Donald Trump et son gendre, le buffle et les flamants roses
- La rédaction
- il y a 17 heures
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Photo Rajib Dhar/AP
Un buffle albinos au Bangladesh, des files d’eau en République centrafricaine, une barque sur le lac Dal, des enfants sautant un cordeau à Pyongyang, des pancartes noires à Washington, un visage peint à Buenos Aires : notre « Tour du jour en 80 mondes » traverse neuf lieux où le quotidien se heurte au pouvoir, aux frontières et aux crises. De la foi mise en scène à Barcelone aux luttes féministes argentines, en passant par les terres convoitées d’Albanie et les Andes péruviennes en campagne électorale, cette sélection de photographies de l'agence Associated Press rappelle et manifeste que la géopolitique se lit d’abord dans les corps, les gestes et les territoires des gens ordinaires.
les humanités, ça n'est pas pareil.
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PHOTO A LA UNE
Ce buffle albinos a été photographié dans un enclos du parc zoologique national de Dhaka, au Bangladesh. La touffe de poils blonds qui orne son front lui a valu d'être baptisé "Donald Trump". Toutefois, selon des témoignages recueillis sur place, à la différence de son homonyme états-unien, celui-ci semble tout à fait pacifique et n'envisage pas de construire de salle de bal dans l'enceinte du parc zoologique.
Photo Rajib Dhar/AP. Rajib Dhar est un photographe basé à Dhaka, dont les images, diffusées par l’agence Associated Press, documentent l’actualité politique et sociale du Bangladesh.
ESPAGNE

À Barcelone, entre selfies et contemplation fugace, la Sagrada Família absorbe des flux ininterrompus de touristes, avant la visite du pape Léon XIV, le 10 juin. Il présidera ce jour-là une messe dans la basilique et procédera à la bénédiction ou « réinauguration » de la Sagrada Família, avec l’inauguration officielle de la tour de Jésus-Christ, désormais la plus haute du sanctuaire. Cette étape barcelonaise s’inscrit dans un déplacement plus large, du 6 au 12 juin, qui le conduit de Madrid aux Canaries. En Espagne, pays largement sécularisé, cette halte pontificale réactive pourtant des questions bien terrestres : place de l’Église dans l’espace public, mémoire des connivences passées avec le pouvoir, attentes sociales face aux crises qui s’enchaînent.
Photo Emilio Morenatti/AP. Emilio Morenatti est un photojournaliste espagnol né en 1969 à Saragosse, élevé à Jerez de la Frontera, et figure majeure de l’agence Associated Press depuis le début des années 2000. Basé à Barcelone, il dirige aujourd’hui le département photo d’AP pour l’Espagne et le Portugal et a couvert certains des conflits les plus marquants du début du XXIᵉ siècle, de l’Afghanistan à Gaza et à l’Ukraine. Gravement blessé en 2009 en Afghanistan, il a poursuivi son travail malgré l’amputation d’une jambe et a été distingué par de nombreux prix internationaux, dont deux Pulitzer pour ses images de la pandémie de Covid-19 en Espagne et de la guerre en Ukraine.
RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

En République centrafricaine, l’accès à l’eau reste un enjeu vital et quotidien, particulièrement dans les zones reculées et les camps de déplacés. À Korsi, près de Birao, des milliers de personnes ayant fui les violences dépendent de quelques points d’eau surfréquentés, où les files d’attente s’allongent à la tombée du jour. La corvée, assumée majoritairement par les femmes et les jeunes filles, condense à la fois la fragilité des infrastructures, la persistance du conflit et la vulnérabilité climatique d’un pays parmi les plus pauvres du monde. Autour de ce puits, la scène dit à la fois la fatigue, l’organisation collective et la dignité obstinée de celles qui assurent, chaque soir, la survie des leurs.
Photo Caitlin Kelly/AP. Caitlin Kelly est une photojournaliste travaillant pour l’agence Associated Press, couvrant notamment les crises humanitaires et les situations de conflit en Afrique.
ALBANIE

L'île albanaise de Sazan, ancienne base militaire au large de Vlora, est devenue le nouveau terrain de jeu immobilier de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, qui veut y bâtir un complexe touristique de luxe pour ultra-riches. Adoubé par le gouvernement du Premier ministre Albanais via un statut d’« investisseur stratégique », son projet bénéficie de procédures accélérées et d’un soutien actif de l’État, au grand dam des ONG écologistes qui alertent sur les risques pour la biodiversité et dénoncent une privatisation déguisée d’un bien commun. Depuis fin mai, manifestations et pétitions se multiplient en Albanie pour exiger la suspension des travaux et l’intégration de Sazan au parc national marin qui l’entoure, faisant de cette île un nouveau front où se croisent tourisme de luxe, capitalisme trumpien et luttes écologistes dans les Balkans.

Photos Hameraldi Agolli/AP. Hameraldi Agolli (1995, Elbasan, Albanie) est un jeune designer et photographe basé en Albanie. Il est diplômé de l'Université européenne de Tirana, en arts visuels et multimédia. https://hameraldiagolli.pb.online
COLOMBIE

La Colombie vient de franchir un pas majeur pour la protection de la Sierra Nevada de Santa Marta, principale source d’eau des départements du César, de La Guajira et du Magdalena, dont on parlait voici peu (ICI). Le ministère de l’Environnement y a créé la réserve de ressources naturelles renouvelables « Corazón del Mundo », qui couvre 1,5 million d’hectares et interdit désormais toute nouvelle exploitation minière et de combustibles fossiles. Concrètement, plus aucun titre minier ni permis d’exploration ou d’extraction d’hydrocarbures ne pourra être accordé dans ce périmètre. La mesure répond à une demande du "Conseil des cabildos indigènes de la Sierra" (Wiwa, Kogui, Kankuamo, Arhuaco) et n’empiète ni sur la propriété privée ni sur l’autonomie des peuples autochtones. Les activités agricoles, le tourisme – notamment communautaire – et les « économies pour la vie » restent autorisés. Aberaldo De la Espriella, candidat d'extrême droite à l'élection présidentielle en Colombie, s'empressera de revenir sur cette décision, s'il est élu le 21 juin (ICI).
PÉROU

Sur les hauteurs du Pérou, Eliseo Ttito fait cuire des pommes de terre sous la terre et les braises, comme on le fait depuis des générations dans les Andes. Autour de lui, l’Altiplano déroule son paysage froid et lumineux, vaste mais avare en revenus. Vendre quelques portions aux passants devient ainsi une économie de survie, entre agriculture de subsistance, petits boulots et débrouille quotidienne. Dans la fumée qui s’élève, il y a à la fois l’odeur du tubercule roi et celle d’un pays où les paysan·nes restent en marge des promesses de croissance. Ce dimanche 7 juin 2026 : second tour de l'élection présidentielle au Pérou (Lire ICI)
Photo Rodrigo Abd/AP. Rodrigo Abd est un photojournaliste argentin d'Associated Press, spécialisé dans la couverture des conflits, des crises sociales et des migrations en Amérique latine et au‑delà. Il a notamment documenté la guerre en Syrie, la violence des cartels au Mexique, les séquelles des dictatures sud‑américaines et les récentes convulsions politiques au Pérou et au Guatemala. Récompensé par plusieurs prix internationaux, dont un Pulitzer pour sa couverture de la guerre civile en Syrie, il développe un travail au long cours sur la vie quotidienne des personnes prises dans les marges de l’histoire officielle.
INDE

Sur le lac Dal, au Cachemire, une femme glisse sur l’eau dans une barque presque avalée par le fourrage qu’elle transporte pour le bétail. Sous la pluie fine, elle longe les jardins flottants, ces parcelles arrachées au lac qui nourrissent encore des familles prises entre militarisation, tourisme et crise climatique. Le geste est ancien, presque immuable, mais l’équilibre du lac, lui, se fragilise, menacé par la pollution, la prolifération des constructions et le réchauffement. Dans le paysage saturé de cartes postales, cette silhouette courbée rappelle que la vie ordinaire continue, obstinée, au cœur d’un territoire disputé.
Photo Dar Yasin/AP. Dar Yasin est un photojournaliste originaire du Cachemire, travaillant depuis de nombreuses années pour l’agence Associated Press. Spécialisé dans la couverture des conflits, il documente avec une attention particulière la vie quotidienne dans le Cachemire indien, entre militarisation, répression et résilience des populations civiles. Son travail, plusieurs fois récompensé à l’international, mêle images d’actualité et scènes plus intimistes, où la poésie des paysages contraste avec la violence politique du territoire.
CORÉE DU NORD

À Pyongyang, des enfants sautent au‑dessus d’un simple cordeau rouge pour la Journée internationale de l’enfance, sous les ballons multicolores et les portraits omniprésents des dirigeants. La scène pourrait sembler universelle – cris, rires, compétition bon enfant – si elle n’était pas enchâssée dans l’appareil de propagande d’un régime qui fait des « petits citoyens » les vecteurs d’un futur déjà écrit. En Corée du Nord, alors que Kim Jong-un vient de réviser la Constitution (ICI), les fêtes scolaires sont autant des moments de joie encadrée que des démonstrations d’unanimité, où l’innocence de l’enfance sert de décor à la mise en scène du pouvoir.
Photo Jon Chol Jin/AP.
ÉTATS-UNIS

Dans un couloir du Capitole, les pancartes noires tranchent avec la moquette beige : « Rubio kills people with AIDS », accusent les manifestant·es anti-guerre. Aux États-Unis, les coupes dans les programmes de santé publique et les attaques contre les politiques de prévention du VIH ravivent une colère ancienne, nourrie par des décennies de luttes LGBTQI+ et d’activisme sida. Ici, la cible est le Secrétaire d'État Marco Rubio, mais au‑delà du nom propre, c’est tout un modèle de système de santé inégalitaire qui est mis en cause. Dans ce face‑à‑face tendu avec le pouvoir, les corps fragiles – malades, précaires, stigmatisés – rappellent qu’ils paient le prix le plus lourd des choix budgétaires.
Photo J. Scott Applewhite /AP. J. Scott Applewhite est un photojournaliste américain de l’agence Associated Press, basé à Washington, où il couvre la Maison-Blanche et le Congrès depuis le début des années 1980. Lauréat de deux prix Pulitzer pour ses images de campagnes présidentielles et de la procédure d’impeachment de Bill Clinton, il a également documenté guerres et crises en Haïti, en Somalie, au Moyen-Orient et dans les Balkans. Figure reconnue du photojournalisme politique aux États-Unis, il revendique un regard attentif aux « petits moments de réalité » derrière la mise en scène du pouvoir.
ARGENTINE

À Buenos Aires, le visage d'une manifestante devient pancarte : en lettres rouges, le message « le responsable du féminicide, c’est toi » renvoie l’accusation à l’agresseur, mais aussi aux institutions qui laissent faire. Dix ans après l’irruption de "Ni Una Menos", l’Argentine continue de compter ses mortes, entre régressions conservatrices et conquêtes arrachées dans la rue. Le vert du foulard, devenu couleur emblématique des luttes féministes latino‑américaines, tranche avec la grisaille politique du moment et rappelle que ces corps ne se résument ni aux statistiques ni aux discours sécuritaires. Dans la foule, chaque visage peint dit la même chose : nous sommes là, vivantes, et nous regardons le système droit dans les yeux.
Photo Natacha Pisarenko/AP. Natacha Pisarenko est une photojournaliste argentine de l’agence Associated Press, basée à Buenos Aires. Elle couvre depuis de nombreuses années l’actualité politique et sociale du pays, les mouvements féministes et les crises économiques en Argentine et dans la région.






Voici une photo de Sonny Rollins prise au festival du Middelheim, à Anvers en1974.
(du vrai Noir & Blanc argentique)