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Les Résistantes, instantanés du Larzac


5.000 personnes sont réunies jusqu'au dimanche 6 août sur le plateau du Larzac pour la première édition des Résistantes – Rencontres des luttes locales et globales. En images et quelques légendes (Victoria Berni), premiers échos d'un rassemblement qui vise à fédérer une multitude de collectifs et d'initiatives "éco-citoyennes".


« Il y a quelques paysans, pas beaucoup, qui élèvent vaguement quelques moutons, en vivant plus ou moins moyen-âgeusement, et qu'il est nécessaire d'exproprier ». L'auteur de cette sentence moyen-âgeuse n'est pas franchement passé à la postérité : de juin 1969 à juillet 1972, André Santon était secrétaire d’État à la Défense dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas. Le plateau du Larzac, dont il s'agissait de déloger paysans est moutons, est en revanche entré dans l'Histoire.


La lutte du Larzac avait comme objectif premier le refus du projet d'extension d'un camp militaire. Mais pendant les 10 ans qu'a duré ce combat, de 1971 à 1981, d'autres thématiques sont venues se greffer, dont le Larzac a été le point de ralliement, voire d'alliage. Devenu symbole de la "désobéissance civile" (un Darmanin parlerait aujourd'hui d'"écoterrorisme...), Le Larzac a en outre été la caisse de résonance de préoccupations écologistes encore peu présentes dans le débat de public, essentiellement portées par les militants anti-nucléaires (se souvenir que Les Amis de la Terre France ont été créés en 1970, et qu'en 1974, René Dumont, premier candidat écologiste à une élection présidentielle, recueillit alors... 1,32 % des voix).


La lutte du Larzac aura eu un autre impact, peu souvent évoqué : celui de donner une connotation positive au mot "paysan". La première grande manifestation à Millau, le 6 novembre 1971, avait été appelée par les fédérations départementales des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA). La Confédération paysanne n'a vu le jour qu'en 1987. C'est cette même Confédération paysanne qui avait appelé, en mars dernier, à manifester à Sainte Soline contre les mégabassines, conjointement au collectif Bassines non Merci et les Soulèvements de la Terre, et qui se retrouve aujourd'hui être la cheville ouvrière, avec l'association Terres de Luttes et les Faucheuses et faucheurs volontaires d’OGM, de la première édition des Résistantes – Rencontres des luttes locales et globales, du 3 au 6 août sur le plateau du Larzac.


Sans forcément appeler de façon incantatoire à la "convergence des luttes", il s'agit bien de "faire se rassembler des réseaux de luttes qui ne se parlent pas ou trop peu, des luttes locales isolées ou organisations globales qui se battent sur des sujets connexes (...), d'accélérer les dynamiques de coopération inter-luttes", et aussi de médiatiser le mouvement des luttes locales à travers la France, son ampleur et sa force, dans une optique de recrutement et de crédibilisation".

J.-M.A


Mercredi 2 août

Depuis le vaste plateau du Larzac, le camp des Résistantes finalise les préparatifs pour accueillir jusqu'à 5.000 participant.es. Sur ces terres militantes vont se dérouler pendant 4 jours des rencontres autour des luttes écologistes, sur fond de répression gouvernementale et de volonté de dissolution des Soulèvements de la terre.

Une tente pour accueillir des débats, un espace de repos, une lignée de rocket stove (foyers à bois) pour cuisiner...


Jeudi 3 août

Dès jeudi après midi, sous un soleil éclatant et des rafales de vent, les ateliers, conférences et tables rondes se sont enchaînés.

Des scientifiques de l'atecopol ont proposé de réfléchir aux causes et conséquences du désastre environnemental à l'aune du genre. Si les femmes, minorités de genres, personnes racisées, précaires, sont les premières victimes, c'est bien du fait de la "pétromasculinité" et d'un construit viril qui considère les terres et les corps comme des territoires de conquête.


Après un interlude artistique avec une performance théâtrale sur les coulisses des procès de manifestant.es dans les mouvement sociaux, pourtant victimes de violences policières, le collectif diffration a invité à un atelier de communication non violente en prenant en compte les rapports de pouvoir et l'imbrication des oppressions systémiques.

Pour poursuivre cette abondance de savoirs, un petit tour à la librairie s'impose avec des livres proposés à prix coutants.


Vendredi 4 août

Vendredi matin, ce sont huit paysannes et agricultrices qui depuis leur expériences vécues racontent la réalité de leurs vies en tant que femmes dans un milieu agricole sexiste.

Croiser les perspectives féministes avec les enjeux écologistes, c'est précisément le prisme qu'a choisi d'emprunter le camp des Résistantes.


Samedi 5 août

Le camp des Résistantes se poursuit sur le plateau du Larzac avec une table ronde passionnantes sur des expériences municipalistes en France avec les communes de Saillans (Drôme) et de La Crèche (Deux-Sèvres), Nantes en commun et le réseau Actions communes. Des stratégies politiques où le pouvoir est repris directement par des habitant.es des territoires et perspectives pour les élections municipales de 2026.


Un marché paysan et artisanal s'est installé sur place : miel, fromages, glaces, légumes, vannerie, plantes aromatiques et médicinales, etc.

Et ce samedi après midi, avec l'association A4 (Association d'Accueil en Agriculture et en Artisanat), les conditions indignes de travailleurs étrangers dans le monde agricole français sont dénoncées...


Photos et légendes : Victoria Berni


Pour retrouver le programme des Résistantes : http://lesresistantes2023.fr/programme/


De prochains rassemblements à suivre


- du 18 au 25 août, entre Sainte-Soline et Orléans : le Convoi de l'eau. Un cortège itinérant de vélo et de tracteurs remontent le long des cours d'eau de Sainte-Soline à Orléans.

- le 23 août, à Gourdon, dans le Lot : Journée pour la transition. https://idetorial.fr/la-journee-pour-la-transition-a-gourdon-46/

- du 26 août au 3 septembre, à Bure : Rencontre des luttes paysannes & rurales https://lpr-camp.org/


Les humanités, ce n'est pas pareil. Entièrement gratuit et sans publicité, édité par une association, le site des humanités entend pourtant fureter, révéler, défricher, offrir à ses lectrices et lecteurs une information buissonnière, hors des sentiers battus.

Pour encourager cette aventure, dès 1 € :


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