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Le cas Onfray. Le conspirationnisme subventionné par la démocratie

Dernière mise à jour : 26 mai


Michel Onfray. Photo Charly Triballeau / AFP archives

Pourfendeur d'une démocratie pervertie par "l'Etat profond" (sous entendu un lobby mondialiste juif, allié au "racialisme" kanak "anti-blancs" qui a permis le nazisme), Michel Onfray, penseur "souverainiste" désormais proche du Front national et de Bolloré, a créé en 2020 la revue Front populaire, qui a reçu plus d'un demi-million d'euros d'aides publiques de l'Etat. Cette manne inespérée lui permet d'inviter les citoyens à se "désintoxiquer des médias".


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Michel Onfray, "penseur" souverainiste, ex-candidat putatif à l'élection présidentielle (en 2022, voir https://dai.ly/x8dgu6z), est à la philosophie ce que le Nutella est au chocolat. Mais grâce à de nombreux médias complaisants et pas trop regardants qui l'ont hissé au pinacle, Onfray est devenu le hérault d'une croisade anti-élites, anti-démocratie, anti-tout, qu'il professe aujourd'hui à longueur d'invitation sur la chaîne de propagande bolloréenne CNews (où on l'appelle simplement "Michel"). Zemmour était devenu trop encombrant, Onfray c'est pareil, mais en plus soft (dans sa dernière émission, le 18 mai 2024, il dénie le droit des kanaks à l'auto-détermination ; les récentes émeutes étant selon lui le fait d'un « racisme anti-blancs » (à écouter ici : https://dai.ly/x8yofd2). Même Darmanin n'oserait pas une telle charge anti-kanak. Selon Onfray, c'est le "racialisme" kanak qui aurait permis le nazisme. Rien de moins !


En 2020, Michel Onfray a créé un site internet et une revue souverainiste, baptisés Front populaire (il fallait oser, il a osé). Dès son deuxième numéro, Front populaire affichait la couleur : le vrai pouvoir à abattre, c'est "l’État profond". C'est quoi, "l’État profond" : « ensemble de personnes, généralement soutenues par des groupes d’intérêt, dont on suppose que les rôles clés au sein de l’État leur permettent d’influencer discrètement la politique gouvernementale ou de contrecarrer sa mise en œuvre. »


L’expression "État profond" est une traduction littérale de deep state, une théorie politique américaine qui s’applique essentiellement à l’administration fédérale des États-Unis. L’État profond, c'est le soupçon d'un complot planétaire, orchestré dans l'ombre par un insaisissable lobby (au choix, ou simultanément) juif, franc-maçon ou homosexuel. Parmi les "têtes de turc" préférées de Michel Onfray (comme d'une bonne partie de la fachosphère), il y a le milliardaire américain (d'origine hongroise) George Soros, avec sa fondation Open society : « George Soros considère l'instauration d'une gouvernance mondiale comme le salut politique ultime, l'horizon indépassable de l'humanité. » Il n'est nul besoin à Michel Onfray de souligner que George Soros est juif, d'autres le font à sa place, les ouailles d'Onfray comprennent très bien...


Comme l'écrivait Marc Baudriller dans Challenges : « Croire en l’existence d’un complot planétaire juif, ou LGBT, ou franc-maçon, c’est exagérer de manière démesurée la cohésion, l’habileté et la puissance d’une communauté, d’un parti, d’une association ou d’un État. Avec l’État profond, rien de tel : on parle ici d’un ennemi sans organigramme, sans QG, sans statuts, sans colonne vertébrale ni peau, sans  substance et sans forme. Si bien que la croyance en l’existence de l’État profond n’est pas un simple conspirationnisme parmi d’autres, mais le conspirationnisme qui les englobe et les supplante tous. L’État profond transcende le complot. Il est tellement partout qu’il n’est plus nulle part. Sa nature est métaphysique. Seuls les éclairés, les initiés, les illuminés, sont capables de sentir sa présence. En d’autres termes : le concept d’État profond est une machine à fabriquer des paranoïaques. Et il se trouve que la paranoïa est contagieuse : c’est une "folie partagée", comme disent les psychiatres. Il y a une dimension communicative de la croyance en l’État profond, qui explique son étonnant succès. »


Michel Onfray est l'un de ces "faux prophètes" qui alimente à dessein une paranoïa ambiante : c'est son fonds de commerce, et la rente est confortable. La revue Front populaire, qu'il a créé en 2020 avec Stéphane Simon, producteur de Thierry Ardisson pendant une vingtaine d’années, et qui a lancé avec le magazine Causeur la webtélé RéacnRoll (sic), ne cesse de déblatérer une démocratie qui serait pervertie par "l’État profond".


Dans l'un de ses derniers ouvrages, Puissance et décadence. Une politique de civilisation, paru en janvier 2024 aux éditions Bouquins (collection J'ai lu), alors dans le giron du groupe Bolloré (décidément, on n'en sort pas), Onfray consacre tout un chapitre aux médias, intitulé "Se désintoxiquer des médias" (sauf CNews, cela va sans dire). « Tout journalisme est propagande », y écrit-il : « le journalisme tient un rôle important dans ce dispositif d'asservissement des masses et de contournement du peuple. »

Dessin Eric Bourdon, https://ericbourdon.fr


D'habitude, le chien ne mord pas la main qui le nourrit. Onfray n'est pas un chien, c'est pire. Ce que, dans ses diatribes anti-État profond, le penseur souverainiste ne clame pas sur les toits, c'est que l’État a très généreusement subventionné son entreprise complotiste. En 2022, la revue Front Populaire a reçu 628.491 € d'aides directes de l’État, dont 537.886 euros du "Fonds stratégique pour le développement de la presse", dont la Cour des Comptes a récemment dénoncé le caractère totalement opaque des critères d'attribution.


Ce Michel Onfray qui voudrait à tout bout de champ nous donner des leçons de démocratie a perçu de la société les Éditions du Plénitre, qui édite Front populaire, 99.000 euros de dividendes en 2022, et "seulement" 29.250 € en 2023. Confortable, le train de vie, aux frais d'une démocratie qu'il ne cesse de dénigrer...


Question subsidiaire : lorsque Madame Le Pen (dont il prépare l'élection) sera portée à la présidence de la République française, de quel ministère héritera Monsieur Michel Onfray : Culture et Communication, Éducation nationale, Enseignement supérieur, ou... un méga-ministère de la Souveraineté nationale ?


Jean-Marc Adolphe


NB - Por rappel, contrairement à la revue Front populaire, les humanités / journal-lucioles ne recevra aucune aide de l'Etat, la commission paritaire ayant décrété que nous ne sommes pas dignes "d'éclairer le jugement des citoyens". Pour qui veut contester cette censure : "acheter" cet article pour 1 € (les petits ruisseaux font les grandes rivières) : ICI , voire plus si affinités.

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