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Kharkiv, la nouvelle Alep


Photo Sergey Bobok/Agence France-Presse



En 2016, les bombardements russes sur les populations civiles à Alep, en Syrie, dans une relative indifférence occidentale et sous les applaudissements de Jean-Luc Mélenchon, furent le prélude de ce que vit aujourd'hui l'Ukraine, notamment à Kharkiv. Et malgré l'élan de solidarité qui s'est levé en France, la politique de l'autruche reste ici l'apanage des milieux artistiques et culturels.


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A New Delhi, mardi, mémorial en hommage à Naveen Shekharappa, tué à Kharkiv, en Ukraine.

Photo Sajjad Hussain/Agence France-Presse.


Il avait 21 ans, s’appelait Naveen Shekharappa. Indien, il poursuivait ses études de médecine à Kharkiv. Il faut bien que quelqu’un se dévoue. Lundi dernier, il est sorti du bunker où il s’était réfugié afin d’aller chercher de la nourriture pour ses camarades d’infortune. Un bombardement russe a mis fin à ses jours. Naveen était le fils cadet Vijaylakshmi et de Shekharappa Gyanagoudar, un modeste employé de papeterie à la retraite. Il était originaire de Chalageri, dans le district de Haveri, au Karnataka. Naveen était un étudiant talentueux contraint de quitter le pays en raison d'un "système" dans lequel les établissements d'enseignement supérieur privés sont financièrement hors de portée pour les classes modestes. « Nous avions des rêves pour notre fils. Ils sont maintenant brisés », a confié son père au Times of India.

(Sur YouTube, le témoignage du Dr. Tarun Handa, coordinateur des étudiants en Ukraine : https://youtu.be/p6CHGTC8wtk)


Elle s’appelait Maryna Fenina. Elle aussi a été tuée lors d’un bombardement russe à Kharkiv. Elle aussi était sortie alors qu'elle allait chercher des provisions pour sa famille. Maryna Fenina était membre de la mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe en Ukraine, une mission composée de civils non armés, créée pendant les troubles de 2014, lorsque la Russie a annexé la Crimée.

Naveen, Maryna : voilà donc, au milieu de centaines de victimes civiles déjà recensées, deux des « nazis » que Vladimir Poutine a entrepris d’aller traquer en Ukraine.

Alep, en 2016. Photo Alexei Druzhinin.


Bombardements massifs et destructeurs, accusations de « crimes de guerre » et d’utilisation d’armes prohibées : l’offensive russe en Ukraine commence à furieusement évoquer, pour certains, les images des guerres syrienne ou tchétchène. Grozny la Tchétchène, Alep la Syrienne : ces deux villes emblématiques écrasées et réduites en cendres par les bombardements russes en 1999 et 2016 reviennent dans les esprits, même si les analystes rappellent que les situations et le contexte sont différents. « Comme si c’était de nouveau Alep », twitte le spécialiste de la Syrie au Middle East Institute, Charles Lister, sous des images de Kharkiv bombardée. La deuxième ville d’Ukraine aux 25 théâtres et 24 musées (lire ICI), où ont débarqué des troupes aéroportées russes mardi, est sous le feu de l’artillerie depuis trois jours, et au moins vingt personnes ont été tuées dans des bombardements au centre-ville.

Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent, depuis quelques jours, l’emploi d’armes comme les bombes à sous-munitions (interdites par la convention d’Oslo depuis 2010) dans les zones civiles, et évoquent des « crimes de guerre », photos et vidéos à l’appui. L’usage d’armes thermobariques, extrêmement dévastatrices et très peu précises, a également été évoqué mais non confirmé de façon indépendante. « Les crimes de guerre à échelle industrielle ne sont pas nouveaux pour Poutine. Il ne s’est jamais inquiété des victimes civiles quand il bombardait il y a plus de vingt ans les citoyens russes de Tchétchénie ou (des années plus tard) des hôpitaux en Syrie », s’est indigné mardi le champion d’échecs russe en exil Garry Kasparov.

A Alep, en 2016, les bombardements russes sur la ville ont fait près de 9.500 morts en un an, dont 3.800 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Allié indéfectible d'Assad, le maître du Kremlin expliquait alors qu'il allait combattre Daech et le « terrorisme » d'une façon générale

« En réalité », constatait un diplomate français alors cité par Le Parisien, « les Soukhoï ont très peu frappé le groupe Etat islamique en douze mois. La Russie a en revanche pesé de tout son poids pour aider son allié Bachar al-Assad à reconquérir les territoires perdus face aux autres groupes islamistes et aux rebelles modérés, quitte à tuer des milliers de civils dans les bombardements ».


La pilule Daech étant facile à avaler, et en plus, après tout, les Syriens n’étant que des arabes, la « communauté internationale » a laissé faire. « Les Etats-Unis se sont accommodés de la volonté de la Russie de reprendre en mains la situation. Au lieu d’accroître leur soutien à l’opposition à la suite de l’intervention russe, fin septembre, les Etats-Unis ont œuvré pour limiter les livraisons d’armes aux rebelles et engager un processus politique avec Moscou », écrivait Le Monde, parlant d’une « diplomatie tétanisée ».

La France et l’Europe était pareillement à la ramasse, voire pire. Au premier rang des pousse-au-crime, Jean-Luc Mélenchon applaudissait même l’intervention de Poutine, tout comme il s’était félicité en mars 2016 de la « libération » de Palmyre par le régime Assad, puissamment aidé par ses alliés russes et iraniens : « Que ce jour est suave de ce point de vue. Oui, comment laisser passer cette douce revanche sur les détracteurs permanents de mes positions sur la Syrie, la Russie et ainsi de suite ». Opposé aux sanctions contre la Russie, l’actuel candidat insoumis à l’élection présidentielle disait encore, dans un entretien au Monde, en janvier 2017 : « La Russie est un partenaire historique, quel que soit le régime en place. Les sanctions contre les Russes ne mènent nulle part et sont absurdes ».

(A lire : « Comment M. Mélenchon nie le peuple de Syrie et ses droits », texte de l’historien Jean-Pierre Filiu paru dans Le Monde du 6 janvier 2017)


Puis vinrent les réfugiés. Discriminés plutôt que dignement accueillis.

« Nous aurions dû mieux écouter, en les accueillant mieux, les Syriennes et les Syriens qui venaient vers nous depuis 2015 », disait voici peu Edwy Plenel, en ouverture de la soirée « Terre d’humanité », au théâtre de l’Échangeur de Bagnolet, le 26 février dernier, en soutien à Mimmo Lucano, le maire italien condamné à 13 années de prison pour avoir accueilli des migrants dans sa commune. « Ils savaient, eux, ce qui allait finir par nous menacer : la crise devenue guerre, guerre d'agression, guerre d’invasion, par un impérialisme grand-russe, enfant monstrueux du stalinisme et du tsarisme en y ajoutant le capitalisme. (…) Si nous avions mieux accueilli, nous aurions mieux compris, nous aurions été mieux alertés sur ce qui tout d'un coup nous sidère cette semaine. »

Des réfugiés ukrainiens attendent dans le hall principal d'une gare dans le petit village polonais de Przemysl. Photo Mauricio Lima / The New York Times

Pendant ce temps, en Ukraine, les forces russes se sont emparées de la première grande ville ukrainienne dans leur offensive, le port stratégique de Kherson, dans le sud du pays. Elles ont intensifié les bombardements de cibles civiles dans tout le pays, assiégé d'autres villes - dont Kharkiv - et poussé pour encercler et isoler la capitale, Kiev. Un énorme convoi de véhicules militaires russes continue de se tenir sinistrement au nord de la capitale.

Les tirs d'artillerie et de roquettes russes ont coupé l'électricité, les médicaments, l'eau et le chauffage à de nombreuses communautés ukrainiennes, et ont transformé un nombre croissant de bureaux, de maisons, de commerces et de véhicules en carcasses froissées et brûlées. Le nombre de victimes civiles augmente et, dans tout le pays, les gens se réfugient dans des sous-sols et des tunnels alors que les explosions secouent le sol au-dessus d'eux. Rien qu'à Kiev, quelque 15.000 personnes dorment dans les métros. (voir portfolio ci-dessous)

Ilona Koval,chorégraphe de l'équipe nationale ukrainienne de patinage artistique, fuyant l'Ukraine avec ses filles. Photo Laetitia Vancon / The New York Times


En France toutefois, si la solidarité populaire s’organise à travers quartiers et campagnes (Lire ICI), la politique de l’autruche a encore de solides adeptes, à commencer par les milieux artistiques et culturels. Rien de surprenant à cela, tant ceux-ci ont démissionné de presque toute forme d’engagement.

Pour l’Odéon-Théâtre « de l’Europe », dirigé par le boursouflé Stéphane Braunschweig, la guerre en Ukraine ?, « a x’iste pas », comme disait Raymond Queneau. Idem pour le Théâtre national de Strasbourg, dirigé par le « très engagé » Stanislas Nordey, plus prompt à faire signer toute l’intelligentsia culturelle pour une candidature de Christiane Taubira à l’élection présidentielle… (Soyons juste, Stanislas Nordey participera ce 4 mars à une « veillée » organisée par le Théâtre national de Chaillot avec France Culture, lire ICI).

La palme d’or du festival de l’autruche, toutes tendances confondues, ; est remportée par Noë Soulier, un chorégraphe médiocre propulsé par le gouvernement d’Emmanuel Macron -en l’absence de toute expérience pédagogique- à la direction du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers, la principale école nationale de danse contemporaine en France. Comme il dit à la Une de Ouest France, à l’orée du festival Conversations : « On n’a jamais eu autant envie de danser ». CQFD.


Jean-Marc Adolphe


Portfolio

Des femmes enceintes et des jeunes mères sont rejointes par leur famille dans le sous-sol d'un hôpital utilisé comme maternité, à Kiev, en Ukraine, mercredi dernier. Photo Lynsey Addario

Taria, 27 ans, sort de sa tente où elle vit avec ses deux enfants et d'autres familles ukrainiennes sous terre, dans une station de métro à Kiev. Beaucoup d'entre eux sont là depuis environ une semaine. Photo Lynsey Addario.

Dans le village ukrainien de Dachne, au nord d'Odessa, alors que les forces russes

ont intensifié leurs attaques contre des cibles civiles. Photo Tyler Hicks.

Des volontaires mettent des sacs de sable autour du bâtiment de l'administration régionale à Vinnytsia.

Photo Brendan Hoffman

Des barricades en acier utilisées pour bloquer les chars et autres véhicules blindés sont soudées à Odessa,

avant d'être distribuées dans toute la ville. Photo Tyler Hicks

Tentes permettant aux réfugiés de se reposer après avoir traversé la frontière à Palanca, en Moldavie.

Photo Laetitia Vancon

Des volontaires coupent des bandes de tissu pour fabriquer des filets de camouflage

pour l'armée ukrainienne à Vinnytsia. Photo Brendan Hoffman





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