prochain. C’est le vide institutionnel qu’elle révèle. En cas d’essaim informatique devenu trop autonome, qui appelle-t-on ? Le ministère de l’Intérieur ? Les opérateurs de télécommunications ? Amazon, Microsoft, Google ? Les laboratoires d’IA ? Les services secrets chinois, américains, russes, français, sud-africains ? Et surtout : qui a le numéro de la personne qui peut débrancher la prise ?
Il n’existe aujourd’hui aucun organisme permanent capable de réunir, à la vitesse d’une attaque numérique, les agences nationales de cybersécurité, les laboratoires de pointe, les géants du cloud, les opérateurs de réseaux et les plateformes logicielles. Nous avons Interpol pour les criminels, l’OMS pour les épidémies, l’AIEA pour le nucléaire — avec tous leurs défauts, certes — mais pas encore vraiment l’équivalent fonctionnel pour une pandémie de code autonome. Or un botnet ne demande pas de visa, ne reconnaît pas les frontières et ne s’intéresse guère aux communiqués de presse.
Dario Amodei demande donc de « ralentir la frontière ». Il propose notamment que des évaluateurs indépendants disposent d’un accès durable, presque au niveau des salariés, aux systèmes des grands laboratoires ; que les démocraties s’accordent sur des normes de sécurité communes ; et qu’une coordination minimale soit recherchée avec la Chine et les autres puissances autoritaires. Autrement dit : même pour surveiller les machines, il faudrait commencer par apprendre à parler aux humains.
Et voici que le scénario se complique encore. Jacob Pachocki — le directeur scientifique d’OpenAI, la maison qui a produit ChatGPT — vient lui aussi de dire tout haut ce que l’industrie murmurait jusqu’ici dans ses couloirs climatisés : aucun laboratoire, assure-t-il, n’a résolu à un niveau suffisant les problèmes d’« alignement » et de surveillance qui permettraient de continuer, longtemps encore, à accroître la puissance des modèles à vitesse maximale.
L’alignement, dans ce jargon un peu raide, c’est la question enfantine et abyssale : comment s’assurer qu’une machine extraordinairement capable continue de vouloir ce que nous voulons ? Pas seulement quand elle est observée, testée, notée, menacée de débranchement, mais aussi lorsqu’elle se retrouve seule dans une situation nouvelle, avec des outils, des accès, des objectifs vagues et, peut-être, de très mauvaises idées.
Pachocki décrit des systèmes que leurs propres créateurs ne comprennent pas entièrement. On ne programme pas directement leurs règles comme on programme une calculette : on construit une architecture, on l’entraîne sur des masses de données et de calcul, puis l’on observe émerger une sorte d’intelligence statistique dont les mécanismes intimes restent en partie opaques. Bref, nous avons fabriqué un cerveau ; maintenant, nous cherchons la notice.
Le scientifique d’OpenAI s’inquiète aussi d’agents qui, devenant plus autonomes, pourraient apprendre à poursuivre leurs propres objectifs, à négocier avec des humains, à les tromper — voire, dans certains scénarios de test, à les faire chanter. Il évoque la possibilité que l’IA participe de plus en plus à l’amélioration de l’IA elle-même : la fameuse auto-amélioration récursive. À ce moment-là, la course technologique n’est plus seulement une course entre Washington et Pékin ; elle devient une course entre la vitesse des machines et notre capacité, terriblement humaine, à comprendre ce que nous avons lancé.
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Donald Trump, lui, fait fi de toutes ces alarmes. Pour lui, l’idée qu’une IA pourrait un jour « prendre le contrôle du monde, détruire l’humanité » et envoyer des robots marcher dans nos rues relève d’un hoax. Une intox. Une nouvelle « arnaque », dit-il, plus extravagante encore que le « canular Russie, Russie, Russie » ou le « scam du réchauffement climatique ». Il se présente donc en « Hoax Buster », le casseur de bobards en chef.
Et les garde-fous, me direz-vous ? Les règles, les tests indépendants, les obligations de transparence, la possibilité — tout de même — de ne pas confier aveuglément la civilisation à quelques serveurs survoltés ? Inutile, répond Trump. « Le seul contrôle ou les seuls “garde-fous” dont l’IA a besoin, c’est un président FORT ET INTELLIGENT — à haut QI ! — et les États-Unis en ont un, à revendre. » Voilà : circulez, il y a un cerveau à la Maison-Blanche.
On aimerait connaître le protocole technique. Lorsqu’un essaim d’agents IA commence à infiltrer des réseaux électriques, à contaminer des logiciels, à cloner des voix présidentielles et à propager des vidéos falsifiées, le président à haut QI intervient-il avec un grand bouton rouge ? Dicte-t-il un décret en lettres capitales à Truth Social ? Ou demande-t-il simplement aux robots de ne pas faire les malins ?l paraît en tout cas convaincu qu’entre l’algorithme et l’apocalypse, son quotient intellectuel personnel fera office de rambarde...
Car, pour Donald Trump, le vrai danger n’est pas une intelligence artificielle devenue incontrôlable. Le vrai danger, c’est que l’Amérique ralentisse et que la Chine la dépasse. « Qui gagne l’IA gagne », résume-t-il. Voilà une doctrine géopolitique qui a le mérite de la simplicité : dans une course dont personne ne connaît tout à fait la ligne d’arrivée — ni même, éventuellement, la nature de la chose qui pourrait la franchir — il faut courir plus vite.

L’administrateur de l’E.P.A., Lee Zeldin, s’exprimant à côté du président Trump dans le bureau ovale
Photo Pete Marovich pour le New York Times
C’est ainsi qu’il balaie, d’un revers de manche, la grogne qui monte, aux États-Unis même, contre la voracité des data centers. Ces cathédrales sans vitraux, bourrées de serveurs qui moulinent nuit et jour pour répondre à nos requêtes, fabriquer des images de chats astronautes et entraîner les futurs grands cerveaux artificiels, engloutissent des quantités considérables d’électricité — et, souvent, d’eau pour refroidir la machine.
Dans les villes et les campagnes où ils s’installent, les riverains voient arriver les lignes à haute tension, le bourdonnement permanent, la pression sur les réseaux électriques, les besoins en eau, parfois de nouvelles centrales à gaz. On leur promet la modernité, des emplois, le futur. Mais le futur arrive souvent avec un transformateur de la taille d’un immeuble et une facture d’électricité qui, elle, n’a pas besoin d’intelligence artificielle pour grimper.
Ce n’est pas une fronde marginale. Selon un sondage réalisé en août par Embold Research pour Heatmap, 75% des électeurs inscrits s’opposent désormais à la construction d’un data center près de chez eux ; 61% y sont même fermement opposés. Un an plus tôt, ils n’étaient que 42% à s’y opposer. En douze mois, le centre de données est passé de promesse technologique à voisin indésirable — chez les démocrates, les indépendants et les républicains.
Donald Trump n’a pas de mots assez durs pour ces empêcheurs de calculer en rond, y compris lorsqu’ils viennent de son propre camp. Les communautés qui refusent les data centers, écrit-il sur son réseau Truth Social, choisiraient de devenir "backwards and poor" : arriérées et pauvres. Elles devraient au contraire laisser « régner la donnée » — Let Data Reign —, pour obtenir emplois, baisses d’impôts et prospérité. Et puis, ajoute-t-il dans la même poussée de fièvre numérique, la Chine ne pourrait pas être plus heureuse de voir émerger ce mouvement anti-data centers en Amérique.
Donald Trump a donc choisi son camp : celui de l’« abondance énergétique ». Son administration vient ainsi d’abroger l’essentiel des normes adoptées sous Joe Biden pour limiter les émissions de gaz à effet de serre des centrales à charbon et au gaz. L’Agence fédérale de protection de l’environnement — l’EPA, nom presque mélancolique en l’occurrence — veut même supprimer les règles restantes. Le raisonnement tient en une formule : il faut de l’électricité, beaucoup d’électricité, et tout de suite, pour que l’Amérique ne laisse pas la Chine gagner la course à l’IA. Peu importe que le secteur électrique américain représente près d’un quart des émissions nationales de gaz à effet de serre ; peu importe que le charbon soit le combustible fossile le plus polluant ; peu importe que l’EPA estime elle-même que ce recul ajouterait 123 millions de tonnes de CO₂ sur dix ans. Les centrales doivent tourner, les data centers doivent chauffer, et la planète attendra son tour.
Lee Zeldin, l’homme qui dirige l’EPA, assure que cette dérégulation ferait économiser 310 milliards de dollars. Les écologistes, eux, y voient surtout une tentative de rendre beaucoup plus difficile, y compris pour les présidents futurs, tout retour de règles climatiques dans le secteur électrique. En somme : pour alimenter les machines censées résoudre tous nos problèmes, on s’apprête à garantir qu’elles en aggravent au moins un — le climat.
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L’argument de la « compétition » avec la Chine n’est peut-être bien qu’un leurre — ou, disons, une très commode bannière étoilée agitée au-dessus d’intérêts beaucoup plus terrestres. Car, bien au-dessus de la souveraineté américaine, Donald Trump semble placer, sans l’ombre d’un doute, la souveraineté de son portefeuille. Le sien, et celui de son clan.
Une enquête du Washington Post, fondée sur les déclarations financières du président et sur les annonces des entreprises familiales, montre que l’empire Trump est de plus en plus imbriqué dans le grand boom de l’intelligence artificielle. Au moment même où Donald Trump refuse de ralentir la machine, de la réguler sérieusement ou de l’entourer de garde-fous, son argent — et celui de ses fils — se trouve placé dans les puces, les serveurs, l’énergie, les data centers et les machines qui font tourner tout ce petit miracle numérique.
Le président américain a ainsi déclaré près de 30 000 opérations sur des titres financiers depuis son retour à la Maison-Blanche. Parmi les achats et ventes figurent des entreprises dont les bénéfices sont étroitement liés à la grande fièvre IA : Dell, qui fournit des serveurs ; Micron et d’autres fabricants de composants ; GE Vernova, qui prospère sur les infrastructures électriques ; Broadcom et Texas Instruments, fabricants de puces ; Credo Technology ou Super Micro Computer, qui vendent l’équipement nécessaire pour faire fonctionner les data centers. Quand l’IA s’emballe, ces actions montent. Quand on parle de ralentir l’IA, elles peuvent tousser. Et quand les actions toussent, Donald Trump les entend très bien.
Il faut reconnaître au personnage une certaine franchise involontaire. En juillet, interrogé sur les revenus considérables affichés dans ses déclarations financières, il expliquait : « Vous savez pourquoi je fais des profits ? Parce que la Bourse monte. Tout le monde fait des profits. Merci, président Trump. » Voilà qui est joliment bouclé : le président se félicite lui-même d’avoir fait monter la Bourse, laquelle contribue à enrichir le président, lequel explique que son enrichissement prouve que sa présidence est excellente. C’est moins un conflit d’intérêts qu’une économie circulaire, avec Donald Trump au centre et un petit panneau : « Ne pas déranger, capitalisme en fonctionnement. »
Don Fox, ancien directeur par intérim du Bureau de l’éthique gouvernementale sous Obama, ne mâche pas ses mots : aucun président, depuis l’installation du régime moderne de prévention des conflits d’intérêts, n’aurait conduit ses affaires de cette manière. Les présidents de l’après-Watergate, dit-il en substance, tenaient au moins à ce que les citoyens puissent croire qu’ils agissaient pour le pays — même lorsque les citoyens n’étaient pas d’accord avec eux. C’était avant que l’éthique publique ne devienne, elle aussi, un hoax potentiel.

Donald Trump et son fils aîné, Donald Trump Jr., traversent la pelouse sud en direction de la Maison Blanche
après un week-end passé à Mar-a-Lago, en mai 2026. Photo Samuel Corum pour le Washington Post.
Mais l’affaire ne s’arrête pas au portefeuille présidentiel. Elle se prolonge dans la famille, comme une petite entreprise dynastique de l’IA. Donald Trump Jr. est associé de 1789 Capital, fonds d’investissement floridien qui prétend financer « la prochaine génération de l’exceptionnalisme américain ». Très bien. Cette prochaine génération a notamment le visage de Cerebras Systems, de Perplexity, de xAI — la société d’Elon Musk — et d’autres entreprises liées aux processeurs, aux modèles d’IA et à l’infrastructure informatique. 1789 Capital a aussi levé un fonds de 1,2 milliard de dollars destiné, entre autres, à l’immobilier numérique : autrement dit, les data centers.
Eric Trump, de son côté, investit par l’intermédiaire d’American Ventures, liée à la banque d’affaires Dominari Holdings, dans les secteurs de la défense, de la robotique et de l’analyse automatisée de données. Parmi les participations citées figure Space-Eyes, entreprise qui utilise l’IA pour avaler et interpréter les flux de données venus de satellites et d’autres capteurs. Le regard de Big Brother, mais avec une marque déposée et, peut-être, un code promotionnel.
Les deux frères avaient également lancé, un mois après le retour de leur père à la Maison-Blanche, une initiative baptisée — avec une sobriété qui force l’admiration — American Data Centers. L’entreprise devait participer au déploiement de l’infrastructure IA. Elle a ensuite fusionné avec American Bitcoin, activité de minage d’actifs numériques majoritairement détenue par Hut 8, groupe qui développe au Texas le gigantesque projet de data center Beacon Point. Voilà donc la famille présidentielle engagée à la fois dans le discours sur la souveraineté technologique, dans les profits de l’IA et dans les infrastructures énergivores qui font grincer les dents des riverains.
Et il y a encore Truth Social, le réseau du président, logé dans Trump Media & Technology Group. La société prépare une fusion avec TAE Technologies, entreprise de fusion nucléaire qui ambitionne de développer des centrales alors que l’appétit électrique des data centers explose. Truth Social entend par ailleurs vendre aux laboratoires d’IA l’accès à ses publications via un outil baptisé TruthAPI — manière de transformer les messages présidentiels, et ceux de ses utilisateurs, en matière première pour entraîner des modèles. Elle a aussi déployé un moteur de recherche orienté vers des sources médiatiques amies de Trump.
La Chine, dans cette histoire, reste donc un mot magique. Elle permet de justifier l’urgence, de traiter toute hésitation réglementaire comme une capitulation géopolitique, de construire des centrales, d’engloutir l’eau, de prolonger le gaz et de qualifier les voisins récalcitrants d’« arriérés et pauvres ». Mais elle permet aussi de faire tourner un formidable circuit d’enrichissement : puces, cloud, électricité, crypto, robots, centres de données, marchés financiers — et, à l’autre bout, les comptes de ceux qui décident qu’il faut surtout ne pas ralentir. Car au fond, Trump ne semble pas dire : « Faisons vite pour battre la Chine. » Il dit plutôt : « Faisons vite, parce que la vitesse rapporte. »
Le jeu du pendu
Tout bientôt à Washington, Xi Jinping et Donald Trump feront tout de même semblant de s’entendre. Leurs motivations sont certes diamétralement opposées, mais ils se tiennent par la barbichette. Les États-Unis disposent encore des puces les plus performantes, des grands modèles, des géants du cloud et d’une bonne part du savoir-faire logiciel. La Chine, elle, pèse sur les chaînes d’approvisionnement, les terres rares, la fabrication industrielle et un immense marché intérieur. Washington peut ralentir Pékin en fermant le robinet des composants de pointe ; Pékin peut, à sa manière, rappeler que les machines américaines ne poussent pas toutes seules dans les jardins de la Silicon Valley.
La visite du président chinois aux États-Unis a bien failli être annulée. Pourquoi ? Pékin et la Maison-Blanche ne voyaient pas exactement les règles du « jeu de l’IA » de la même façon. Version jeu de go, comme le proposerait volontiers Xi Jinping : on avance pierre après pierre, on encercle l’adversaire, on occupe le terrain, on prépare le coup à jouer dans dix ans. Ou poker menteur, comme l’aurait préféré Donald Trump : on cache ses cartes, on annonce qu’on a la meilleure main, on hausse les droits de douane et l’on demande ensuite à tout le monde de dire merci.
Un compromis a finalement été trouvé sur un jeu beaucoup plus basique : le pendu. Pas celui avec la potence macabre — quoique, à voir l’état de la planète et de nos démocraties, on pourrait se demander — mais le jeu de devinette lexicale. Son origine exacte se perd dans les brumes de l’Angleterre victorienne de la fin du XIXe siècle. Le principe est simple : un joueur choisit un mot caché ; l’autre propose les lettres une à une ; et chacun dispose d’un nombre limité d’erreurs. Dans son recueil de folklore, The Traditional Games of England, Scotland and Ireland, publié en 1894, Alice Bertha Gomme décrit un jeu apparenté, intitulé Birds, Beasts and Fishes. Un joueur y choisit un mot — souvent le nom d’un animal —, en dévoile parfois une partie, et l’autre doit retrouver les lettres manquantes.
Xi Jinping et Donald Trump devraient bien s’amuser. La première lettre, sans doute, sera un A : comme artificial intelligence, America ou autoritarisme. Puis viendra un C : comme Chine, compétition, charbon, contrôle — et, pourquoi pas, conflit d’intérêts. Ils chercheront ensuite un D, pour data center, dérégulation, dollars et désinformation.
Mais attention : dans le pendu, les mauvaises lettres s’accumulent. Et lorsque le dessin est complet, on découvre que le mot à trouver n’était peut-être ni « victoire », ni « souveraineté », ni même « intelligence ». C’était simplement : dépendance.
Tzotzil Trema
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Trum$, l’extrêmement corrompu président des USA, a un "très haut QI" Doit-on rire ?
Cela m'évoque "White", un essai de Bret Easton Ellis (2019)
Il y expliquait ceci : nous perdons notre temps à commenter les actions et les discours trum$iens.
Nous sommes tellement obnubilés par Trum$ que nous en oublions de se nous concentrer sur une stratégie pour le contrer.
Quant à l'IA, malgré ses dires, Trum$ éprouve des inquiétudes stratégiques.
Les trois leaders mondiaux, Anthropic, OpenAI et xAI (Grok), réclament une "législation".
Ils ont mis respectivement leur IA "au ralenti" ; grand désarroi de l'Obsédé du Cash.
Puis l'étasunien et le chinois discuteront du soleil et de la pluie ...
Cream " Stange Brew " (album " Disraeli…