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IA : the crash is coming

il y a 14 heures
5 min de lecture

Donald Trump a dévoilé un site web basé sur l'intelligence artificielle, baptisé America.gov, sur lequel les citoyens pourront poser des questions concernant les prestations et les services fédéraux. Photo Doug Mills/The New York Times


Et si l'IA coinçait sa bulle ? Donald Trump a trouvé la parade aux appels à encadrer l’intelligence artificielle : demander aux géants qui la fabriquent de se surveiller eux-mêmes. Mais pendant que la presse commente ce pacte « moralement contraignant », l'agence Fitch avertit qu’une correction du marché de l’IA paraît inévitable. Après l’ivresse des milliards investis, la guerre des prix et l’impunité organisée, le crash pourrait ne pas être seulement boursier.

les humanités, ça n'est pas pareil.

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La bonne blague ! Pour faire taire les appels — venus jusque du cercle intime des géants de l’IA — à compléter au moins par un semblant de réglementation, Donald Trump a réuni les intéressés à la Maison-Blanche. Et leur a fait signer un accord d’« autorégulation ». Les fabricants de machines potentiellement capables de pirater, d’escroquer, de manipuler, de liquéfier le travail intellectuel et, accessoirement, de produire quelques dégâts massifs, vont donc se surveiller eux-mêmes. On peut leur faire confiance. Comme jadis les pétroliers. Comme jadis les cigarettiers. Comme, demain, les fabricants de mines antipersonnel, auxquels on demandera sans doute de vérifier que leurs engins explosent avec civilité.


Le texte est admirable : il prévoit des contrôles internes, une équipe interne chargée de vérifier ces contrôles internes, des auditeurs externes choisis par les entreprises, et un comité du conseil d’administration pour recevoir les rapports. L’indépendance selon Trump : les renards recrutent un cabinet d’expertise pour examiner l’état du poulailler, puis se réunissent entre renards afin de décider si les poules ont, oui ou non, exagéré. Le dispositif n’est pas contraignant, ne prévoit aucune sanction, ne rend obligatoire aucune publication des audits et ne confère aucun pouvoir d’exécution à l’État. Mais il serait, paraît-il, « moralement contraignant ». Moralement : ce mot qui, dans la bouche d’un pouvoir hostile aux garde-fous, désigne en général une absence de contrainte soigneusement emballée dans du papier à en-tête.


Pendant que la quasi-totalité de la presse française commentait cet écran de fumée — Trump et les milliardaires, les promesses de sécurité, les grands mots de responsabilité — une information autrement plus intéressante passait sous les radars : le crash est déjà dans le prospectus.


Fitch Ratings, qui n’est pas exactement une officine zadiste déguisée en cabinet d’expertise comptable, ne parle pas exactement d’un petit trou d’air. L’agence estime que la vulnérabilité à une correction liée à l’IA est devenue un risque majeur pour le crédit mondial. Les valorisations technologiques se sont envolées ; l’émission d’obligations d’entreprises américaines a bondi de 26% au premier semestre 2026, largement tirée par le financement de l’IA ; et les retours réels de ces investissements demeurent, eux, délicieusement incertains. Bref : des dépenses certaines, astronomiques, immédiates ; des recettes hypothétiques, futures, peut-être. Le vieux schéma de la bulle, mais avec des data centers qui engloutissent de l’électricité au lieu de tulipes.


La contradiction est devenue presque esthétique. D’un côté, les hyperscalers achètent à tour de bras des puces, des terrains, des centrales, des serveurs et de la puissance de calcul. De l’autre, ils se livrent à une guerre des prix pour imposer leurs agents conversationnels et faire croire à leurs actionnaires qu’il existe un chemin raisonnable vers la rentabilité. Or, dans une guerre des prix, les revenus baissent ; dans une course aux infrastructures, les coûts montent ; et dans le grand casino de Wall Street, la valorisation suppose que le miracle se produira avant que la caisse soit vide. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon financier, une « conviction ». Dans le langage courant, cela se rapproche parfois d’une fuite en avant.


Fitch relève que le ratio cours/bénéfices ajusté du cycle du S&P 500 a rejoint des niveaux voisins de ceux de la bulle internet de la fin des années 1990. Il ne s’ensuit pas que toute IA est une fraude, pas plus que l’Internet ne fut une erreur. Mais l’Internet de 2000 avait lui aussi un avenir. Ce qui s’est effondré, ce furent les prix payés à l’avance pour cet avenir. La nuance importe : une technologie peut transformer le monde et ruiner ceux qui ont acheté trop cher la promesse de sa transformation.


Cette fois, il y a un supplément : les entreprises elles-mêmes nous disent que leur produit comporte des risques si considérables qu’il faudrait, selon certaines, une surveillance digne d’une centrale nucléaire, tout en exigeant qu’on les laisse l’installer partout avant de savoir comment la surveiller. On invente une machine dont on proclame qu’elle peut être dangereuse, puis on réclame le droit de la diffuser à grande échelle en assurant qu’on vérifiera plus tard. Et, si possible, entre soi.


Dans un entretien accordé à l'expert Gary Marcus, la juriste Zephyr Teachout rappelle une évidence obscurcie par le brouillard marketing : il n’existe pas de vide juridique magique autour de l’IA. Elle évoque notamment le droit de la responsabilité du fait des produits, les pratiques commerciales trompeuses, les activités anormalement dangereuses, les intrusions informatiques et les pouvoirs des procureurs généraux des États américains. Son point n’est pas qu’OpenAI est déjà juridiquement condamnée sur tous ces terrains. Son point est plus simple, et autrement gênant : quand il existe des éléments publics suggérant des dommages ou des accès informatiques non autorisés, la réponse normale n’est pas de croire sur parole l’entreprise concernée. C’est d’enquêter.


Zephyr Teachout rappelle surtout l’arme que les puissants préfèrent oublier : une entreprise qui enfreint répétitivement la loi ne possède pas un droit naturel à continuer d’exister sous sa forme actuelle. Une autorité publique peut enquêter, assigner à comparaître, imposer des remèdes, interdire certaines pratiques — voire dissoudre une société dans les cas prévus par le droit.


Le crash qui vient n’est pas nécessairement celui que les prophètes de Silicon Valley nous vendent : la machine devenue dieu, puis bourreau. Il peut être plus banal, donc plus probable : une correction financière. La découverte un peu tardive que la rentabilité ne suit pas les dépenses. Que les infrastructures engloutissent des milliards avant de produire des recettes stables. Que les promesses commerciales ne compensent pas la guerre des prix. Que les entreprises, après avoir licencié à la gloire de l’automatisation, se rendent compte qu’il faut toujours des humains pour vérifier, réparer, répondre et assumer.


Mais il peut aussi être politique et juridique. À force de présenter les dommages comme des accidents inévitables de l’innovation — fraudes, intrusions, désinformation, surveillance, conseils dangereux, prédation massive sur le droit d’auteur — les géants de l’IA risquent une mauvaise surprise : que quelqu’un, quelque part, prenne le droit existant au sérieux.


Le véritable scandale n’est pas que Donald Trump demande aux entreprises d’IA de se surveiller elles-mêmes. Après tout, il faut bien donner du travail aux humoristes. Le scandale est que cette farce tienne lieu de politique publique pendant que l’argent afflue, que les risques se multiplient et que les acteurs responsables organisent déjà leur sortie de secours.


The crash is coming. Et cette fois, il ne faudra pas prétendre qu’aucun signal n’avait été détecté.


Tzotzil Trema


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1 commentaire


yanitz2018
yanitz2018
il y a 12 heures

Une bulle coincée, même par une IA, finira par éclater comme un ballon de baudruche :

le fameux Pschiiitt retentissant jusqu'aux tréfonds des places Boursières ...

"Le Ca-ca Pi-pi talisme" Aguigui Mouna

Joshua Redman " Grand Street " -un thème que j'adore- (album " If Ever You Would Leave Us (we play for Rollins), 2026)

" https://www.youtube.com/watch?v=Apys4aN_rDU&list=RDApys4aN_rDU&start_radio=1 "

Aguigui Mouna :


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