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Mayotte : fermer les vannes, plutôt qu'ouvrir les classes

Une classe à Mayotte

Photo Mayotte Hebdo


Centre de rétention, police aux frontières, promesse de suspendre le droit du sol et le regroupement familial : Édouard Philippe a choisi Mayotte pour lancer sa campagne présidentielle sous le signe des « vannes » à fermer. À quelques kilomètres de là, une autre file d'attente ne cesse de s'allonger depuis trois rentrées : celle de plus de 15 000 enfants mahorais sans salle de classe, faute de places — et non de papiers. Tzotzil Trema met les deux chiffres côte à côte.

les humanités, ça n'est pas pareil.

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Édouard Philippe a choisi Mayotte pour sa rentrée politique. Le président d'Horizons et candidat déclaré à l'Élysée pour 2027 y effectue, ce vendredi 21 et ce samedi 22 août, son tout premier déplacement sur l'archipel, avant de filer à La Réunion. Son programme tient en deux mots : immigration et reconstruction. Dans les faits, surtout le premier.


« L'urgence est de fermer les vannes de l'immigration. Pas à moitié. Totalement », a-t-il déclaré à la presse locale à la veille de son arrivée. Trois engagements suivent : suspendre pendant tout un quinquennat l'enregistrement des demandes d'asile, le regroupement familial et le droit du sol, et ouvrir le premier centre de retour français en Afrique de l'Est. Le droit du sol mahorais est déjà, à ce stade, l'un des plus restreints du pays : une loi de 2025 a relevé d'un an la durée de résidence régulière exigée des deux parents pour que leur enfant né sur l'archipel puisse un jour devenir français, contre trois mois pour un seul parent auparavant. Édouard Philippe veut aller plus loin encore et le suspendre purement et simplement, « pendant plusieurs années ». Sur le terrain, la tournée commence logiquement par le centre de rétention administrative de Pamandzi, puis les unités de police aux frontières. L'école, elle, n'apparaît nulle part au programme annoncé.


C'est précisément ce que rappelle une enquête de Mayotte Hebdo, publiée une semaine avant l'arrivée du candidat havrais : à la rentrée du 24 août, plusieurs milliers d'enfants et d'adolescents mahorais resteront chez eux, sans affectation, sans place, parfois sans avoir jamais mis les pieds dans une école. Selon l'Observatoire de la non-scolarisation, ils étaient 15 192, entre 3 et 15 ans, dans cette situation à la rentrée 2025 — 12,7 % d'une classe d'âge entière —, contre 13 689 en 2024 et 12 604 en 2023. La courbe ne redescend jamais.


Ce n'est pas un problème de « vannes » à fermer : c'est un problème de portes qui n'existent pas. Le manque de places dans les écoles, collèges et lycées est identifié depuis des années comme le principal verrou ; certains jeunes attendent une affectation un à deux ans, parfois jusqu'à quatre années, selon l'association Mlezi Maore, qui tente d'accueillir en attendant ceux que le système ne peut pas prendre. D'autres décrochent en cours de route, faute de place pour reprendre. Dès 2024, une autre structure, l'Association culturelle d'éducation de Kawéni Bandrajou, accompagnait déjà des jeunes de 3 à 25 ans laissés sans aucune perspective scolaire pendant plusieurs années d'affilée. L'article ne mentionne à aucun moment le statut migratoire des familles comme la cause de cette file d'attente : ce sont des capacités d'accueil qui manquent, dans un territoire où la pression démographique dépasse depuis longtemps les moyens du rectorat.


Pendant qu’Édouard 1er promet de couper l'« appel d'air » migratoire à grand renfort de centre de rétention et de patrouilleurs supplémentaires, ce sont donc des enfants déjà là, pour l'essentiel scolarisables de plein droit, qui resteront à la maison le jour de la rentrée, regardant leurs frères et sœurs partir en classe sans eux. Aucune mesure sur le droit du sol ne construira la salle de classe qui leur manque.


Le Premier ministre Sébastien Lecornu, lui, arrivera après la bataille : son déplacement est annoncé pour les 26 et 27 août, soit deux jours après la rentrée qu'il viendra commenter. Selon Matignon, il doit y faire un « point complet » sur la reconstruction, la lutte contre l'immigration clandestine, l'accès aux soins, les infrastructures — et, glissée dans la liste, la rentrée des classes. Un point d'étape sur une rentrée déjà passée, pour un sujet qui n'a mérité, dans la hiérarchie du voyage, ni ordre de priorité ni ligne à part.


On peut, comme Édouard Philippe, juger que Mayotte vit une situation exceptionnelle appelant des mesures exceptionnelles. Mais l'exceptionnel, sur cet archipel, ce n'est pas seulement le nombre d'arrivées par kwassa-kwassa : c'est aussi, année après année, le nombre d'enfants français ou en voie de le devenir qui grandissent hors du système scolaire, faute de bâtiments, d'enseignants et de places. Fermer les vannes de l'immigration ne rouvrira aucune des portes qui restent closes pour eux. Sur ce point précis, ni le candidat ni le Premier ministre n'ont, pour l'instant, grand-chose à dire. A Mayotte, avec son histoire (même pas drôle) de « vannes », Édouard Philippe fait-il vraiment sa campagne ? Ou participe-t-il en sous-main à celle de Marine Le Pen ?


Tzotzil Trema


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1 commentaire


yanitz2018
yanitz2018
il y a un jour

" Édouard fume le cigare, et Gaston s'occupe du téléfon ! "

Que penserait Nino Ferrer, libre penseur, des facéties électoralistes nauséabondes d’Édouard Philippe ?

Rien de bon sans doute.

Nino Ferrer "Ah Les Américains" (album "Véritables Variétés Verdâtres", 1977)

" https://www.youtube.com/watch?v=DMc2L7lJ5Hk&list=PLlHdKr0AddjLwQUQtWWqtyEGY-MEXy7cH&index=5 "



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