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« Manifeste d’Art Potentiel » (Camille de Toledo)


Camille de Toledo. Photo Joël Saget / AFP.


Une idée est-elle réelle ? Une pensée est-elle déjà matérielle ? Une hypothèse est-elle déjà un acte ? Un espoir est-il déjà un fait ? Une vie achevée peut-elle continuer d’exister ? Un passé inachevé peut-il changer l’avenir ? Une fiction est-elle réelle ? Une virtualité est-elle matérielle ? Une virtualité est-elle une fuite ? Une fiction est-elle une tentative d’évasion ? Sommes-nous des entités étroites ou larges ? Quel pouvoir avons-nous de nous élargir ? Quel est ce pouvoir que nous disons potentiel ? Cette potentialité est-elle, déjà, un fait matériel ? Et si l’hypothèse est un acte, qu’en est-il des potentialités que nous sommes ? Il s’agit de rouvrir l’avenir à des potentialités nouvelles, de possibles espérances. Nous avons subi pendant de nombreuses années de nombreuses réductions. L’une de ces réductions a consisté à dire : il n’y rien d’autre que ça. Nous avons été convaincu de vivre dans ce ça. Le passé, une ruine, le présent, sans espérance, l’avenir, condamné. L’Histoire et ses suites, tout au long de notre longue adolescence, ont paru absolument écrites. Nous avons vécu à l’intérieur de cette écriture. Nous avons cherché à desserrer cette contrainte. Notre place dans la chaine des générations a progressivement pris un sens. Nous avons compris notre position et notre tâche. Nous devons reconstruire des possibles. Nous sommes impatients. C’est de cette impatience dont le Manifeste d’Art Potentiel est le signe. Nous ne voulons plus attendre. Nous voulons que les possibles soient des faits, que les hypothèses soient des actes. Nous voulons que l’espoir soit une forme matérielle, que les idées soient réelles. Ce n’est pas seulement notre volonté. Nous vivons dans un régime de croyances général. Dans ce régime de croyances, nous pouvons choisir entre une infinité de fictions. Ce que nous nommons « réalités » ne sont que des fictions mieux défendues, mieux armées, pour lesquelles une police, des soldats et – ou une masse critique de croyants sont prêts à se battre, à se défendre. La masse critique des croyants définit le spectre et l’empreinte de la fiction dans la réalité. Plus la masse est importante, plus nous sommes sommés de subir. Les fictions qui nous sont imposées depuis le début du 21e siècle sont des « enclosures ». Elles remplissent le présent d’hypothèses fermées. Nous sommes portés à croire. Croire en une infinité de fictions. Nous pouvons croire en plusieurs fictions à la fois. Nous pouvons avoir foi en plusieurs fictions. Nous pouvons aussi n’en choisir qu’une seule. La Fin de l’Histoire est une fiction. La guerre sainte est une fiction. La démocratie représentative est une fiction. Le capitalisme financier est une fiction. Le clash des civilisations est une fiction. Nous avons le choix. Il y a d’ailleurs, dans ces fictions, plusieurs saisons, une multitude d’épisodes. Nous pouvons en être les scénaristes. Nous pouvons en être les employés. Nous pouvons les servir. Nous pouvons y mourir. Nous pouvons chercher à en dévier le cours, nous échiner à y échapper. La masse des croyants tend à nous convaincre que nous sommes impuissants. Nous sommes soumis à ces régimes-là. Nous tentons, toutefois, de leur opposer quelque chose. À rebours de ces fictions closes, nous sommes des potentialités d’espérance. Le Manifeste d’Art Potentiel s’écrit dans et à partir de ce régime général des croyances. Il est le témoin d’un effort pour reconstruire des possibles. Il suit, poursuit, interroge une hypothèse de potentialités. Que pourrions nous être ? Que pourrions-nous faire ? Il se tient sur une ligne, en équilibre, entre deux phrases : ce qui aurait pu être, ce qui pourrait être. Il cherche des brèches entre les multiples enclosures des fictions imposées comme réels. Le Manifeste d’Art Potentiel reprend à son compte la puissance matérielle de ce qui pourrait être, autrement dit, de ce qui existe déjà potentiellement. Il se déploie à partir de cette extension du domaine fictionnel, en travaillant des récits en art comme des actes, des hypothèses de récits qui sont des faits. Il comprend surtout que l’art comme système de croyances peut remettre cette croyance au service de possibilités politiques nouvelles. Potentialités, fictions et conflits Les fictions sont closes. Elles visent habituellement une fin. Les potentialités sont ouvertes. Elles visent habituellement un commencement. Les fictions comme les potentialités sont des formes de croyance qui ramifient et sédimentent la réalité. Elles s’appuient les unes et les autres sur le régime général des croyances. Nous nous soumettons parfois à la fiction. Nous nous rendons à sa plausibilité, à sa vraisemblance. Nous acceptons ou non de croire. Parfois, nous sommes portés à croire. Dans tous les cas, nous renonçons temporairement à notre puissance de création, d’invention, de détermination. Les potentialités, au contraire, ouvrent à des histoires inachevées. Elles reposent sur des complicités à venir de croyances. Elles surgissent avant, dans le moment de formation, de gestation des fictions, lorsque les hypothèses sont encore des multiples, lorsque tout est encore à écrire. Elles peuvent aussi venir après, lorsque la fiction s’achève, qu’il faut la relancer par de nouvelles hypothèses. Nous pouvons nous placer du point de vue des fictions closes ou, au contraire, nous tenir du côté des potentialités. Le Manifeste d’Art Potentiel comprend quelle est sa position. Il se tient à l’endroit de la plus grande ouverture possible, là où tout peut être. Formes, récits, histoires, avenirs. Il se tient à l’endroit de la plus grande impatience, de la plus grande colère, à l’égard de ce qui se présente comme indépassable, comme contrainte, comme fin, comme impossibilité. Le Manifeste d’Art Potentiel se tient aussi à l’endroit du plus grand espoir. Camille de Toledo 20 janvier 2015

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