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Albanie : les vautours perdent une première manche contre les flamants roses

A Tirana, le 9 juin 2026, lors d'une nouvelle manifestation contre un projet de développement touristique lié à Jared Kushner,

le gendre de Donald Trump. Vidéo Florent Bajrami pour AP, capture d'écran


On en parlait dans notre dernier tour du jour en 80 mondes (ICI). L’Albanie suspend (provisoirement) un méga‑projet immobilier de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, sous l’effet conjugué des mobilisations locales et de la pression de Bruxelles.

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 


Un « Dubai adriatique » qui dérape

 

Le projet, porté par Affinity Partners – le fonds d’investissement de Jared Kushner – prévoit un complexe touristique de luxe sur l’île de Sazan et sur la côte protégée de Vjosa‑Narta, pour un montant évalué entre 1,4 et 4 milliards d’euros. L’ancienne base militaire de Sazan, au large de Vlora, devait être transformée en destination haut de gamme, tandis que des hôtels et villas étaient planifiés dans la lagune de Zvernec, zone humide abritant flamants roses, phoques moines et sites de nidification de tortues marines. Pour le Premier ministre albanais Edi Rama, ce « Dubai adriatique » incarne la mutation de l’Albanie en hub touristique et l’arrivée d’un capital américain prestigieux.

 

Une vue de la lagune de Narta, dans l’ouest de l’Albanie, le 6 juin 2026. Photo Hameraldi Agolli/AP


Colère sociale et soupçons de corruption


Sur le terrain, la séquence a pris une tournure explosive dès l’arrivée des engins de chantier à Vjosa‑Narta, début juin. Des milliers d’Albanais ont manifesté à Tirana et sur la côte, brandissant des pancartes « L’Albanie n’est pas à vendre », « Nous ne voulons pas d’une Albanie à l’image de Dubaï » et « Ivanka go home », dénonçant la privatisation d’un espace naturel commun au profit d’une élite politico‑financière transnationale. En parallèle, le parquet spécialisé anticorruption a ouvert une enquête sur l’origine des fonds et sur l’achat‑revente de titres de propriété autour de Zvernec, alimentant l’hypothèse d’un schéma classique de spéculation foncière maquillé en projet stratégique.

 

Lors d'une manifestation de la "Révolution des flamants roses", à Tirana, en juin 2026. Photo Reuters


L’avertissement de Bruxelles


C’est dans ce contexte que l’Union européenne a adressé un avertissement clair à Tirana, en rappelant que les directives environnementales et les règles de transparence s’appliquent aux pays candidats comme aux États membres. La commissaire à l’Élargissement et plusieurs capitales ont insisté sur la nécessité de respecter l’acquis communautaire en matière de protection des zones Natura 2000‑compatibles, d’évaluation environnementale stratégique et de lutte contre le blanchiment via l’immobilier. Pour un gouvernement qui vise encore une adhésion à l’horizon 2030, persister dans un projet perçu comme un « cadeau » à un proche du président américain Donald Trump devenait politiquement coûteux.

 

Un recul tactique de Rama


Officiellement, Tirana a donc annoncé la suspension du volet insulaire du projet, le temps de « clarifier » les études d’impact et les conditions de conformité au droit européen. Edi Rama, qui quelques jours plus tôt jurait qu’« il n’y a pas une chance que l’investissement soit stoppé tant que je suis au pouvoir », cherche désormais à rééquilibrer son image entre attractivité pour les investisseurs et respect des standards européens, sans perdre la face devant son électorat. En pratique, cette suspension ressemble à un recul tactique : elle calme la colère sociale, répond à Bruxelles, mais laisse la porte ouverte à un projet redimensionné ou relocalisé, dans un pays où les mégaprojets touristiques – de la Riviera albanaise à Zvërnec – restent l’horizon préféré des élites, perçus comme raccourci vers la croissance au prix d’expropriations contestées et de la mise sous tension des dernières zones naturelles protégées.


Jared Kushner et Ivanka Trump au Liberty Ball, à Washington, le 20 janvier 2025. Photo AP


De Miami aux Balkans

 

Des ONG alertent depuis plusieurs années sur la pression des projets touristiques sur les zones humides côtières : parc national de Divjakë‑Karavasta, Buna–Velipoja, Vjosa–Narta, menacés par des projets immobiliers de luxe, des marinas, des aéroports et infrastructures associées. Affinity Partners a été créé en 2021 par Jared Kushner, installé à Miami, avec l’appui direct de plusieurs fonds souverains du Golfe, dont 2 milliards de dollars du Public Investment Fund saoudien. En 2025, ses actifs sous gestion sont estimés autour de 4,8 milliards de dollars, avec des engagements dédiés à des entreprises américaines, israéliennes et à des projets dans les Balkans. En Serbie, Jared Kushner prévoit la transformation de trois blocs urbains abandonnés à Belgrade en hôtel de luxe, surfaces commerciales et plus de 1 500 résidences, projet qui a déjà suscité des accusations de corruption et un premier recul en 2025.

 

Affinity Partners ne se limite pas à la pierre : en 2025, le fonds participe, aux côtés du fonds public saoudien et de Silver Lake, un fonds américain spécialisé dans la tech, au rachat de l’éditeur de jeux vidéo Electronic Arts, dans une opération qui doit permettre une expansion vers l’Inde, l’Afrique et d’autres marchés émergents. Le positionnement officiel du fonds est de « construire des ponts économiques » entre Israël, les États arabes et d’autres régions, en capitalisant sur les Accords d’Abraham et sur les réseaux diplomatiques que Kushner a noués lorsqu’il était à la Maison Blanche.

 

Jean‑Marc Adolphe


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1 commentaire


yanitz2018
yanitz2018
10 juin

"Tout pour la propriété, tout pour la propriété !" Sergent Welsh (in "Mourir ou Crever" de James Jones)

Les tribulations des Trump$ donneraient à rire si leurs millions ne servaient pas à créer une désolation mondiale.


Les Ridicules Trump$ vs Tubby Hayes, l'original & méconnu sax tenor : " Pink Panther" (1964)

" https://www.youtube.com/watch?v=3Lxqjzik-8w&list=RD3Lxqjzik-8w&start_radio=1 "


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