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Journal d'Iran #02. Ali Khameini, le Tueur Suprême, sa prostate et ses autruches



A gauche : Des autruches regardent hors de leur enclos à la ferme d'autruches Ariacan,

à 55 km au sud-est de Téhéran (Photo Morteza Nikoubazl / Reuters).

A droite : Un homme brûle une photo du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, lors d’une manifestation devant le consulat d’Iran à Milan, en Italie, lundi 12 janvier 2026. Photo Claudio Furlan/LaPresse via AP.



Ils et elle s'appelaient Khosrow, Mahmoud, Rubina... Seconde séquence de notre "Journal d'Iran" : donner visage à quelques-unes des 500 victimes déjà recensées d'une répression sans vergogne, ordonnée par le Tueur Suprême, Ali Khameini, 86 ans, qui se dit fan des Misérables de Victor Hugo mais trempe dans le sang la misère qu'il inflige à son peuple, planqué dans l'abri bunkerisé d'un empire mafieux qui finance notamment la répression grâce à l'élevage d'autruches, et fabrique pilules contraceptives et préservatifs destinés à l'export, dont le "produit" est recyclé en armes fournies au Hezbolloah et au Hamas. Les voies du Seigneur sont décidément impénétrables, sauf pour le Printemps iranien qui saura, malgré la répression, leur faire prendre la route d'un exil moscovite mollah-compatible.



Dans les manifestations contre les mollahs qui ont débuté le 28 décembre 2025, la répression fait des centaines de morts, les morgues débordent et les familles désespérées cherchent leurs proches. Le bilan, comme on dit, ne cesse de s'alourdir. Human Rights Activists in Iran (HRANA), déclare avoir vérifié la mort de 490 manifestants et 48 membres des forces de sécurité, et plus de 10 600 personnes arrêtées. Si ces chiffres sont confirmés, cela ferait d'ores et déjà de ce soulèvement l'une des répressions les plus meurtrières de ces dernières années en Iran.

Lors des manifestations nationales de novembre 2019 contre la hausse des prix du carburant, les groupes de défense des droits humains avaient estimé que les forces de sécurité avaient tué entre 300 et 1.500 personnes (les chiffres exacts restent controversés).


Publié par Iran Wire (en farsi, ICI), le récit poignant d’un médecin anonyme, recueilli avant la coupure totale d'Internet, décrit deux jours d’enfer à Ispahan et Téhéran, où les corps s’entassent sous bâches et sacs plastiques.


« Vendredi 9 janvier, la morgue de l’hôpital Farshchian d’Ispahan était submergée. Dès 22h, des camions et fourgons amenaient des dizaines de corps de manifestants tués par balles lors des heurts dans les quartiers de Jey et Sepahan Shahr. Les employés, débordés, alignaient les cadavres sur le sol, enveloppés dans des bâches vertes ou des sacs noirs. Parmi eux, des adolescents de 14 ans, une fillette de 9 ans tuée par un tir dans la tête, et des femmes âgées. Les balles réelles des Gardiens de la Révolution ont fauché sans distinction, malgré les gaz lacrymogènes initiaux. Les familles hurlaient pour identifier leurs enfants, mais les autorités interdisaient les photos et ordonnaient des enterrements discrets pour étouffer le scandale. Au moins 40 corps cette nuit-là, selon mon estimation. »


« Samedi 10 janvier, transféré à la morgue de Téhéran, le spectacle était apocalyptique. Des dizaines de camions militaires déversaient des cadavres de Pounak, Ekbatan et Shahrak-e Gharb. Les couloirs et la cour regorgeaient de 200 à 300 corps, entassés nus ou à peine couverts. Visages tuméfiés, poitrines criblées de balles, certains mutilés. Un jeune de 18 ans, Erfan Faraji, gisait là, abattu en banlieue de Téhéran. Les forces de sécurité fouillaient les familles, confisquaient téléphones et papiers pour criminaliser les victimes comme "terroristes". Les hôpitaux voisins manquaient de sang, et les médecins devaient signer des certificats falsifiés : "mort naturelle" ou "accident".


Les employés de la morgue, terrorisés, travaillaient sous la menace des Pasdarans (*). "Enterrez vite, sans questions", ordonnaient-ils. Les familles devaient payer des pots-de-vin exorbitants pour récupérer un corps, sans autopsie ni plainte possible. »


(*) - Les Pasdarans, ou Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI, Sepâh-e Pâsdârân-e Enghelâb-e Eslâmi), forment l'armée idéologique d'élite de l'Iran, créée en 1979 par Khomeini pour protéger la Révolution contre l'armée régulière (Artesh) soupçonnée de loyauté au shah. Sous ordres directs du Guide suprême Khamenei, ces 150.000 fanatiques en uniforme vert – symbolisant l'islam chiite – répriment les dissidences, contrôlent la population et mènent le jihad régional via leur force Al-Qods. Dans les manifestations actuelles, ils tirent les balles réelles sur adolescents et femmes, remplissant les morgues de Téhéran et Ispahan. Nés pour contrer communistes, contre-révolutionnaires et influences étrangères, les Pasdarans contrôlent 30 provinces via des brigades, surveillent police et Artesh (Ārtesh-e Jomhuri-ye Eslāmi-ye Irān, l'armée régulière de la République islamique d'Iran, héritière de l'armée impériale du shah, purgée en 1979 mais maintenue), et préparent la "guerre asymétrique". On pourrait rêver de ce que l'armée régulière (420.000 hommes et 300.000 réservistes) pactise avec la population et se retourne contre le régime,, mais c'est peu probable. L'armée est totalement contrôlée et surveillée par les Gardiens de la révolution, et les militaires vgardent un souvenir cuisant de l'après 1979, lorsque Khomeini fit exécuter 12.000 officiers "suspects" .

Au-delà de la répression, les Pasdarans dominent l'économie (20% du PIB) : pétrole, missiles balistiques, drones, ports, aéroports, construction, et même télécoms via des filiales opaques. Loyaux à Khamenei, ils gèrent l'"Axe de la Résistance" (Hezbollah, Houthis, Hamas). Fanatisés par le culte des martyrs chiites, ils occupent des postes clés au Parlement et ministères, éclipsant l'armée nationale.


In memoriam : Rubina Aminian


Elle avait renoncé à la "politique de l'autruche", avait sa jeunesse comme étendard, et "l'espoir pour l'avenir" comme étoile pour guider ses pas. Elle était promise. Promise à une grande carrière de styliste, comme les vidéos qu'elle postait sur Instagram pouvaient le laisser entrevoir. Elle avait une petite vingtaine d'années : Rubina Aminian.



Kurde, étudiante en design textile et mode à l'université Shariati de Téhéran, Rubina Aminian vivait à Nowdeshah, dans la province de Kermanshah. Dans la nuit du 8 janvier 2024, elle a été abattue à Téhéran par les forces de sécurité de la République islamique. Iran Wire retrace sa vie numérique à travers sa page Instagram, où un mélange d'émojis et de mots dans sa biographie tournait autour d'une seule idée : « L'espoir pour l'avenir » :


La page Instagram de Rubina ressemblait à une galerie illustrant sa passion. Elle se décrivait comme une créatrice de mode et ses publications regorgeaient de croquis complexes et de motifs de tissus. Elle ne se contentait pas de créer, elle cousait également, travaillant avec un sens aigu du détail pour créer ce qu'elle appelait des « Girl Sets », des tenues vives et fluides portées par sa génération, qui se déplace souvent dans les rues de la ville comme des papillons colorés.

Dans l'un de ses Reels sur Instagram, elle apparaît vêtue de tenues blanches, bleues, rouges et noires. Elle a accompagné la vidéo d'une musique mélancolique et poétique de Radio Chehrazi, un podcast iranien populaire, dont les paroles s'accordent parfaitement avec ses transitions : « Hier soir, elle était vêtue de blanc et mon cœur a fait un bond. Quand elle porte du bleu, mon âme s'envole. Le rouge me fait sourire. Mais oh, le noir... Comment puis-je te regarder en noir avant que la nuit ne laisse place à l'aube, ma chérie ? »

Bien qu'elle fût kurde, Rubina nourrissait un amour profond pour l'art traditionnel de la broderie baloutche, un artisanat ancré dans la province opprimée du Sistan-et-Baloutchistan. « Je suis une femme kurde amoureuse de la broderie baloutche », écrivait-elle dans un post. Cet amour interculturel était au cœur de son identité. Elle partageait des vidéos d'elle-même en train de dessiner des motifs inspirés du cyprès, symbole persan de résilience, et filmait le processus de couture sans musique de fond, laissant ses followers entendre les sons bruts de son environnement et de son univers créatif.

Rubina est descendue dans la rue pour réclamer « la liberté » et « l'égalité des droits ». Selon certaines informations, elle aurait été abattue à bout portant par derrière. Selon l'organisation de défense des droits humains Hengaw, les forces de sécurité ont d'abord refusé de remettre le corps de Rubina à ses parents, les emmenant plutôt à la morgue pour identification. Comme sa famille est originaire de Marivan, les autorités auraient fait pression sur elle pour qu'elle soit enterrée dans un village isolé, loin de sa maison et de ses amis.

La famille s'est même vu refuser le droit d'organiser une cérémonie funéraire officielle. Dans ce qui a été décrit comme une « double souffrance », ils ont été contraints de faire leur deuil chez un parent plutôt que chez eux.



Mahmoud Mousavi, 29 ans (photo ci-dessus), a lui aussi été tué samedi par les forces de sécurité lors de manifestations sur l'île de Qeshm. Pour l'heure, on n'a pas plus de détails sur sa biographie.


L’île de Qeshm, plus grande île du golfe Persique (1.500 km², 135 km de long), verrouille le détroit d’Ormuz face à Bandar Abbas, à 2 km du continent iranien. Zone franche depuis 1991, ce bastion militaire abrite bases navales de l'armée et installations des Pasdarans (missiles, drones), contrôlant 20% du pétrole mondial passant par Ormuz – talon d’Achille du régime face aux sanctions et révoltes. Mangroves Hara, grottes de sel Namakdan et villages de pêcheurs masquent une forteresse théocratique, pilonnée par Israël en 2025.


« Je suis en danger » : la lettre d'un avocat iranien à l'ONU avant sa mort



Et encore... Khosrow Alikordi (photo ci-dessus), avocat spécialisé dans les droits humains, qui représentait certains des prisonniers politiques les plus en vue d'Iran, a été abattu vendredi dernier dans son bureau à Mashhad. Les images des caméras de sécurité et son téléphone portable ont été saisis par les autorités. Son corps sans vie a été retrouvé, le visage ensanglanté. Officiellement, il est mort après une "chute malencontreuse". Peu avant, il avait écrit à une mission d'enquête des Nations Unies pour demander une protection en tant qu'« avocat en danger », mettant en garde contre les menaces proférées par les agences de sécurité iraniennes. Khosrow Alikordi a remis la lettre à sa collègue Marzieh Mohebi afin qu'elle la transmette à la mission des Nations unies. La lettre détaillait le harcèlement et les poursuites dont il faisait l'objet en raison de son travail en faveur des droits humains.

Voici le texte intégral de la lettre :


Salutations et respect,

Je soussigné, Khosrow Alikordi, avocat vivant en Iran, vous soumets un compte rendu de ma situation pour examen et soutien éventuel :


Relevé des activités et des harcèlements du gouvernement

À la suite de l'élection présidentielle de 2009 et de la formation du Mouvement vert, j'ai entrepris de représenter un certain nombre de manifestants. À partir de cette année-là, le ministère du Renseignement de la République islamique a commencé à constituer des dossiers à mon encontre et m'a adressé de nombreuses convocations.

En 2010, bien que j'aie été admis au programme de maîtrise en droit public de l'université Allameh Tabataba'i de Téhéran, l'Organisation d'évaluation m'a empêché de poursuivre mes études sur la base d'une lettre du ministère du Renseignement.

J'ai déposé une plainte auprès du tribunal administratif, qui a rendu une décision définitive en faveur de mon inscription à l'université, mais M. Sadreddin Shariati, alors président de l'université Allameh Tabataba'i, a empêché l'application de cette décision et m'a refusé la possibilité de poursuivre mes études.

Lors des manifestations nationales « Femme, vie, liberté » en 2022, j'ai fourni une représentation juridique gratuite à de nombreux détenus et aux familles des personnes tuées, notamment les familles d'Abolfazl Adinehzadeh et d'Erfan Rezaei Navaei.

J'ai également accepté de représenter Mme Fatemeh Sepehri, M. Mohammad Hossein Sepehri et M. Kamal Jafari Yazdi, signataires de la déclaration appelant à la démission de M. Khamenei.


Affaires judiciaires et condamnations

À ce jour, le ministère du Renseignement a ouvert cinq procédures à mon encontre :

Première affaire (2023)

Pour « activités de propagande contre le système de la République islamique en faveur de groupes d'opposition », Hadi Mansouri, alors chef de la section 1 du tribunal révolutionnaire de Mashhad, m'a condamné à un an de prison, deux ans d'exil à Nehbandan, deux ans d'interdiction d'exercer le droit et deux ans d'interdiction d'utiliser les réseaux sociaux. La sentence est définitive et j'ai purgé un an à la prison de Mashhad.

Deuxième affaire (2023)

Pour « divulgation de secrets » (publication des noms et des accusations portées contre des clients politiques sur les réseaux sociaux et interviews à la télévision persane à l'étranger), le président de la 131e chambre du tribunal pénal n° 2 de Mashhad m'a condamné à une amende de 150.000.000 rials [125 dollars].

Troisième affaire (2024)

Pour des accusations de « propagande contre le système de la République islamique en faveur de groupes d'opposition », Hossein Yazdankhah, président de la 5e chambre du tribunal révolutionnaire de Mashhad, m'a condamné à un an de prison.

Quatrième affaire (2025)

Pour des accusations de « propagande contre le système de la République islamique en faveur de groupes d'opposition », Gholamreza Akbari Moghaddam, président de la section 1 du tribunal révolutionnaire de Mashhad, m'a condamné à un an de prison, deux ans d'interdiction d'exercer le droit et deux ans d'interdiction de voyager. Dans cette affaire, une caution de cent milliards de rials m'a été imposée. L'appel de la sentence devant la cour d'appel provinciale de Khorasan Razavi est en cours.

Cinquième affaire (2025)

J'ai été convoqué par Amir Hossein Ghanad, enquêteur de la section 904 du parquet public et révolutionnaire de Mashhad, pour des accusations liées à la sécurité. L'affaire en est au stade de l'enquête préliminaire.

Privation du droit à l'éducation

En 2019, j'ai été accepté dans le programme de doctorat de l'université de Téhéran. Après mon emprisonnement, l'université de Téhéran m'a récemment refusé la poursuite de mes études, malgré un article de recherche scientifique et un certificat d'anglais (MSRT).

Compte tenu des pressions continues, de la création de dossiers et des menaces du ministère du Renseignement, des privations professionnelles et éducatives, ainsi que des dangers graves qui pèsent sur ma vie et ma liberté, je vous demande, en tant qu'avocat en danger en Iran, de m'apporter le soutien nécessaire.


Respectueusement,

Khosrow Alikordi

Avocat - vivant en Iran


Le Guide Suprême : Ali Khamenei, 86 ans : Victor Hugo, cancer de la prostate, autruches et préservatifs, et... un empire caché de 95 milliards de dollars



À 86 ans, Ali Khamenei règne sur l'Iran depuis 1989 comme Guide suprême, un pouvoir absolu forgé dans la révolution de 1979 et maintenu par la répression. Fan des Misérables de Victor Hugo – qu'il qualifie de "miraculeux" pour sa peinture de la misère et de la compassion –, cet érudit reclus dirige un empire économique opaque estimé à 95 milliards de dollars via Setad, un conglomérat tentaculaire échappant au Parlement. Prisonnier du shah puis président dans les années 1980, il incarne la longévité d'un régime théocratique aujourd'hui contesté par une jeunesse qui brise la peur.


A gauche, en haut : Ali Khameini dans son adolescence. A gauche, en bas : Khamenei en tant qu'imam de la prière du vendredi à Téhéran, en 1979. A droite : Ali Khamenei (à droite) en uniforme militaire lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Photos Wikipédia
A gauche, en haut : Ali Khameini dans son adolescence. A gauche, en bas : Khamenei en tant qu'imam de la prière du vendredi à Téhéran, en 1979. A droite : Ali Khamenei (à droite) en uniforme militaire lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Photos Wikipédia

Né le 19 avril 1939 à Mashhad, dans une famille de religieux chiites modestes, Khamenei grandit à Mashhad dans un environnement pieux. Dès quatre ans, il étudie le Coran dans une école traditionnelle, puis poursuit une éducation islamique à l'école Dianati. Adolescent, il rejoint les séminaires religieux de Najaf (Irak) et Qom sous la tutelle de grands maîtres comme Ruhollah Khomeini, son futur mentor. Formé en philosophie islamique, jurisprudence chiite et interprétation coranique pendant 7 à 15 ans, il obtient le titre de hojjatoleslam, un rang clérical intermédiaire, loin initialement de celui d'ayatollah.


Dès 1962 à Qom, Khamenei intègre le mouvement anti-shah de Khomeini, dénonçant les réformes pro-occidentales du régime Pahlavi. Arrêté et torturé à plusieurs reprises par la SAVAK (police secrète du shah), il organise des discours clandestins et des cellules révolutionnaires, voyageant jusqu'à Kirman pour exposer la corruption du régime. Après la Révolution islamique de 1979, il gravit les échelons : membre du Parti de la République islamique, député à Téhéran, vice-ministre de la Défense et imam du vendredi à Téhéran. En 1981, une bombe lors d'un discours le paralyse du bras droit, renforçant son image de "martyr vivant.


Élu président le 2 octobre 1981, peu après l’assassinat de Mohammad-Ali Rajai et du Premier ministre Mohammad Javad Bahonar le 30 août 1981 par les Moudjahidines du peuple (MEK), dans un attentat à la bombe au siège du gouvernement, puis réélu en 1985, il pilote la guerre Iran-Irak. À la mort de Khomeini en 1989, une révision constitutionnelle le propulse Guide suprême, malgré son rang clérical insuffisant – supprimant l'exigence de marja-e taqlid (1). Il centralise armée, justice et politique étrangère, érigeant les Gardiens de la Révolution (IRGC) en "armée privée" contrôlant missiles, drones et trafics.


Khamenei oscille entre rhétorique anti-occidentale et fatwas (armes nucléaires "non-islamiques" en 2003). Reclus dans des bunkers sécurisés, il survit aux sanctions et frappes israéliennes récentes. Architecte de l'"Axe de la Résistance" (Hezbollah, Houthis, Hamas), il broie les dissidences : du Mouvement vert (2009) à Mahsa Amini (2022), en passant par les émeutes actuelles.​


À 86 ans, diminué par un cancer de la prostate qui traîne depuis septembre 2014, Khamenei n'a pas de dauphin officiel. L'Assemblée des experts désignera le successeur, mais les rivalités s'intensifient, en l'absence de feu le favori, Ebrahim Raisi, mort en 2024 : parmi les prétendants, il y a notamment le propre fils de Khameini, Mojtaba (55 ans), clerc discret suspecté de népotisme. Mais les manifestations anti-mollahs, du Khuzestan à Téhéran, pourraient torpiller toute transition, tant le "printemps iranien", malgré la répression inouïe qui le frappe, semble inéluctable.


L'empire caché et la répression interne


Quand l'élevage d'autruches sert à financer la répression du soulèvement populaire...
Quand l'élevage d'autruches sert à financer la répression du soulèvement populaire...

Le Setad (le Stâd-e Ejrây-e Farmân-e Emâm - en persan : ستاد اجرایی فرمان امام -, traduit par "Siège pour l'exécution des ordres de l'Imam" ou "Quartier général exécutif des ordres de l'Imam"), créé le 26 avril 1989 par décret de Khomeini un mois avant sa mort, gère biens confisqués post-Révolution (exilés, minorités). Initialement fondé pour "aider les pauvres" avec propriétés "sans propriétaires" (ordres judiciaires révolutionnaires), ce "fonds pastoral" s'est mué en mastodonte économique. Ce réseau opaque de 37 sociétés-écrans, au fonctionnement quasiment mafieux, qui pèse au moins 95 milliards de dollars (52 milliards en immobilier, 43 en holdings : pétrole, télécoms, etc.), finance hors budget national la répression via les Gardiens de la Révolution, et accessoirement, le train de vie du "Guide Suprême". Dans les activités de Setad, on trouve de surprenantes succursales, comme une méga-ferme d'élevage d'autruches – viande, œufs, cuir –, dans la région de Mashhad (Khorasan-e Razavi, nord-est), berceau natal de Khamenei (sa localisation exacte est un "secret d'Etat"...). En Iran, l'autruche ("chameau-poulet" en persan) est promue pour sa viande maigre, son efficacité fourragère et ses usages médicinaux supposés, comme des transplants cornéens (2).


Sous contrôle des Gardiens de la Révolution, Damavand Pharmaceutical, à Damghan, fabrique pilules contraceptives et préservatifs, majoritairement destinés à l'export. Cette activité sert principalement à financer le Hezbollah et le Hamas.
Sous contrôle des Gardiens de la Révolution, Damavand Pharmaceutical, à Damghan, fabrique pilules contraceptives et préservatifs, majoritairement destinés à l'export. Cette activité sert principalement à financer le Hezbollah et le Hamas.

Plus surprenant encore : alors que depuis 2021, la loi "Soutien à la famille et rajeunissement de la population" interdit (sauf danger vital pour la mère) la distribution gratuite de contraceptifs dans le système public (pilules et préservatifs restent toutefois disponibles en pharmacies privées, à un prix inaccessibles aux classes populaires) on trouve dans le portefeuille Setad (sous contrôle des Gardiens de la révolution) une usine de fabrication de... pilules contraceptives (Yasmin-like) et de préservatifs (Exir) frabriqués à à Damghan (province de Semnan, à 340 km au sud-est de Téhéran), à l'usine Damavand Pharmaceutical, sous contrôle des Gardiens de la révolution. Le produit de cette filière pour le moins insolite (majoritairement exportée : Irak, Syrie, Asie centrale) servirait prioritairement à financer le Hezbollah et le Hamas. Un arrangement a sans doute été négocié avec Allah en personne... De toute façon, les voies du Seigneur sont impénétrables.



Pendant ce temps, selon des informations encore confidentielles, à Moscou, dans l'EPHAD de luxe qui abrite déjà la famille Assad, les autorités s'activent pour construire à la va-vite une nouvelle aile du bâtiment destinée à accueillir une flopée de mollahs qui sont dans les starting-blocks pour déguerpir la queue entre les jambes, parce que oui, ils ont une queue, tout comme les rats. Les Gardiens de la Révolution seraient, pour leur part, dépêchés en renforts sur le front ukrainien. Une méga-livraison de drones est actuellement chargée dans le port de Salakh, sud de l'île de Qeshm, là où a été tué Mahmoud Mousavi...


Jean-Marc Adolphe, avec Meghedi Khatami


NOTES


(1). La Constitution iranienne de 1979 (art. 5, 107) exigeait que le Guide suprême soit un marja-e taqlid, garant théologique du velayat-e faqih (tutelle du juriste). À la mort de Khomeini, le 3 juin 1989, aucun consensus n'émerge parmi les marja vivants. L'Assemblée des experts, dominée par les conservateurs, contourne l'obstacle : le 4 juin, un amendement constitutionnel supprime cette exigence, permettant de nommer Khamenei Guide Suprême le 6 juin, malgré certaines contestations cléricales. Le marja-e taqlid (littéralement "source d'émulation") désigne, dans le chiisme duodécimain, le grand ayatollah reconnu comme autorité suprême en jurisprudence islamique (fiqh), que les fidèles (muqallid) doivent suivre via ses fatwas compilées dans une resala. Rang ultime des mujtahid, ce titre – attribué à Qom ou Najaf – exige une érudition inégalée en Coran, hadiths et philosophie, recueille les khoms (aumônes : 20% des gains annuels) et guide les 200 millions de chiites mondiaux. Khomeini en était un ; Khamenei, simple hojjat ol-eslam en 1989, ne l'était pas.


(2). Introduit dans les années 1990 par un éleveur pionnier, Mohammad Sohrab, qui s'inspire de l'Afrique du Sud et importe les premiers oiseaux pour répondre aux pénuries de viande halal sous sanctions, l'élevage d'autruches (en persan, "chameau-poulet") s'est développé en Iran pour sa viande maigre (riche en oméga-3/6, faible en cholestérol), œufs, cuir résistant et usages médicinaux supposés (cornées pour transplants cornéens). L'idée que les cornées d'autruches servent à des transplants cornéens humains circule comme curiosité scientifique en Iran, où l'élevage vante leurs propriétés supposées. Cependant, aucune preuve médicale ne valide cette pratique : les cornées d'autruches (plus épaisses, structure aviaire inadaptée) ne sont pas utilisées cliniquement pour des greffes humaines, contrairement aux cornées porcines cultivées en bio-ingénierie.

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